Sulochana

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Sulochana
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Sulochana au milieu des années 1930

Nom de naissance Ruby Myers
Naissance
Pune (Présidence de Bombay, Inde britannique)
Nationalité Drapeau de l'Empire britanniques des IndesDrapeau de l'Inde Indienne
Décès
Bombay (Maharashtra, Inde)
Profession Actrice
Films notables Cinema Ki Rani (1925)
Mumbai Ni Biladi (1927)
Madhuri (1928)

Sulochana (Sanskrit: सुलोचना, trad. litt. Celle qui a des yeux magnifiques) de son vrai nom Ruby Myers, parfois orthographié Ruby Mayer, Ruby Mayers ou Ruby Meyers, est une actrice indienne née en 1907 et décédée en 1983[1]. Au sommet de sa carrière, entre 1925 et 1935, elle est la première femme fatale des écrans indiens. Moderne et exotique, on l'a surnommée la « Greta Garbo indienne ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Soluchana est née en 1907 à Pune[2], alors dans la présidence de Bombay en Inde britannique, dans une famille juive originaire d'Irak[3]. On la disait eurasienne ou anglo-indienne, comme nombre d'actrices indiennes de l'époque[4]. Après des études ordinaires à Bombay, elle travaille comme téléphoniste pour la Bombay Telephone Co[5]. lorsque sa photographie est repérée par le réalisateur M.D. Bhavnani qui travaillait alors pour le studio Kohinoor. Elle avait toujours rêvé de devenir actrice et saisi la première opportunité qui se présente. Il l'engage pour ce qui sera son premier film, Veer Bala (1925)[6], alors qu'elle n'a aucune expérience de la scène.

Cinéma muet[modifier | modifier le code]

Sulochana et D. Billimoria dans Heer Ranjah (1929)

Sulochana commence sa carrière chez Kohinoor, le plus grand studio indien de l'époque, pour lequel elle participe à neuf films en 1925 et 1926. Cinq d'entre-eux sont réalisés par M.D. Bhavnani qui l'avait découverte. En quelques films, elle devient une des vedettes attitrée du studio. Elle est créditée au début sous son véritable nom, Miss Ruby Myers. Ce n'est qu'en 1926, au générique de Bhamto Bhut, qu'elle apparaît sous son nom de scène, Sulochana, qui est celui de son personnage dans ce film[7]. Durant cette période, elle joue dans des fantaisies orientalistes en costume telles que Mumtaz Mahal (1926), mais elle est surtout reconnue pour des films sociaux[note 1] où elle incarne une jeune femme moderne et occidentalisée. C'est ainsi qu'elle est une secrétaire dans Typist Girl (1926) et une téléphoniste dans Telephone ni Taruni (1926). Son personnage de vedette de cinéma dans Cinema Ki Rani (1925) contribue à la construction de sa propre légende[8].

Elle quitte Kohinoor début 1927 pour le studio Orient Pictures Corp. Elle est opposée à Zubeida et Master Vithal dans Balidan (1927) , un film basé sur une histoire de Rabindranath Tagore qui a fait l'objet d'une édition internationale[9]. Elle rejoint enfin le studio Imperal d'Ardeshir Irani où elle avait été précédée par M.D. Bhavnani. Sulochana tourne 17 films muets pour Imperial entre 1927 et 1931 sous la direction des réalisateurs maison M.D. Bhavnami, R.S. Chaudhary, B.P. Mishra et K.P. Dave. Ses personnages de femme fatale cosmopolite tout autant que sa beauté subjuguent le public, faisant d'elle la première superstar du cinéma indien[7].

Le couple qu'elle forme a l'écran avec D. Billimoria dès 1927 dans Mumbai Ni Biladi remporte un succès considérable. Que ce soit dans un film en costume comme Anarkali (1928), ou dans un film social tel qu'Indira B.A. (1929), le public est au rendez-vous. Leurs baisers fréquents comme dans Heer Ranjah (1929) enflamment l'écran[10] au point d'être utilisés pour la promotion des films. Les magazines et la publicité faite par son studio assoient sa notoriété. On l'appelle ainsi « Queen of the Indian Screen » ou « Star of the Stars »[note 2]. On lui prête une romance dans la réalité avec D. Billimoria[4]. On la dit la mieux payée des actrices du moment, mieux même que le gouverneur de Bombay[2],[note 3]

L'arrivée du parlant bouleverse sa carrière. Sulochana tourne ses deux derniers films muets, Noor-E-Alam (1931) et Rani Rupmanti (1931), pour les studios Ranjit Movietone et Maharashtra Film respectivement tandis qu'Imperial est déjà passé au parlant.

