Royaume de Finlande (1918)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher


Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Royaume de Finlande.

Le Royaume de Finlande proclamé en 1918 est une monarchie mise en place à la suite de la victoire allemande en Russie en 1917 et 1918. Contrairement à d'autres régions occidentales de l'empire russe, le territoire du Grand Duché de Finlande, annexé à la Russie en 1809, n'a jamais constitué un objectif important du Reich à l'Est.

Indépendance de la Finlande[modifier | modifier le code]

La Finlande entre 1914 en 1917[modifier | modifier le code]

En 1914, la Finlande compte près de 3 millions d'habitants, soumis à une sévère politique de russification, répartis sur un territoire situé à proximité de la capitale[1]. Dans le même temps, le statut du territoire est modifié dès la fin de l'année 1914. En effet, en novembre, le statut du territoire est modifié, les libertés locales sont limitées, le pouvoir des fonctionnaires renforcé et les Juifs expulsés, tandis que l'autorité du Saint-Synode est étendu à l'église orthodoxe finlandaise[2].

Dès les premiers jours du conflit, l'armée russe concentre des unités en Finlande, afin de pouvoir peser sur la neutralité suédoise, garantie par l'Entente dès le 4 août 1914[3].

De plus, la Finlande est rapidement perçue par les belligérants comme un moyen au service de leurs objectifs respectifs. En effet, la France ne soutient pas les autonomistes finlandais, les diplomates français estimant que ce autonomie ne peut qu'affaiblir l'empire russe allié, tandis que les Allemands se montrent plus ouverts aux autonomistes finlandais[4].

Autonomie puis indépendance[modifier | modifier le code]

Cette politique est rapidement remise en cause par le gouvernement issu de la Révolution de Février : en effet, dès le 19 mars 1917, le gouvernement provisoire annonce la fin de la politique de russification, la convocation d'une assemblée constituante et la garantie de l'autonomie de la Finlande au sein de la Russie[5].

Au cours de l'année 1917, l'assemblée finlandaise décide de maintenir ses liens avec la Russie, dans le cadre de la nouvelle politique de minorités pratiquée par le gouvernement provisoire; cependant, les élections de octobre 1917 donnent la majorité aux conservateurs[6]. Cette nouvelle majorité proclame l'indépendance le 6 décembre 1917, reconnue par Lénine le 4 janvier 1918[7], suivie par la France le même jour[4], l'Allemagne et la Suède[7].

Une existence éphémère[modifier | modifier le code]

Dès le mois de novembre 1917, le nouvel État se constitue rapidement, sous la protection du Reich[8].

Guerres civile et étrangère[modifier | modifier le code]

Le territoire de la Finlande, au centre des luttes entre partisans du pouvoir bolchevik et défenseurs de la nouvelles indépendance, est rapidement occupé, dans un premier temps par les troupes russes, qui le quittent en vertu des clauses du traité de paix de Brest-Litovsk[9].

Ainsi, dès le mois de janvier 1918, le territoire finlandais, toujours occupé par les troupes russes, constitue le théâtre de luttes entre un gouvernement socialiste, soutenu par les troupes russes, et des corps francs organisés depuis Vaasa par Gustav von Mannerheim, ancien général russe[6].

Ses unités sont rapidement remplacées par un corps expéditionnaire allemande de 13 000 soldats, commandés par Rüdiger von der Goltz[9].

Intervention allemande[modifier | modifier le code]

Ce corps participe à la guerre civile aux côtés de Mannerheim, contre la garde rouge finlandaise qui contrôle, avec l'appui des Russes, le Sud du pays jusqu'au 16 mai 1918[9].

En effet, dès le mois de février 1918, après la signature du traité de paix et d'alliance entre le Reich et la Finlande, les Allemands tergiversent et décident finalement d'envoyer sur place un corps expéditionnaire; ce corps participe à la reconquête du Sud de la Finlande par les troupes blanches finlandaises[10].

De plus, dès le conseil de Hombourg, qui décide de la poursuite de l'avance des troupes austro-allemandes à l'intérieur du territoire russe, la Finlande constitue un territoire à occuper[11].

Histoire du royaume[modifier | modifier le code]

Rétablissement de la monarchie[modifier | modifier le code]

La couronne créée pour le Roi de Finlande.

Durant le printemps 1918, la question du régime politique se pose avec acuité. Deux choix s'offrent alors au gouvernement provisoire finlandais, la proclamation d'une constitution d'orientation libérale, avec à terme, un rapprochement avec les Alliés, ou l'établissement d'une monarchie sur le modèle prussien[12]

Le 9 août 1918, alors que la garde rouge finlandaise a été balayée, les conservateurs finlandais se prononcent en faveur de l'établissement d'une monarchie en Finlande[13].

La dévolution de la couronne soulève le problème de la dynastie; Guilaume II se montre partisan de la dévolution de la couronne de Finlande à son fils Oskar , mais il doit compter avec l'opposition des Princes allemands et les opinions publiques, finlandaise, allemande et alliées[12]. La couronne est offerte à Frédéric-Charles de Hesse, beau-frère de Guillaume II; il est autorisé à accepter cette proposition le 26 août 1918[13]. Il est formellement élu roi de Finlande par la diète finlandaise le 9 octobre 1918[12].

Institutions[modifier | modifier le code]

Disparition du Royaume[modifier | modifier le code]

Élu roi par la diète le 9 octobre 1918, Frédéric-Charles doit rapidement renoncer au bénéfice de son élection devant l'évolution du conflit à cette période de la guerre[12]; en effet, la victoire alliée incite les conservateurs finlandais, alors au pouvoir au sein du conseil de régence, à remettre en cause l'existence du conseil de régence alors favorable aux intérêts du Reich[4].

