Ron Jones (professeur)

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Ron Jones
Portrait de Ron Jones
Biographie
Naissance Voir et modifier les données sur Wikidata
à San FranciscoVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité(s) États-UnisVoir et modifier les données sur Wikidata
Thématique
Profession(s) Enseignant et universitaire (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Œuvres principales La Troisième Vague

Ron Jones (né en 1941 à San Francisco) est un professeur d'histoire de Palo Alto, en Californie, aux États-Unis, ayant mené une étude expérimentale psychologique sur sa classe d'élève.

Expérience sociologique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : La Troisième Vague.

Devant l'incrédulité de ses élèves de classe d'Histoire Contemporaine du Cubberley High School (lycée) à comprendre l'asservissement de la population allemande devant les horreurs des nazis, il décida d'en faire la preuve par la pratique et réalisa la Troisième Vague, expérience sur le fonctionnement de la dictature et la manipulation des foules. Durant la première semaine d'avril 1967, il décida d'instaurer des règles de discipline basées sur la communauté et de l'esprit de groupe[1]. Il convainquit ses élèves de l'importance d'éliminer la démocratie en ce qu'elle peut stimuler les actes individuels. L'individualisme est une tare de l'esprit démocratique qui va à l'encontre de l'intérêt général résumé dans ces mots : « La Force grâce à la discipline, la Force grâce à la communauté, la Force grâce à l'action, la Force grâce à l'esprit de fierté ». L'expérience prenant des ampleurs inattendues a été arrêtée au bout de cinq jours : en une semaine, cette expérience inédite sur le fonctionnement d'une dictature comme celle du troisième Reich connaît un succès inégalé et le nombre d'étudiants atteint plusieurs centaines.

Chronologie de l’expérience[modifier | modifier le code]

Lundi[modifier | modifier le code]

Jones donne une allocution sur la discipline : comment elle est nécessaire aux athlètes, aux artistes, aux scientifiques, et comment, par la maîtrise de soi, elle assure la réussite des projets. Il passe ensuite aux travaux pratiques et indique une position assise susceptible de faciliter la concentration et la volonté : pieds à plat sur le sol, dos droit, mains croisées derrière le dos. Il exige des élèves qu’ils adoptent cette position et vérifie qu’ils obéissent. Il leur apprend ensuite à entrer et à sortir de classe, dans le silence et la rapidité. Il donne aussi des instructions pour répondre aux questions : désormais, les élèves doivent se lever, commencer leur réponse par « Monsieur Jones » et répondre en quelques mots seulement. Une série de questions réponses très intense conclut la séance. Les élèves se sentent stimulés et motivés.

Mardi[modifier | modifier le code]

Devant une classe en « position d’attention » Jones inscrit au tableau la devise du mouvement : « La force par la discipline, la force par la communauté ». Il analyse l’idée de communauté qu’il définit comme le lien unissant différentes personnes tournées vers un but commun. Il exalte la valeur de la communauté en montrant quelle est cette réalité au-delà de l’individu dans laquelle il s’accomplit en s’y intégrant. Ron Jones ordonne ensuite aux élèves de réciter la devise du mouvement, d’abord l’un après l’autre, puis par groupes de deux ou trois, puis toute la classe ensemble. La coordination atteinte permet aux élèves de constater la réalité de la communauté, et de s’y sentir pleinement intégrés, à égalité avec les autres. À la fin de l’heure, Jones enseigne un salut consistant à amener la main droite à hauteur de l’épaule droite, les doigts arrondis en forme de coupe. Il s'agit d'un salut utilisé par les nazis, ce que les élèves ignoraient. Il décide de nommer le mouvement « la troisième vague », expliquant aux élèves que c'est à la fois parce que la main lors du salut ressemble à une vague sur le point de déferler, et parce que, conformément à une croyance populaire, les vagues de l’océan avanceraient par groupes de trois, la troisième étant la plus forte. Il omet de mentionner aux élèves la référence la plus importante, qui est bien sûr la référence au Troisième Reich.

