Rue du Pré-de-la-Bataille

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Rue du Pré-de-la-Bataille
Photographie numérique couleur d'une plaque de rue.
Plaque de la rue du Pré-de-la-Bataille[N 1].
Situation
Coordonnées 49° 26′ 45″ nord, 1° 04′ 38″ est
Pays Drapeau de la France France
Région Normandie
Département Seine-Maritime
Ville Rouen
Quartier(s) Pasteur-Madeleine
Début avenue du Mont-Riboudet
Fin rue Prosper-Soyer
Morphologie
Type Rue
Forme Linéaire
Longueur 390 m
Largeur 14 m
Superficie 5 460 m2
Histoire
Création

La rue du Pré-de-la-Bataille appartient au quartier Pasteur-Madeleine de la partie ouest de la commune française de Rouen.

Son nom témoigne du souvenir d'un lieu de bataille médiévale. Cet odonyme, attesté en 1833, est très particulier ; en effet, en la matière, l'esprit humaniste du XIXe siècle — qui succède aux révolutions bannissant l'époque féodale au profit de l'Antiquité —, évoque parfois les valeurs médiévales mais ce n'est qu'exceptionnellement qu'il retient comme ici un lieu.

Une association éponyme y a son siège. Après avoir eu un rôle social important à la fin du XIXe siècle, elle est dévolue au XXIe siècle à l'insertion des personnes handicapées mentales.

Situation et accès[modifier | modifier le code]

La rue du Pré-de-la-Bataille est située à Rouen[2]. Elle se trouve en lieu et place de l'ancien lieu-dit Pré de la Bataille, qui constitue plus tard une portion du faubourg Cauchoise[3]. Elle appartient désormais au quartier Pasteur-Madeleine[4].

Légèrement ascendante et parfaitement rectiligne, cette rue est longue de 390 m. Son orientation sud-sud-ouest - nord-nord-est la rend perpendiculaire à la rive droite de la Seine. Elle débute à l'intersection de l'avenue du Mont-Riboudet[N 2], qui est orientée comme le fleuve, et se termine rue Prosper-Soyer où elle forme un angle droit avec cette dernière[N 3]. Les voies qui la joignent lui sont perpendiculaires. Il s'agit des rues Émile-Leudet, de Constantine, du Contrat-Social et Pillore[N 4].

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Le nom de la rue du Pré-de-la-Bataille provient du lieu d'un affrontement survenu vers 934. Cette bataille se situe dans un pré aux portes de la ville[5] entre les Normands de Guillaume Longue-Épée et ceux menés par Riulf, comte du Cotentin[6],[7].

Historique[modifier | modifier le code]

Bataille médiévale[modifier | modifier le code]

Vers 934, le chef des Normands de la Seine et comte de Rouen, Guillaume Longue-Épée, s'allie aux Francs par des mariages. Se constitue alors un parti contre l'étranger. Il est mené par Riulf — autre Viking —, comte du Cotentin, à la tête de quelques autres barons normands. À leurs yeux, le Jarl contracte des mésalliances telles que des étrangers risquent de s'introduire à la cour et au Conseil. Guillaume Longue-Épée, encouragé par Anslech de Bricquebec, Bernard le Danois et Bothon, comte du Bessin, est alors contraint de s'opposer avec 300 soldats à une armée de plusieurs milliers d'hommes. Il les affronte dans un pré, au pied des murs de la ville de Rouen, et en ressort vainqueur[8],[9],[5].

Émmergence du lieu-dit[modifier | modifier le code]

Gravure noir et blanc d'un ouvrage. Chevalier couronné à cheval brandissant une longue épée sur un champ de bataille où se trouvent des soldats.
Guillaume Longue-Épée affronte Riulf sur le futur lieu-dit Pré de la Bataille. c. 1866.

Dès 1020-1029, Dudon de Saint-Quentin atteste des combats et témoigne de la présence d'un pré sur le lieu de la bataille : « Locus autem, In quo bellum mirabile fuit, dicitur usque in pratentem diem ad Pratum-Belli[10] » (l'endroit, où il y eut l'incroyable bataille, a été appelé le jour de la bataille Pré de la Bataille[N 5]).

Un peu plus d'un siècle plus tard, en 1160-1170, Wace dans son Roman de Rou rapporte les faits et assure de la pérennité du nom du lieu où ils se sont déroulés :

Mult en murut el champ a dolur e a hunte,
Tant en neia en Seigne, que nuls n'en set le cunte,
[…]
De treis cenz cheualiers, que Willeame mena,
Ceo fu la vertu Deu, vn sul mort n'i laissa,
[…]
Grant ioie out a Roem, quant Riulf fu matez,
[…]
Li prez de la bataille fu li lieu[s] apelez ;
Encor dure li nuns, ne fu puis remuez[11].

