Royaume de Bosnie
(bs) Bosansko Kraljevstvo
Armoiries bosniens |
|
| Statut | Royaume |
|---|---|
| Capitale |
Bobovac Visoko Jajce |
| Langue(s) | Bosnien |
| Religion |
Catholicisme Église bosnienne Christianisme orthodoxe |
| Monnaie | Dinar |
| Couronnement de Tvrtko Ier | |
| Chute |
| (1e) 1377-1391 | Tvrtko Ier |
|---|---|
| (De) 1461-1463 | Étienne Tomašević |
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Le royaume de Bosnie (en bosnien : Bosansko Kraljevstvo, Босанско краљевство) est un royaume médiéval des Balkans, qui a émergé comme entité politique autonome dès le XIIe siècle avant d'être élevé au rang de royaume. Ce royaume s'est développé à partir du banat de Bosnie (1154-1377). Sa grande influence socio-économique, politique et culturelle à l'échelle régionale a eu une grande influence dans le développement ultérieur des États médiévaux des Balkans et au sein de l'histoire des Balkans en général.
Contexte
[modifier | modifier le code]Le banat de Bosnie était un État médiéval qui, à son apogée, englobait la majeure partie de l’actuelle Bosnie-Herzégovine, ainsi que certaines parties de la Dalmatie (Croatie), de la Serbie et du Monténégro. Bien que nominalement sous l’autorité du royaume de Hongrie, le banat de Bosnie fonctionnait de facto comme un État indépendant[1],[2],[3].
Au Xe siècle, la doctrine bogomile s’étendit progressivement depuis la Bulgarie vers la Bosnie, où elle trouva un terrain favorable[4],[5],[6],[7]. Sous le règne du ban Kulin (1180–1204), le pays connut une période de prospérité, de stabilité et de tolérance religieuse, favorisant sa diffusion[8], [9].
Après le règne du ban Kulin (fin du XIIe siècle), les souverains bosniens jouirent d’une autonomie quasi totale vis-à-vis de la Hongrie[10],[3]. Malgré leur statut vassal formel, ils parvinrent à exercer un pouvoir autonome et même à étendre leur influence en Serbie, en Croatie et en Dalmatie.
Le banat subsista jusqu’en 1377, date à laquelle il fut élevé au rang de royaume[11],[12],[13]. Le lieu du couronnement du premier roi de Bosnie, Tvrtko Ier Kotromanić fait l’objet de débats. Certains affirment qu’il eut lieu au monastère de Mileševa, sur un territoire serbe annexé par Tvrtko à la Bosnie[14],[15]. Cependant, selon des recherches plus récentes, le couronnement se serait tenu à Mile (Arnautovići), près de Visoko, où a été trouvé le tombeau de Tvrtko Ier[16],[17],[18].
Couronnement de Tvrtko
[modifier | modifier le code]Tvrtko possédait à cette époque la plus solide prétention au titre royal. Bien qu’il ne disposât d’aucun moyen concret pour gouverner toute la Serbie, ce titre lui permettait d’élever la Bosnie au rang de royaume, marquant ainsi une indépendance plus formelle vis-à-vis de la Hongrie[19]. Il se proclama donc premier roi de Bosnie, revendiquant une pleine légitimité, puisque la couronne qu’il adopta aurait été, selon la tradition, celle envoyée par le pape Honorius III à Stefan Ier Nemanjić, premier roi de Serbie, en 1217 [20]. Un logothète serbe nommé Blagoje [16], réfugié à la cour de Tvrtko, lui attribua le droit à une « double couronne » : l’une pour la Bosnie et l’autre pour les terres serbes de ses ancêtres Nemanjić[21]. En se présentant également comme roi de Serbie, Tvrtko établissait une base juridique solide pour son couronnement, que reconnut même son suzerain nominal, Louis Ier (roi de Hongrie)[20]. Le titre royal de Tvrtko fut ensuite confirmé par la reine Marie de Hongrie, cousine de Tvrtko et successeure de Louis. Les Républiques de Venise et de Raguse (Dubrovnik) se référaient souvent à lui sous le titre de roi de Rascie (Raška). Raguse alla même jusqu’à se plaindre, en 1378, de la trop grande attention que Tvrtko portait à son nouveau royaume [22].
Le couronnement de Tvrtko en tant que roi de Bosnie et de Serbie eut lieu à l’automne 1377 - probablement le 26 octobre, jour de la fête de saint Démétrius - et marqua un tournant majeur dans l’histoire médiévale de la Bosnie[23]. Les sources contemporaines relatives à cet événement sont rares, mais la charte royale adressée à la commune de Raguse, datée du , demeure l’un des documents clés[24]. Elle éclaire la position du banat de Bosnie en voie de transformation en royaume, fournit des informations précieuses sur les échanges économiques entre la Bosnie et Raguse, et témoigne de l’affirmation de l’indépendance bosnienne [25].
Stanak
[modifier | modifier le code]La fragmentation féodale demeura importante en Bosnie, et la noblesse bosnienne conserva un rôle politique majeur, notamment à travers les réunions du "Stanak". Le "Stanak" (du vieux bosnien signifiant « assemblée ») était le nom donné à l’assemblée de la noblesse dans la Bosnie médiévale. Il est mentionné pour la première fois dans une charte de Tvrtko Ier datée de 1354[26]. Son influence atteignit son apogée entre les années 1390 et 1420. L’existence du Stanak reflétait à la fois une unité politique et une identité bosnienne partagée, mais également la faiblesse du pouvoir royal et la forte décentralisation du royaume[27].
Tous les membres de la noblesse ("vlastela"), des grands magnats aux petits seigneurs, avaient le droit d’y participer, bien que l’autorité suprême fût exercée par les seigneurs les plus puissants[28]. Le "Stanak" était convoqué selon les besoins, généralement par le souverain, qui le présidait et dirigeait ses délibérations. En l’absence du roi, son épouse pouvait y assister, mais leurs enfants n’y avaient pas droit. Le clergé de l’Église de Bosnie, ne faisant pas partie de la "vlastela", était exclu des sessions, mais exerçait néanmoins une influence indirecte à travers les nobles qui lui étaient proches. Les grands seigneurs pouvaient aussi convoquer un Stanak lors de crises majeures — querelles internes, guerres, ou succession au trône. Ces assemblées se tenaient le plus souvent dans les lieux de résidence royale : Mile, Milodraž, Bobovac, Kraljeva Sutjeska ou Jajce[26].
Le Stanak détenait l’autorité sur de nombreuses affaires d’État: l’élection et le couronnement du roi ou de la reine, la politique étrangère, la cession ou la vente de territoires, la ratification de traités, les affaires militaires et administratives[28]. Les chartes royales reflétaient les décisions adoptées par le "Stanak"; à mesure que le pouvoir monarchique déclinait, celui du Stanak augmentait [26].
