Ruben Um Nyobe

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
image illustrant une personnalité image illustrant camerounais
Cet article est une ébauche concernant une personnalité camerounaise.

Vous pouvez partager vos connaissances en l’améliorant (comment ?) selon les recommandations des projets correspondants.

Ruben Um Nyobé
Ruben Um Nyobé
Ruben Um Nyobé
Fonctions
Secrétaire général de l'Union des populations du Cameroun
Successeur Félix-Roland Moumié
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Eog Makon, près de Éséka, département du Nyong-et-Kéllé
Date de décès (âge 45)
Lieu de décès Libelingoï
Nature du décès Assassiné
Nationalité Camerounaise
Parti politique Union des populations du Cameroun (UPC)
Père Nyobé Nsounga
Mère Ngo Um Nonos
Conjoint Marthe Françoise Ngo Mayack (1944), Marie Ngo Njock Yébga
Enfants Daniel
Entourage Félix-Roland Moumié, Ernest Ouandié, Abel Kingué
Profession Greffier,
syndicaliste

Ruben Um Nyobe

Ruben Um Nyobe, surnommé Mpodol (le porte-parole[1]), est un dirigeant camerounais et première personnalité politique à revendiquer l'indépendance de son pays, le Cameroun, en Afrique francophone et l'unification des parties orientale (sous tutelle française) et occidentale (sous tutelle anglaise). Il est né en 1913 à Eog Makon et mort assassiné par l'armée française le 13 septembre 1958 à Libelingoï, près de Boumnyébel (actuel département du Nyong-et-Kéllé, Région du Centre).

Um Nyobe est une figure de la lutte pour l'indépendance du Cameroun. Ses compagnons furent, notamment, Félix-Roland Moumié (assassiné par les services secrets français en 1960 à Genève) et Ernest Ouandié (exécuté le 15 janvier 1971 à Bafoussam par l'armée camerounaise armée et assistée dans les opérations par l'armée française (Ahmadou Ahidjo était alors président de la République du Cameroun).

Il a été officiellement proclamé Héros national par l'Assemblée nationale du Cameroun le .

Enfance[modifier | modifier le code]

Ruben Um Nyobe est né à Eog Makon non-loin de Boumnyébel, ville du Cameroun située dans l'arrondissement d'Eséka, à environ 70 km de Yaoundé, de l'union de Nyobé Nsounga et de Ngo Um Nonos, tous deux paysans Basa'a. Il a fait ses études primaires dans les écoles presbytériennes locales.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Marié à Marthe Françoise Ngo Mayack, Badjôb[2], en 1944, Um s'en serait séparé pour prendre le maquis en 1955. Sa compagne de clandestinité est, jusqu'à sa mort, Marie Ngo Njock Yébga, de laquelle il eut un fils, daniel, en 1957[3].

Vie politique[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

Éduqué dans les milieux protestants, il devient fonctionnaire et s’intéresse assez tôt à la politique. Il s’engage à la fin des années 1930 dans la Jeunesse camerounaise française (JEUCAFRA), une organisation mise sur pied par l’administration française pour fédérer les élites contre la propagande nazie, avant de prendre part, à la fin de la seconde guerre mondiale, au Cercle d’études marxistes – lancé à Yaoundé par le syndicaliste français Gaston Donnat[4] – qui allait devenir une véritable pépinière du nationalisme camerounais. L’heure n’est plus, dira-t-il plus tard, simplement de « s’opposer à l’hitlérisme comme en 1939, mais au colonialisme tout court. »[réf. nécessaire]

Syndicalisme[modifier | modifier le code]

Um Nyobé, ancien secrétaire général de l’Union des syndi cats de la Sanaga Maritime, chef syndicaliste de l’USCC, l’Union des syndicats confédérés du Cameroun que le directeur d’école, Gaston Donnât, a mis en place à Douala, en avril 1946, et qui en sera le premier secrétaire général jusqu’à son départ du Territoire, le 10 avril 1947 (poste occupé ensuite par Charles Assalé, pour un court passage de 1947 à 1948, et que le fonctionnaire Jacques N’Gom va reprendre et tenir d’une main ferme), Um Nyobé devenu leader nationaliste rentre de Paris, de New-York, de l’ONU.

Qualités oratoires[modifier | modifier le code]

Um Nyobé est une tribun reconnu par les siens et par son ennemi que sont les Autorités coloniales.

Après ses interventions à l'ONU sur l’indépendance et la réunification du Cameroun, Um Nyobé reçoit un accueil à la mesure de ses hauts faits et proportionnel à la peur qu’il suscite depuis qu’il a porté devant l’ONU le débat[5].

