SNCASE SE.2410 Grognard

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SNCASE SE.2410 Grognard
Vue de l'avion.
Le SE.2415 « Grognard II », photographié pendant les années 1950.

Constructeur Drapeau : France Société nationale des constructions aéronautiques du Sud-Est (SNCASE)
Rôle Avion d'attaque au sol[1]
Statut Projet abandonné
Premier vol
Date de retrait
Nombre construits 2
Équipage
1
Motorisation
Moteur Rolls-Royce Nene Mk.101
Nombre 2
Type Turboréacteurs à simple flux
Poussée unitaire 22,24 kN
Dimensions
Envergure 13,58 m
Longueur 16,02 m
Hauteur 5,87 m
Surface alaire 46,14 m2
Masses
À vide 11 100 kg
Maximale 14 000 kg
Performances
Vitesse maximale 1 038 km/h (Mach 0,85, à 6 700 m)
Plafond 11 600 m
Rayon d'action 850 km
Armement
Interne canons DEFA de 30 mm
Externe • Roquettes de divers types dans une nacelle rétractable sous le fuselage
• 1 200 kg de bombes de 250 ou 340 kg

Le Sud-Est SE.2410 Grognard est un prototype d'avion militaire de la Guerre froide, conçu en France par la SNCASE (Sud-est Aviation).

Conception[modifier | modifier le code]

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'armée de l'air française, sous la pression du gouvernement de l'époque, chercha à rattraper le retard accumulé dans le domaine aéronautique durant l'occupation allemande tout en garantissant l'indépendance militaire du pays. Un grand nombre d'appels d'offres furent ainsi envoyés auprès des industriels français. Ces appels d'offres furent dans la plupart des cas, lancés pour remplacer le parc d'appareils à hélice par des avions à réaction[2].

En 1948, l'Armée de l'Air fit savoir qu'elle cherchait un nouvel avion d'attaque au sol, destiné au remplacement de ses Republic P-47 Thunderbolt et des derniers Grumman F6F Hellcat encore utilisés pour ce type de missions[3]. Le cahier des charges prévoyait que le nouvel avion devait être un biréacteur, mono ou biplace, permettant l'emport de charges lourdes. L'appel d'offre fut prioritairement confié aux constructeurs nationalisés, et notamment à la SNCASE (Société nationale des constructions aéronautiques du Sud-Est), plus connue sous le nom de « Sud-Est Aviation »[2],[3].

L'ingénieur Pierre Satre de la SNCASE proposa un projet très novateur, basé sur son projet SE.2400 démarré juste à la fin de la Seconde Guerre mondiale[2]. De construction entièrement métallique, l'avion était monoplace. Il disposait d'une aile médiane en flèche accentuée et d'un train d'atterrissage tricycle classique escamotable. La particularité de l'avion résidait dans ses deux turboréacteurs Rolls-Royce Nene, construits sous licence en France par Hispano-Suiza, placés l'un au-dessus de l'autre dans le fuselage. Cette formule de turboréacteurs superposés était alors totalement inédite. La bosse des réacteurs ne laissait qu'une place limitée à l'empennage. Le pilote prenait place dans un habitacle largement vitré à l'avant de l'appareil sur un siège non éjectable[3]. Les entrées d'air se situaient au-dessus du cockpit, au niveau de l'emplanture des ailes en flèche[4], les réacteurs derrière le cockpit et l'armement dans le fuselage[5].

La SNCASE baptisa officiellement son SE.2410 du nom de « Grognard », en hommage aux soldats napoléoniens de la Grande Armée, mais à l'époque le personnel du Centre d'Essais en Vol avait déjà affublé l'avion du sobriquet moins flatteur de « bossu », du fait du positionnement de ses réacteurs[2],[3].