« Beaucoup moururent de douleur et de honte sur le champ ;

Il s'en noya tant dans la Seine, que nul n'en sut le compte,
[…]
Des trois cents chevaliers, que Guillaume Longue-Épée mena,
Ce fut la volonté de Dieu, il n'y laissa aucun mort,
[…]
La joie fut grande à Rouen, quand Riulf fut vaincu,
[…]
Le lieu fut appelé le Pré de la Bataille ;

Encore de nos jours, il ne fut point changé[N 6]. »

Ainsi, à la suite à cet événement, ce pré devient un lieu-dit et prend le nom Pré de la Bataille durant plusieurs siècles[13],[14],[7]. Il s'étend alors à l'ouest de Rouen, d'une part du pied des hauteurs de Saint-Gervais à la Seine, et de l'autre des remparts de Rouen à la vallée d’Yonville[15],[16],[N 7].

Jusqu'en 1409, selon Jean Oursel, la porte du Pré existe telle que « par cette porte on alloi au Pré de la Bataille, pour les lavandières[19]. » Cette porte mène à des prairies au-dessous du couvent des Jacobins. Elle est fermée en 1420, lors de l'érection du château du Vieil-Palais à côté de celle-ci[19],[20].

En 1520, le Pré de la Bataille et le clos Saint-Marc[N 8] sont tous les deux pressentis pour accueillir un hôpital[23]. En effet, les linges des pestiférés, comme ceux des autres malades, sont transportés au quai du Pré de la Bataille, où l'Hôtel-Dieu possède une lavanderie[24].

En 1731, il est fait mention d'une porte nommée Pré-de-la-Bataille. En réalité, ce n'est pas une porte de la ville mais une fausse porte[25],[26],[N 9].

Rue éponyme[modifier | modifier le code]

Le lieu reste dans la mémoire collective et, le , le conseil municipal de Rouen « arrête, […] la rue longeant le Champ de Foire, depuis le boulevard du Mont-Riboudet jusqu'à son extrémité nord, d'après les plans de la ville, prendra le nom de rue du Pré-de-la-Bataille[28] ». Cette décision est remarquable car, ainsi que l'indique Pierre-Henri Billy, les odonymes « formés à l'époque contemporaine pour rappeler des lieux médiévaux, […] sont rarissimes, tels la rue du Pré-de-la-Bataille[29][…] ». Cela peut être expliqué par le fait que, selon François Guillet, « en Normandie, dès les années 1800, érudits et notables […] se lancent dans la construction d'un monument des origines provinciales […] ; loin de prendre fin avec la Restauration, cette quête des origines, où la recherche des traces du passé scandinave participe d'une archéologie des traditions provinciales, prend une intensité particulière pendant la première moitié du XIXe siècle[30]. »

Carte postale noire et blanc. Voitures attelées sur une place bordée de maisons et d'immeubles.
Une extrémité dans les années 1900.

À la suite d'une délibération du conseil municipal du , la rue est prolongée à son extrémité nord, marquée par son intersection avec la rue du Champ-de-Foire[N 10], jusqu'à la rue Stanislas-Girardin[32]. Ceci double sa longueur, qui passe de 235 à 475 m. Dans les années 1840, une petite place, à l'ouest des jardins de l'Hôtel-Dieu, rappelle aussi le souvenir de ce pré, mais elle n'est pas dénommée[33]. Cinquante ans plus tard, cette place est entièrement rattrapée par l'étalement urbain du faubourg Cauchoise au profit d'un nouveau quartier[15]. En 1891, la rue est empierrée[34].

Le , un bombardement des forces alliées détruit partiellement la rue[35].

Alors que la rue du Pré-de-la-Bataille s'étend jusqu'au quai de Boisguilbert qui longe la Seine, en 2006, sa partie sud au-delà de l'avenue du Mont-Riboudet reçoit la dénomination rue René-Dragon, ce qui lui fait perdre 135 m[36].

Bâtiments notables[modifier | modifier le code]

Logo. Sujet à tête rose, tronc et bras élevés oranges, bassin et jambes écartées bleues, fond blanc, jaune et vert. En cercle inscriptions au-dessus Le Pré de la Bataille, en-dessous espaces de vie et de travail.
Logo de l'association Le Pré de la Bataille.

