Russophobie

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Puck», 1903).

La russophobie désigne les sentiments antirusses, le plus souvent dans la politique et la littérature. Certains médias sont aussi taxés de « russophobes » pour leur propension à ne recenser que les événements négatifs impliquant les Russes ou survenant en Russie.

Types[modifier | modifier le code]

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Si la russophobie peut être définie comme une aversion, une crainte, une attitude hostile envers les Russes, leur identité, la langue russe ou les coutumes russes voire envers la culture russe, ses causes en sont presque toujours d'origine politique, liées aux actions des gouvernements de l'Empire russe, de l'Union soviétique ou de la Fédération de Russie. Le terme est employé dans trois contextes de base[réf. nécessaire] : dans la politique internationale, dans la politique de voisinage de la Russie, et dans les conflits impliquant des Russes (citoyens de la Fédération de Russie ou membres de la diaspora russe).

Il existe aussi une russophobie à fondements racistes : Hegel[réf. nécessaire] et toute une partie de l'idéologie pangermaniste en venaient à dénier aux peuples slaves et en particulier à la Russie, tout apport à la civilisation européenne et même tout droit à une existence historique indépendante ; quant au nazisme, inspiré par Gobineau et Rosenberg, il considérait les Russes comme des « sous-hommes » (Untermenschen) et c'est pourquoi l'Allemagne nazie n'appliqua pas aux prisonniers soviétiques la convention de Genève et en extermina un grand nombre.

En octobre 2004, la Gallup Organisation International a publié un sondage selon lequel le sentiment antirusse est resté encore relativement fort en Europe et en Occident. Elle a constaté que la Russie était le pays le moins populaire du G-8 dans le monde occidental. Le pourcentage de la population ayant une perception négative de la Russie était de 62 % en Finlande, 57 % en Norvège, 42 % en République tchèque et en Suisse, 37 % en Allemagne, 32 % au Danemark et en Pologne, 23 % en Estonie et 73 % au Kosovo. Enfin, la filmographie américaine moderne représente fréquemment le Russe, notamment dans les films policiers, comme un criminel, oligarque ou mafieux sans scrupules.

Comme pour d'autres xénophobies, la russophobie peut être « soluble » dans une connaissance in situ des Russes dans leur pays :

Citation :
« N’importe quel Anglais arrive en Russie en russophobe et repart en russophile ».
George Curzon, ancien vice-roi des Indes (1899 - 1905) et ministre britannique des Affaires étrangères.

Médias, gouvernements, intellectuels[modifier | modifier le code]

Anne Dastakian, journaliste à Marianne, affirme que les médias occidentaux en général, et français en particulier, diffusent « souvent des clichés hostiles au Kremlin lorsqu'ils traitent l'actualité russe ». Anne Dastakian cite l'historien spécialiste de la Russie Jean-Robert Raviot qui déclare : « plutôt que de russophobie, on pourrait parler de kremlinophobie ou de poutinophobie, qui s'est cristallisée avec l'affaire ukrainienne ». L'historien déplore les effets de cette « guerre de représentations » qui « favorise les postures irrationnelles : face aux médias occidentaux anti-Poutine, de façon caricaturale, se développe une russophilie dénuée de sens critique ». Il estime que la politique de la Russie est certes critiquable, la gouvernance y étant « sans alternance » et l'information sous contrôle, mais qu'elle est « dénigrée et diabolisée dans nombre de médias comme ennemi principal de l'Occident. Il faut dégonfler la menace russe et montrer ce qu'est une menace stratégique »[1].