Transition vers le cinéma parlant[modifier | modifier le code]

Une version sonorisée d'une dance de Sulochana extraite de Madhuri (1928) est présentée au cinéma Krishna de Bombay le [11],[12]. Il s'agit de la première tentative de cinéma parlant sur le sol indien, quelques mois avant Alam Ara du même studio Imperial. Le rôle principal d'Alam Ara avait été confié à Zubeida probablement parce que Sulochana ne parlait pas suffisamment bien hindi[13]. Mais déterminée, cette dernière prend une année pour apprendre la langue. Elle revient chez Imperial avec un remake parlant de Madhuri qui sort en 1932. C'est un grand succès et Sulochana tournera par la suite des versions sonores de ses films les plus célèbres : Indira B.A. (1929) refait en Indira M.A. (1934), Khwabe-e-Hasti (1929) et Anarkali (1929) refaits sous le mêmes titres en 1934 et 1935 respectivement, puis enfin Mumbai Ni Biladi (1927) qui devient Bambai Ki Billi en 1936[14].

Sulochana est une des rares vedettes anglo-indiennes à avoir réussi la transition du muet vers le parlant. Ermeline ou Seeta Devi par exemple, ont disparu des écrans à l'orée des années 1930. Le succès n'est cependant pas complet car seuls Madhuri (1932), Saubhagya Sundari (1933) et Indira M.A. (1934) ont obtenu les faveurs du public. Tous ses autres films sortis dans les années 1930 ont sombré dans l'oubli[15].

Carrière tardive[modifier | modifier le code]

Mis en difficulté par une série d'échecs dont celui de Kysan Kanya (1937) [note 4], le studio Imperial ferme ses portes en juillet 1938[16]. Soluchana, qui avait quitté le studio un peu avant, se retrouve sans engagement. Elle épouse à Gaza en septembre 1938 le docteur Richard J. Weingarten[17], un médecin berlinois qui avait fui le nazisme en 1933[18]. Cette même année, elle fonde avec D. Billimoria la société de production Ruby Pictures dont l'unique film, Prem Ki Jyot sort sur les écrans en février 1939. La critique est favorable[19] mais le film n'attire pas le public dans les salles.

Sulochana revient après une pause dans Aankh Michouli (1942), pour la première fois dans un second rôle. Le film est un succès mais sa propre performance est à peine remarquée[20]. Après une dernière tentative en tête d'affiche avec Chamakti Bijli en 1946, elle se consacre aux personnages secondaires, de moins en moins importants à mesure que le temps passe. Elle crée pourtant encore la controverse en 1947 lorsqu'une scène de Jugnu est coupée par le comité de censure pour un dernier baiser frôlé[21].

Sulochana Latkar arrive sur les écrans à cette époque et se fait appeler elle aussi simplement « Sulochana », contraignant Ruby Myers à apparaître aux génériques sous le nom peu élégant de « Sulochana Senior ». Elle n'est cependant pas encore totalement oubliée. Elle joue ainsi dans son troisième Anarkali en 1953, cette fois dans le rôle de la mère du prince Salim. Même si elle est présente dans deux à trois films par an, elle est en réalité dans une semi-retraite dès le milieu des années 1950, ses prestations s’apparentant de plus en plus à des hommages discrets. On la voit ainsi seulement quelques secondes dans Dostana (1980), son dernier film.

Sulochana meurt anonymement et dans le dénuement[22] en 1983 dans son appartement de Warden Road à Bombay[23].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Sulochana dans Daku Ki Ladki (1933)
Sulochana et D. Bilimoria dans Indira M.A. (1934)
Sulochana dans Prem-Ki-Jyot (1939)

Films muets[modifier | modifier le code]

  • 1925 : Veer Bala / Brave Girl de M.D. Bhavnani
  • 1925 : Cinema Ki Rani / Cinema Queen de M.D. Bhavnani
  • 1926 : Bhamto Bhut / Wandering Phantom de M.D. Bhavnani
  • 1926 : Mumtaz Mahal de Homi Master
  • 1926 : Pagal Premi / Mad Girl de M.D. Bhavnani
  • 1926 : Prithvi Putra de Gajanan S. Devare
  • 1926 : Ra Kawat / Pranay Milan de M.D. Bhavnani
  • 1926 : Samrat Shiladitya de M. D. Bhavnani
  • 1926 : Telephone Ni Taruni / Telephone Girl de Homi Master
  • 1926 : Typist Girl / Why I Became a Christian de Chandulal Shah et Gajanan S. Devare
  • 1927 : Alibaba Chalis Chor / Alibaba and Forty Thieves de B.P. Mishra
  • 1927 : Balidan / Sacrifice de Naval Gandhi
  • 1927 : Daya Ni Devi / Nurse de M.D. Bhavnani
  • 1927 : Gamdani Gori / Village Girl de M.D. Bhavnani
  • 1927 : Gatarnum Gulab / Dancing Girl de B.P. Mishra
  • 1927 : Mumbai Ni Biladi / Wildcat of Bombay / Uthavgir Abala de M.D. Bhavnani
  • 1927 : Nasib Ni Leeli / Kicks of Kismet de M.D. Bhavnani
  • 1928 : Anarkali / Monument of Tears de R.S. Chaudhary
  • 1928 : Madhuri de R.S. Chaudhary
  • 1928 : Rajrang / Vengeance de B.P. Mishra
  • 1929 : Heer Ranjah / Hoor-e-Punjab de R.S. Chaudhary
  • 1929 : Indira B.A. / Cinema Ni Sundari de R.S. Chaudhary
  • 1929 : Khwabe-e-Hasti / Magic Flute de M.D. Bhavnani
  • 1929 : Mewadnun Moti / Jewel of Rajputana de B.P. Mishra
  • 1929 : Punjab Mail de R.S. Chaudhary
  • 1929 : Talwar Ka Dhani / Sword to Sword de R.S. Chaudhary
  • 1930 : Amarun Hindustan / Father India de R.S. Chaudhary
  • 1930 : Raat Ki Baat / Secret of the Night de K.P. Bhave
  • 1931 : Khuda Ki Shaan / Wrath / Punya Prabhav de R.S. Chaudhary
  • 1931 : Noor-E-Alam / Queen of Love de Nanubhai Vakil
  • 1931 : Rani Rupmati / Love Immortal / Baaz Bahadur de Bhalji Pendharkar

