Sékhemkarê Amenemhat-Senbef

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Sékhemkarê Amenemhat-Senbef
Image illustrative de l’article Sékhemkarê Amenemhat-Senbef
Sceau-cylindre portant la titulature de Sékhemkarê Amenemhat-Senbef, dessiné par Flinders Petrie[1],[2]
Période Deuxième Période intermédiaire
Dynastie XIIIe dynastie
Fonction roi
Prédécesseur Sékhemrê-Khoutaouy Amenemhat-Sobekhotep
Dates de fonction -1800 à -1796 (selon K. S. B. Ryholt)
-1783 à -1780 (selon D. B. Redford)
-1757 à -1752 (selon D. Franke) ou -1746 à -1743 (selon R. Krauss)
Successeur Nerkarê ?
Hotepibrê Qémaou-Sa-Hornedjhéritef  ?
Sehotepibrê Sousekhtaouy ?
Famille
Père Amenemhat IV ? (selon Ryholt)
Fratrie Sékhemrê-Khoutaouy Amenemhat-Sobekhotep ? (selon Ryholt)

Sékhemkarê Amenemhat-Senbef est un roi de la XIIIe dynastie dont le règne se situe vers -1800 à -1796 (selon Kim Steven Bardrum Ryholt[3]. Selon plusieurs égyptologues[4],[5], Sekhemkarê Amenemhat et lui sont deux rois différents, tandis que pour d'autres[6],[7],[8], ils ne forment qu'une seule et même personne.

Bien que, en tant que roi du début de la XIIIe dynastie, Sékhemkarê Amenemhat-Senbef ait certainement régné d'Itchtaouy dans le Fayoum, les seules attestations contemporaines de lui viennent du sud de Thèbes[9].

Attestations[modifier | modifier le code]

Sékhemkarê Amenemhat-Senbef est attesté dans la colonne 7, ligne 6 du Canon royal de Turin, où il apparaît comme Sékhemkarê [...]f[5].

Plusieurs attestations d'un (ou deux ?) roi nommé Sékhemkarê existent, il s'agit :

  • d'un sceau-scarabée de provenance inconnue,
  • de deux blocs inscrits provenant de Tôd,
  • de deux inscriptions portant sur le niveau du Nil lui sont également attribués, l'un d'Askout, daté de l'an 3, et l'autre de Semna en Nubie, daté de l'an 4[5],
  • et d'un autre document de Semna, très endommagé, daté de l'an 5, qui pourrait également lui appartenir[9].
Tête et buste de la statue au nom de Sékhemkarê Amenhemhat - Musée d'Histoire de l'art de Vienne

De plus, deux objets ont été trouvés avec des titulatures plus complètes, il s'agit :

  • d'une statue où il apparaît sous le nom de Sékhemkarê Amenhemhat et trouvée à Éléphantine en deux temps : un morceau (la tête et une partie du buste) trouvé au XIXe siècle et conservé à Vienne, un autre morceau (la partie inférieure) mis au jour au XXe siècle et aujourd'hui au Musée de la Nubie à Assouan,
  • et d'un sceau-cylindre provenant de la collection Amherst et actuellement conservé au Metropolitan Museum of Art[1] où il apparaît avec sa titulature pratiquement complète (il manque le nom d'Horus d'or) et où le nom de Sa-Rê apparaît sous la forme Amenemhat-Senbef.

La propriété des objets portant juste la mention Sékhemkarê posent questions pour certains égyptologues : certains, dont Julien Siesse[10], ne voient qu'un seul roi, d'autres, dont Kim Ryholt, y voient deux rois, l'un dont le nom de Sa-Rê est Amenemhat-Senbef, l'autre dont le nom de Sa-Rê est Amenemhat. Par exemple , l'égyptologue et archéologue Stuart Tyson Smith, qui a étudié ces documents, les a d'abord attribués à Sékhemkarê Amenemhat-Senbef[11], mais a ensuite changé d'avis et les a attribués à Sekhemkarê Amenemhat[12].

Interprétation du nom de Sa-Rê[modifier | modifier le code]

Ce roi possède un double nom de Sa-Rê. Ce type de noms a été interprété différemment selon les égyptologues :

  • selon Ryholt, les doubles noms sont des noms filiaux : l'un est le vrai nom du roi, l'autre est le nom de son père. Ainsi le roi se nommerait Senbef et aurait un père nommé Amenemhat [5] ;
  • Julien Siesse fait partie de ceux qui réfute cette hypothèse des doubles noms filiaux. En effet, il note que les doubles noms sont très courants à cette époque, que ce soit chez les particuliers ou dans la famille royale. Ce double nom est en effet un nom principal pour l'un et un surnom pour l'autre. Ils permettent de différencier les membres d'une même famille ayant le même nom principal. Dans les familles royales des différents rois de la XIIIe dynastie, plusieurs princes et princesses sont connus avec des doubles noms. Julien Siesse donne comme exemple les princes de la famille du roi Khâneferrê Sobekhotep : Sobekhotep-Djadja, Sobekhotep-Méjou et Haânkhef-Iykhernéféret[13]. Julien Siesse considère donc qu'Amenemhat-Senbef est le nom complet du roi, Amenhemhat étant le nom principal, Senbef étant le second nom.

Famille[modifier | modifier le code]

L'interprétation des noms doubles a des conséquences sur la reconstruction de la famille royale du roi Amenemhat-Senbef :

  • son double nom de Sa-Rê rappelle ceux des rois précédents et pourrait indiquer une filiation selon la théorie de Ryholt. Ainsi, Senbef serait le fils d'un Amenemhat. Ryholt a proposé qu'il soit le fils du roi d'Amenemhat IV, et également le frère de Sekhemrê-Khoutaouy Amenemhat-Sobekhotep[5],[9],
  • selon ceux qui s'opposent à cette théorie des doubles noms filiaux, aucun élément concret ne permet de relier le roi à d'autres personnes si ce n'est qu'il y avait peut-être plusieurs Amenemhat dans la famille d'Amenemhat-Senbef. Il était donc peut-être lié familialement à ses prédécesseurs chez lesquels plusieurs Amenemhat sont présents, mais sans pour autant connaître exactement la nature de ces liens[13].

