Rosemary Kennedy

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Rosemary Kennedy
Rosemary Kennedy en septembre 1931.
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Holyhood Cemetery (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Rose Marie Kennedy
Nationalité
Activité
Famille
Père
Mère
Fratrie
Joseph Patrick Kennedy (frère aîné)
John Fitzgerald Kennedy (frère aîné)
Kathleen Kennedy Cavendish (sœur cadette)
Eunice Kennedy Shriver (sœur cadette)
Patricia Kennedy Lawford (sœur cadette)
Robert Francis Kennedy (frère cadet)
Jean Kennedy Smith (sœur cadette)
Edward Moore Kennedy (frère cadet)Voir et modifier les données sur Wikidata

Rose Marie Kennedy, dite Rosemary Kennedy, née le à Brookline dans le Massachusetts et morte le à Fort Atkinson dans le Wisconsin, est une socialite américaine, membre de la famille Kennedy. Elle est le troisième enfant, première fille de Joseph Patrick Kennedy et de Rose Fitzgerald, et la sœur cadette de John Fitzgerald Kennedy, 35e président des États-Unis.

Présentée comme souffrant de troubles de l'humeur et du comportement, Rosemary subit, à l'âge de 23 ans, une lobotomie pratiquée par les médecins Walter Freeman et James Watts, et se retrouve handicapée mentale pour le reste de sa vie. Cachée du public et mise à l'écart de sa famille dans un établissement psychiatrique puis religieux, sa condition est occultée durant des années, jusqu'à l'attaque cérébrale de son père en 1961, date à laquelle elle retrouve ses proches.

Biographie[modifier | modifier le code]

Naissance, enfance, jeunesse et études[modifier | modifier le code]

Rose Marie Kennedy est née le , dans la maison familiale de ses parents à Brookline dans le Massachusetts, où sont également nés son frère aîné John et sa sœur cadette Kathleen. Elle est le troisième enfant et la première fille de Joseph Patrick Kennedy et de son épouse Rose Fitzgerald. Selon son père, Rosemary était atteinte d'un léger retard mental associé à des troubles de l'humeur et du comportement, probablement lié à un accouchement difficile où son cerveau aurait manqué d'oxygène pendant de longues minutes[1]. À l'âge de 4 ans, elle n'est pas autorisée à passer dans la classe supérieure ; ses parents consultent alors des spécialistes et lui cherchent des écoles adaptées.

Joseph « Joe » Kennedy, père de Rosemary Kennedy, photographié en 1938.

Lorsque son père devient ambassadeur des États-Unis en Angleterre, elle intègre l'école Montessori de Hertfordshire [2]. À leur retour d'Europe, elle est finalement scolarisée dans un couvent de Rhode Island[3].

Dans les années 1930, Rosemary est surtout une jeune femme qui aime les fêtes, et qui ne se préoccupe pas beaucoup de son avenir, que son père veut « brillant » et irréprochable, comme pour ses autres enfants. C'est une jeune fille de la bourgeoisie bostonienne, pratiquant la voile et le tennis, le tennis de table et le badminton, jouant au bridge, allant au bal, et invitant des amis dans la maison familiale pour des séances privées de cinéma, grâce aux bobines que son père rapporte de Hollywood.

Début 1938, les Kennedy s'installent à Londres, où Joseph Kennedy a été nommé ambassadeur par Franklin Roosevelt[3]. Rosemary poursuit alors ses études au couvent des Sœurs de l'Assomption à Kensington Square et y obtient un diplôme d'enseignante en .

Rosemary est rapatriée aux États-Unis dès le début de la Seconde Guerre mondiale, sa santé mentale s'étant soudainement aggravée selon les témoignages de sa mère : les crises d'hystérie et de colères inexpliquées se sont multipliées. Mais ce sont surtout ses sorties nocturnes et son intérêt pour les garçons qui offusquent sa mère très religieuse, et font craindre un scandale pour la famille[4].

Lobotomie et conséquences post-opératoires[modifier | modifier le code]

Walter J. Freeman (à gauche) et James W. Watts, 24 mai 1941.

À l'automne 1941, après un diagnostic de « dépression agitée », les médecins Walter Jackson Freeman et James Watts suggèrent à Joseph Kennedy de pratiquer une lobotomie préfrontale (pratique neurochirurgicale alors en plein essor dans le domaine de la psychochirurgie, considérée comme une manière révolutionnaire de soigner les troubles psychiatriques) pour endiguer les crises et restaurer la joie de vivre de Rosemary. Joseph Kennedy, qui a décidé seul de l'opération, a vraisemblablement été convaincu que cette dernière permettrait d'augmenter le QI de sa fille et donc de la rendre aussi « parfaite » que le reste de la famille[5].

Cette opération, réalisée en novembre 1941, n'a pas du tout l'effet escompté : Rosemary se retrouve avec l'âge mental d'un enfant de deux ans incapable de s'exprimer de façon cohérente, et souffre d'incontinence[6]. Devenue handicapée mentale et physique à cause de la lobotomie, elle est tout d'abord placée à la Craig House, un hôpital psychiatrique privé situé à Beacon, à environ une heure au nord de New York, jusqu'en 1949. À partir de cette date, après avoir été abusée sexuellement, elle est internée à St. Coletta, à Jefferson dans le Wisconsin, chez des religieuses franciscaines. Là, elle est installée dans un petit pavillon de brique construit à son intention, près d'Alverno House, bâtiment réservé aux séjours de longue durée[7]. Elle y vit jusqu'à sa mort[3]. Rosemary, qui perdit sa motricité et l'usage de la parole suite à l'opération, réapprit à marcher, mais en boitant. Elle n’a jamais retrouvé la capacité de parler clairement et l'un de ses bras était paralysé[8]. Son histoire est parfois considérée comme ayant inspiré et motivé sa sœur Eunice Shriver, qui fonda les Jeux olympiques spéciaux en 1968.

