Royaume de Ndongo

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Le Royaume de Ndongo est un État du début des temps modernes situé dans l'actuel Angola. Ses premières mentions remontent au XVIe siècle, en tant qu'État vassal du Royaume de Kongo. Son roi portait le titre de Ngola, qui a donné le nom de l'Angola. Sa capitale était Kabasa, sur les hauts plateaux près de l'actuelle N'Dalantando.

Les traditions orales du royaume ont été recueillies à la fin du XVIe siècle par le jésuite Baltasar Barreira, qui désigne le fondateur du royaume sous le nom de Ngola Kiluanje ou Ngola Inene, originaire du Kongo et chef d'un groupe de langue kimbundu.

Structure sociale et politique[modifier | modifier le code]

La région dont les habitants parlaient kimbundu était connue sous le nom de pays Mbundu et divisée en 736 unités politiques gouvernées par des sobas. Les sobas et leurs territoires (appelés murinda) étaient des groupes compacts de villages (senzala ou libatas probablement dérivés du kikongo divata) autour d'une petite ville centrale (mbanza).

Ces unités politiques étaient souvent regroupées dans des unités plus grandes appelées kanda et, quelquefois, en provinces. De plus grands royaumes ont pu en émerger auparavant ont été annexés par le Ndongo.

Le roi et les chefs provinciaux gouvernaient avec l'assistance d'un conseil de nobles puissants, les macota, et disposaient d'une administration gérée par le tendala, une figure judiciaire, et le ngolambole, un leader militaire.

La société était constituée des ana murinda ("enfants du murinda") ou hommes libres, des ijiko ou serfs rattachés à une terre par leur naissance et des abika, esclaves pouvant être vendus librement.

Naissance et développement[modifier | modifier le code]

Le royaume du Ndongo était, tout comme d'autres entités politiques, un tributaire au Royaume du Kongo. En 1518, il établit une ambassade au Portugal, demandant l'envoi de missionnaires et la reconnaissance de son indépendance du Kongo. Peu dupe des aspirations spirituelles du ngola, une mission portugaise débarqua au Ndongo en 1520 mais des conflits locaux et la résistance du Kongo forcèrent les Portugais à quitter la région. Alphonse Ier du Kongo emmena les missionnaires au Kongo et laissa son propre prêtre au Ndongo.

Autour de 1556, le Ndongo envoya une nouvelle mission au Portugal, demandant une assistance militaire et offrant de baptiser ses sujets. Cette deuxième mission, dirigée par Paulo Dias de Novais et composée de plusieurs prêtres jésuites, dont Francisco de Gouveia parvint à l'embouchure du Kwanza en 1560. Ce fut un nouvel échec et Dias de Novais retourna au Portugal en 1564, laissant toutefois de Gouveia sur place.

Colonisation portugaise[modifier | modifier le code]

Lors d'une troisième mission, en 1571, le roi du Portugal Sébastien Ier chargea Dias de Novais de conquérir et soumettre le "royaume d'Angola", l'autorisant à gouverner la région, à y apporter des colons et y construire des forts. Dias de Novais arriva à Luanda à l'invitation du roi du Kongo Alvare Ier en récompense pour l'aide du Portugal contre les Jagas. Incapable de conquérir des territoires avec ses propres forces, Dias de Novais conclut des alliances tant avec le Kongo qu'avec le Ndongo.

Première guerre Portugal-Ndongo[modifier | modifier le code]

En 1579, des commerçants portugais établis au Kongo, représentés par Francisco Barbuda, avertirent le roi Njinga Ngola Kilombo kia Kasenda que le Portugal avait l'intention d'envahir son pays. Fort de ces informations, ce dernier pris les armées portugaises en embuscade et les massacra dans sa capitale.

La guerre qui suivit vit l'invasion du Kongo défaite de justesse en 1580 et une offensive portugaise sur le Kwanza, aboutissant à la construction d'un fort à Massangano en 1582. Un certain nombre de sobas prêtèrent allégeance au Portugal et la colonie annexa rapidement plusieurs provinces côtières. En 1590, le Portugal décida d'attaquer le œuvre du Ndongo et envoya une armée contre Kabasa lui-même. Ce dernier venait toutefois de conclure une alliance avec le Matamba voisin et les forces portugaises furent écrasées. Le Ndongo lança une contre-offensive et repris le contrôle de nombreux sobas. Mais le Portugal parvint à retenir la plus grande partie du territoire conquis et, en 1599, s'entendit avec le Ndongo pour formaliser leur frontières.

Période Imbalanga[modifier | modifier le code]

Au début du XVIIe siècle, une paix relative mais instable s'installa entre le Ndongo et le Portugal. Le Portugal poursuivit son expansion le long du Kwanza, fondant le presidio de Cambambe en 1602 et tenta de s'impliquer dans la politique ndongo, en particulier concernant le pouvoir précaire que ce dernier détenait sur Kisama et d'autres territoires au sud du Kwanza. À cette occasion, il entra en contact avec les imbangalas, un groupe nomade se livrant à de fréquents pillages dans la région. En 1615, le gouverneur temporaire de l'Angola, Bento Banha Cardoso, encouragea certains imbangala à traverser le fleuve et entrer au service du Portugal et, avec leur aide, étendit la colonie le long du Lukala, au nord du Ndongo.