Reconnaissance internationale
[modifier | modifier le code]Les rois de Hongrie considéraient la Bosnie comme un territoire sous leur suzeraineté, mais dans les faits, les souverains bosniens exerçaient une pleine indépendance dans la gestion de leurs affaires intérieures et extérieures : justice, diplomatie, concessions de terres, frappe monétaire, exploitation minière et accords commerciaux avec d’autres États ou républiques indépendantes[29].
La République de Raguse (Dubrovnik), principal partenaire commercial du royaume, reconnaissait la Bosnie comme un État distinct ("rusag"). Par exemple, dans une charte émise pour Sandalj Hranić en novembre 1405, il est mentionné que les marchands ragusains bénéficiaient de la protection du "rusag bosnien"[30]. En 1451, pendant la guerre contre Stefan Vukčić, Raguse fait encore référence à la Bosnie comme au "Saint Royaume"[31]. Raguse versait également une redevance annuelle de 2 000 perpera à Saint Démétrius, saint patron du royaume[32]. Le roi Ladislas Ier (roi de Naples) reconnut officiellement les territoires du royaume le , à la demande de Tvrtko II[30].
Histoire
[modifier | modifier le code]L'ascension et le règne de Tvrtko I
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La Bosnie atteignit son apogée sous le règne du roi Tvrtko Ier Kotromanić, monté sur le trône en 1353. En 1372, Tvrtko forma une alliance avec le prince Lazar Hrebeljanović, l’un des plus puissants seigneurs de l’ancien Empire serbe en voie de désintégration[33]. L’année suivante, les deux alliés attaquèrent les domaines du puissant noble serbe Nikola Altomanović. Après sa défaite, ses terres furent partagées : Tvrtko obtint des territoires en Zahumlje, les vallées supérieures de la Drina et du Lim, ainsi que les districts d’Onogošt (Nikšić) et de Gacko - incluant le monastère orthodoxe de Mileševa, qui abritait les reliques de Saint Sava, premier archevêque serbe[34].

En 1377, Tvrtko s’empara également des districts côtiers de Balšić. Le , jour de la Saint-Démétrius, il fut couronné « roi des Serbes, de Bosnie, du Littoral (Primorje) et des Terres occidentales » [35]. Sa revendication sur la couronne serbe reposait sur sa descendance maternelle de la dynastie Nemanjić[36], éteinte avec la mort de l’empereur Stefan Uroš V en 1371[37]. La couronne royale lui fut envoyée par Louis Ier (roi de Hongrie). Selon plusieurs historiens modernes (Čošković, Anđelić, Lovrenović, Filipović), la cérémonie de couronnement eut lieu à Mile (Arnautovići), près de Visoko, dans l’église construite sous le règne de ban Étienne II Kotromanić, où ce dernier fut également inhumé[38],[39],[40]. D’autres historiens occidentaux plus anciens considèrent que Tvrtko fut couronné au monastère orthodoxe de Mileševa par le métropolite local[39].
Après la chute d’Altomanović, Lazar Hrebeljanović devint le plus puissant seigneur serbe et tenta de réunifier les territoires de l’ancien empire. L’Église orthodoxe serbe, influente parmi les Serbes, ne reconnut cependant pas les prétentions de Tvrtko au trône serbe[41].
En 1390, Tvrtko étendit son autorité sur une partie de la Croatie et de la Dalmatie[42],[43], adoptant le titre de « roi des Serbes, de Bosnie, de Dalmatie, de Croatie et du Littoral »[44]. Son titre complet énumérait les peuples et territoires sous son autorité, conformément à la tradition byzantine : « roi de Bosnie, Serbie, Croatie, Hum, Usora, Soli, Dalmatie et des Pays inférieurs (Donji Kraji) ».
Dans les derniers mois de son règne, Tvrtko tenta de consolider sa position en Dalmatie et projeta de s’emparer de Zadar, la seule grande cité côtière qui lui échappait encore. Il proposa une alliance à Venise, qui refusa. Il chercha ensuite à renforcer ses liens avec Albert III d'Autriche, envisageant même un mariage avec une princesse Habsbourg. Malgré ces ambitions, le royaume de Hongrie demeura au centre de sa diplomatie. En 1390, Tvrtko et le roi Sigismond de Luxembourg engagèrent des négociations pour la paix, mais celles-ci restèrent inachevées : Tvrtko mourut le [45].
Décès de Tvrtko Ier et déclin
[modifier | modifier le code]Alors que la Bosnie conservait sa position parmi les États voisins au lendemain de la mort de Tvrtko, les conditions de règne de Dabiša au sein de l'État commencèrent à se détériorer. Il résista avec succès à ses souverains de Hongrie, de Naples et même aux Turcs. Dans les premières années de son règne, Dabiša maintint avec succès l'intégrité du royaume.
La dernière partie de son règne, cependant, vit l'ascension des magnats et une perte considérable de territoires et d'influence. La noblesse se renforça et agit pour la première fois indépendamment du roi, à commencer par la famille noble zachlumienne Sanković. Dabiša freina le pouvoir des Sanković, mais la tendance était irréversible et conduisit finalement à l'affaiblissement de l'autorité royale[46]. Hrvoje Vukčić Hrvatinić, le premier magnat du royaume, conclut un accord avec Sigismond et Marie, mais resta fidèle à Dabiša. En juin 1394, Dabiša entra en conflit ouvert avec John Horvat, fervent partisan de Ladislas et ennemi de Sigismond. Il ordonna que les hommes de ses îles de Brač, Hvar et Korčula aident au siège d'Omiš, une ville dirigée par Horvat[47]. Sigismond, qui amassait une armée depuis avril, profita de la discorde.

La bataille de Dobor vit la défaite et l'exécution d'Horvat, ainsi que la destruction de la ville éponyme sur la rivière Bosna par les troupes de Sigismond. Peu après, Dabiša se soumit à Sigismond et céda la Croatie et la Dalmatie au roi hongrois et, avec l'accord de ses vassaux, le reconnut comme son seigneur féodal ainsi que son héritier désigné au trône de Bosnie. Il n'est pas clair ce qui poussa Dabiša à accepter des conditions aussi sévères. En retour, comme le montre un traité publié en juillet 1394, Sigismond inclut Dabiša parmi les plus hauts fonctionnaires hongrois et le nomma ispán (comte) de Somogy[48].
Malgré un début propice, le règne de Dabiša se termina alors que le royaume affichait les premiers signes de désintégration. Une grande partie de l'héritage extraordinaire de Tvrtko fut perdue à l'été 1394, et l'État reprit ses limites précédentes. Dabiša laissa l'État plus dépendant des rois hongrois que jamais auparavant, et l'influence du royaume dans les Balkans diminua[48].