L'armement prévu (non monté initialement) était de deux canons Hispano-Suiza d'un calibre de 30 mm, ainsi que des bombes et des roquettes[3], ces dernières pouvant être installées dans un panier rétractable sous le ventre de l'appareil (une configuration qui fut également utilisée par les Américains sur le F-86D Dog Sabre).  

Engagements[modifier | modifier le code]

Le prototype du SE.2410 fut construit après les essais d'une maquette à la soufflerie de l'ONERA de Chalais-Meudon[4].

Le prototype no 1, immatriculé « F-WFRV »[2], effectue son premier vol le [5] à Villacoublay[3].

SE.2415[modifier | modifier le code]

Un deuxième prototype fut commandé par l'Armée de l'Air, avec de nouvelles spécifications. C'était une version biplace, désigné SE.2415 Grognard II. Outre un cockpit modifié, un fuselage allongé et une aile agrandie avec une flèche moins prononcée[4], le Grognard II était doté d'un armement alourdi. Ce second prototype, immatriculé « F-WFRX » effectua son premier vol le . Des problèmes de tangage furent rapidement résolus, en augmentant la taille des stabilisateurs horizontaux[2].

Fin du programme[modifier | modifier le code]

Le plan « Air 1946 » prévoyait de se doter de 300 « Grognard » d'attaque au sol, et le plan quinquennal de 1950 prévoyait la commande de 240 « Grognard II » de chasse tous-temps[6].

Cependant le « Grognard » ne fut pas mis en production. Alors que les prototypes cumulaient les essais, l'armée de l'air modifia radicalement les spécifications de son futur appareil. Elle ne voulait plus d'appareil d'attaque au sol, mais des bombardiers « tous-temps ». L'appareil n'étant pas adaptable rapidement, le programme fut abandonné au début de 1952 et ce fut le SNCASO SO-4050 Vautour qui fut finalement commandé en série par l'armée de l'air. Ce dernier répondait à la fois aux besoins de chasseur tous-temps, d'avion d'appui tactique lourd et de bombardement classique, ce qui facilitait la production en série à partir d'une même cellule[2].

Devenir des prototypes[modifier | modifier le code]

Le SE.2410, monoplace, fut essentiellement utilisé pour des essais d'armement, et notamment dans la mise au point de missiles air-sol et air-air français, comme le Nord AS.11 ou le Matra T-10. Il fut ainsi le premier avion français à tirer un missile air-air français[2]. Finalement il arrêta de voler à partir du début de l'année 1954[3] et mis au rebut.

Le SE.2415, biplace, fut principalement utilisé comme appareil d'entraînement des futurs pilotes d'essai, cependant rarement, car l'avion était particulièrement gourmand en carburant et assez fragile[3]. C'est dans ce cadre qu'il fut définitivement endommagé suite à un atterrissage sur le ventre. Sa carrière continua cependant un temps, avec une cellule servant de cible sur le champ de tir de Bourges[2]

Par la suite, seule la Royal Air Force se dota d'un intercepteur propulsé par deux réacteurs superposés : l'English Electric Lightning, qui fut très réussi et aussi exporté vers la Royal Saudi Air Force[3]. Tous les autres projets de biréacteur avec les réacteurs dans le fuselage les placèrent de façon juxtaposée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Green et Pollinger 1955, p. 174
  2. a, b, c, d, e, f, g, h et i d9pouces, « Sud-Est SE-2410 Grognard », sur AviationsMilitaires, .
  3. a, b, c, d, e, f, g, h et i Arnaud, « SUD-EST SE.2410 GROGNARD », sur Avions Legendaires.net, .
  4. a, b et c « Sud-Est SE-2410 Grognard ».
  5. a et b « SUD-EST 2410 / 2415 "GROGNARD" », .
  6. Christian Malis, « Pierre Gallois, stratège de l'arme aérienne. Du Halifax au Mirage IV », Penser les Ailes Françaises, no 9,‎ , p. 39.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) William Green et Gerald Pollinger, The Aircraft of the World, Londres, McDonald,