Depuis 1897[37], l'association Assistance par le travail de Rouen, fondée en 1892[38], y possède son siège. Elle a pour but de donner un travail provisoire ou de faire obtenir un travail régulier aux nécessiteux sans emploi, suppléant ainsi les ateliers municipaux supprimés en 1881[39],[40],[41]. Considérée comme une « œuvre privée d'assistance facultative[42] », elle est reconnue d'utilité publique depuis 1898[40]. Dans un travail détaillé relatif aux œuvres sociales rouennaises, Yannick Marec constate que la tension entre l'assistance publique à Rouen — qualifiée de « système rouennais[N 11] » — et la bienfaisance privée, n'empêche pas une complémentarité entre les deux réseaux. L'Assistance par le travail de Rouen y prend activement part à la fin du XIXe siècle[41],[43]. Devenue l'association Le Pré de la Bataille, située au no 37[44], cette association loi de 1901[45] est un établissement et service d'aide par le travail (ESAT) qui œuvre auprès de personnes en situation de handicap mental[46].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En l'absence de traits d'union, la graphie Pré de la Bataille figurant sur cette plaque urbaine est fautive[1].
  2. Le début de la rue du Pré-de-la-Bataille a pour coordonnées 49° 26′ 39″ N, 1° 04′ 32″ E.
  3. La fin de la rue du Pré-de-la-Bataille a pour coordonnées 49° 26′ 50″ N, 1° 04′ 43″ E.
  4. La rue du Pré-de-la-Bataille, et celles qui la joignent, ont pour coordonnées 49° 26′ 45″ N, 1° 04′ 38″ E.
  5. Traduction libre.
  6. Traduction libre aidée par (xno + fr) Wace, Frédéric Pluquet (éd. scientifique) et al., Le Roman de Rou et des ducs de Normandie, Édouard Frère, [12].
  7. La vallée d'Yonville, retrouvée sur la carte de Cassini no 25 dénommée Rouen publiée en 1757[17], est une dénomination employée encore à la fin du XIXe siècle mais depuis tombée en désuétude. Il s’agit d'une zone marécageuse à l'ouest de Rouen jouxtant le Cailly. Depuis cette époque, l'urbanisation le canalise et le recouvre[18].
  8. Le clos Saint Marc, qui semble exister depuis au moins 1047, n'est mentionné qu’en 1731. Une place, qui n'occupe qu'une partie de son étendue primitive, est créée en 1829[21]. Elle devient la place Saint-Marc[22].
  9. Une fausse porte est ainsi définie : « Fausse porte, dans une place de guerre, porte destinée pour faire des sorties, ou pour recevoir du secours en cas de siége[27]. »
  10. Le , la rue du Champ-de-Foire devient le début de la rue de Constantine[31].
  11. Selon Marec, le « système rouennais », surtout actif lors de la fin du XIXe siècle, repose sur la création d'« une commission unique [qui] regroupe la gestion des bureaux de bienfaisance et les hospices civils dans leurs activités et leur financement[41] ».

Références[modifier | modifier le code]

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  2. Grégory Vacher (dir. publication), « Annuaire mairie : Les rues de Rouen » (site distinct de l'administration), sur www.annuaire-mairie.fr, Saint Chamond, Advercity, 2004-2021 (consulté le 7 mars 2021), col. 4.
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  6. Ernest d'Hauterive, « Intermédiaire des chercheurs et curieux de Normandie », Revue catholique d'histoire, d'archéologie et littérature de Normandie, Caen ; Évreux, s.n., vol. 35,‎ , p. 166 (ISSN 1245-6241).
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  40. a et b République française, « Décret qui reconnait comme établissement d’utilité publique l'association dite Association par le travail, de Rouen », Bulletin des lois de la République française : 1e semestre de 1899 contenant les décrets d’intérêt local ou particulier, [Paris], Imprimerie nationale, xII, vol. LVIII « Partie supplémentaire », no 3289,‎ , p. 186-189, article no 55879 (lire en ligne, consulté le 18 février 2021).
  41. a b et c Jean-Claude Caron, « Yannick Marec, Bienfaisance communale et protection sociale à Rouen (1796-1927). Expériences locales et liaisons nationales » (compte rendu de lecture), Revue d'histoire du XIXe siècle. Société d'histoire de la révolution de 1848 et des révolutions du XIXe siècle, Marseille, OpenEdition Journals « Le temps et les historiens Actes de la journée d'étude du , Archives nationales », no 25,‎ , p. 220 (ISSN 1265-1354, DOI 10.4000/rh19.440, lire en ligne, consulté le 18 février 2021).
  42. Yannick Marec (préf. Maurice Agulhon), Bienfaisance communale et protection sociale à Rouen, 1796-1927 : expériences locales et liaisons nationales, vol. 2 (Issu de thèse de doctorat de Lettres : Paris 1 : 1999 ; publiée par le Comité d'histoire de la sécurité sociale), Paris, La Documentation française : Association pour l'étude de l'histoire de la sécurité sociale, , 1362 p., 2 vol. ; 24 cm (ISBN 2-11-004772-0, notice BnF no FRBNF38853604), chap. 8 (« Assistance publique et bienfaisance privée à Rouen à la fin du XIXe siècle (I) : la question de leur complémentarité »), p. 717.
  43. Caroline Varlet, « Yannick Marec, Bienfaisance communale et protection sociale à Rouen (1796-1927) » (compte rendu), Histoire & Mesure, Paris, Éditions de l'EHESS, vol. XIX, nos 1-2,‎ (ISSN 0982-1783, lire en ligne [PDF], consulté le 22 février 2021).
  44. 37, rue du Pré-de-la-Bataille sur Google Street View.
  45. France, « Associations loi du  : Le Pré de la Bataille » (compte), sur www.journal-officiel.gouv.fr, Journal officiel des associations et fondations d’entreprise, Paris, Direction de l'information légale et administrative, (ISSN 0753-2156, consulté le 4 mars 2021).
  46. ESAT-EA (Établissements et services d’aide par le travail – Entreprises adaptées de la métropole Rouen Normandie), « Pré de la Bataille », sur www.esat-ea.fr (consulté le 17 février 2021).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]