De plus, sous la pression du parlement, le régent, Mannerheim, est obligé d'accepter la mise en place d'une constitution républicaine durant l'été 1919, abrogeant de fait la monarchie, déjà mise à mal par la mise en place d'un conseil de régence à la suite de la défaite allemande[14].

Liens avec le Reich[modifier | modifier le code]

Les liens entre le Reich et la Finlande, en l’occurrence les conservateurs finlandais regroupés en 1918 autour de Mannerheim, remontent au déclenchement du conflit en 1914. Cependant, en dépit de ces contacts précoces, le Reich ne formule pas d'objectifs précis à l'égard du territoire finlandais[11].

Liens durant la guerre[modifier | modifier le code]

Dès 1914, le Reich entretient en Finlande un parti sensible à ses intérêts.

En novembre 1917, Edward Hjelt, membre de l'université finlandaise, se rend à Bad Kreuznach, alors siège de l'OHL, pour discuter avec Erich Ludendorff des conditions d'une indépendance finlandaise garantie par le Reich[6]. Ainsi, dès le 30 janvier 1918, le bataillon allemand de chasseurs finlandais est déployé en Finlande, bénéficiant d'un soutien logistique de l'armée impériale allemande[7].

Dans le même temps, le nouvel État est utilisé pour faire pression sur les négociateurs russes du traité de Brest-Litovsk, tandis que le peu de soutien dont bénéficie le gouvernement conservateur finlandais le pousse dans les bras du Reich : en effet, en échange d'un soutien contre les relais locaux des bolcheviques, le gouvernement de Peter Svinhufud signe le 10 mars puis ratifie le 3 juillet 1918 un traité de paix et de commerce avec le Reich, faisant entrer la nouvelle Finlande dans la sphère économique allemande[7].

Le royaume de Finlande, point d'appui allemand[modifier | modifier le code]

En effet, le traité de commerce garantit au Reich, sous le couvert d'une stricte égalité formelle, une stricte dépendance commerciale vis-à-vis du Reich.

En effet, la politique commerciale finlandaise, tout comme la politique commerciale allemande, doit être menée en concertation avec son partenaire, tandis que le principe de la réciprocité des droits commerciaux est établie; dans les faits, la Finlande ne peut s'opposer efficacement aux demandes du Reich, tant le déséquilibre entre les deux partenaires est grand[7].

De plus le traité, d'apparence conforme aux autres traités de commerces signés durant la guerre, rétablit pour le royaume les termes du traité de commercial germano-russe, en établissant un tarif douanier égal à celui en vigueur le , tout en garantissant l'application de la clause de la nation la plus favorisée entre les deux pays. De plus, le principe de non-discrimination se voit garanti dans les relations commerciales entre les deux États[15]

Cette politique commerciale est doublée par un fort contrôle politique de la Finlande : en effet, le Reich dispose de la possibilité d'installer des bases militaires sur le territoire finlandais[16], en vertu de la convention militaire signée le 7 mars 1918[15].

Ces liens ne font en réalité que garantir des relations économiques et politiques historiques entre le Reich et la Finlande, les négociateurs allemands n'estimant pas utile de doubler les liens économiques garantis par les traités de mars 1918 par une forte tutelle politique[17].

Des liens qui perdurent[modifier | modifier le code]

En dépit des clauses de l'armistice du 11 novembre, des troupes allemandes stationnent sur le territoire finlandais jusqu'au milieu de l'année 1919, garantissant au Reich une certaine influence sur la vie politique finlandaise[18].

Traductions, notes et références[modifier | modifier le code]

Traductions[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Renouvin, 1934, p. 229
  2. Renouvin, 1934, p. 292
  3. Renouvin, 1934, p. 232
  4. a, b et c Clerc, 2009, p. 2
  5. Renouvin, 1934, p. 437
  6. a, b et c Fischer, 1970, p. 510
  7. a, b, c, d et e Fischer, 1970, p. 511
  8. Renouvin, 1934, p. 529
  9. a, b et c Renouvin, 1934, p. 585
  10. Fischer, 1970, p. 513
  11. a et b Soutou, 1989, p. 666
  12. a, b, c et d Fischer, 1970, p. 514
  13. a et b Renouvin, 1934, p. 589
  14. Clerc, 2009, p. 5
  15. a et b Soutou, 1989, p. 667
  16. Fischer, 1970, p. 512
  17. Soutou, 1989, p. 668
  18. Renouvin, 1934, p. 651

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis Clerc, « Entre influence allemande et imbroglio russe : la mission militaire française en Finlande, 1919-1925 », Revue historique des armées, no 254,‎ , p. 39-52 (la pagination reprend celle du document PdF généré à la demande) (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Fritz Fischer (trad. Geneviève Migeon et Henri Thiès), Les Buts de guerre de l’Allemagne impériale (1914-1918) [« Griff nach der Weltmacht »], Paris, Éditions de Trévise, , 654 p. (notice BnF no FRBNF35255571) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Pierre Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Peuples et civilisations » (no 19), (réimpr. 1939, 1948, 1969 et 1972) (1re éd. 1934), 779 p. (notice BnF no FRBNF33152114) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Georges-Henri Soutou, L'or et le sang : Les Buts de guerre économiques de la Première Guerre mondiale, Paris, Fayard, , 963 p. (ISBN 2213022151). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]