Ryszard Kukliński

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Ryszard Kukliński
Płk Ryszard Kukliński.jpg
Ryszard Kukliński en 1998[1]
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 73 ans)
TampaVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom dans la langue maternelle
Ryszard Jerzy KuklińskiVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
Jack StrongVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Akademia Sztabu Generalnego (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Militaire, espionVoir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
A travaillé pour
Grade militaire
Conflit
Distinctions
Liste détaillée
Médaille du 10e anniversaire de la Pologne populaire (en)
Croix de l'Armia Krajowa
Q4287107
Médaille de bronze du mérite pour la défense nationale (d)
Médaille d'argent du mérite pour la défense nationale (d)
Medal of Victory and Freedom 1945 (en)Voir et modifier les données sur Wikidata

Ryszard Jerzy Kukliński (13 juin 1930 à Varsovie, Pologne - 11 février 2004 à Tampa, Floride) est un colonel de l'armée de la République populaire de Pologne connu pour avoir passé des informations à la CIA sur les plans du Pacte de Varsovie en cas de conflit avec l'OTAN[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et début de carrière[modifier | modifier le code]

Ryszard Jerzy Kukliński naît dans une famille de tradition catholique et socialiste. Son père a été arrêté pendant l'occupation allemande lors de la Seconde Guerre mondiale et a péri dans le camp de Sachsenhausen. Après la guerre, Kukliński commença sa carrière dans l'armée polonaise. Il devint officier de l'état-major et travailla entre autres sur les plans d'invasion de la Tchécoslovaquie en 1968. Il considéra que la participation polonaise à l'agression de la Tchécoslovaquie revenait à trahir un allié dans le seul but de plaire à Moscou[3].

Il fut plus tard informé de la répression sanglante des émeutes de la Baltique de 1970, et fut profondément choqué qu'un État socialiste fasse tirer sur les ouvriers qu'il prétendait défendre[3]. Connaissant la stratégie du Pacte de Varsovie, il savait qu'elle était offensive et non destinée à se protéger en cas d'attaque de l'OTAN. Il considéra qu'en cas de guerre, la Pologne serait sacrifiée par les Soviétiques et a donc choisi de lutter contre eux[3].

Décision de trahir le Pacte de Varsovie[modifier | modifier le code]

Au début des années 1970, il entre en contact avec la CIA. Marin passionné, il faisait des sorties en mer et choisit pour son premier contact avec l'OTAN le port de Wilhelmshaven en Allemagne de l'Ouest car c'est là que le 5 mai 1945, d'importantes forces allemandes se rendent à la 1re division blindée polonaise : il s'agissait donc du symbole de la victoire polonaise, cette fois sur Moscou, qu'il espérait remporter[3].

Kuklinski travaillait alors au département de planification stratégique de l’état-major de l’armée polonaise. Selon son récit, il voulait préparer un complot contre l'URSS au sein de l'armée polonaise. La CIA lui déconseilla un tel plan, jugé irréaliste, et lui demanda plutôt d'espionner le Pacte de Varsovie. Entre 1972 et 1981, il fournit aux Américains plus de 35 000 pages des documents secrets concernant la Pologne et le pacte de Varsovie. Les documents concernaient entre autres les plans militaires du pacte de Varsovie en cas de guerre avec l'OTAN, ses procédures de mobilisation (permettant au renseignement américaine de savoir quels étaient les signes d'alerte d'un conflit), l'emplacement précis des postes de commandement et des détails sur leurs caractéristiques constructives et leurs moyens de communication, les méthodes de camouflage antisatellite de l'Armée rouge et des informations sur deux cents systèmes d'armes[3].

En octobre 1980, Kukliński fut affecté à un groupe restreint planifiant le rôle de l'armée polonaise en cas d'imposition de la loi martiale en Pologne contre le syndicat Solidarność. Il aurait pu refuser cette mission mais choisit d'accepter dans l'espoir d'atténuer la répression et surtout de pouvoir informer l'Ouest de manière précise de l'évolution de la situation et des réactions polonaises et soviétiques. Il put ainsi fournir à Washington un éclairage détaillé sur la crise polonaise, et notamment faire savoir qu'une invasion de la Pologne par les forces du pacte de Varsovie était envisagée en décembre 1980, et que les forces polonaises ne disposaient d'aucun plan de défense contre une telle attaque[3].

En 1981, il apprend que les Soviétiques savent qu'il y a un espion en activité au sein des forces polonaises. Menacé d'être découvert, il se maintient aussi longtemps que possible en activité mais alors que l'étau se resserre, il est exfiltré de Pologne avec sa famille en décembre 1981 par la CIA[3]. Le 23 mai 1984, la cour militaire polonaise le condamne à mort pour trahison. Cette condamnation sera annulée en 1995 (après le changement de régime en Pologne) et Kukliński réhabilité. Après sa réhabilitation, les villes de Gdańsk et Cracovie lui ont attribué le titre de citoyen d'honneur. Il est retourné en Pologne une fois en 1998.

Sur sa propre trahison vis-à-vis du Pacte de Varsovie, Kukliński a écrit : « J'ai une foi sans bornes en la justesse de ce que je fais »[3].

Postérité[modifier | modifier le code]

Après le décès de Kukliński, son corps a été transféré avec la dépouille de son fils Waldemar, tué en août 1994, renversé par une voiture dont on n'a jamais retrouvé le conducteur. Son second fils, Bogdan, a également disparu la même année en mer, dans des circonstances non élucidées. La concomitance de la mort des deux fils nourrit les spéculations, notamment une possible vengeance des Soviétiques à l'égard de la famille Kukliński.

Le 11 novembre 2016, il est nommé général à titre posthume par le président polonais Andrzej Duda[4].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (pl) « Pułkownik Ryszard Kukliński z wizytę u marszałek senatu Alicji Grześkowiak (« Le colonel Ryszard Kukliński rend visite à la présidente du Sénat Alicji Grześkowiak ») », sur http://ww2.senat.pl/ (site d'archive du Sénat polonais), (consulté le 19 avril 2014)
  2. (en) Personnel de rédaction, « The spy who remained in the cold », The Economist,‎ (lire en ligne)
  3. a b c d e f g et h (en) « Director's Tribute to Polish Cold War Hero », sur Central Intelligence Agency, (consulté le 27 juin 2016).
  4. « Un colonel espion de la CIA fait général à titre posthume en Pologne », sur http://www.voaafrique.com/, (consulté le 16 novembre 2016).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Benjamin Weiser, A Secret Life: The Polish Officer, His Covert Mission, and the Price He Paid to Save His Country, PublicAffairs, New York, 2004 (ISBN 1-891620-54-1)

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Jack Strong, film polonais de Władysław Pasikowski sorti en 2014.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • (en) Benjamin B. Fischer, « Entangled in History: The Vilification and Vindication of Colonel Kuklinski », Studies in Intelligence,‎ (lire en ligne, consulté le 26 avril 2014)
  • (en) « Director's Tribute to Polish Cold War Hero », sur site de la CIA, (consulté le 25 avril 2014)