En 1394, l'épouse de Dabiša, Hélène, accepta la décision de Dabiša de désigner Sigismond comme son héritier. Cependant, lorsque Dabiša mourut le 8 septembre de l'année suivante, les principaux nobles — le grand-duc Hrvoje Vukčić Hrvatinić, le prince Pavao Radinović, le duc Sandalj Hranić et Juraj de Radivojević — refusèrent d'honorer l'accord que Dabiša avait conclu avec Sigismond[49]. Sigismond leva une armée et se dirigea vers la Bosnie voisine pour réclamer le trône, mais les nobles convoquèrent un "stanak", une assemblée de nobles, et élurent Hélène comme successeur de Dabiša[50]. Ne voulant pas engager la noblesse unie dans la guerre, Sigismond se retira ; la mort de son épouse Marie, héritière de la Hongrie et cousine de Dabiša, rendit sa position trop précaire pour attaquer la Bosnie, comme le fit la défaite des Ottomans à la bataille de Nicopolis[42]. À la mi-décembre 1395, Hélène avait consolidé sa prise sur le trône, et le prétendant fut tué par les partisans de Sigismond en 1396, n'ayant jamais sérieusement menacé la reine[51]. L'émancipation de la noblesse bosnienne atteignit un sommet sous le règne d'Hélène[52]. Devenus pratiquement autonomes, ses vassaux se livrèrent à des guerres internes, ce qui affaiblit la Bosnie et empêcha sa participation à la politique régionale[53].
En mars 1398, la Bosnie était assaillie par des conflits internes. Il semble que la famille d'Hélène, les Nikolić, ait tenté de profiter davantage de ses relations royales et de se libérer de la subordination à la maison de Kosača pour devenir des vassaux immédiats du monarque. C'était peut-être la raison d'un soulèvement contre Hélène. Elle conserva beaucoup de soutien en avril, lorsque Raguse lui rendit hommage. Les derniers à rester de son côté furent les membres de la famille noble Radivojević, y compris le beau-fils d'Hélène, Juraj[54]. Le 10 mai, cependant, le parent de son mari, Ostoja, fut intronisé comme nouveau roi de Bosnie[55].
Les luttes d’Ostoja et de Tvrtko II
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Ostoja fut porté au pouvoir par les forces de Hrvoje Vukčić Hrvatinić, qui déposa Hélène en 1398[56]. En 1403, il se rangea du côté du roi Ladislas de Naples contre Sigismond de Hongrie[57]. Ostoja mena ensuite une guerre contre la République de Dubrovnik, alors vassale de la Hongrie [58]. En 1404, les nobles bosniens, sous la direction de Hrvoje Vukčić, le remplacèrent par son frère Tvrtko II en raison de ses sympathies pro-hongroises[59]. Il dut fuir en Hongrie après un stanak tenu à Mile, près de Visoko. Ostoja tenta de reprendre le trône avec le soutien hongrois, mais en juin 1404, les partisans de Tvrtko vainquirent une armée hongroise, empêchant ainsi Ostoja de recouvrer la couronne, bien que la résidence royale principale de Bobovac, la région d’Usora, et la ville Srebrenik, aient été capturées et rendues à Ostoja[60]. Toutes les grandes familles nobles restèrent fidèles à Tvrtko, tandis qu’Ostoja, réduit à une position de marionnette de Sigismond, ne contrôlait guère plus que Bobovac. Cette forteresse abritait cependant la couronne royale, que Tvrtko ne put jamais atteindre[61].
À la suite de différends mineurs avec les républiques maritimes de Venise et de Raguse (Dubrovnik) au sujet de Konavle et de Pomorje (terres maritimes), Tvrtko obtint la reconnaissance comme roi légitime par ces deux États. En 1406, Ostoja perdit le peu de soutien qui lui restait en Bosnie ; la noblesse, désormais unanime, favorisait Tvrtko. Cependant, la décision de l’ancien roi de demeurer dans le pays continua à troubler le règne de Tvrtko[62]. Les Ragusains décrivirent le début de son règne comme plus tumultueux que tout ce qui s’était produit « depuis le Déluge »[63], mais il réussit bientôt à unir le royaume en réconciliant ses vassaux querelleurs[64].
Les attaques hongroises contre la Bosnie se poursuivirent chaque année, rendant la vie de Tvrtko « un tracas constant ». En 1408, Sigismond battit la noblesse bosnienne ainsi que Tvrtko, et en 1409 il rétablit Ostoja sur le trône. Cent soixante-dix nobles mineurs furent capturés et exécutés à Dobor, jetés du haut des remparts de la ville. Tvrtko aurait également été capturé, mais cela semble improbable, car il exigea encore l’hommage habituel des Ragusains en février 1409. Les hostilités se poursuivirent jusqu’à la fin novembre, Tvrtko se retirant vers le sud avec ses nobles et résistant aux attaques hongroises, ce qui permit à Ostoja de rétablir son contrôle sur la Bosnie centrale[65].
Tvrtko II resta sur le trône jusqu’au milieu de 1409, lorsque Ostoja prévalut[66]. La revendication de Sigismond demeura fragile, mais les Bosniens reconnurent finalement sa suzeraineté sur Ostoja ; seul Tvrtko refusa de se soumettre au roi de Hongrie[67]. Il semble qu’il échappa à la capture des troupes hongroises en fuyant vers les montagnes du nord de Zachlumie. Ostoja mit fin à la querelle décennale avec les Hongrois en reconnaissant la suzeraineté de la couronne hongroise et, en 1412, en rendant visite au roi à Buda (Hongrie), accompagné du reste de la noblesse bosnienne et serbe, y compris le despote serbe Stefan Lazarević. Après cela, Tvrtko II disparut de la vie politique bosnienne et ne joua plus aucun rôle dans les affaires du royaume pendant plusieurs années.
Deuxième règne de Tvrtko II et influence ottomane croissante
[modifier | modifier le code]Les premières troupes ottomanes attaquèrent la Bosnie en mai 1414. En août de la même année, elles ramenèrent le monarque déchu, Tvrtko II, qu’elles installèrent comme anti-roi. Son alliance avec les Ottomans s’expliquait sans doute par leur hostilité commune envers Sigismond de Hongrie[68]. Pavle Radenović se déclara immédiatement en faveur de Tvrtko, mais aucun autre grand noble ne semble avoir suivi son exemple — pas même Hrvoje Vukčić[61]. Tandis que Tvrtko espérait une victoire ottomane, Ostoja comptait sur un triomphe hongrois pour se débarrasser des envahisseurs ottomans et consolider sa position face à son rival et aux magnats ambitieux de Bosnie[69]. La bataille de Doboj, en août 1415, se solda par une défaite désastreuse de l’armée de Sigismond. Contrairement aux attentes, les Ottomans reconnurent Ostoja comme roi légitime. Tvrtko perdit ainsi tout avantage, tandis que les Bosniaques unis déplacèrent pour la première fois leur allégeance de la couronne hongroise vers le sultanat ottoman[70].

