SMS Thüringen

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SMS Thüringen
Esquisse en noir et blanc d'un navire de guerre vu depuis tribord
Schéma utilisé par la Royal Navy pour représenter les navires de la classe Helgoland.
Type Cuirassé
Classe Helgoland
Histoire
A servi dans War Ensign of Germany (1903-1918).svg Kaiserliche Marine
Chantier naval AG Weser (Brême)
Quille posée 2 novembre 1908
Lancement
Commission 10 septembre 1911
Statut Coulé comme navire-cible en 1921
Équipage
Équipage 42 officiers et 1071 hommes
Caractéristiques techniques
Longueur 167, 20 m
Maître-bau 28, 50 m
Tirant d'eau 8, 94 m
Déplacement 22.808 tjb
Propulsion 3 machines à vapeur à triple expansion (15 chaudières)
Puissance 28.000 cv
Vitesse 20, 50 nœuds
Caractéristiques militaires
Blindage ceinture = 300 mm
pont = 63 mm
barbette = 300 mm
tourelle = 300 mm
passerelle = mm
Armement Principal :
6 × 2 canons de 305 mm (en tourelle)
Secondaire :
14 × 1 canons de 150 mm (en casemate)
14 canons de 88 mm (dont 2 en anti-aérien)
6 Tubes Lance-torpille(500 mm)
Rayon d'action 5 500 milles marins (10 186 km) à 10 nœuds (18,5 km/h)
3 150 tonnes de charbon

Le SMS Thüringen est un cuirassé allemand de classe Helgoland et de type dreadnought qui a participé, au sein de la Kaiserliche Marine, à plusieurs batailles navales durant la Première Guerre mondiale. Son équipage fut impliqué dans les mutineries de Kiel dans les derniers jours d'octobre 1918. Attribué à la France après la défaite allemande, il a servi de cible près de Lorient où son épave est toujours visible.

Conception[modifier | modifier le code]

Le SMS Thüringen est un cuirassé de la classe Helgoland. Cette classe est une amélioration de la classe Nassau de 1907, les premiers dreadnoughts allemands. Il s'agissait de construire des navires de ligne possédant une grande puissance de feu combinée à un fort blindage tout en gardant une bonne vitesse. Quatre navires de cette classe ont été construits : les Helgoland, Ostfriesland, Thüringen et Oldenburg. Lors de leur lancement ces navires sont les plus modernes de la flotte allemande. Cependant ils sont encore propulsés par des machines à vapeur alternatives à triple expansion[1] en raison des réticences de l'Amiral Alfred Von Tirpitz et du département de la construction navale envers les turbines qu'ils jugent insuffisamment au point[2]. Cette particularité les rend un peu plus lents que leurs homologues anglais qui ont déjà adopté cette nouvelle mécanisation[3].

Le SMS Thüringen est mis sur cale le 2 novembre 1908 et lancé le 1er juillet 1911 par les chantiers AG Weser de Brême. Il est mis en service le 10 septembre 1911.

Caractéristiques techniques[4][modifier | modifier le code]

Le SMS Thüringen déplaçait 24 700 tonnes à pleine charge. De l'avant à l'arrière, le SMS Thüringen mesurait 167, 20 mètres, pour une largeur de 28, 50 mètres et un tirant d'eau de 8, 94 mètres.

Le SMS Thüringen était propulsé par 3 machines alternatives à triple expansion (4 cylindres par machine) alimentées par 15 chaudières. La puissance totale atteignait 28 000 cv. Sa vitesse de pointe était de 20, 50 nœuds.

L'armement était composé de 12 canons de 305 mm en tourelles doubles, 14 pièces de 150 mm à tir rapide en tourelles simples, 14 pièces de 88 mm à tir rapide en casemate dont deux en anti-aérien ainsi que de 6 tubes lance torpilles.

Blindage : La ceinture de blindage de 3 mètres de haut accusait une épaisseur de 300 mm au maximum. La même épaisseur protégeait les tourelles. Le blindage sur le pont était de 63 mm.

Histoire du navire[modifier | modifier le code]

La carrière militaire[modifier | modifier le code]

Le SMS Thüringen est affecté à la 1re escadre de la Hochseeflotte (flotte de haute mer) dès sa mise en service[1].

Quand la guerre éclate en 1914, Allemands et Anglais hésitent à engager leurs précieux super cuirassés[5]. Le SMS Thüringen ne participe qu’à des actions mineures comme en avril 1916[1] lors du bombardement de Yarmouth et de Lowestoft. C'est à la bataille du Jutland qu’il jouera un pleinement son rôle. À la tombée de la nuit le 31 mai 1916 les deux flottes belligérantes se sont perdues de vue en raison d'une mauvaise visibilité. Le croiseur-cuirassé anglais HMS Black Prince a perdu le contact avec le reste de sa flotte[5]. Le 1er juin à 2h 00 du matin, Le SMS Thüringen surprend dans ses puissants projecteurs le navire anglais[6] et lui envoie de terribles salves de 305 mm. Le HMS Black Prince est rapidement réduit à l’état d’épave[7]. Ensuite plusieurs autres unités de la Hochseeflotte rejoignent le SMS Thüringen pour l'hallali. Touché dans ses soutes à munitions le HMS Black Prince saute et coule avec tout son équipage[8].