Engagement dans l'UPC[modifier | modifier le code]

C’est pour défendre cet objectif, articulant intimement progrès social et économique, indépendance pleine et entière, et réunification des Cameroun britannique et français, qu’Um Nyobé s'engage en tant que secrétaire général de l’UPC. Pendant les dix dernières années de sa vie, de 1948 à 1958, il réaffirme ces trois principes sur toutes les tribunes et dans tous les journaux. Il dénonce le sort misérable réservé aux « indigènes », les manœuvres des milieux colonialistes, ainsi que la bassesse et la corruption de ceux de ses compatriotes qui préfèrent faire le jeu de l’adversaire plutôt que de s’engager dans la lutte pour la souveraineté nationale et la justice sociale.

Plus exceptionnelle encore est sa capacité à décrypter et à disséquer le système juridique particulier auquel est soumis le Cameroun, devenu territoire sous tutelle de l’Organisation des Nations unies au lendemain du second conflit mondial. Des villages camerounais les plus reculés jusqu’à la tribune des Nations unies, où il est convié à trois reprises entre 1952 et 1954, il explique sans relâche que le droit, aussi bien français qu’international, est dans le camp de l’UPC. La France n’a dès lors aucune légitimité pour s’imposer plus longtemps à une nation qui veut être enfin maîtresse de son destin.

Il ne participe pas à la création de l'Union des populations du Cameroun la nuit du dans un café-bar de Ndokoti (quartier de Douala) dénommé « Chez Sierra »[6]. Toutefois, malgré son absence cette nuit-là, la majorité des membres fondateurs de l'UPC (qui sont aussi membres du bureau directeur de l'Union des syndicats confédérés du Cameroun, USCC), dont Ruben Um Nyobé, le secrétaire général, déclare qu'il en fut informé. Ruben Um Nyobé est propulsé à la tête du parti au mois de novembre 1948. Il s'opposera au pouvoir colonial français et réclamera selon ses termes « une indépendance totale et immédiate »[réf. nécessaire], suscitant alors un élan national encore jamais vu et toujours pas retrouvé au Cameroun, et déclenchant la décolonisation qui allait suivre en 1960, après lui. Il se rendra deux fois aux Nations unies grâce aux cotisations de paysans camerounais de tout le pays afin de plaider la cause du Cameroun. Il y fit un discours le 17 décembre 1952 et en décembre 1953.

Pour certains, lorsque l’on évoque le nom de Ruben Um Nyobé, ils pensent à deux choses : indépendance immédiate et Unification des deux parties du Cameroun. Or en procédant ainsi à une telle énumération, ils se trompent totalement. Cette confusion, ou, plus précisément, cette erreur, provient purement et simplement des adversaires de Ruben Um Nyobé qui, après avoir procédé à son élimination physique, ont entrepris de déformer, à dessein, sa pensée politique, dans le but de démontrer à la population qu’ils ont réalisé son programme, sans recourir, comme lui, à des meurtres, des assassinats, du brigandage, en un mot, au terrorisme[7].

Ruben Um Nyobé plaçait la réunification en dehors de l’indépendance. Il estimait que l'unification, étant un prérequis à l’indépendance, devait se produire bien avant cette dernière. Il déclara ainsi dans son discours devant la 4e Commission de tutelle de l'Assemblée générale de l'ONU au mois de décembre 1952 : « il est question de demander à l'organisation des Nations Unies de trouver de véritables solutions qui permettront aux Camerounais d'accéder à leur indépendance dans un avenir raisonnable, c'est- à-dire le plus proche possible. Et nous sommes modérés dans notre action. Nous ne demandons pas d'indépendance immédiate. Nous demandons l'unification immédiate de notre pays et la fixation d'un délai pour l'indépendance »[8].

Voyages à l'ONU[modifier | modifier le code]

Blocages et visa tardif[modifier | modifier le code]

Chaque fois qu’il a besoin d’un visa pour aller plaider à l’ONU, il est l’objet de mesures discriminatoires pour obtenir celui-ci à l’Ambassade des États-Unis à Paris.

Comme en 1952, il a été bloqué encore à Paris pendant près d’un mois. C’est sous la pression et l’appui du Parti communiste et des Intellectuels de gauche, et de l’Union nationale des étudiants Camerounais, que le visa lui a été remis

Le visa arrive assez de retard et il n'assiste qu’aux dernières séances à l'ONU, après avoir été retenu encore plus de trois heures dans les locaux des Services de l’immigration à l’aéroport de New York[5].