Mercredi[modifier | modifier le code]

Ron Jones constate que treize élèves d’autres classes viennent assister à son cours. Il distribue des cartes de membre aux élèves participant au mouvement. Parmi les cartes de membre, trois, distribuées aléatoirement, sont marquées d’un « X » rouge. Les membres porteurs de ces cartes se voient confier la mission de dénoncer les membres qui ne respecteraient pas les règles. Ron Jones donne une allocution sur l’action, entendue comme but vers lequel tendent la discipline et la communauté, et sans lequel elles perdent tout leur sens. À la surprise du professeur, plusieurs élèves lui expriment leur satisfaction et leur joie de participer à la « troisième vague ». Les élèves montrent de meilleures dispositions pour apprendre et participer en classe. L’égalité instaurée entre eux incite les élèves les moins sûrs d'eux à prendre la parole et à gagner en assurance. Les réponses aux questions se font cependant beaucoup plus laconiques, et les élèves semblent perdre leurs aptitudes à argumenter et à nuancer. Ron Jones dirige la classe vers l’action pure : il donne l’ordre de dessiner une bannière pour la « troisième vague », d’apprendre par cœur le nom et l’adresse de tous les membres et de recruter de nouveaux membres. Plus tard dans la journée, Ron Jones constate que la « troisième vague » prend des proportions inquiétantes. La moitié des membres en dénoncent d’autres, même si seuls trois élèves ont été spécialement désignés pour cette tâche. De nombreux élèves prennent la « troisième vague » très au sérieux et menacent ceux qui tournent le mouvement en dérision. Ron Jones constate aussi que, alors que les élèves les plus médiocres participent de plus en plus et s’investissent beaucoup dans le mouvement (l’un des élèves décide même de devenir le « garde du corps personnel » du professeur, qui se laisse faire), les élèves les plus doués supportent mal l’égalitarisme forcené du cours.

Jeudi[modifier | modifier le code]

Arrivé tôt au lycée, Ron Jones découvre sa classe dévastée. Un des parents d’élèves, vétéran de la Seconde Guerre mondiale et ancien prisonnier de guerre, a pénétré dans l’établissement et commis des dégradations sur le matériel. L’expérience perturbe la vie du lycée de manière manifeste : des élèves sèchent leurs cours pour venir assister aux leçons de Ron Jones (quatre-vingts élèves serrés comme des sardines, au lieu des trente habituels), et une « police secrète » s’organise sur la délation et la peur. Inquiet de l’ampleur et de la tournure que prennent les événements, sentant l’expérience lui échapper, incertain de ses propres motivations pour poursuivre, Ron Jones décide d’en finir. Après une allocution sur la fierté, il annonce que la « troisième vague » n’est pas seulement une mise en situation au sein du lycée, mais bel et bien un projet d’ampleur nationale destiné à modifier en profondeur la vie sociale des États-Unis. Il prétend que d’autres enseignants ont, comme lui, fondé des « troisièmes vagues » partout dans le pays et que, le lendemain, à midi exactement, le leader national du mouvement s’adressera aux jeunesses de la « troisième vague ». Il s’appuie sur la volonté des membres pour organiser en vingt-quatre heures une réunion exemplaire.

Vendredi[modifier | modifier le code]

Ron Jones consacre le début de la matinée à préparer la salle de conférence du lycée. Les élèves commencent à arriver dès 11 h 30. Deux cents étudiants assistent à la réunion. Certains ont apporté des bannières. Des amis de Ron Jones, déguisés en reporters et en journalistes, prennent des notes et photographient les participants. À midi, les portes sont closes et des gardes postés de faction. Ron Jones montre à ses amis l’obéissance aveugle des jeunes présents : il les fait saluer et leur fait réciter la devise du mouvement. À midi cinq, Ron Jones fait éteindre les lumières et allumer des écrans de télévision, annonçant le discours du leader national. Après quelques minutes de silence attentif devant les postes ne montrant que de la « neige », les élèves finissent par s’apercevoir de la supercherie. Coupant court à leur stupeur, Ron Jones procède à un débriefing : il explique comment il les a manipulés et dans quelle mesure ils se sont laissés manipuler. Il leur fait visionner un film montrant des images d’archives du Troisième Reich. Répondant aux questions des élèves, il leur montre à quel point il est facile de verser dans le totalitarisme. Il leur explique aussi combien être dupe de ficelles aussi grossières est honteux, et répond à la question originelle : les Allemands ont nié avoir eu connaissance de l’extermination des Juifs, des Tziganes, des homosexuels, etc., de la même manière que les élèves de Cubberley nieront avoir participé à la réunion. Il clôt l’expérience.

Le journal de l’école, le Cubberley Catamount, consacre à l’expérience une brève extrêmement courte (numéro du 1) et un article de fond, pourtant assez peu détaillé (numéro du 2). Ces deux textes constituent les seules sources contemporaines de l’expérience. La « troisième vague » est citée une dernière fois dans un numéro du Cubberley Catamount de décembre 19673.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Anthea Lipsett, « 'Like history in the first person' : A new film tells how a teacher in the 1960s carried out a terryfying experiment in facism with his class. Anthea Lipsett tracks him down - and some of his students », The Guardian,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]