Identité[modifier | modifier le code]

Il y a un débat entre égyptologues sur la question de savoir si Sékhemkarê Amenemhat-Senbef est ou non le même roi que Sekhemkarê Amenemhat.

Point de vue de deux rois distincts[modifier | modifier le code]

Le nom de Sa-Rê complet du roi étant Amenemhat-Senbef, il a été interprété par Ryholt comme étant un nom filial : Senbef serait son nom et Amenemhat le nom de son père. Ainsi, il ne pourrait pas être identique au roi de la statue d'Éléphantine dont le nom de Sa-Rê est simplement Amenemhat[5],[9]. Ryholt, mais aussi Baker, voient donc Sékhemkarê Amenemhat-Senbef et Sékhemkarê Amenemhat comme deux souverains différents, une opinion également partagée par Jürgen von Beckerath. Ryholt pense également que Sékhemkarê Amenemhat serait attesté sur le Canon royal de Turin en tant que roi distinct de Sékhemkarê Amenemhat-Senbef car le troisième roi de la dynastie selon le papyrus se nomme Amenemhatrê (le -Rê étant probablement une erreur de copie).

Ryholt et Baker affirment en outre que les règnes d'Amenemhat-Senbef et d'Amenemhat ont été séparés par le règne éphémère de Nerkarê[5],[9], tandis que von Beckerath pense que c'est Sekhemrê-Khoutaouy Paentjeny qui a régné entre les deux[4],[14].

Point de vue d'un seul et même roi[modifier | modifier le code]

À l'opposé, Detlef Franke, Stephen Quirke, Claude Vandersleyen et Julien Siesse pensent que Sékhemkarê Amenemhat-Senbef et Sekhemkarê Amenemhat sont une seule et même personne [10],[7],[8]. Franke et d'autres considèrent Amenemhat-Senbef comme un double nom. En effet, la double dénomination était courante en Égypte et surtout à la fin de la XIIe et pendant la XIIIe dynastie[15],[13]. Julien Siesse ajoute que le troisième nom du Canon royal de Turin, Amenemhatrê, se réfère, non pas à l'hypothétique Sekhemkarê Amenemhat distinct, mais à Amény-Qémaou, Amény étant le diminutif du nom Amenemhat. En effet, Siesse argumente que le quatrième nom sur le papyrus, Séhotepibrê, se rapporte à Hotepibrê Qémaou-Sa-Hornedjhéritef, fils d'Amény-Qémaou. Il associe d'ailleurs Amény-Qémaou à Nerkarê, et rejoint donc Ryholt sur ce point en faisant de ce roi le successeur Sékhemkarê Amenemhat-Senbef.

Titulature[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Cylinder seal of Amenemhat Senbef at the MET Museum.
  2. William Matthew Flinders Petrie, Scarabs and cylinders with names (1917), available copyright-free here, pl. XVIII.
  3. ou -1783 à -1780 (selon D. B. Redford), -1757 à -1752 (selon Detlef Franke) ou -1746 à -1743 (selon R. Krauss)
  4. a et b Jürgen von Beckerath, Chronologie des Pharaonischen Ägypten, Mayence, Éditions Philipp von Zabern, , 244 p. (ISBN 3-8053-2310-7)
  5. a b c d e f et g Kim Steven Bardrum Ryholt, The Political Situation in Egypt during the Second Intermediate Period, c.1800-1550 BC, Carsten Niebuhr Institute Publications, vol. 20. Copenhagen, Museum Tusculanum Press, 1997.
  6. Julien Siesse, Throne Names Patterns as a Clue for the Internal Chronology of the 13th to 17th Dynasties (Late Middle Kingdom and Second Intermediate Period), GM 246, 2015, p. 75-98.
  7. a et b Detlef Franke, Zur Chronologie des Mittleren Reiches (12.-18. Dynastie) Teil 1 : Die 12. Dynastie, in Orientalia 57 (1988)
  8. a et b [1] New arrangement of the 13th dynasty, on digital Egypt.
  9. a b c d et e Darrell D. Baker, The Encyclopedia of the Pharaohs : Volume I : Predynastic to the Twentieth Dynasty 3300–1069 BC, Stacey International, , 587 p. (ISBN 978-1-905299-37-9), p. 457–458
  10. a et b Siesse 2019, p. 59-60
  11. Stuart Tyson Smith, Askut and the Role of the Second Cataract Forts, in JARCE, vol XXVII.
  12. Stuart Tyson Smith, Askut in Nubia: The Economic and Ideology of Egyptian Imperialism in the Second Millenium B.C., Kegan Paul International, London and New York
  13. a b et c Siesse 2019, p. 65-66
  14. Jürgen von Beckerath, Untersuchungen zur politischen Geschichte der Zweiten Zwischenzeit in Ägypten, Glückstadt, 1964.
  15. Stephen Quirke, « In the Name of the King: on Late Middle Kingdom Cylinders », dans : Timelines, Studies in Honour of Manfred Bietak, Leuven, Paris, Dudley, MA. (ISBN 90-429-1730-X), p. 263-264.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Julien Siesse, La XIIIe dynastie : Histoire de la fin du Moyen Empire égyptien, Paris, Sorbonne Université Presses, coll. « Passé Présent », (ISBN 9791023105674)

Liens externes[modifier | modifier le code]