Anne Dastakian estime que les accusations de russophobie sont à nuancer : selon elle, certains russophiles qui encensent la Russie, la voyant comme le « dernier rempart face à l’expansionnisme d'une Amérique ivre de sa puissance unipolaire », sont trop prompts à ériger les critiques de Vladimir Poutine en russophobes. Ces débats ne sont pas spécifiques à la Russie : la critique de la corruption endémique en Grèce est « poreuse » avec le mishellénisme, celle de la politique israélienne à l'égard des Palestiniens est « poreuse » avec l'antisémitisme et celle du fanatisme religieux avec l'antichristianisme ou l'islamophobie. Ces amalgames permettent de « discréditer les arguments de l'adversaire, en l'accusant d'être au mieux de parti pris, voire malhonnête, au pis carrément xénophobe » écrit Anne Dastakian. Elle date l'essor du terme « russophobie » de 2013, lorsque la crise ukrainienne a commencé, et le terme a été alors utilisé régulièrement par les responsables russes, dont Vladimir Poutine, qui déclare notamment : « dans certains pays, la russophobie dépasse les bornes, [...] A mon avis, c'est lié au fait que se forme un monde multipolaire, ce qui ne plaît pas aux monopolistes. Et cela en grande partie grâce à la lutte de la Russie pour ses intérêts — je souligne — légitimes ». Le fait que des historiens aient osé travailler sur l'antisémitisme en URSS et notamment sur l'antisémitisme stalinien[2] a aussi été assimilé à une forme de russophobie[3].

Pour Anne Dastakian, les responsables russes décrivent la russophobie occidentale comme une réaction au retour sur le devant de la scène de la Russie, redevenue grande puissance politique et diplomatique après la mutation difficile de l'URSS en CEI durant les années Eltsine. Anne Dastakian rappelle par ailleurs qu'au temps de la guerre froide, les responsables russes usaient du terme « antisoviétisme » pour discréditer leurs adversaires, un fait remarqué aussi par l'éditorialiste Alexandre Bratinsky sur le site Gazeta.ru. L'historien Georges Nivat affirme que la Russie souffre d'une « vieille maladie » : la « psychose d'encerclement », qui, dans les années 2000 comme au temps de la guerre froide, lui fait accuser l'« impérialisme américain » d'être « fauteur de tout »[1].

D'après Alexandre del Valle, essayiste spécialisé en géopolitique, Vladimir Poutine est convaincu qu'il existe une stratégie occidentale d'« endiguement » de la Russie, une stratégie à laquelle seraient rattachés notamment le démantèlement de la Yougoslavie « alliée » de la Russie, l'entrée dans l'OTAN de pays d'Europe de l'est anciennement sous influence russe, les guerres d'Irak et d'Afghanistan que del Valle décrit comme un « encerclement » de la Russie, « l’appui occidental à la première révolution ukrainienne anti-russe (2004) dite "orange" », etc, l’ultime « preuve » selon Poutine étant le projet américain d’installation en Europe centrale d’un « bouclier antimissile tourné contre la Russie ». Ainsi, adepte d'un projet initialement pro-occidental, Vladimir Poutine a fini par opter pour un « projet eurasiatique anti-occidental ». Alexandre del Valle estime que ce revirement est l'une des raisons expliquant que, 30 ans après la chute de l'URSS, la Russie est toujours perçue comme un danger.

De plus, selon del Valle, les occidentaux et les ukrainiens qui ont renversé leur président pro-russe Ianoukovitch ont raison d'affirmer que Vladimir Poutine est revenu lors de la crise ukrainienne sur un pacte passé entre l'Occident et la Russie post-soviétique de Boris Eltsine : la Russie renonçait alors à récupérer la Crimée et s'engageait à respecter les frontières de l'Ukraine, et, en échange, pouvait notamment garder des bases militaires en Crimée et compter sur la non-nucléarisation de l'Ukraine. Mais en 2014, la reconnaissance « hâtive » de la « révolution » ukrainienne « anti-russe » par l'Occident, amène au pouvoir en Ukraine un gouvernement hostile selon del Valle à « l’ordre juridique préexistant ». Moscou rompt donc l'accord passé, qu'il estimait corrélé à une « alliance russo-ukrainienne désormais dénoncée par Kiev ». Par ailleurs, del Valle juge qu'il existe dans les « deux camps », le camp occidental et le camp russe, des mentalités encore formatées par le « paradigme dépassé » de la guerre froide[4].

Anne Dastakian cite Wladimir Kaminer, écrivain « ultracélèbre » en Allemagne, qui se revendique russophobe, ce dernier estimant que : « les Russes ne veulent pas s'interroger sur leur propre histoire et continuent à se considérer comme l'avant-garde du monde. Or, à part la matriochaka, on ne trouve rien fait pas les Russes dans le monde. La Fédération russe est un pays jeune, composé de 140 millions de gens non éduqués, irresponsables et inconséquents. C'est cela qui cause la russophobie ! »[1].