Films parlants[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Sulochana reçoit le prix Dadasaheb Phalke des mains d'Indira Gandhi lors de la 21e cérémonie des National Awards[24] en octobre 1974.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Par opposition aux films en costumes, historiques ou mythologiques, les films sociaux évoquent des thèmes actuels parfois basés sur des faits divers.
  2. Dans le langage de l'époque, une star est une grande vedette féminine.
  3. Comme le fait remarquer Neepa Majumdar[7], son salaire annoncé de 5 000 roupies par mois est probablement très exagéré. Lors de son audition devant l'Indian Cinematograph Committee[6] en novembre 1927, elle ne revendique que 750 roupies par mois.
  4. Kysan Kanya, sorti en grande pompe en décembre 1937, est le premier film en couleur produit intégralement sur le sol indien.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Sulochana », sur BFI (consulté le 13 février 2016)
  2. a et b (en) Ashish Rajadhyaksha et Paul Willemen, Encyclopedia of Indian Cinema, Routledge, (ISBN 9781135943189, lire en ligne)
  3. (en) Shalṿah Ṿail, India's Jewish heritage: ritual, art & life-cycle, Mārg Publications, (lire en ligne)
  4. a et b (en) The Modern Girl around the World Research Group, Alys Eve Weinbaum, Lynn M. Thomas et Priti Ramamurthy, The Modern Girl Around the World: Consumption, Modernity, and Globalization, Duke University Press, (ISBN 0822389193, lire en ligne)
  5. « FilmIndia (1938) », sur archive.org (consulté le 15 février 2016)
  6. a et b (en) Madras: Superintendent, Report of the Indian Cinematograph Committee 1927-1928, Madras, The Government Press,
  7. a, b et c (en) Neepa Majumdar, Wanted Cultured Ladies Only!: Female Stardom and Cinema in India, 1930s-1950s, University of Illinois Press, (ISBN 9780252091780, lire en ligne)
  8. (en) « The Shining Ruby: Cinema ki rani and other stories - Kindle Magazine », sur Kindle Magazine (consulté le 19 février 2016)
  9. (en) Suresh Chabria, Light of Asia: Indian Silent Cinema, 1912-1934, Niyogi Books, (ISBN 9789383098026, lire en ligne)
  10. (en) B.D. Garga, « Kisses and Misses », Motion Picture Magazine, no Vol XIV, N°11,‎ , p. 15-16
  11. (en) Ashok Damodar Ranade, Hindi Film Song: Music Beyond Boundaries, Bibliophile South Asia, (ISBN 9788185002644, lire en ligne)
  12. (en) Sainik Samachar: The Pictorial Weekly of the Armed Forces, (lire en ligne)
  13. (en) Dinesh Raheja et Jitendra Kothari, The Hundred Luminaries of Hindi Cinema, India Book House Publishers, (ISBN 9788175080072, lire en ligne)
  14. (en) Mekhala Sengupta, Kanan Devi, HarperCollins India, (ISBN 9789351365372, lire en ligne)
  15. « FilmIndia (1937-38) », sur archive.org (consulté le 14 février 2016)
  16. « FilmIndia (1938) », sur archive.org (consulté le 20 février 2016)
  17. (en) « News in brief », The Times of India,‎
  18. (en) Helmut Konrad et Stefan Benedik, Exemplarische Forschungsfelder aus 25 Jahren Zeitgeschichte an der Universität Graz, Böhlau Verlag Wien, (ISBN 9783205785187, lire en ligne)
  19. « FilmIndia (1939) », sur archive.org (consulté le 20 février 2016)
  20. « FilmIndia (1942) », sur archive.org (consulté le 20 février 2016)
  21. (en) D. P. Mishra et India Ministry of Information and Broadcasting Publications Division, Great masters of Indian cinema: the Dadasaheb Phalke Award winners, Publications Division, Ministry of Information and Broadcasting, Govt. of India, (ISBN 9788123013619, lire en ligne)
  22. « Harmony Org », sur www.harmonyindia.org (consulté le 20 février 2016)
  23. (en) « October 10: Bollywood’s Sulochana », sur Jewish Currents (consulté le 20 février 2016)
  24. (en) « Twenty-First National Awards for Films - Citations », sur http://dff.nic.in/

Liens externes[modifier | modifier le code]

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