Ostoja mourut en septembre 1418. Bien que beaucoup s’attendaient à ce que Tvrtko lui succède, c’est le fils d’Ostoja, Stephen, qui fut élu roi[71]. Lorsque les Ottomans envahirent de nouveau la Bosnie au début de 1420, Tvrtko les accompagna une fois de plus et fut réinstallé comme anti-roi. Sandalj Hranić se déclara immédiatement pour lui, et, craignant les Ottomans, plusieurs autres nobles suivirent son exemple. En juin, Tvrtko convoqua un stanak, et Raguse le reconnut comme roi. Il reçut alors le soutien de presque toute la noblesse de Visoko, notamment le duc Vukmir, le maire Dragiša, les knezes Juraj Vojsalić, Pribić, Radič Radojević, Batić Mirković, Juraj Dragičević, Petar Klešić, ainsi que le duc Ivko. À la fin de l’année, Tvrtko avait complètement évincé Stephen, qui continua à revendiquer le trône jusqu’à l’été 1421 avant de mourir peu après[72].
Les troubles internes forcèrent les Ottomans à retirer leurs troupes de Bosnie, ce qui permit à Tvrtko de renforcer son autorité sur le royaume et de restaurer son économie[73]. Sa seconde accession dut être légitimée par un nouveau couronnement, organisé lors d’un stanak en août 1421. Ce second règne fut marqué par une détermination claire à restaurer l’autorité royale et la prééminence du souverain sur les seigneurs féodaux bosniaques[74]. Avec la disparition de Hrvoje et de Pavle, et Sandalj absorbé par des conflits internes contre les fils de Pavle, Tvrtko parvint à étendre considérablement le domaine royal. En décembre 1422, il signa un traité commercial avantageux avec la République de Venise et envisagea avec elle une action militaire conjointe contre Sigismond en Dalmatie. Cependant, cette alliance avec Venise inquiéta à la fois Raguse et les Ottomans : la première craignait de perdre son monopole commercial, tandis que les seconds, déjà en désaccord avec Venise à propos de territoires en Albanie et en principauté Zeta (située dans le sud du Monténégro et le nord de l'Albanie), y virent une menace directe. Au printemps 1424, les Ottomans lancèrent un raid en Bosnie pour avertir Tvrtko que des relations trop étroites avec Venise ne seraient pas tolérées. Conscient que Venise ne pourrait pas lui fournir de soutien contre eux, Tvrtko mit progressivement fin à leur alliance[75]. En 1425, il comprit qu’il avait besoin d’un allié puissant pour résister à de futures attaques ottomanes. Ces dernières reprirent bientôt avec une telle intensité que Tvrtko dut accepter leur suzeraineté et verser un tribut annuel.

En 1432, Đurađ Branković, successeur de Stefan Lazarević, ainsi que Sandalj Hranić et les Ottomans, soutinrent Radivoj de Bosnie, fils illégitime d’Ostoja, dans sa revendication du trône. Radivoj s’empara alors d’une grande partie du pays. Le seul soutien notable de Tvrtko provenait de Juraj Vojsalić, neveu et successeur de Hrvoje, ce qui lui permit de ne conserver que le centre et le nord-ouest de la Bosnie. Tvrtko se retira à Visoko, mais découvrit bientôt que Sandalj, gravement malade, n’était plus en mesure de soutenir Radivoj. Après des années de démarches pour obtenir l’aide de la Hongrie, Tvrtko vit enfin les Hongrois intervenir militairement au milieu de l’année 1434. Ils lui restituèrent Jajce, Hodidjed, Bočac et le château de Komotin (dans la municipalité de Jajce), mais il perdit rapidement ces territoires dès leur retrait. Il semble même qu’il ait quitté le pays avec les troupes hongroises sur le chemin du retour, puisqu’il est attesté à la cour de Buda (Hongrie) en 1435. Radivoj cessa d’être une menace lorsqu’il perdit le soutien ottoman la même année, tandis que la mort de Sandalj fit émerger un nouveau vassal rebelle et influent : son neveu et successeur, Stjepan Vukčić Kosača[76].
Mort de Tvrtko II et accession au trône de Thomas
[modifier | modifier le code]À la mort de Tvrtko II, la couronne revint à Thomas (Tomaš Kotromanić). Cependant, son accession ne fut pas reconnue par le plus puissant magnat du royaume, Stjepan Vukčić Kosača, grand seigneur d’Herzégovine. Les deux hommes s’affrontèrent dans une guerre civile qui ne prit fin qu’après que Thomas eut répudié sa première épouse, Vojača, pour épouser Catherine Kosača, fille du puissant seigneur rebelle. Thomas et sa nouvelle épouse, tous deux issus de familles attachées à la tradition de l’Église bosnienne, se convertirent au catholicisme romain, cherchant ainsi à renforcer leurs liens avec la papauté et les puissances chrétiennes voisines. Le couple royal finança la construction d’églises et de monastères à travers tout le royaume, marquant le début d’une lente mais significative latinisation du culte en Bosnie.
Durant tout son règne, Thomas mena une guerre prolongée contre le despotat de Serbie pour le contrôle de la ville minière de Srebrenica et de ses environs, région d’une importance économique majeure. Ce conflit, souvent mêlé à des affrontements intermittents avec son beau-père Kosača, affaiblit considérablement le royaume. N’ayant pas réussi à étendre son influence en Croatie proprement dite, Thomas se tourna à nouveau vers l’est. En 1458, il conclut un mariage stratégique entre son fils Étienne Tomašević et Hélène (Jelena Branković), héritière du despotat serbe. Toutefois, le contrôle bosnien sur les derniers vestiges de l’État serbe ne dura qu’un mois, avant que les Ottomans ne s’en emparent. L’incapacité de Thomas à défendre la Serbie contre l’expansion ottomane porta un coup durable à sa réputation en Europe. Soucieux d’améliorer son image auprès des souverains et prélats catholiques occidentaux, il entreprit alors une politique de persécutions contre l’Église bosnienne, devenant ainsi le premier souverain bosnienne à mener une répression religieuse systématique contre cette communauté autochtone, longtemps tolérée par ses prédécesseurs.
Mort de Tvrtko II, conflits religieux et déclenchement de la guerre civile
[modifier | modifier le code]Radivoj se proclama roi de Bosnie à la fin du règne de Tvrtko II. Il bénéficiait du soutien officiel des Ottomans ainsi que de celui de Stjepan Vukčić Kosača. Cette alliance aurait pu aisément renverser Tvrtko II si ses membres l’avaient souhaité, mais il semble que leur objectif principal fût d’affaiblir et de diviser la Bosnie afin d’en tirer un profit politique ultérieur[77]. Malgré ces menaces, Tvrtko II parvint à conserver le trône plus longtemps que tous les monarques qui succédèrent à Tvrtko Ier. Son règne fut marqué par une restauration de la dignité royale, un effort de centralisation du pouvoir et un important renouveau dans les domaines politique, économique et culturel du royaume. Il mourut sans descendance en septembre 1443, après avoir exprimé le souhait que son cousin Thomas— jusque-là peu impliqué dans les affaires du royaume — lui succède. Thomas était le frère cadet de Radivoj et fils illégitime du roi Ostoja[77].
