SOS Papa

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SOS Papa
Sospapa.gif
Nous avons droit à nos deux parents
Histoire
Fondation
Cadre
Type
Forme juridique
Domaine d'activité
Action sociale sans hébergement n.c.a.Voir et modifier les données sur Wikidata
Siège
Pays
Langue
Organisation
Membres
environ 1 000 à jour de cotisation (2006)[1]
Fondateur
Michel Thizon
Site web
Identifiants
RNA
SIREN
SIRET

SOS Papa est une association à but non lucratif masculiniste française qui entend promouvoir l'importance et le maintien des liens affectifs des enfants envers leurs deux parents, en cas de divorce ou de séparation parentale.

Revendications[modifier | modifier le code]

Le droit à la coparentalité, à savoir l'exercice équitable du père et de la mère à éduquer leurs enfants après une séparation ou un divorce constitue la principale revendication de l'association SOS Papa.

L'association revendique le droit à l'égalité effective en matière de justice familiale et de justice pour enfant, afin que le droit du père soit pris en considération avec la même valeur par les magistrats, procureurs, services de police, gendarmerie, pédiatres, médecins et travailleurs sociaux. Il n'existe pour autant pas de biais "promaternel" chez les magistrats[2].

Elle revendique également le droit des enfants séparés à la suite d'un divorce ou une séparation d'être élevé autant par le père et par la mère suivant le principe de la résidence alternée.

Pourtant « Ceux qui s'y investissent ont en général une vision traditionnelle de la famille. Ils ne revendiquaient pas le partage des tâches lorsqu'ils étaient en couple et n'étaient pas forcément engagés dans la paternité. Ils ne sont en général pas à l'origine de la séparation. La revendication sur les enfants est une forme de compensation »[3]

En , SOS Papa apporte son soutien à deux pères accusés de violences[4] (dont l’un est membre de l’association[5]) montés en haut de grues à Nantes pour réclamer la garde de leurs enfants[6]

Historique[modifier | modifier le code]

Michel Thizon fonde SOS Papa en 1990[7]. Il préside l’association jusqu’à son remplacement par Alain Cazenave en 2004[8]. Celui-ci démissionne en et est remplacé par Jean Latizeau, qui dirige en intérim jusqu’à l’élection de Jacques Colleau comme nouveau président en [9].

Dans les années 2000, SOS Papa se rapproche d’Évelyne Sullerot, cofondatrice du planning familial et sociologue de la famille[10]. Celle-ci permet à l’association de devenir membre provisoire de l’Union nationale des associations familiales (UNAF) en 2005, par le biais d’un agrément de principe qui deviendrait définitif quand l’association remplirait les conditions nécessaires : vingt implantations départementales et mille adhérents à jour de cotisation[10],[11],[12]. À cette époque, l’association compte 28 délégations régionales, mais seules deux sont reconnues par leur UDAF respective[10]. Une course à la délégation s’entame alors au sein de l’association afin d’obtenir la reconnaissance de l’UNAF, vue comme une consécration légitimant leur action[10].

Quelques semaines plus tard, Sullerot devient la marraine officielle de SOS Papa, en remplacement de la comédienne Anny Duperey, et permet à l’association de faire valoir une perspective « féministe »[10]. En 2008, Sullerot remet la Légion d’honneur à Michel Thizon pour valoriser le travail accompli par ce dernier et l’aspect significatif de son engagement[10].

En 2013, selon le siège national, l’association compte 40 délégations[7]. Sous l’impulsion de Fabrice Méjias Sos Papa Seule adhère à la Manif Pour Tous durant quelques mois[13]

« Au sein de SOS Papa, les tensions entre le siège parisien et certains délégués régionaux émaillent la vie de l’association depuis sa création.

Les successions au poste de président de l’association sont des périodes difficiles et conflictuelles qui cristallisent des oppositions stratégiques et pendant lesquelles l’enjeu du contrôle des ressources de l’association émerge clairement »[13]

En 2017, les conditions de l’UNAF n’ont jamais été remplies, et SOS Papa est toujours considérée comme « association invitée avec voix consultative », donc sans pouvoir décisionnel[12].

