Ségrégation en Irlande du Nord

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Un mur de plus de 5 mètres de haut sépare deux quartiers de Belfast. Un poste de police fortifié se trouve sur la droite de l'image.

La ségrégation en Irlande du Nord désigne la séparation et les inégalités dans tous les domaines de la vie quotidienne entre les différentes communautés protestante et catholique. Elle a longtemps été une volonté politique. De forts différends politiques, religieux et ethniques ont opposé la minorité catholique, majoritairement d'origine irlandaise, républicaine ou nationaliste, à la majorité protestante, descendant des planteurs anglais et écossais, unioniste ou loyaliste. Elle est souvent considérée comme une cause et une conséquence du conflit nord-irlandais, et depuis les accords du Vendredi Saint, le processus de paix vise à lutter contre cette ségrégation.

Découpage électoral[modifier | modifier le code]

Article connexe : Gerrymandering.

Les six comtés qui constituent l'Irlande du Nord sont découpés à sa fondation de manière à permettre la victoire des partis unionistes, même dans les zones où les catholiques sont majoritaires[1]. Trois types d'élections avaient cours en Irlande du Nord avant les réformes des années 1970 : un système presque démocratique pour celles du Parlement du Royaume-Uni, un système censitaire pour les élections locales et un système où seuls avaient le droit de vote les propriétaires d'entreprise et leurs épouses pour celles du Parlement d'Irlande du Nord[2]. Face aux tentatives sécessionnistes de certains conseils municipaux nationalistes, la représentation proportionnelle est abolie en 1922 par le Premier ministre James Craig, renforçant l'Ulster Unionist Party. A Derry, 10 000 catholiques ne sont représentés que par 8 sièges au conseil municipal, tandis que 7 500 protestants en possèdent 12[3].

Le scrutin à vote unique transférable est utilisé depuis 1998 pour l'élection des membres de l'Assemblée d'Irlande du Nord, ce qui permet aux nationalistes, unionistes, et autres partis politiques d'avoir une représentation. L'exécutif d'Irlande du Nord comporte obligatoirement un membre de chaque communauté, afin de permettre le partage du pouvoir.

Logement[modifier | modifier le code]

La distribution des logements sociaux étant confiée aux conseils locaux, la population protestante en profite plus, du fait du système électoral favorisant les unionistes[4]. En 1969, 57 des 68 conseils municipaux sont à majorité unioniste. Cette discrimination permet d'augmenter, grâce au système censitaire, le nombre d'électeurs de l'Ulster Unionist Party[5].

En 2017, 90 % des logements sociaux sont toujours habités par des membres d'une seule communauté[6].

Emploi[modifier | modifier le code]

Le chômage, jusqu'au Fair Employment Act de 1976 et 1989, touche plus durement la population catholique, parfois au double de la population protestante. La majorité des gros employeurs étant protestants, il existe une forte discrimination à l'embauche[4]. Le gouvernement d'Irlande du Nord lui-même soutient ces pratiques. Ainsi Basil Brooke, alors ministre de l'Agriculture, dit en 1934 : « Je recommande à ceux qui sont loyalistes de ne pas employer des catholiques romains, 99 % d'entre eux sont déloyaux. »[7]. Jusqu'à l'application du Direct Rule en 1972, une forte discrimination règne aussi dans l'administration. Ainsi en 1959, seuls 6 % des fonctionnaires sont catholiques[8]. En 1934, aucun d'entre eux ne possède une haute charge civile[4].

En 2011, le taux de chômage des catholiques était de 9 %, contre 6 % chez les protestants[9], mais en 2015 ces chiffres étaient les mêmes à 6 %[10].

Éducation[modifier | modifier le code]

Les écoles publiques, gérées par l'État, sont largement protestantes, tandis que la plupart des enfants catholiques assistent aux cours dans des écoles privées confessionnelles. En 2006, 90 % des élèves étaient membres d'un établissement monoreligieux[11]. Selon des chiffres de 2002, 93,6 % des enfants protestants fréquentaient un établissement protestant, et 92,2 % des catholiques un établissement catholique[12]. Quelques écoles mixtes existent et permettent une meilleure compréhension entre les communautés, mais restent l'exception[13]. Les écoles privées protestantes, crées par Ian Paisley, et les gaelscoileanna qui enseignent en irlandais existent mais sont extrêmement marginales[14] et elles aussi s'adressent à une communauté.

Police[modifier | modifier le code]

La Royal Ulster Constabulary devait à l'origine être composée d'un tiers de catholiques[15], elle n'en contenait que 10 %. L'Ulster Special Constabulary, force supplétive plus lourdement armée, était composée de 100 % de protestants[4]. La police, en collusion avec des groupes paramilitaires loyalistes pendant le conflit nord-irlandais, multipliait les violences contre les catholiques[16].

Le Service de police d'Irlande du Nord remplace la RUC en 2001, et vise à recruter 50 % de catholiques et 50 % de non-catholiques, afin de mettre fin à la ségrégation dans la police. En 2011, près de 30 % du PSNI était ainsi d'origine catholique.

Sports[modifier | modifier le code]

Article détaillé : sport en Irlande du Nord.

Si les sports « neutres » comme le football ou le cyclisme sont pratiqués par les membres des deux communautés, le cricket ou le hockey sont des sports britanniques, quand les sports gaéliques ou le handball sont pratiqués par les Irlandais[17]. L'appartenance à l'association athlétique gaélique, qui interdisait par sa rule 21 aux membres de l'armée ou de la police britannique de participer, était un marqueur de la revendication nationaliste pendant le conflit nord-irlandais.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Cause principale du conflit nord-irlandais, la discrimination subie par les catholiques nord-irlandais provoque un exode de population. Entre 1937 et 1961, 90 000 catholiques émigrent[18]. Un mouvement pour les droits civiques se lance au milieu des années 1960.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Faligot 1999, p. 47
  2. Guiffan 2006, p. 198
  3. McKittrick et McVea 2001, p. 7-8
  4. a, b, c et d McKittrick et McVea 2001, p. 11-12
  5. Guiffan 2006, p. 201
  6. (en) David Capener, « Belfast's housing policy still reflects religious and economic division », sur The Guardian, (consulté le 12 mars 2018)
  7. Faligot 1999, p. 48
  8. Guiffan 2006, p. 200
  9. (en) « Northern Ireland Census: More Catholics unemployed than Protestants », sur Belfast telegraph, (consulté le 12 mars 2018)
  10. (en) « Catholic and Protestant unemployment rates equal », sur ITV, (consulté le 12 mars 2018)
  11. (en) Lord Baker of Dorking, Daily Hansard, 18 July 2006 : Column 1189 www.parliament.uk, consulté le 22 juillet 2007
  12. (en) Bernadette C. Hayes, Ian McAllister et Lizanne Dowds, « In Search of the Middle Ground: Integrated Education and Northern Ireland Politics », sur ark.ac.uk (consulté le 12 mars 2018)
  13. Charlotte Chabas, « En Irlande du Nord, catholiques et protestants ne partagent toujours pas les bancs d'école », sur Le Monde, (consulté le 12 mars 2018)
  14. « L'«apartheid scolaire», catholiques et protestants y tiennent », sur Libération blogs,
  15. Guiffan 2006, p. 197
  16. Faligot 1999, p. 46
  17. Valérie Peyronel, LES RELATIONS COMMUNAUTAIRES EN IRLANDE DU NORD : UNE NOUVELLE DYNAMIQUE, 75-96 p. (lire en ligne), « Chapitre 3. Le sport : entre identité culturelle et sectarisme »
  18. Faligot 1999, p. 50

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]