À cette époque, comme la majorité de la noblesse bosnienne[78], Stjepan Vukčić Kosača se considérait comme un "Krstjanin", terme désignant les fidèles et les membres de l’Église bosnienne. Son attachement à cette foi se manifesta de manière éclatante à la mort de Tvrtko II, lorsqu’il refusa de reconnaître comme roi de Bosnie Thomas, héritier désigné et récemment converti au catholicisme romain. Cette opposition religieuse et politique déclencha une crise majeure, bientôt suivie d’une guerre civile. Le principal point de discorde semblait être la conversion de Thomas, perçue comme une trahison des traditions spirituelles bosniens et comme une menace directe pour l’Église locale. Si cette conversion répondait sans doute à des impératifs politiques et diplomatiques, elle fut accompagnée d’une campagne de persécution contre les Krstjani, destinée à prouver la sincérité du roi aux yeux de Rome et de la chrétienté occidentale. En réaction, Stjepan Vukčić offrit asile et protection aux membres de l’Église bosnienne persécutés, et chercha l’appui des Ottomans pour soutenir Radivoj, frère exilé du roi Thomas et partisan déclaré de la vieille foi[79].
En 1443, la papauté tenta de réconcilier les camps bosniens afin de lancer une contre-offensive commune contre les Ottomans, mais Thomas et Stjepan étaient déjà engagés dans un conflit ouvert. Le roi envoya son vassal Ivaniš Pavlović (grand-Duc de Bosnie) attaquer les territoires de Stjepan Vukčić, tandis que Thomas recevait la reconnaissance officielle du régent hongrois Jean Hunyadi. Cherchant des soutiens extérieurs, Stjepan Vukčić se tourna alors vers Alphonse V (roi d'Aragon), qui le fit chevalier de la Vierge, sans toutefois lui envoyer d’aide militaire. Le , Stjepan conclut un traité d’alliance et de vassalité avec le roi d’Aragon et de Naples, s’engageant à payer un tribut régulier à ce dernier en échange de sa protection contre ses ennemis — à savoir le roi Thomas, le duc Ivaniš Pavlović et la République de Venise. Ce traité marqua une rupture définitive : Stjepan substituait désormais sa loyauté envers Alphonse à celle qu’il devait jusqu’alors au sultan ottoman[80].
La paix par le mariage royal
[modifier | modifier le code]En 1446, Stjepan Vukčić Kosača finit par reconnaître Thomas comme roi de Bosnie, et les frontières d’avant-guerre furent rétablies[79]. La paix entre les deux rivaux fut scellée par le mariage de la fille de Stjepan, Catherine de Bosnie, avec le roi Thomas en mai 1446 [81]. À cette occasion, Catherine abandonna l’Église bosnienne pour se convertir au catholicisme romain[82]. Les Ottomans, qui avaient jusque-là tiré profit des divisions internes de la Bosnie, désapprouvèrent cette réconciliation, car leur stratégie visait à maintenir le pays affaibli et fragmenté. Le despote serbe Đurađ Branković exprima également son mécontentement, notamment à propos de Srebrenica, principal centre minier de Bosnie, redevenu bosniaque à la faveur de la paix. En 1448, les Ottomans organisèrent une expédition punitive contre les terres du roi Thomas — tout en pilllant également celles de Stjepan Vukčić, leur ancien allié. Pour tenter d’améliorer ses relations avec ses puissants voisins, Stjepan envoya des émissaires auprès du despote Đurađ afin de renouer le dialogue et d’apaiser les tensions tant avec la Serbie qu’avec les Ottomans[79].
Renouvellement du conflit
[modifier | modifier le code]Au cours de la première moitié de 1448, dans une tentative de consolider son prestige auprès des Ottomans[83], Stjepan Vukčić adopta le titre de Herzog de Hum et de la Côte, Grand-Duc de Bosnie, Knyaz de la Drina, et autres dignités, titre attesté pour la première fois au printemps 1449[84],[85]. Vers la fin de 1449 et le début de 1450, dans un geste à la fois symbolique et politique, il modifia son titre en Herzog de Saint Sava, Seigneur de Hum, Grand-Duc de Bosnie, Knyaz de la Drina, et le reste[84].
En 1451, Stjepan Vukčić attaqua la République de Raguse (Dubrovnik) et assiégea la ville. Or, ayant précédemment reçu le statut de noble ragusan, il fut proclamé traître par le gouvernement de la République. Une récompense de 15 000 ducats, un palais à Dubrovnik d’une valeur de 2 000 ducats, ainsi qu’un revenu annuel de 300 ducats furent promis à quiconque le tuerait, assortis de l’octroi d’un titre de noblesse héréditaire. Cette menace produisit l’effet escompté : Stjepan leva le siège et se retira[86]. Peu après, le roi Thomas et le despote Đurađ Branković se réconcilièrent (vers la fin de l’automne 1451), ce qui incita Raguse à proposer la formation d’une ligue contre Stjepan. Dans une charte datée du , Thomas concéda à Raguse certains territoires appartenant à Stjepan — bien que ce dernier les contrôlât toujours effectivement —, et il s’engagea à attaquer Vukčić[87].
Stjepan Tomašević et la conquête ottomane
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Stjepan Tomašević succéda à son père au trône après la mort de ce dernier en juillet 1461, devenant ainsi le premier roi de Bosnie couronné par le Saint-Siège. Sous son règne, la Bosnie fut laissée à elle-même par le roi Matthias Corvin, qui exerçait pourtant une autorité nominale sur le royaume, ainsi que par les autres puissances européennes, plus préoccupées par leurs propres affaires que par le sort des Balkans. Lorsque les Ottomans assiégèrent Jajce, la capitale royale, Stjepan Tomašević se réfugia à Ključ (Una-Sana), une forteresse située dans la partie occidentale du royaume. Les troupes ottomanes, commandées par le grand vizir Mahmud Pacha Angelović, le poursuivirent et encerclèrent la forteresse. Après un siège de quatre jours, des négociations furent engagées, au terme desquelles Angelović adressa au roi une assurance écrite lui garantissant la vie sauve. Cette promesse s’avéra toutefois mensongère : une fois capturé et conduit à Jajce, Stjepan Tomašević fut décapité derrière la citadelle, sur un lieu qui prit dès lors le nom de « Carevo Polje » [88]. Le royaume de Bosnie tomba ainsi en 1463, devenant la province la plus occidentale de l’Empire ottoman[89]. Après la chute du pays, la reine Catherine, veuve de Thomas et mère du dernier roi, s’enfuit à cheval vers Rome, trompant les Ottomans quant à sa route. Elle déclara quitter la Bosnie pour retrouver ses enfants ou pour se rendre auprès du Saint-Siège[90].