La plus grande bataille navale de l'histoire s'est soldée par une certaine confusion, chacun des belligérants affirmant sa victoire. Mais les Allemands avaient constaté que leur flotte ne pourrait jamais dominer celle de la Grande-Bretagne[9]. Pendant le reste de la guerre le SMS Thüringen comme tous les autres navires allemands restera confiné dans sa base navale[9], hormis quelques actions mineures en août et octobre 1916 en Mer du Nord ainsi que des opérations le long des côtes norvégiennes près de Stavanger en avril 1918 toujours sans grand résultat.

La mutinerie de 1918[modifier | modifier le code]

Alors que des négociations sont en cours pour un armistice, le 24 octobre 1918 l’amiral Scheer décide « un dernier combat naval décisif de la Flotte allemande contre la Royal Navy, quand bien même ce serait un duel à mort[10]». Cette action était censée influer sur les négociations en appuyant l'armée des Flandres sur les côtes et obtenir de meilleures conditions de cession de la Flotte allemande. L'ordre d'appareiller est donné dans la nuit du 29 octobre aux navires mouillés à Wilhemshaven parmi lesquels figure le SMS Thüringen. Mais les équipages fatigués par la guerre ne veulent pas de ce qu'ils considèrent comme un sacrifice inutile de leurs vies[11]. Les marins désertent en masse. À bord du SMS Thüringen les chauffeurs mettent bas les feux des chaudières paralysant le cuirassé. Le 31 octobre le sous-marin U-135 se positionne face au SMS Thüringen pointant ses tubes lance-torpilles sur lui tandis les torpilleurs SMS B110 et SMS B112 accostent le cuirassé. Deux cents fusiliers marins abordent pour ramener l'ordre. Mais les mutins du SMS Helgoland mouillé à proximité pointent leurs canons sur le sous-marin. Finalement 350 matelots du SMS Thüringen et 150 du SMS Helgoland sont arrêtés et débarqués[11]. La mutinerie gagne Kiel et l'opération de l'amiral Scheer est annulée.

La fin du SMS Thüringen[modifier | modifier le code]

Après l’Armistice de 1918 le SMS Thüringen ne fait pas partie des unités qui doivent se rendre à la base navale britannique de Scapa Flow. Il est autorisé à rester à Wilhemshaven où il sert de caserne flottante[1].

En vertu du traité de Versailles en 1919 il est attribué à la France au titre des réparations des dommages de guerre[12].

En avril 1920 il appareille pour Brest avec un équipage allemand. Ce dernier tente de le saborder et la Marine nationale est obligée d'envoyer deux remorqueurs pour le maintenir à flot[1]. Le convoi est détourné vers Cherbourg le port le plus proche où l'équipage allemand est débarqué. Pendant son séjour dans le port normand le sort du SMS Thüringen est fixé : il doit servir de cible aux salins d'Hyères près de Toulon pour les exercices de l'artillerie côtière et pour l'étude de la propagation du feu lors de l'éclatement des obus. Mais les marins français maîtrisent mal les machines sur lesquelles toutes les indications sont écrites en allemand et qui sont différentes de celles dont ils ont l'habitude[13]. Pour ce motif et aussi pour des raisons d'économie la destination finale du SMS Thüringen est alors modifiée[11].

En février 1921, tiré par deux remorqueurs il arrive à Brest où ses tourelles sont enlevées. Les mêmes remorqueurs l’emmènent ensuite au sud de Lorient où il est mouillé au large de la plage de Gâvres, pour servir de cibles au centre d’essai d’artillerie de la Marine nationale. Plusieurs campagnes de tir ont alors lieu. Elles abîment beaucoup l'ancien cuirassé. Brisé en deux, au final il est échoué près du rivage puis vendu à la société Ouest Métaux qui le découpe avec des chalumeaux pendant plusieurs années[11].

L'épave du SMS Thüringen[modifier | modifier le code]

Les ferrailleurs n’ont pas fait entièrement disparaître le cuirassé. L’épave repose toujours à 300 mètres devant la plage de Gâvres par moins de dix mètres de fond à marée basse[13]. Cette épave est répertoriée par le SHOM sous le n° 14573.099. Elle est facilement repérable à marée basse quand le dessus des machines émerge[14]. L'épave est visitée tant par les plongeurs en scaphandre que par les plongeurs en apnée. Elle n'est plus qu'un fatras de tôles[13] qui ne restitue pas la silhouette du cuirassé, mais qui sert de refuge à une faune nombreuse. Seules les machines encore debout ont conservé leur aspect d'origine. Leurs bielles hautes de plusieurs mètres[14] perpétuent le souvenir des marins qui les ont servi pendant la bataille du Jutland... ainsi que celui de ceux qui n'ont pas voulu les mettre en marche lors des mutineries de Wilhemshaven et de Kiel.