D'après le quotidien Le Figaro, la communauté française habitant en Russie estime aussi que le traitement médiatique sur la Russie est « déformé ». Le président de la Chambre de commerce française à Moscou, Emmanuel Quidet, déclare : « Il existe un décalage énorme entre la représentation de la Russie, soi-disant gangrenée par la violence et où l'on crèverait de faim, et la réalité d'un pays moderne qui se développe », et il ajoute : « nos intellectuels, qui adoraient l'Union soviétique, n'aiment pas la Russie »[5].

Le journaliste Guy Mettan situe le démarrage de la russophobie à l'époque où Charlemagne bâtissait son empire, et avait besoin de discréditer son principal rival : l'Empire romain d'Orient. Selon Guy Mettan, l'empereur avait donc fait passer les Romains d'Orient, pour la plupart de souche grecque, pour des « barbares sous-développés vivant sous la tyrannie », et, la Russie étant considérée comme l'héritière spirituelle de ces « États grecs », elle a été victime elle aussi d'un préjugé dégradant. Le journaliste estime donc que cette phobie est enracinée dans l'inconscient collectif de l'Occident, et, même si la Russie mérite des critiques légitimes, il juge que la presse et les gouvernements occidentaux ne parlent que de ses défauts[6].

L'historien des idées Georges Nivat estime pour sa part que l'hostilité envers la Russie vient d'une différence avec l'occident : « la Russie est très proche, mais différente, orientale, c'est ce qui irrite et crée une sorte d'état pathologique où l'on est soit violemment pour, soit violemment contre ». Nivat affirme que, contrairement au Parlement européen, la Russie refuse de comparer les crimes du nazisme et du stalinisme, et il déplore le rapport amnésique, voire nostalgique des Russes avec leur passé soviétique et le peu d'importance accordé aux figures de Soljenitsyne et de Sakharov qui ont dénoncé les crimes soviétiques. Selon lui, la Russie ne veut pas se défaire non plus de l'idée impériale, « pensant que son empire a toujours était tolérant, une addition de nations plus qu'un joug imposé ». Il regrette aussi certaines lois qu'il juge « stupéfiantes », comme une loi mémorielle criminalisant comme « dénigrement » toute critique de l'URSS ou de son armée pendant la « grande guerre patriotique » (la Seconde Guerre mondiale), une loi qui selon lui « menace l'existence même de l'association Memorial qui a fait un travail colossal sur le Goulag »[1].

Appréciations par pays[modifier | modifier le code]

Ukraine[modifier | modifier le code]

Dans un sondage[réf. nécessaire][Lequel ?] réalisé par l'Institut International de Sociologie de Kiev en mai 2009, avant la crise ukrainienne et la guerre du Donbass, 96 % des Ukrainiens étaient satisfaits des Russes en tant que groupe ethnique, 93 % étaient favorables à la Russie et 76 % étaient favorables à la politique de la Russie, tandis que de leur côté les Russes d'Ukraine ne manifestaient aucune réticence à être citoyens ukrainiens et n'étaient pas armés[Quoi ?], tant que le gouvernement ukrainien (alors dirigé par Viktor Iouchtchenko) évitait tout rapprochement trop marqué avec l'Union européenne et l'Organisation du traité de l'Atlantique nord[4].

Pologne[modifier | modifier le code]

Les responsables russes[Lesquels ?] affirment que des sentiments négatifs envers la Russie sont très répandues en Pologne à cause du rôle de l'Empire russe et de l'URSS dans l'histoire du pays : partages de la Pologne, domination russe en Pologne, invasion soviétique de la Pologne et satellisation de la Pologne par l'URSS… Jakub Boratyński, le directeur des programmes internationaux d'un « think tank polonais » admet également que de nombreux Polonais semblent toujours inquiets de la politique étrangère russe et ont peur de la Russie cherche à « recréer un empire sous une forme différente ».