Plaidoyers[5][modifier | modifier le code]

C'est ainsi qu'il proposa également à l'ONU « (...) un programme-école, c'est-à-dire, un programme dont l’exécution permettrait aux Camerounais de recevoir une formation adéquate, pour pouvoir assumer les charges d’État découlant du recouvrement de notre souveraineté »[9]. D'après son allocution, c’était « (...) pour permettre aux citoyens de notre pays d’apprendre, pendant un laps de temps, à diriger, sous l’égide d’un haut-commissaire de l’ONU, le gouvernement de leur pays »[10]. Quant à la durée du programme-école, il proposa une période « de dix ans préparatoire à l’indépendance »[11].

Entrée au maquis[modifier | modifier le code]

Deux mois avant les émeutes de mai 1955, qui coûtèrent la vie d'après le bilan officiel à 25 personnes (2 européens et 23 camerounais dont un policier) et 62 policiers blessés[12], il gagne le maquis et refuse de se présenter au tribunal le jour de l’audience de l’« affaire De Gelis contre Um »[13],[14]. Depuis le maquis, il crée, le , au cours d’une réunion de responsables de l’Upc, une armée dénommée Comité national d’organisation (CNO). Le chef militaire en est Isaac Nyobè Pandjok, ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale[15]. En outre, il entreprend de mettre aussi en place une administration parallèle à l'administration coloniale. Cette administration entreprit d’établir des actes officiels tels que les actes de naissance, les actes de mariage, les cartes d’identité « kamerunaises », les titres fonciers, etc.[16].

Pierre Messmer, le nouveau Haut Commissaire est alors favorable à une reprise du dialogue avec Ruben Um Nyobé. Paul Soppo Priso crée le , en collaboration avec Ruben Um Nyobé, un mouvement politique dénommé Courant d’union nationale.

Le , l’Assemblée législative du Cameroun remplace l’Assemblée territoriale du Cameroun et des élections législatives sont prévues, les candidats peuvent se présenter en leur propre nom.

Le se tient à 10 km de la ville d’Ebolowa un congrès du Courant d’union nationale pour trancher de la participation de ses membres audit scrutin, à l’issue des débats, les partisans du boycott du scrutin par les Upécistes l’emportent sur ceux de la participation à celui-ci[17].

À l'issue de ces élections, André-Marie Mbida, député du groupe parlementaire des Démocrates camerounais qui deviendra plus tard le Parti des démocrates camerounais, est désigné chef de l'État et Premier ministre de l'État autonome du Cameroun sous tutelle des Nations unies par 56 voix contre 10[18].

Toutefois, en raison des troubles, le scrutin ne s'est pas déroulé dans la région de Ruben Um Nyobé.

Au lendemain des élections du , Pierre Messmer suggère alors l’organisation d’une élection partielle, tout spécialement pour Ruben Um Nyobé , afin de l’intégrer à l’Assemblée législative du Cameroun[19]. Il envoie de ce fait l'évêque de Douala, Mgr Thomas Mongo, à la rencontre de Um Nyobé pour des pourparlers. Celui-ci déclare que les « institutions mises en place sont fantoches car l’UPC n’en a pas le contrôle »[20] et exige d'être « désigné Premier ministre à la place d’André-Marie Mbida »[20]. Il demande « que Pierre Messmer accepte une rencontre publique avec lui »[20] et « que l’UPC forme un gouvernement d’union nationale »[20]. Lors de la deuxième rencontre avec le prélat, il lui fait savoir que « le Comité central de l’UPC a siégé et qu’il a conclu que Ruben Um Nyobé ne peut accepter qu’une seule et unique chose : le poste de Premier ministre et rien d’autre »[21].

Or, c'est la coalition parlementaire Paysans indépendants, Union camerounaise (UC) et Démocrates camerounais (DC) qui gouverne. De plus ces groupes parlementaires forment à eux seuls la quasi-totalité des députés à l'Assemblée législative. Une élection dans la région de Ruben Um Nyobé n'aurait pas changé le rapport de force. De plus, Pierre Messmer ne peut juridiquement révoquer le Premier ministre André-Marie Mbida. En effet d'après les statuts de l’État autonome du Cameroun, un haut-commissaire ne peut en aucun cas démettre un Premier ministre de ses fonctions[22].