La conquête rapide de la Bosnie, malgré ses forteresses montagneuses réputées imprenables, prit l’Europe par surprise. Beaucoup de Bosniens, conscients de la situation désespérée, préférèrent la domination ottomane à celle des Hongrois, qu’ils considéraient comme des ennemis héréditaires. Le royaume fut même offert à la République de Venise en échange d’une aide militaire ; mais, face au refus vénitien, les Bosniens durent se résigner à la suzeraineté ottomane[91].
L’émergence de l’Herzégovine
[modifier | modifier le code]Après la chute du royaume en 1463, Stjepan Vukčić Kosača, seigneur de la province méridionale de Hum, survécut encore trois ans, assez longtemps pour assister à la destruction complète du royaume. Dans son testament du 21 mai 1466, malade et âgé, il accusa son fils aîné, Vladislav Hercegović, d’avoir provoqué cette ruine, le déclarant responsable d’avoir « amené le Grand Turc en Bosnie, causant la mort et la destruction de nous tous ». Il mourut le lendemain[53].
Il fut remplacé comme Herceg (duc) par son second fils, Vlatko Hercegović, qui tenta désespérément de conserver ce qui restait de ses territoires. Mais la situation se détériora rapidement : Blagaj, capitale des Kosača, tomba en 1466, tandis que le fort de Ključ, entre Nevesinje et Gacko, fut isolée du reste du domaine. Malgré ses efforts, les campagnes de Vlatko contre les Ottomans n’eurent qu’un succès limité. En 1471, Počitelj tomba à son tour. Conscient que la résistance armée était vaine, Vlatko changea de stratégie et signa la paix avec les Ottomans. La même année, ceux-ci séparèrent la région de Hum du sandjak de Bosnie pour en faire une nouvelle entité administrative, le Sanjak d’Herzégovine, dont le siège fut établi à Foča[92].
Son cadet, Vlatko Hercegović, lui succéda comme Herceg, luttant pour conserver le plus de territoire possible. Cependant, Blagaj, capitale de Kosača, tomba en 1466, tandis que le fort de Ključ, entre Nevesinje et Gacko, était coupé de la majeure partie de son territoire. Les actions de Vlatko contre les Ottomans se concentrèrent toutefois principalement autour de ce fort, avec un succès limité. Les derniers vestiges du territoire bosnien indépendant furent ces étendues de terre contrôlées par Vlatko dans la région de Hum, depuis sa dernière capitale, Novi. Peu après, il reconnut formellement la suzeraineté ottomane et se rapprocha de son frère cadet Stjepan Hercegović, devenu à Istanbul le célèbre Ahmed Pacha Hercegović, grand amiral de la flotte ottomane (vers 1473). Après son mariage en 1474, Vlatko se réconcilia avec son frère aîné Vladislav[93]. Vers la fin du règne de Mehmed II, Vlatko tenta une dernière offensive vers le cœur de la Bosnie, mais, abandonné par ses alliés, il subit une défaite désastreuse et se retira définitivement dans sa forteresse de Novi. À la mort de Mehmed II, le nouveau sultan Bayezid II ordonna la prise de Novi et de son port, ainsi que des derniers territoires autonomes. En novembre 1481, Ajaz-bey, gouverneur du sanjak d’Herzégovine, assiégea Novi ; peu avant le 14 décembre 1481, Vlatko capitula et accepta l’exil à Istanbul avec sa famille. Cela signifiait la disparition définitive de ce qui était le dernier point indépendant restant de l’État bosnienne[94].
La province, ayant survécu encore quinze ans après la mort de Stjepan Vukčić, fut finalement intégrée à l’Empire ottoman en décembre 1481 sous la forme du sanjak d’Herzégovine, nouvelle province ottomane issue des ruines du royaume médiéval de Bosnie[92].
Banat de Jajce
[modifier | modifier le code]La forteresse de Jajce, ancienne capitale du royaume bosnien, tomba entre les mains des Hongrois le 26 décembre 1463, quelques mois après la conquête ottomane. Sous le règne du roi Mathias Corvin, les Hongrois établirent une zone défensive entre leur royaume et les territoires conquis par les Ottomans. Celle-ci fut organisée sous la forme de trois banats : le Banat de Jajce, le Banat de Srebrenik et le Banat de Bihać. Sous domination hongroise, Jajce résista héroïquement aux assauts ottomans pendant plus de soixante ans, avant de tomber en 1527, peu après la Bataille de Mohács (1526), qui vit la défaite décisive des Hongrois face aux Ottomans. La plus grande partie du nord et de l’ouest de la Bosnie-Herzégovine fut alors incorporée au sanjak ottoman de Bosnie, d’abord rattaché à la Pachalik de Roumélie, puis érigé en province autonome en 1580, avec la création de l’eyalet de Bosnie.
Culture et religion
[modifier | modifier le code]Religion
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Les stèles funéraires médiévales appelées stećci constituent l’un des symboles les plus remarquables du patrimoine médiéval bosnien. Apparues à partir du XIIe siècle, on en dénombre près de 70 000 sur le territoire de l’ancienne Yougoslavie, dont environ 60 000dans l’actuelle Bosnie-Herzégovine. Elles sont répandues dans les régions ayant appartenu à la Bosnie médiévale ou ayant été fortement influencées par elle. Certains de ces monuments présentent des motifs gravés variés — figures humaines, scènes de chasse ou de danse, symboles solaires ou croix stylisées — tandis que seuls 1 % portent des inscriptions. Environ 0,5 % des stećci comportent des marques religieuses, apparues à l’époque de l’émergence de l’Église bosnienne[95]. Ils ont été traditionnellement associés aux Bogomiles ou Patarens[96], dont les idées se sont diffusées dans la région avant la formation de l’Église bosnienne[97],[98]. Considérés comme hérétiques par l’Église catholique, ces groupes furent souvent la cible de croisades et persécutés tant par les papes que par le royaume de Hongrie[99],[100]. Les chercheurs estiment aujourd’hui que les stećci furent érigés par les trois confessions chrétiennes présentes en Bosnie médiévale, mais les plus anciens sont probablement liés aux communautés bogomiles (patarenes), car très peu de ces pierres portent des marques religieuses[101]. Ces monuments cessèrent progressivement d’être utilisés avec le déclin de l’Église bosnienne et l’arrivée des Ottomans.