Autres pays[modifier | modifier le code]

Dans les Pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie), en Hongrie et Roumanie il y a eu des démolitions, stockages en entrepôt ou dégradations (tags) d'anciens monuments soviétiques, perçus dans ces pays comme les marques d'une puissance occupante. Le mouvement nationaliste russe des Nashi a répliqué par des attaques sur internet et cette situation, ainsi que les guerres frontalières dans les anciennes républiques ex-soviétiques, impliquant un soutien russe politique, logistique ou militaire (guerre d'Ossétie de 1991-92, guerre du Dniestr de 1992, guerre d'Abkhazie de 1998, crise russo-géorgienne de 2006, guerre d'Ossétie de 2008, crise de Crimée, séparatisme russe d'Ukraine) entretient dans tous ces pays une « russophobie d'inquiétude »[réf. nécessaire], également présente en Finlande (elle aussi attaquée par l'URSS en 1939 et qui, bien qu'ayant conservé son indépendance et sa démocratie pluraliste, a elle aussi perdu des territoires au profit de la Russie). Les principales victimes de cette « russophobie d'inquiétude » sont les minorités russes locales, qui doivent vivre dans la suspicion et sont soumises à des discriminations informelles, mais quotidiennes, ayant de ce fait tendance à se replier sur elles-mêmes et à idéaliser la « mère-patrie » russe et ses gouvernants[7].

France[modifier | modifier le code]

L'écrivain et ancien diplomate russe Vladimir Fédorovski considère que les médias français font preuve de russophobie dans le traitement des actualités russes. Il déplore également la diabolisation de Vladimir Poutine qu'il juge « effrayant(e) de bêtise »[8].

En 2012, Le Figaro et Anne Dastakian relaient les propos d'un blogueur « poutninophile » qui travaille à Moscou et fédère sur Internet « le combat français en faveur de Vladimir Poutine » : il accuse les journalistes français de donner une image « noircie » de la Russie, en utilisant « toujours les mêmes clichés sur le pays: pauvreté, alcoolisme, corruption, absence de liberté, dictature rampante… ». Pour Alexandre Latsa, la démocratie est plus « vivante » en Russie, où selon lui existe une « offre politique très large », comparée à la France, qui se limiterait à « un combat entre Sarkozy et Hollande ». Alexandre Latsa estime par ailleurs que les écoles de journalisme françaises forment mal les journalistes, et que les médias français sont sous l'emprise d'une « nouvelle idéologie, l'atlantisme », une « variante du néoconservatisme américain »[1],[5].

En 2016, Jean-Pierre Chevènement déplore que la France ait suivi les États-Unis dans les sanctions contre la Russie, entraînant une détérioration des relations entre Paris et Moscou qu’il qualifie d’erreur stratégique majeure qu’il impute à la « russophobie dégoulinante des médias ». Allant même jusqu’à parler de « poutinophobie », il déclare que « ce qu’on lit est caricatural. Les entreprises françaises qui travaillent en Russie sont révulsées »[9].

L'historien Georges Henri Soutou estime que s'il a existé et existe encore dans d'autres pays européens un sentiment de supériorité culturelle par rapport à la Russie, cela n'a jamais été le cas en France. D'après lui, la France est un pays très russophile. Pour la journaliste Anne Dastakian, il est donc logique que le terme « russophobie » ait justement du succès en France, « terre traditionnellement russophile »[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f « PressReader.com - Connecting People Through News », sur www.pressreader.com (consulté le 16 mars 2018)
  2. Solomon M. Schwarz, Antisemitism in the Soviet Union, Library of Jewish Information, American Jewish Committee, New-York 1948.
  3. Maria Grichina, L'antisémitisme russe ne peut pas être éradiqué dans « Vremya » [1]
  4. a et b Alexandre del Valle, "Les racines géopolitiques de la crise ukrainienne et de la brouille russo-occidentale", sur Atlantico.fr, 24 mars 2014, consulté le .
  5. a et b « Un Français prend fait et cause pour Poutine », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  6. « Russophobie de Charlemagne à la crise ukrainienne : l’essai de Guy Mettan sort en Russie », Le Courrier de Russie,‎ (lire en ligne)
  7. (en) Stephen White, Richard Sakwa et Henry Hale, Developments in Russian politics no 8, Palgrave Macmillan, Basingstoke - Hampshire 2014, (ISBN 978-1-13-739213-8), 300 p.
  8. Poutine, la Russie et les médias français : le coup de gueule de Vladimir Fédorovski, lefigaro.fr, 8 mai 2014
  9. https://www.tdg.ch/monde/chevenement-denonce-russophobie-ambiante/story/23200714

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]