Assassinat[modifier | modifier le code]

Ruben Um Nyobé fut abattu par l'armée française le dans la forêt où il se cachait, après que les troupes coloniales françaises l'eurent localisé, grâce à des indiscrétions de quelques « ralliés ». Après de longs mois de traque contre ses partisans, tous tués ou capturés les uns après les autres, son campement fut localisé début septembre 1958 par le capitaine Agostini, officier des renseignements et par Georges Conan, inspecteur de la sûreté[23]. Um Nyobe fut tué de plusieurs balles, tombant sur le bord d'un tronc d'arbre qu'il s'efforçait d'enjamber ; c'était près de son village natal, Boumnyebel, dans le département du Nyong-et-Kéllé dans une zone occupée par l'ethnie Bassa dont il était par ailleurs natif. Après l'avoir tué, les militaires traînèrent son cadavre dans la boue, jusqu'au village Liyong. Cela le défigura, sa peau, sa tête et son visage étant profondément déchirés. En travestissant à ce point sa dépouille, la force coloniale voulut « détruire l'individualité de son corps et le ramener à la masse informe et méconnaissable », affirme J.-A. Mbembe. C'est dans le même esprit, poursuit-il, qu'« on ne lui accorda qu'une tombe anonyme ». Aucune épitaphe, aucun signalement particulier n'y furent inscrits. Les autorités coloniales le firent enterrer sans cérémonie, immergé dans un bloc massif de béton[24].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Patrick Pesnot, Les dessous de la Françafrique, Nouveau Monde éditions, 2011 (ISBN 978-2-84736-515-3) p. 63.
  2. Badjôb est le nom d'une des familles du peuple Bassa http://adina-bassa.com/index.php?option=com_content&view=article&id=72:les-grandes-familles-bassa&catid=11&Itemid=105
  3. Le Kamerun ! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique 1948-1971
  4. http://mongobeti.arts.uwa.edu.au/issues/pnpa55_58/pnpa55_58_02.html
  5. a, b et c Stéphane Prévitali, Je me souviens de Ruben Mon témoignage sur les maquis camerounais (1953-1970) (ISBN 2-86537-807-1), P.6
  6. Abel Eyinga, L’Upc : une révolution manquée ?, Chaka, 1991, p. 23-24
  7. Enoh Meyomesse, Le Carnet politique de Ruben Um Nyobè, p. 25
  8. Bouopda Pierre Kamé, Cameroun. Du protectorat vers la démocratie - 1884-1992, L'Harmattan, 2008, p. 84
  9. Enoh Meyomesse, Le Carnet politique de Ruben Um Nyobè, p. 35-36
  10. Enoh Meyomesse, Le Carnet politique de Ruben Um Nyobè, p. 36
  11. Abel Eyinga, L’Upc : une révolution manquée ?, Chaka, 1991
  12. Les Émeutes de mai 1955, Service de l'information, Cameroun, 1955
  13. Abel Eyinga, L’Upc : une révolution manquée ?, Chaka, 1991, p. 89
  14. Enoh Meyomesse, Le Carnet politique de Ruben Um Nyobè, p. 39
  15. Enoh Meyomesse, Le Carnet politique de Ruben Um Nyobè, p. 40
  16. Enoh Meyomesse, Le Carnet politique de Ruben Um Nyobè, p. 41
  17. Enoh Meyomesse, Le Carnet politique de Ruben Um Nyobè, p. 47
  18. La Presse du Cameroun n° 2113 du jeudi 16 mai 1957
  19. Enoh Meyomesse, Le Carnet politique de Ruben Um Nyobè, p. 48
  20. a, b, c et d Enoh Meyomesse, le carnet Politique de Ruben Um Nyobè, p.50
  21. Enoh Meyomesse, Le Carnet politique de Ruben Um Nyobè, p. 51
  22. Article 19-4 du Décret no 57-501 du 16 avril 1957 portant Statut du Cameroun, Cf. JP Guiffo Moppo, ibid, p. 15
  23. Gabriel Périès, David Servenay, Une guerre noire. Enquête sur les origines du génocide rwandais (1959-1994), Éditions La Découverte, 2007, p. 88
  24. J.-A. Mbembé, La naissance du maquis dans le Sud-Cameroun, 1920-1960: histoire des usages de la raison en colonie, Karthala, 1996, p. 16

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Achille Mbembe, Écrits sous maquis, L'Harmattan, 1989
  • Achille Mbembe, Naissance du maquis dans le sud-Cameroun, Khartala, 1996
  • Achille Mbembe, « Pouvoir des morts et langage des vivants. Les errances de la mémoire nationaliste au Cameroun » in Politique africaine, no 22
  • Stéphane Prévitali, Je me souviens de Ruben, ©Éditions Khartala, 1999, (ISBN 2-86537-807-1)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]