Sur les sites de plongeurs ainsi que sur you tube de nombreuses photos et vidéos de l'épave du SMS Thuringen sont visibles (voir les liens dans sources).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e « thuringen », sur greec.free.fr (consulté le 6 janvier 2019)
  2. « Thuringen »
  3. (de) Holger H. Herwig,, 'Luxury' Fleet : The Imperial German Navy 1888-1918,, New York, Humanity Books,, (ISBN 978-1-57392-286-9), pages 59, 60
  4. [http://www.german-navy.de/hochseeflotte/ships/battleships/thuringen/tech.html « Th�ringen Technical Data »], sur www.german-navy.de (consulté le 6 janvier 2019)
  5. a et b « Thüringen Le géant abordable », sur Subaqua (consulté le 6 janvier 2019)
  6. (en) « Black Prince Cruiser », sur Wreck site
  7. (en-US) « HMS BLACK PRINCE », sur The Battle of Jutland - Centenary Initiative (consulté le 6 janvier 2019)
  8. « HMS Black Prince at the Battle of Jutland - Lives of the First World War », sur livesofthefirstworldwar.org (consulté le 6 janvier 2019)
  9. a et b « 31 mai 1916 : la terrible bataille navale du Jutland – Les guerres d'hier au jour le jour » (consulté le 6 janvier 2019)
  10. Texte original : letzte Entscheidungsschlacht (...) auch wenn sie ein Todeskampf wird.
  11. a b c et d Rédaction, « Epave : le triste destin du Thüringen », sur Plongée Infos, (consulté le 6 janvier 2019)
  12. « Cuirassé SMS Thüringen - Militär Wissen » (consulté le 6 janvier 2019)
  13. a b et c [http://limouz1.free.fr/sites_plongee/epaves/cuirasse_thuringen.htm « Cuirass� Thuringen »], sur limouz1.free.fr (consulté le 6 janvier 2019)
  14. a et b « Epave cuirassé à vapeur allemand Thuringen Gavre. Lorient », sur plongepave.e-monsite.com (consulté le 6 janvier 2019)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • John Campbell, Analyse des combats Londres, Conway Maritime Press, 1998 (ISBN 978-1-55821-759-1)
  • (en) Robert Gardiner et Randal Gray, Conway's All the World's Fighting Ships (1906-1921), [détail de l’édition]
  • Eric Gröner, Navires de guerre allemands 1815 - 1945, Annapolis Naval Institute Press, (ISBN 978-0-87021-790-6), (OCLC 22101769)
  • Reinhard Scheer Flotte de haute mer de l'Allemagne dans la Première Guerre mondiale, Cassell and Company, 1920, OCLC 2765294.
  • Paul G Halpern, Une histoire navale de la Première Guerre mondiale, Annapolis Naval Institute Press 1995, (ISBN 978-1-55750-352-7), (OCLC 57447525)
  • (en) Holger H. Herwig, 'Luxury' Fleet : The Imperial German Navy 1888-1918, New York, Humanity Books, (1re éd. 1980) (ISBN 978-1-57392-286-9)
  • Jean Louis Maurette Naufrages en pays de Lorient Editions Scyllias (ISBN 9782955218914).
  • Jean Louis Maurette, Thüringen le géant abordable, article paru dans la Revue Subaqua n° 271 de février 2017
  • François-Emmanuel Brézet, Le Jutland, 1916 : la plus formidable bataille navale de tous les temps, Paris, Economica, coll. « Campagnes et stratégies » (no 1), 2011, 2e  éd. (1re  éd. 1992), 140 p.  (ISBN 978-2-7178-6048-1).
  • Edmond Delage, Le Drame du Jutland, Paris, Grasset, 1929, 233 p. .
  • Jean Yves Delitte, Les Grandes Batailles Navales JUTLAND éditions Glénat 2017 (ISBN 978-2-344-01134-8)
  • Yves Gladu, 200 belles plongées en Atlantique. Revue Océans numéro hors série 74 B 1979

Sites internet[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • DEU Helgoland - site navalhistory.flixco.info (caractéristiques techniques) [archive]
  • Helgoland class - site worldwar1.co.uk [archive]
  • Helgoland - site german-navy.de [archive]
  • site Kaiseliche Marine [archive]
  • Classe Helgoland - site battleships-cruisers.co.uk [archive]