Le titre de cette page ne peut être modifié.

Séraphine de Senlis

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Louis et Senlis.
Séraphine de Senlis
Séraphine de Senlis (cropped).jpg

Séraphine de Senlis dans son atelier.

Naissance
Décès
Nom de naissance
Séraphine Louis
Nationalité
Activité
Formation
Mouvement
Père
Antoine Frédéric Louis (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Victorine Adeline Julie Maillard (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Séraphine Louis dite Séraphine de Senlis, née à Arsy (Oise) le et morte le à Villers-sous-Erquery (Oise), est une artiste peintre française dont l'œuvre est rattachée à l'art naïf.

Autodidacte, d'origine très modeste et morte dans la misère, elle s'est inspirée d’images pieuses de tradition catholique. Ses motifs décoratifs répétés, ses tableaux gorgés de lumière et de couleurs, sont parfois interprétés comme le reflet de son état psychique (« extase »)[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Acte de naissance de Séraphine Louis, dite Séraphine de Senlis, née le à Arsy (Oise), archives départementales de l'Oise.

Origine familiale[modifier | modifier le code]

Séraphine Louis est née à Arsy, petite commune de l'Oise, près de Compiègne, le [2]. Son père était manouvrier[3] et sa mère venait d'une famille de paysans[4] ,[5]. Elle perd sa mère le jour de son premier anniversaire[5], et son père, remarié, meurt alors qu'elle n'a pas tout à fait sept ans[3] ; elle est alors recueillie par sa sœur aînée.

Très jeune, Séraphine Louis travaille comme bergère, puis, à partir de 1881, en tant que domestique chez les sœurs de la Providence à Clermont (Oise). En 1901, elle commence à travailler comme femme de ménage dans de grandes familles bourgeoises de Senlis.

Débuts artistiques[modifier | modifier le code]

Tout en travaillant pour ces familles, Séraphine de Senlis se met à peindre à la bougie dans un grand isolement et une certaine pauvreté et se lance, petit à petit, dans l'établissement d'un œuvre considérable.

Alors qu'il rend visite à des familles bourgeoises de la région de Senlis, le collectionneur d'art allemand Wilhelm Uhde, installé dans cette ville en 1912, découvre ses peintures et lui apporte son soutien. Mais il est obligé de quitter la France en août 1914, et il ne reprend contact avec Séraphine de Senlis qu'en 1927, à l'occasion d'une exposition locale à Senlis. Son aide, alors, permet à Séraphine de Senlis de peindre de grandes toiles de deux mètres de hauteur. En 1929, Uhde organise une exposition Les peintres du Cœur sacré qui permet à Séraphine d'accéder à une certaine prospérité financière qu'elle dilapide au fur et à mesure.

À partir de 1930, Wilhelm Uhde cesse d'acheter ses peintures du fait de la Grande Dépression, qui éloigne les acheteurs d'œuvres d'art, ce qui la perturbe gravement. Elle sombre alors dans la folie, et on l'interne pour « psychose chronique »[6] le à l'hôpital psychiatrique de Clermont. Elle refuse d'y pratiquer son art.

Ses œuvres sont pourtant exposées par le collectionneur Wilhelm Uhde : en 1932, à l'exposition Les Primitifs modernes à Paris ; en 1937-1938, à l'exposition Les Maîtres populaires de la réalité, à Paris, Zürich, New York (MoMA) ; en 1942, à l'exposition Les Primitifs du XXe siècle à Paris ; en 1945, à l'exposition personnelle de Séraphine de Senlis à Paris.

Décès[modifier | modifier le code]

Atteinte d'un cancer du sein et dans la misère la plus totale, Séraphine de Senlis meurt de faim[7] le dans l'annexe de l'hôpital à Villers-sous-Erquery[8], dans les dures conditions des asiles sous l'Occupation allemande[9] et dans l'indifférence générale. Son dossier médical conservé à l'hôpital de Senlis porte la mention « cueille de l'herbe pour manger la nuit ; mange des détritus[10] ».

Séraphine de Senlis est enterrée dans le carré des indigents au cimetière de Clermont[4]. Elle avait pourtant demandé dans ses dernières volontés à être enterrée dans une tombe individuelle avec la mention : « Ici repose Séraphine Louis, sans rivale, et attendant la résurrection bienheureuse »[11].

Postérité[modifier | modifier le code]

Le musée Maillol à Paris, le musée d'art de Senlis, le musée d'art naïf de Nice, le musée du Vieux-Château de Laval, le LaM à Villeneuve-d'Ascq conservent plusieurs de ses œuvres. En Allemagne, le musée Charlotte-Zander de Bönnigheim possède une vaste collection de ses œuvres[12].