La christianisation des habitants de Bosnie, amorcée à l’époque romaine, fut lente, et une partie de la population conserva longtemps ses coutumes et traditions préchrétiennes[102]. Si le pays possédait de nombreuses forteresses en pierre à l’architecture remarquable, ses églises médiévales étaient souvent de dimensions modestes, surtout comparées aux grandes églises catholiques de la côte adriatique et aux monastères orthodoxes de la Serbie voisine[103]. Cette différence s’explique probablement par une relative indifférence des nobles bosniens à l’égard de la religion institutionnelle.
Au début du XIVe siècle, l’Église bosnienne est clairement attestée en Bosnie[104],[105]. Dès lors, la région comptait trois principales confessions chrétiennes : catholique, orthodoxe et l’Église bosnienne. Les catholiques étaient plus nombreux dans l’ouest et le nord de la Bosnie ; l’Église bosnienne prédominait dans le centre et l’est ; tandis que les orthodoxes étaient majoritairement implantés dans le sud, notamment dans la région de l’Hum (Zahumlje)[106].
La nature exacte de l’Église bosnienne reste débattue. La Bosnie médiévale, située à la frontière entre le catholicisme et l’orthodoxie, a souvent été revendiquée par l’une ou l’autre de ces traditions. Sa culture et sa religion ont fréquemment été interprétées comme des prolongements des cultures voisines plutôt que comme l’expression d’une identité bosnienne propre[107],[108],[109],[110]. Les hérétiques bosniens (Bogomiles, Patarènes, parfois rapprochés des Cathares), qui ne reconnaissaient ni l’Église catholique ni l’Église orthodoxe, furent souvent décrits comme des dissidents de l’une ou l’autre confession. Persécutés par les deux institutions religieuses, presque toutes les traces de leur existence furent effacées, ne laissant que peu de témoignages directs. Cette rareté des sources a conduit certains historiens à considérer l’Église bosnienne comme dérivant du catholicisme (Ferdo Šišić, John Van Antwerp Fine) ou de l’orthodoxie (Vaso Glušac, Božidar Petranović)[111], tandis que d’autres y voient la continuité locale d’une population aux croyances hétérodoxes[112],[113],[114]. Les fidèles de cette Église furent eux aussi persécutés, contraints, voire rebaptisés. Sous la pression des deux grandes Églises, elle aurait progressivement adopté une forme moins dualiste tout en conservant une forte autonomie spirituelle. De nombreux aspects de l’histoire religieuse et culturelle de la Bosnie demeurent obscurs. Les recherches futures devront éclaircir ces zones d’ombre et reconstituer de manière indépendante les éléments essentiels encore manquants dans les sources médiévales.
Les conversions religieuses furent parfois utilisées comme instruments politiques par les nobles. Par exemple, Hrvoje Vukčić Hrvatinić se convertit au catholicisme afin d’obtenir des titres lucratifs, mais, confronté à des difficultés en 1413, il menaça de revenir à sa foi d’origine, que l’Église catholique considérait comme dualiste[115]. Après la mort de plusieurs de ces nobles, l’Église bosnienne perdit de son influence dans certaines régions, notamment à Donji Kraji, où leurs héritiers devinrent progressivement des catholiques convaincus[115]. Au début du XVe siècle, le retrait des représentants de l’Église bosnienne des affaires politiques permit à des catholiques d’occuper ces postes, comme en témoigne un document de Juraj Vojsalić daté du [116]. Le Saint-Siège incitait régulièrement les dirigeants bosniens à renoncer à tout lien avec l’Église bosnienne, voire à se convertir au catholicisme, en échange de son soutien. La plupart des rois et bans de Bosnie se déclaraient catholiques durant leur règne, à l’exception notable du roi Ostoja, qui manifesta un certain intérêt pour l’Église bosnienne[117], et de Radivoj, l’anti-roi exilé, resté fidèle à cette Église malgré la croisade royale contre ses partisans[77]. Plusieurs nobles influents appartenaient également à l’Église bosnienne — appelés « Krstjani » — parmi lesquels Hrvoje Vukčić, la famille Radinović-Pavlović, Sandalj Hranić Kosača, Stjepan Vukčić Kosača et Paul Klešić. À la suite des mesures répressives menées par Étienne Thomas, les fidèles de l’Église bosnienne se soulevèrent dans leur bastion traditionnel de Visoko et, en 1450, détruisirent le monastère franciscain de Mile, bien que celui-ci ait rapidement été reconstruit[118]. Ces violences valurent au souverain le surnom de « roi maudit » en raison de sa politique hostile envers l’Église bosnienne[118]. Ces événements affaiblirent durablement les Krstjani, poussant Stjepan Vukčić Kosača à offrir refuge à leurs fidèles et à s’allier aux Ottomans pour soutenir Radivoj, l’opposant du roi[119]. Le résultat de plusieurs siècles de campagnes répressives et de croisades contre les hérésies fut qu’une partie importante des fidèles de l’Église bosnienne et des groupes hétérodoxes se convertit progressivement à l’islam lors de l’occupation ottomane, entraînant une transformation durable du paysage religieux de la Bosnie[120],[7],[121]. Les stećci et l’histoire de l’Église bosnienne témoignent de la richesse culturelle et religieuse de la Bosnie médiévale, de sa diversité et des tensions entre traditions locales et influences extérieures.
Culture
[modifier | modifier le code]Outre la vie religieuse, une véritable vie culturelle s’est développée dans la Bosnie médiévale. L’écriture locale, la Bosančica— une variante cursive du cyrillique — était largement utilisée dans l’administration pour les chartes et correspondances, ainsi que dans la production de sceaux par les nobles et au sein de l’Église bosnienne[122]. La chancellerie royale et les grandes familles nobles produisirent divers sceaux et armoires, témoignant d’une organisation politique avancée et d’une société structurée. Plusieurs souverains bosniens firent frapper de la monnaie, illustrant l’affirmation de la Bosnie en tant qu’État indépendant et souverain et la continuité d’une économie organisée. Parallèlement, les arts spécialisés, tels que l’orfèvrerie et la joaillerie, se perfectionnèrent, montrant le raffinement et la créativité des artisans bosniens. La vie culturelle transparaît également à travers la musique traditionnelle, les festivités et la danse, notamment le kolo. Ces éléments culturels sont parfois représentés parmi les motifs sculptés sur les stećci, témoignant de la fusion de l’art funéraire et de la vie sociale. Enfin, la période vit l’essor de nombreuses villes fortifiées, souvent édifiées sur des hauteurs stratégiques. On estime qu’au Moyen Âge, environ 350 forteresses furent construites sur le territoire de la Bosnie. Aujourd’hui, l’emplacement d’environ 200 d’entre elles peut être identifié, bien que la plupart ne subsistent qu’à l’état de ruines. La plus célèbre était Bobovac, capitale de l’État et résidence royale. Ces forteresses servaient à la fois de centres politiques, militaires et parfois économiques, reflétant le dynamisme urbain et l’évolution de la société bosnienne médiévale[123].