Occultation de sa condition[modifier | modifier le code]

Si en public, Rosemary Kennedy est simplement présentée comme handicapée mentale, seules quelques personnes dans l'entourage des Kennedy connaissent la véritable raison de son état. Néanmoins, en , le Saturday Evening Post, publiant un article sur la carrière prometteuse de John Fitzgerald, raconte que toute la famille s'est mobilisée autour de lui pour la campagne électorale, à l'exception de Ted, parti à l'armée en Allemagne, et de Rosemary, présentée comme « institutrice dans le Wisconsin ».

En 1959, un proche de la famille Kennedy, James McGregor Burns (en) publie un ouvrage dans lequel il explique que Rosemary « s'occupe d'enfants attardés ». Cette explication est remise en cause quelques mois plus tard par une nouvelle version de Joe Kennedy qui relate que sa fille aînée aurait été victime, durant l'enfance, d'une « méningite spinale ». La victoire de JFK à la présidentielle impose la version « officielle » définitive selon laquelle Rosemary serait née déficiente mentale.

Joe interdit que la famille rende visite à Rosemary, après conseils des médecins, qui considèrent que c'est pour son bien[3].

En 1961, l'attaque cérébrale de son père, qui le laisse hémiplégique et presque privé de parole, permet à ses frères et sœurs d'apprendre où elle est internée, et à Rosemary de sortir de son isolement[9]. C'est ainsi qu'occasionnellement, notamment après le décès de son père en 1969, elle reçoit de nouveau des visites et se rend auprès de ses proches en Floride, à Washington, ou bien encore dans la résidence familiale de Hyannis Port (en) (Hyannis) au cap Cod. Elle n’a jamais retrouvé la capacité de parler clairement et son bras était paralysé. Son père ne l'a jamais revue[3]. La lobotomie de Rosemary n'est rendue publique qu'en 1987[10].

Mort[modifier | modifier le code]

Rosemary Kennedy décède de causes naturelles le 7 janvier 2005 à l'âge de 86 ans, au Fort Memorial Hospital à Fort Atkinson dans le Wisconsin, en présence de son frère Ted, et de ses sœurs Jean, Eunice et Patricia. Elle est la cinquième enfant Kennedy à mourir, mais la première[11] de cause naturelle. Elle repose auprès de ses parents au cimetière Holyhood de Brookline (Massachusetts)[12].

Un livre écrit par l'historienne américaine Kate Clifford Larson, intitulé Rosemary, l'enfant que l'on cachait (Rosemary: The Hidden Kennedy Daughter), et paru en 2016, retrace son destin tragique[13].

Documentaire[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. How Rosemary Kennedy ... sur www.dailymail.co.uk (consulté le 12 décembre 2016)
  2. (en) Laurence Leamer, The Kennedy Women, The Saga of an American Family, New-York, Ballantine Books, , 935 p. (ISBN 978-0-449-91171-6), p. 243
  3. a b c d et e Danièle Georget, « La fille cachée des Kennedy », Paris Match, semaine du au , p. 92-97.
  4. Article du Monde : "Rosemary, le dernier secret des Kennedy"
  5. Site la loupe, page sur RoseMary Kennedy
  6. « The forgotten Kennedy », sur theguardian.com, (consulté le ), à la fin du sixième paragraphe.
  7. Article du New York times, "Kennedy help school for retarded"
  8. (en) « The exiled Kennedy », sur The Independent, (consulté le )
  9. (en) « Why Rosemary Kennedy's Siblings Didn't See Her After Her Lobotomy », sur Peoplemag (consulté le )
  10. (en) « Rosemary Kennedy: The sad life of President Kennedy's younger sister », sur IrishCentral.com, (consulté le )
  11. Deux sont morts dans 2 accidents d'avion (Joseph Patrick Kennedy, Jr., puis Kathleen Kennedy Cavendish), 2 autres sont morts tués par des armes à feu (le président JFK, puis Robert Francis Kennedy).
  12. Site "Tombes et sépultures, les tombes de la famille Kennedy
  13. (en-US) Meryl Gordon, « ‘Rosemary: The Hidden Kennedy Daughter,’ by Kate Clifford Larson », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
  14. Isometric Wilderness- www.isometricwilderness.com, « Eklektik productions | Qu'est-il arrivé à Rosemary Kennedy? », sur Eklektik productions, (consulté le )

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Rosemary : the hidden Kennedy daughter, Kate Clifford Larson, Houghton Mifflin Harcourt, Boston, 2015, (ISBN 978-0-547-25025-0).
  • (en) The Missing Kennedy: Rosemary Kennedy and the Secret Bonds of Four Women, Elizabeth Koehler-Pentacoff, Bancroft Press, 2015, (ISBN 978-1-610-88174-6).
  • Rosemary, l'enfant que l'on cachait, Kate Clifford Larson, Paris, Les Arènes, 2016, traduit par Marie-Anne de Béru (ISBN 978-2-35204-515-1)

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Qu'est-il arrivé à Rosemary Kennedy ?, Patrick Jeudy, France, 2018

Liens externes[modifier | modifier le code]