En 1617, le nouveau gouverneur, Luis Mendes de Vasconcelos, après avoir initialement refusé de faire appel à des troupes imbangala, renouvela l'alliance et lança des campagnes agressives contre le Ndongo. Il parvint à envahir le royaume, saccagea sa capitale et força le ngola Mbandi à se réfugié sur l'île de Kindonga, sur le Kwanza. Des milliers de sujets du Ndongo furent faits prisonniers et Mendes de Vasconcelos tenta sans succès de créer un gouvernement fantôme à la solde du Portugal.

Son successeur, Joao Correia de Sousa, tenta de faire la paix avec le Ndongo et, en 1621, le ngola Mbandi envoya sa sœur Nzinga à Luanda pour négocier en son nom. Elle convint d'un traité de paix par lequel le Portugal acceptait de quitter fort d'Ambaca sur le Lukala, qui avait servi d'avant-poste pour envahir le Ndongo, de rendre un grand nombre d'ijokos prisonniers au Ndongo et de forcer les groupes imbangala, toujours actifs dans le royaume, à s'en retirer. En échange, le ngola Mbandi quitterait l'île pour se retirer dans sa capitale et ferait allégeance au Portugal, à qui il livrerait un tribut de 100 esclaves par an.

Cependant, de Sousa s'engagea dans une guerre désastreuse contre le Kongo et se vit expulsé de la colonie. Son successeur temporaire se montra incapable de mettre en œuvre le traité et le dossier fut dévolu au nouveau gouverneur, Fernão de Sousa, dès son arrivée en 1624.

Ascension de la reine Nzinga[modifier | modifier le code]

L'échec du Portugal à honorer son traité eut raison de la popularité du ngola Mbandi, qui finit par se suicider et laissa le pays aux mains de sa sœur, régente pendant la minorité de son fils, alors sous la garde du leader imbangala Kaza, qui avait entre-temps quitté la sphère d'influence portugaise et rejoint le Ndongo. Nzinga n'assura la régence que pendant une brève période, fit tuer le prince héritier et lui succéda sur le trône.

Le père Giovanni profita de cette occasion pour reprendre les négociations avec Nzinga, dont il remettait en question la légitimité. Il refusa de rendre les ijikos captifs et exigea que cette dernière reconnaisse d'abord la souveraineté du Portugal. Elle s'y était préparée mais refusait toutefois de quitter l'île avant d'être pleinement investie de ses pouvoirs et de récupérer les ijikos. Lorsque le Portugal refusa, Nzinga les incita à s'enfuir pour entrer à son service. Cette dispute déboucha sur une guerre en 1926 et l'armée de Sousa parvint à déloger Nzinga de Kidonga mais pas à la capturer.

Sousa se sentait suffisamment confiant pour déclarer en 1626 que Nzinga avait été renversée et convaincre quelques sobas qui l'avaient soutenue d'élire Hari a Kiluanji, seigneur de la forteresse rocheuse de Mpungo a Ndongo, comme nouveau roi. Il mourut toutefois au cours de l'épidémie de variole qui suivit la guerre et fut remplacé par Filipe Hari a Ngola.

Nzinga refusa de reconnaître ce dernier, alléguant qu'il était de descendance esclave et non éligible à régner. Elle réoccupa Kindonga et se mit à mobiliser tous les sobas opposé à Hari et aus Portugais, menant à une deuxième guerre contre le Portugal. L'armée de Sousa battit à nouveau Nzinga en 1628, la forçant à nouveau à déserter les îles. Elle échappa de peu à la capture, s'échappant vers la Baixa de Cassange avec à peine quelques centaines de ses hommes.

Désespérée, Nzinga s'allia au groupe imbangala du Cassange, qui la contraint de renoncer à sa royauté. Elle parvint toutefois à gagner les faveurs d'un de ses alliés, connu plus tard sous le nom de Nzinga Mona ou « fils de Nzinga » et à reconstituer son armée. Grâce à son soutien, elle gagna le nord et pris le royaume de Matamba, où elle établit ses quartiers.

Dynastie de Filipe Hari a Nongo[modifier | modifier le code]

Filipe Ier demeura loyal au Portugal au cours des décennies suivantes, même lorsque le Portugal signa séparément un traité de paix avec Nzinga en 1639. Ses troupes constituaient la plus grande part des forces portugaises employées pour conquérir la région du Dembos au nord et y consolider l'emprise portugaise. Lorsque les Pays-Bas attaquèrent l'Angola, Filipe fournit la majorité des forces qui défendirent la colonie à Masangano mais essuya une cruelle défaite en 1647 lors de la bataille de Kombi. À la suite de l'expulsion des Néerlandais toutefois, Filipe ne se satisfit plus de ce que le Portugal lui proposait. Il s'engagea dans des disputes à propos de ses subordonnés et de sa juridiction, malgré les défaites qu'il dut essuyer à Kisama et à Dembos. Son fils et successeur connut les mêmes déceptions, en particulier après le traité conclu par le Portugal en 1647 reconnaissant Nzinga en tant que reine du Ndongo et de Matamba, ne lui laissant que Pungo a Ndongo. Il se révolta en 1670. L'année suivante, après un long siège, sa forteresse tomba aux mains des armées portugaises, marquant la fin du Ndongo comme royaume indépendant.