Bruno Lagadec secrétaire générale de Sos Papa a été condamné en 2001 à six mois de prison ferme pour avoir enlevé son fils. « En 2014, il a été placé en détention et mis en examen pour complicité de soustraction d’enfant, escroquerie et travail dissimulé, pour son rôle auprès d’un père ayant enlevé son enfant »[13]

« A. Fillod-Chabaud décrit SOS Papa comme une association qui a évolué depuis sa création, notamment sous l’effet des changements législatifs en matière de garde et de résidence des enfants après le divorce. Alors qu’au début des années 1990, il s’agissait de défendre le statut des pères naturels qui ne parvenaient pas à obtenir l’autorité parentale en cas de séparation, à partir des années 2000, les revendications se sont déportées sur la valorisation de la résidence alternée, la participation à l’éducation de l’enfant, le partage des responsabilités et des bénéfices familiaux tels que les allocations familiales, les informations envoyées par les écoles aux deux parents divorcés, le vote des parents, également, etc. »[14]

Adhérents[modifier | modifier le code]

Comme chez les groupes de pères nord-américains, les adhérents à SOS Papa se divisent en un petit noyau militant et des adhérents que la chercheuse Aurélie Fillod-Chabaud qualifie « de service » : il s’agit de pères aisés déçus d’une audience qui adhèrent avant tout pour se faire conseiller le temps de leur procédure[7]. Ils ne souhaitent pas s’investir dans l’association et n’ont pour la plupart aucune expérience associative antérieure[7]. Ils sont issus de catégories intellectuelles supérieures et se dirigent vers des associations militantes en quête d’un discours critique sur le système judiciaire qui serait en leur défaveur[7],[15].

Entre 1990 et 2010, 11 714 hommes ont adhéré à l’association[16]. 87 % d’entre eux n’ont pas renouvelé l’adhésion après la première année[17].

Critiques[modifier | modifier le code]

Les politistes Anne Verjus et Marie Vogel pointent que la revendication d'égalité dans l'éducation des enfants de SOS Papa se limite à l'après-divorce et à la sphère privée : l'association ne milite « ni pour la reconnaissance de la paternité active dans le cadre de l’entreprise, ni pour sa promotion dans l’espace public ou dans l’éducation des enfants ». De plus, la résidence alternée n'est pas, en dépit de ses avantages supposés pour l'enfant, présentée comme un impératif mais comme «  une affaire de choix personnel et d’opportunité » pour les pères. Selon la revue Sciences humaines, SOS Papa réclamerait un droit à l'enfant pour les pères quand les féministes le conditionneraient à l’investissement du père dans l'éducation des enfants avant la séparation[18].

« La crise de la paternité et les difficultés des pères occupent une position prépondérante dans ces revendications, faisant du mouvement pour les droits des pères la branche la plus active, développée et organisée du mouvement masculiniste, et ce dans différents pays. »[13]

« C’est sans doute la pierre d’achoppement des revendications de ces pères en colère. Là où ils revendiquent un droit inconditionnel à l’enfant, les féministes leur rappellent que ce droit ne peut que dépendre de leur investissement effectif dans l’éducation des enfants au moment où le couple est encore uni – investissement qui est d’ailleurs, statistiquement, le meilleur prédicteur du maintien du lien père-enfant après la séparation. Or on sait combien l’entretien des enfants au quotidien et la prise de congés parentaux incombent encore largement aux mères. Peut-être donc, avant de grimper aux grues, ces papas feraient-ils mieux de donner un petit coup de main à la maison ? »[19]

« On retrouve dans l’action de Nantes, les mêmes expressions que celles employées au Québec par les mouvements masculinistes : « Dans 80% des cas, ce sont les mères qui obtiennent la garde des enfants ». On retrouve aussi le même V de la victoire en fin d’action. L’association SOS papa, qui a soutenu les deux pères, fait partie des références des masculinistes québécois. »[4]

« Les masculinistes québécois, qui sont en contact avec une association telle que SOS papa, me l’ont dit eux-mêmes, hors caméra : c’est de la pure stratégie pour faire passer leur idéologie misogyne, qui considère que les avancées vers l’égalité entre femmes et hommes sont une destruction du modèle social patriarcal auquel il faudrait revenir. »[4]

« Prompte à remettre en cause les pratiques des juges qui les écartent de la résidence alternée, SOS Papa ne se mobilise pas pour revendiquer ou promouvoir plus largement l’égalité ou sa présence réelle dans le couple uni. Aucune des dix-sept propositions que l’association SOS Papa met en avant sur son site ne s’y rapporte. »[19]

Peu de pères réclament la garde de l'enfant[20],[21].


