Rupture de la Cucca

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La rupture de la Cucca (ou Rotta della Cucca en italien) du , est une des nombreuses ruptures des remblais (ou rives) d’un fleuve, causant de dévastatrices inondations et transformant les territoires en zones marécageuses insalubres. Cette rupture ci concerne le fleuve Adige et la cité de Cucca, aujourd’hui Veronella (à 33 km de Vérone), où selon la légende véronaise, se serait produit ce phénomène.

Légende véronaise[modifier | modifier le code]

La légendaire « rupture de la Cucca » est présentée comme étant à l'origine de la désastreuse inondation qui a abouti à une déviation du lit de l'Adige de l'est à l'ouest en investissant le territoire au sud de Zevio, s'élargit vers l'est sur les territoires de Cologna Veneta et à l’ouest vers Oppeano, affectant non seulement les zones basses du Véronais, mais aussi les zones riveraines de Vicence, de Padoue, Mantoue et tout le Polésine.

Il a longtemps été dit que cet évènement fut la cause des bouleversements du cours de tous les fleuves se jetant dans la lagune de Venise. En fait, les modifications géologiques des principaux fleuves se sont produits au cours des siècles et ont été causés tant par l’homme que par les variations climatiques au haut Moyen Âge[1].

Ce bouleversement ne reçut le nom de rupture de la Cucca qu’en 1500, soit près de dix siècles après l’évènement. Ce fait apparaît cité pour la première fois dans l’histoire moderne rédigée par Silvestri en 1736, et récemment éclaircie par Enrico Zerbinati en 1990.

Témoignages de l’époque[modifier | modifier le code]

Les deux principales sources littéraires sur le « déluge » en Italie du Nord, :

  • Celle de Paul Diacre (720-799), qui, un siècle plus tard, reprend et amplifie une chronique contemporaine des faits connue comme la " Succinta de Longobardorum gestis historiola " laissée par Secondo di Trento (Secondo di Non ou Secondino), lui aussi, moine bénédictin qui vécut à l'époque de la terrible catastrophe (mort en 612).
  • Celle du pape Gregorio Magno, contemporain des faits et mort en 604 ; ce dernier mentionnant l’inondation de l’Adige à Vérone, ne parle absolument pas de la déviation du cours du fleuve ni d’une désastreuse rupture dans la localité de Cucca.

Analyse de la situation[modifier | modifier le code]

Bouleversement climatique[modifier | modifier le code]

  • Il est établi qu’à l’époque du haut Moyen Âge, entre les années 400 et 750, y eut une aggravation climatique considérable, avec des températures plus basses, une avancée des glaciers et l'augmentation de la pluviosité, sans oublier quelques séismes.

Situation géo-politique[modifier | modifier le code]

  • À ces bouleversements météorologiques coïncident les invasions barbares qui touchèrent l’Italie entière ; il s’ensuivit la décadence de la vie civile et des connaissances techniques. Il est aisé de comprendre que ceux-ci furent des siècles de grands bouleversements hydro-géologiques avec de violents débordements fluviaux, de l'érosion des sols et des dépôts alluvionnaires qui ont bouleversé tout le territoire, accentués par l’arrêt de l’entretien des berges et de la centuriation romaine[2].
  • Fin de la civilisation romaine et début du Moyen Âge marqué par l’invasion des Goths et des Lombards venus du Nord et celle des Byzantins venus du Sud.
  • La période 589 correspond aux affrontements entre l’Empire byzantin et le Royaume lombard dans la région drainée par les fleuves Adige, Mincio, Brenta, Sile et Piave. Ces affrontements s’accompagneront d’inondations causées d'abord par les Goths puis par les Lombards, qui rompirent les remblais ou ne les comblèrent point, pour empêcher la progression des Byzantins[3]

Études et recherches sur la rupture[modifier | modifier le code]

  • Une rupture normale correspond à l’ouverture d’une brèche dans les berges du fleuve causant la fuite des eaux de crue, avec envahissement consécutif non confiné de la plaine alluvionnaire. Dans chaque cas une rupture conduit à la formation d’une nouvelle dérivation, comme dans le cas de la rupture de Ficarolo (1252), tandis que dans d'autres cas, il se peut qu’il ne forme pas de dérivation secondaire ; généralement la rupture a une vie relativement brève, étant donné que la brèche tend à s’obstruer après que soit passé le pic de crue (tels qu’à Legnago en 1884 ou à Occhiobello en 1951).
  • Les études les plus récentes, sur la rupture de la Cucca (589) sont fondées sur analyses et interprétations des sources du haut Moyen Âge qui traitaient d’évènements de l’époque[4], apportant presque une série exhaustive de glissements de terrain enregistrés durant cette période. L'auteur analyse d'abord les dommages causés par les désastreuses inondations de apr. J.-C. à Vérone et Rome, et au travers des dommages relativement mineurs transmis par les sources et décrit ensuite les résultats d'autres inondations locales qui ont eu lieu à la fin de ces années anormalement pluvieuses.
  • À la suite de fouilles archéologiques, les relevés stratigraphiques effectués ces dernières années dans la zone incriminée, à proximité de l’antique parcours de l’Adige, entre Montagnana et Este, ont permis d’évaluer que sa déviation en direction de Legnago, semble avoir correspondu à un phénomène graduel, réduisant ainsi l’évènement de cette rupture à des dimensions plus normales, comme en témoignent les étendues alluvionnaires sur les bandes latérales au cours de l’Adige de Montagnana-Este, toutes formées à l’époque romaine[5]

Sources et références[modifier | modifier le code]

  1. Lorenzo Casazza, Mutamenti insediativi e sfruttamento del suolo nel Polesine meridionale dalla tarda antichità al mille e Camillo Corrain, Il territorio polesano fino al '400. Le bonifiche estensi nel XV secolo in La bonifica tra Canalbianco e Po, p. 57-70-Minelliana
  2. A.VEGGIANI, L’uomo e le vicende della natura in Storia di Cesena III. La dominazione pontificale, Rimini, 1969, p.520
  3. Carlo Guido Mor, in Verona ed il suo territorio, vol. II, Verona, 1964, pagina 61.
  4. M. Calzolari, en 1996, écrit : Alluvioni e dissesti idrogeologici in Italia settentrionale nel VI e VII sec. d. C.
  5. Giovanni Leopardi e Silvia Rossi: Archeologia e idrografia del Veronese a cent’anni dalla deviazione del fiume Guà (1904-2004)

Articles connexes[modifier | modifier le code]