La vie et l'œuvre de Séraphine de Senlis ont fait l'objet d'un film franco-belge de Martin Provost, Séraphine, sorti en 2008, avec l'actrice belge Yolande Moreau dans le rôle de l'artiste. Très proche de la réalité et conforme aux biographies de la peintre (ce qui lui valu un procès pour plagiat[13]), ce film contribua un peu plus à sa notoriété.

L'art de Séraphine de Senlis[modifier | modifier le code]

Séraphine de Senlis préparait elle-même ses couleurs de façon rudimentaire, mais soignée. Elle n'en a jamais véritablement dévoilé la composition mais, suite à une expertise des toiles, il a été établi qu'elle avait recours à de la peinture Ripolin qu'elle mélangeait à d'autres produits (thèse reprise dans le film). Plus tard, un peu plus riche, grâce à l'aide de Wilhelm Uhde, elle a utilisé du vernis. Fait remarquable, ses pigments posent assez peu de problèmes de conservation[14]. Ses peintures ont un aspect mat, presque ciré. Parfois, la signature est gravée au couteau, révélant une sous-couche de couleur contrastée. Il semble qu'elle ait signé ses peintures avant de les peindre[14].

Ses tableaux comportent presque tous, dans le quart inférieur, une zone qui semble représenter un autre ordre que le reste de l'image : les fruits et les fleurs continuent à s'épanouir dans cette région mais d'autres éléments, des herbes ou des feuilles plus sombres, invitent à interpréter cet espace comme une sorte de souterrain inconscient où tout s'enracine. Ce principe de composition se retrouve dans de nombreuses œuvres.

Le besoin irrépressible de création fait de Séraphine de Senlis, pour reprendre les termes du conservateur du musée Maillol, Bertrand Lorquin, une artiste dévorée par « cette fameuse nécessité intérieure dont parlait Kandinsky »[15].


Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Par exemple : « Motifs et couleurs intenses traduisent les rêves et les extases de leur auteur » MAN - Musée d'Art Naïf, marginal et populaire, château d'Ensoulès, 32100 Béraut.
  2. (en) Extrait de la notice de Séraphine de Senlis dans le dictionnaire Bénézit sur le site Oxford Index. 2006, (ISBN 9780199773787).
  3. a et b Archives départementales de l'Oise. Sur son acte de mariage (30/12/1847), sur l'acte de naissance de Séraphine (03/09/1864 à 4 heures du matin, acte du même jour à midi) ainsi que sur son acte de décès (14/08/1871) Antoine Louis est dit « manouvrier ». À la naissance d'Antoine (25/04/1822 à Arsy), son père était également dit « manouvrier ».
  4. a et b Anthony Palou , « Séraphine de Senlis enfin réhabilitée », Le Figaro, 1er octobre 2008 (en ligne).
  5. a et b Sur l'acte de décès de sa mère (décès le 3 septembre 1865, acte du 04/09/1865), son père, déclarant et témoin, est dit « arquebusier ».
  6. Marianne Payot, « Séraphine Louis : l'ange au plumeau », L'Express, 25 septembre 2008, mis à jour le 1er octobre 2008 (en ligne).
  7. Marie-Jo Bonnet, Les femmes artistes dans les avant-gardes, Éditions Odile Jacob, 2006, p. 66.
  8. L'acte de décès fourni par la mairie de Clermont (et non d'Erquery, où se trouve l'annexe de Villers) indique « Le onze décembre mil neuf cent quarante deux, vingt et une heures, est décédée 2 rue des Finets, Séraphine Louis, artiste-peintre […] ».
  9. Max Lafont, L'extermination douce : la mort de 40 000 malades mentaux dans les hôpitaux psychiatriques en France, sous le Régime de Vichy, Toulouse, AREFPPI, , 255 p.
  10. Roger Darquenne, « L'extermination douce. La mort de 40 000 malades mentaux dans les hôpitaux psychiatriques en France, sous le régime de Vichy (recension du livre de Max Lafont) », Revue belge de philologie et d'histoire, vol. 68, no 4,‎ , p. 1052 (lire en ligne).
  11. Site de l'art pour tous, page sur Séraphine Louis.
  12. Jacques Bousiquier, « Séraphine de Senlis, la Césarisée au musée Maillol », sur Images du beau monde, .
  13. « Le film « Séraphine » condamné pour plagiat », sur Libération, (consulté le 26 juillet 2017).
  14. a et b « Séraphine de Senlis : un peintre au service du sacré ? », dans l'émission radiophonique Aujourd'hui l'Église le débat du 22 avril 2009 sur le site Radio Notre Dame .
  15. Présentation de l'exposition Séraphine Louis dite Séraphine de Senlis, musée Maillol, 1er octobre 2008-18 mai 2009[réf. incomplète].
  16. Pure people.
  17. Le Parisien
  18. RTBF.be.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :