Séisme de 1985 à Mexico

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Séisme de 1985 à Mexico
Date à 7h19, heure locale
Magnitude 8,2
Intensité maximale
Épicentre 18° 11′ nord, 102° 32′ ouest
Régions affectées Mexico, Mexique
Victimes env. 10 000 morts, env. 30 000 blessés

Géolocalisation sur la carte : Mexique

(Voir situation sur carte : Mexique)
Séisme de 1985 à Mexico

Le séisme de 1985 à Mexico eut lieu le , à h 19 heure locale. Il a provoqué environ 10 000 morts et 30 000 blessés et des dégâts monstrueux.

Le , à h 19 (heure locale), Mexico est frappée par un tremblement de terre de magnitude 8,2 sur l'échelle de Richter. L'épicentre du séisme était situé à 350 km au large de la côte pacifique du Mexique, dans la plaque de Cocos.

Mexico est alors victime de plusieurs secousses sismiques, d'amplitudes variables. L'amplitude importante des tremblements de terre à Mexico est due à l'emplacement de la ville sur la tectonique des plaques, la plaque des Cocos est une petite plaque tectonique qui s'enfonce sous la grande plaque nord-américaine. Le centre de Mexico a en outre été construit sur d'anciens lacs, dont le lac de Texcoco et trois autres plus petits. Le fond de ces lacs était recouvert d'immenses dépôts de boue : l'asséchement des lacs au cours des siècles a laissé une gigantesque masse de boue de plusieurs mètres de hauteur, particulièrement sensible aux ondes sismiques.

Ruines de l'hôpital général.

Les conséquences[modifier | modifier le code]

Démographiques[modifier | modifier le code]

Le séisme de 1985 a été un coup de massue : un bilan officiel sera d'environ 10 000 morts et 50 000 blessés, alors que le chiffre de 30 000 pertes humaines est aujourd'hui attesté[1]. En outre, plus de 50 000 immeubles sont détruits.
Évaluer l'ampleur des pertes humaines et des dégâts matériels sur l'ensemble du territoire national pour les autorités mexicaines s'avéra difficile sachant que la capitale se trouvait à 350 km de l’épicentre.

Les pertes en bâtiments publics sont les plus lourdes : les bâtiments hospitaliers et scolaires sont les plus touchés ainsi que les ministères. Les grands hôtels du centre de la capitale ainsi que les hôpitaux ont donné un plus grand nombre de victimes en raison de leur grande fréquentation au moment de la catastrophe, contrairement aux écoles et aux entreprises. Pour les écoles, on évalue à 500 000 le nombre d'élèves qui se sont retrouvés sans lieu pour étudier. En novembre 1985, 200 000 et en février-mars 1986 seulement la totalité des élèves ont retrouvé une école. Au bout de deux ans, les chantiers hospitaliers ne sont pas terminés car plus coûteux à reconstruire.

Les destructions des bâtiments d'entreprises privées atteignent un peu plus de la moitié de celles des édifices publics[1]. Les grands immeubles construits plus récemment comme les banques et ceux de la Compagnie pétrolière nationale ont été épargnés[2]. Les bâtiments de hauteur intermédiaire (6 à 15 niveaux) sont ceux qui se sont montrés les plus vulnérables vis-à-vis de la secousse. Pour le bâtiment, les chiffres officiels font état de 412 immeubles totalement détruits et 3 124 partiellement endommagés[3].

Pour les immeubles d'habitations, on évalue financièrement moins de 25 % des destructions et par conséquent, 100 000 logements inutilisables ou détruits, ce qui aurait affecté 500 000 personnes. Durant l'hiver 1985-1986, 30 000 personnes auraient été accueillies par les foyers d'accueil et 12 000 personnes auraient continué à vivre dans des campements installés à proximité de leurs anciens logements jusqu'au printemps 1987. Les autres auraient bénéficié d'un appartement construit par le secteur public ou auraient utilisé leurs propres moyens pour reconstruire ou retrouver un logement. Jusqu'en mai 1987, 40 000 logements ont été construits[1].

Politiques[modifier | modifier le code]

Le gouvernement de Miguel de la Madrid est sorti très affaibli par cet évènement. En effet, le président mexicain avait bien prévu le plan DN 13 qui consistait à faire intervenir les forces armées pour secourir la population en cas de sinistre. Ce plan n’a pourtant pas été exécuté au moment du séisme, l’armée ayant été déployée beaucoup plus tard après les secousses. Celle-ci a aussi perdu beaucoup de sa popularité. Cependant, soucieux de rassurer l'opinion publique, le gouvernement a réquisitionné cinquante mille fonctionnaires fédéraux pour aider aux secours ou les mener[4]. Par ailleurs, les habitants de la capitale jugèrent que la règlementation des constructions n'était pas assez respectée, ce qui a été validé par des experts en construction[3]. Des associations de sinistrés se sont en effet organisées et ont constitué des groupes de pression face aux pouvoirs publics[1]. En raison de cette suspicion de corruption au sein des organismes qui auraient dû faire appliquer cette réglementation, une commission parlementaire s'est proposée de déterminer le degré de responsabilité de certains constructeurs privés, de promoteurs et de fonctionnaires[5].

Une commission nationale de la reconstruction et six comités auxiliaires sont mis en place le par le président mexicain pour en finir avec un centralisme excessif et faire participer le secteur privé à la reconstruction. Le gouvernement décide d'exproprier 250 hectares dans environ 70 quartiers de la ville pour reconstruire mais se heurte au refus des associations de locataires qui exigent que leurs membres soient relogés dans le même quartier[6]. Le gouvernement a par ailleurs entrepris un certain nombre de démarches auprès du FMI de la Banque mondiale pour reporter le paiement des intérêts de sa dette[3].

Juridiques[modifier | modifier le code]

L'enquête qui a suivi le tremblement de terre a établi que la quasi-totalité des bâtiments détruits étaient de construction récente, de moins de 30 ans[7] et présentant des structures inadéquates. En cause : l'absence de norme pour réguler les constructions, avec la corruption concernant l'émission des permis de construction et une planification déficiente dans l'exécution des ouvrages. Plusieurs structures plus anciennes, construites entre le XVIe et le XXe siècle, résisteront, comme la Cathédrale Métropolitaine de Mexico, le Palais national et le bâtiment abritant le Nacional Monte de Piedad.

En dépit des preuves, dans la plupart des cas, aucune procédure pénale n'a été ouverte contre les responsables de ces actes de négligence[7]. Particulièrement grave est le cas de la compagnie de construction d'état (CAPFCE) chargée de l'édification des écoles, et dont les dirigeants restent impunis malgré le nombre élevé de dégâts et de victimes.

Économiques[modifier | modifier le code]

Le FMI aurait été le premier à proposer aux autorités locales un prêt d’urgence au lendemain de la première secousse alors qu'il avait refusé quelques heures auparavant au Mexique les crédits pour honorer sa dette mais ce, en raison des conditions de l’emprunt[8]. Le drame survient lorsque le pays connaît de graves difficultés économiques : une dette de 96 milliards de dollars, une inflation qui atteint presque les 60 % et un tourisme moins florissant[3] Cette crise avait fait diminuer le pouvoir d’achat de 40 % à 50 % en seulement trois ans[2].

Après le séisme, il y a eu coupure de toute communication pendant près de 24 heures dans tous les centres d'activités économiques[9]. La catastrophe force au chômage nombre de personnes qui avaient un emploi dans tous les secteurs d'activités[10]. Les bureaux sont inaccessibles ou fermés pour cause d'incertitude sur la solidité des immeubles qui les abritent. Beaucoup d'usines tournent au ralenti, les ouvriers étant en ville lors du sinistre[4]. Le réseau de distribution d'eau ne fonctionne qu'à 60 %. C'est le sud de la ville qui est principalement affecté par les ruptures de canalisations. Dans les télécommunications, les télex et le téléphone urbain sont rétablis à 95 %, les liaisons téléphoniques avec la province se situent à 20 % de leur capacité antérieure et à 5 % seulement pour les communications internationales[3].

Le Mexique refuse du matériel lourd de Washington, de l’aide d’Espagne mais accepte l’aide de la France qui envoie des tonnes de médicaments[4]. Selon l'ambassadeur américain à Mexico M. John Gavin, 4 milliards de dollars seraient nécessaires la reconstruction de la ville (reconstruction, rétablissement du réseau de distribution d'eau, nouveaux standards de télécommunications, etc.), un chiffre qui est contesté par le gouvernement mexicain[3].

Autres villes[modifier | modifier le code]

Le séisme a également particulièrement touché les États de Guerrero, de Michoacan, le sud de l'État de Jalisco[9]. Pour ce dernier, aucune autorité n'a su réagir face au drame. Les chiffres officiels indiquent que le séisme a blessé 750 personnes et occasionné 36 décès. Le séisme a aussi détruit 5 900 logements particuliers et en a laissé 21 000 endommagés[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Claude Bataillon, « Tremblement de terre de Mexico : bilan du moyen terme », Revue de géographie de Lyon,‎
  2. a et b Bruno Frappat, « Des milliers de victimes dans des quartiers en ruine », Le Monde,‎
  3. a, b, c, d, e et f D.Hautin Guiraut, « Une ville plus grande que sa tragédie », Le monde,‎
  4. a, b et c Bruno Frappat, « Mexico en état de choc », Le Monde,‎
  5. « Le compte des morts et des fautes », sur lemonde.fr
  6. Denis Haut-Guiraut, « Le gouvernement sort très affaibli de l'épreuve », Le Monde,‎
  7. a et b "No sin nosotros": los días del terremoto 1985-2005 (ISBN 9684116411)
  8. « Le FMI invite le Mexique à bénéficier d'un prêt de secours », Le Monde,‎
  9. a et b « tremblement de terre meurtrier au mexique », sur perspective.usherbrooke.ca
  10. Bruno Frappat, « Réplique de la peur », Le monde,‎
  11. (es) « Ciudad Guzmán, la otra herida del sismo de 1985 »

Article connexe[modifier | modifier le code]