Rumeur d'Orléans

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Rumeur (homonymie) et Orléans (homonymie).

La rumeur d'Orléans est une affaire à la fois judiciaire, médiatique et politique qui se déroula en 1969 dans la ville française d'Orléans (Loiret).

Description[modifier | modifier le code]

La « rumeur d'Orléans », apparue en avril 1969, laissait entendre que les cabines d'essayage de plusieurs magasins de lingerie féminine d'Orléans, tenus par des Juifs, étaient en fait des pièges pour les clientes, qui y auraient été endormies par injections hypodermiques et enlevées pour être livrées à un réseau de prostitution (« traite des Blanches »). Elle prit parfois un tour rocambolesque lorsqu'on prétendit que des clientes disparues étaient prises en charge par un sous-marin remontant la Loire[1],[2]. Cette version n'a été rapportée que par un seul témoin, mais recopiée dans presque toutes les gloses sur le sujet. Des attroupements ont lieu devant les magasins de commerçants juifs et non juifs, on crache sur les vitrines.

Aucun démenti, même officiel (signalant par exemple qu'aucune disparition suspecte n'a été répertoriée dans les environs par les services de police), n'a jamais réussi à mettre fin à la rumeur[3], qui a finalement cessé d'intéresser les médias, sans autre intervention que le temps et l'oubli. Le rôle des médias dans la naissance et la diffusion de la « rumeur d'Orléans » est important : ainsi que le rapporte l'équipe de sociologues dirigée par Edgar Morin[4], le « scénario » avait été publié un an auparavant dans un livre de poche (aux Presses de la cité), puis dans l'ouvrage d’un journaliste anglais, Stephen Barlay, (chez Albin Michel), puis enfin dans le numéro du d'un magazine de presse people disparu depuis (Noir et Blanc).

En 1972, la série télévisée François Gaillard ou la vie des autres de Jacques Ertaud traite le sujet dans l'épisode 07, Joseph.

En 1975, La Vie devant soi d'Émile Ajar, pseudonyme de Romain Gary, est publié, et reçoit le prix Goncourt. Momo, le narrateur utilise souvent l’expression « Rumeur d’Orléans » : « Il a engueulé Madame Rosa quelque chose de maison et lui a crié que c'étaient des rumeurs d'Orléans. Les rumeurs d'Orléans, c'était quand les Juifs dans le prêt-à-porter ne droguaient pas les femmes blanches pour les envoyer dans les bordels et tout le monde leur en voulait ».

L'historien Léon Poliakov[5] et l'écrivain Albert Memmi ont, entre autres[6], souligné le caractère antisémite de la rumeur[7].

La rumeur dite d'Orléans n'a pas circulé que dans cette ville. Ainsi que le retrace Pascal Froissart[8], elle a connu une très large diffusion : de 1959 à 1969 à Paris, Toulouse, Tours, Limoges, Douai, Rouen, Lille, Valenciennes ; en 1966 à Dinan et Laval ; en 1968 au Mans ; en 1969 à Poitiers, Châtellerault, et Grenoble[9] ; en 1970 à Amiens ; en 1971 à Strasbourg ; en 1974 à Chalon-sur-Saône[10] ; en 1985 à Dijon et La Roche-sur-Yon ; en 1987, à Québec ; en 1990 à Rome et à Montréal ; et en 1992 en Corée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Morin 1969
  2. Richard de Vendeuil, « Une si étrange rumeur », L'Express,‎ (lire en ligne).
  3. « Rumeur d'Orléans: disparition du journaliste Henri Blanquet », France 3 Centre-Val de Loire,‎ (lire en ligne).
  4. Baudouin Eschapasse, « La rumeur d'Orléans, quarante ans après », Le Point,‎ (lire en ligne).
  5. Léon Poliakov, « Le fil mène toujours à Beyrouth », Le Nouvel Observateur,‎ (lire en ligne).
  6. David Carrette, « Chalon 1974, la rumeur qui venait de la récré », Le Journal de Saône-et-Loire,‎ (lire en ligne).
  7. Albert Memmi, Le racisme. Description, définition, traitement, Gallimard, , 220 p., p.34.
  8. Froissart 2002
  9. Richard de Vendeuil, « Une si étrange rumeur », L'Express,‎ (lire en ligne).
  10. David Carrette, « Chalon 1974, la rumeur qui venait de la récré », Le Journal de Saône-et-Loire,‎ (lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stephen Barlay, L'Esclavage sexuel, Albin Michel, 1969, traduit de l'anglais par jane fillion.
  • Pascal Froissart, La rumeur. Histoire et fantasmes, Paris, Belin, .
  • Thierry Gourvénec, Une bouffée délirante, des syndromes délirants aigus ; leurs rapports avec la paradoxalité, le rêve et la rumeur (thèse de doctorat en médecine), Brest, Université de Bretagne Occidentale, , 120 p..
  • Thierry Gourvénec, « La rumeur délirante », Le Stroboscope,‎ (lire en ligne).
  • Jean-Noël Kapferer, Rumeurs, Paris, Seuil, .
  • Edgar Morin, La rumeur d’Orléans, Paris, Seuil, coll. « L’histoire immédiate », (présentation en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]