Économie
[modifier | modifier le code]L'économie de la Bosnie médiévale reposait sur l'agriculture, l'exploitation minière, le commerce et l'artisanat[124]. D'importantes villes minières comme Fojnica, Kreševo, Olovo, Srebrenica, Dusina (Fojnica), Kamenica (Vogošća) et Deževice sont mentionnées dans les sources contemporaines dès le règne de Tvrtko Ier. Parmi elles, Srebrenica se distinguait par ses mines d'argent très lucratives. Le commerce caravanier entre la République de Raguse et la Bosnie était fréquent, les marchands ragusains possédant des colonies commerciales à Podvisoki, Fojnica, Srebrenica, Kreševo et ailleurs. Cette activité économique permit la création de nouvelles župas, comme Nenavište en Posavina et Trebotić en Podrinje. Les routes « Via Narenta » et « Via Drine » étaient cruciales pour accéder à Drijeva et Dubrovnik, assurant ainsi un accès à la mer Adriatique. En 1382, Tvrtko fit construire une forteresse dans les bouches de Kotor, destinée à établir un centre de commerce du sel, initialement nommée en l'honneur de saint Étienne, la ville prit ensuite le nom de Herceg Novi.
L’exploitation minière était un secteur économique majeur en Bosnie. Les Saxons fournissaient leur expertise en ingénierie, tandis que les mines étaient souvent exploitées par des Ragusains. Parmi ces ingénieurs, Hans Sasinović et son frère obtinrent les droits d’exploitation des mines d’argent d’Ostružnica et de Fojnica [125]. La plupart des mines d’argent appartenaient au roi, à l’exception de Srebrenica, et les produits argentifères bosniens étaient très recherchés sur les marchés adriatiques. Les artisans allemands produisaient également des armes à feu et des canons, faisant de la Bosnie l’un des premiers pays des Balkans intérieurs à maîtriser cette technologie [126].
Les Valaques (Vlasi) assuraient le transport des marchandises entre l’intérieur des terres et les villes côtières. Leurs caravanes, dirigées par des kramars[127], comptaient généralement entre 10 et 100 chevaux et facilitaient une grande partie du commerce intérieur[128],[11]. Un exemple notable se situe le , lorsque les Valaques de Podvisoki livrèrent 1 500 modius de sel sur 600 chevaux au seigneur ragusain Tomo Bunić [129]. À la fin du XIVe siècle, les marchands de Podvisoki participaient également à la traite des esclaves, comme le montre la vente en novembre 1389 du jeune Milko par Bogovac Vukojević pour 4 ducats [129].
Sous Thomas, le commerce prospéra grâce aux accords avec des commerçants dalmates. Il dépendait toujours de ses mines d’argent mais tirait surtout profit de ses monopoles sur le sel[130],[131]. Le sultan Mehmed II exerça une pression croissante sur la Bosnie : outre les extorsions financières, l’exportation d’argent fut interdite, paralysant ainsi l’économie bosnienne. Le successeur de Thomas, Stjepan Tomašević, tenta de redresser la situation, et l’économie se redressa davantage grâce au commerce des métaux [132].
Les postes de douane les plus importants se situaient à Drijeva, Vrabač, Deževice, Podvisoki, Trebinje, Foča, Goražde, Borač, Višegrad, Olovo et Srebrenica. La collecte des droits était supervisée par des protovestiarios, souvent des citoyens de Raguse .
Identification visuelle historique
[modifier | modifier le code]L'une des premières représentations d'armoiries attribuées à la Bosnie provient de l’Armorial d'Ohmučević, puis de l’Armorial de Fojnica, réalisés initialement au XVIe siècleet réédités au XVIIe siècle[133]. Dans les armoiries illyriennes, le blason est représenté sur un bouclier d’or : deux bâtons noirs déchiquetés sont croisés en sautoir, surmontés de deux têtes de Maures, chacune placée à l’extrémité supérieure d’un bâton. L’ensemble est surmonté d’un écusson rouge chargé d’une étoile à huit branches et d’un croissant. Au fil des siècles, de nombreuses sources européennes ont attribué à la Bosnie des armoiries similaires, voire identiques, à cette représentation [134].
Les armoiries des rois de Bosnie, qui régnèrent de 1377 à 1463 sur le territoire actuel de la Bosnie-Herzégovine et de la Dalmatie, étaient composées d’un bouclier bleu orné de six fleurs de lys d’or disposées autour d’une bande blanche, le tout dans une bordure dorée. Le lys d’or représenté est le Lilium bosniacum, une espèce de lys endémique de la région[135],[136],[137]
Liste des souverains du Royaume de Bosnie (1377–1463)
[modifier | modifier le code]- Tvrtko Ier (1377–1391) : Premier roi couronné de Bosnie. Il a étendu le royaume à des parties de la Serbie, de la Dalmatie et de la Croatie. Sa politique était caractérisée par l'expansion territoriale et la centralisation du pouvoir.
- Étienne Dabicha (1391–1395) : Successeur de Tvrtko I. Confronté à l’ascension des magnats, notamment Hrvoje Vukčić Hrvatinić. A reconnu Sigismund de Hongrie comme son héritier désigné, affaiblissant l’autorité royale.
- Jelena Gruba (1395–1398) : Épouse de Dabiša. Élu par le stanak après la mort de son mari. Son règne marque l’apogée de l’émancipation de la noblesse bosnienne.
- Étienne-Ostoïa (1398–1404, : Règne marqué par les luttes internes et les conflits avec la Hongrie.
- Tvrtko II (1404–1409) : Maintint le trône plus longtemps que ses successeurs. Centralisa partiellement le royaume et restaura la dignité royale.
- Étienne-Ostoïa (1409–1418) : Restauré au pouvoir par la noblesse après un premier renversement.
- Étienne Ostojić (1418-1421) : Fils légitime du roi Ostoïa.
- Tvrtko II (1421-1443 ) (rétabli) : Meurt en 1443, sans enfant.
- Radivoj (rival, 1432–1435) : Frère illégitime d’Ostoja. Appuyé par Stjepan Vukčić Kosača et les Ottomans, mais jamais pleinement reconnu comme roi.
- Étienne-Thomas de Bosnie (1443–1461) : Cousin de Tvrtko II et fils illégitime d’Ostoja. Converti au catholicisme romain, persécuta l’Église bosnienne. Son règne fut marqué par des conflits internes et des affrontements avec le Despotat serbe.
- Étienne Tomašević (1461–1463) : Fils de Thomas. Premier roi couronné par le Saint-Siège. Mort lors de la conquête ottomane en 1463, marquant la fin du royaume indépendant de Bosnie.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Kingdom of Bosnia » (voir la liste des auteurs).
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