L'association comme d'autres associations de défense des droits des pères est masculiniste[22],[20],[21],[14],[23],[24],[25],[26].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « SOS Papa », sur UNAF - Union nationale des associations familiales, (consulté le ).
  2. Molénat, Xavier. « Des papas lésés ? », Martine Fournier éd., Masculin-Féminin. Pluriel. Éditions Sciences Humaines, 2014, p. 231-237
  3. « En père et contre toutes », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  4. a b et c Nolwenn Weiler, « La cause des pères : une stratégie pour faire passer une idéologie misogyne », sur Basta! (consulté le )
  5. « SOS Papa: et si la guerre des sexes, c'était eux? », sur Le Huffington Post, (consulté le ).
  6. « SOS Papa soutient les deux pères retranchés en haut d'une grue à Nantes », Le Parisien, (version du 13 décembre 2013 sur l'Internet Archive).
  7. a b c d et e Fillod-Chabaud 2013.
  8. Fillod-Chabaud 2014, p. 93-94.
  9. Fillod-Chabaud 2014, p. 131.
  10. a b c d e et f Fillod-Chabaud 2014, p. 94.
  11. « UNAF - SOS Papa rejoint l’UNAF », sur UNAF - Union nationale des associations familiales, (consulté le ).
  12. a et b « Combien d’adhérents à SOS PAPA ? », sur p@ternet, (consulté le ).
  13. a b c et d Quand les pères montent la garde. Discours, pratiques et conscience de domination dans les mobilisations collectives de pères séparés. Edouard LEPORT
  14. a et b VERJUS, Anne. Les coûts subjectifs et objectifs de la masculinité : le point de vue des masculinistes (et des féministes) In : Boys don't cry! Les coûts de la domination masculine [en ligne]. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2012 (généré le 27 septembre 2022). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/pur/67086>. (ISBN 9782753563018). DOI : https://doi.org/10.4000/books.pur.67086.
  15. Fillod-Chabaud 2014, p. 215.
  16. Fillod-Chabaud 2014, p. 213.
  17. Fillod-Chabaud 2014, p. 225.
  18. Xavier Molénat, « Des papas lésés ? », Sciences Humaines, no 249,‎ (lire en ligne).
  19. a et b Marie Vogel et Anne Verjus, « Le(s) droit(s) des pères : des mobilisations pour une condition paternelle « choisie » ?: », Informations sociales, vol. n° 176, no 2,‎ , p. 100–108 (ISSN 0046-9459, DOI 10.3917/inso.176.0100, lire en ligne, consulté le )
  20. a et b « Garde d'enfants : ces pères en lutte cherchent-ils vraiment l'égalité parentale ? », sur Marie Claire (consulté le )
  21. a et b Catherine Mallaval et Anne-Claire Genthialon, « Pères séparés : à moi la garde ! », sur Libération (consulté le )
  22. « Qui se cache derrière SOS Papa ? », sur Le HuffPost, (consulté le )
  23. StreetPress, « Antiféminisme et violences conjugales, bienvenue chez les assos de défense des droits des pères », sur StreetPress (consulté le )
  24. Benjamin Billot, « Derrière le droit des pères, le masculinisme », sur Slate.fr, (consulté le )
  25. « Les associations de pères sont elles masculinistes ou paritaires ? », sur TV5MONDE, (consulté le )
  26. « SOS Papa et autres masculinistes : l'antiféminisme comme raison d'être - le Plus », sur leplus.nouvelobs.com (consulté le )

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Aurélie Fillod-Chabaud, « Les groupes militants de pères séparés en France : assurer la visibilité de la lignée paternelle », Informations sociales, vol. 2, no 176,‎ , p. 90-98 (DOI 10.3917/inso.176.0090, lire en ligne)
  • Aurélie Fillod-Chabaud, (2017). La prise en charge des enfants par les membres de SOS Papa : une analyse des conditions matérielles de la transmission culturelle. Droit et société, 95, 27-41.
  • Aurélie Fillod-Chabaud, « Au nom du père » : une sociologie comparative du militantisme paternel en France et au Québec, Florence, (DOI 10.2870/589887, présentation en ligne)
  • Vogel, M. & Verjus, A. (2013). Le(s) droit(s) des pères : des mobilisations pour une condition paternelle « choisie » ?. Informations sociales, 176, 100-108. https://doi.org/10.3917/inso.176.0100
  • collectif, Contre le masculinisme, petit guide d'autodéfense intellectuelle, Editions bambule, sur le site du Centre Hubertine Auclert, (lire en ligne [PDF]), « Les associations de défense des « droits des pères », ou la «branche paternelle » du mouvement »

Liens externes[modifier | modifier le code]