Roman von Ungern-Sternberg

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Roman von Ungern-Sternberg
Романъ Фёдоровичъ фонъ Унгернъ-Штернбергъ
Le baron Ungern-Sternberg v. 1919
Le baron Ungern-Sternberg v. 1919

Surnom Le Baron fou
Le Baron sanglant
Naissance
Graz
Décès (à 35 ans)
Novonikolaïevsk
Origine Germano-Balte
Allégeance Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Flag of Russia.svg Armées blanches
Arme Cavalerie
Grade Lieutenant-général
Années de service 1908 – 1921
Conflits Première Guerre mondiale
Guerre civile russe
Distinctions Ordre de St-Georges IVe degré Ordre de Saint-Georges
Ordre de Saint-Vladimir IVe degré Ordre de Saint-Vladimir
Ordre de Sainte-Anne IIIe degré Ordre de Sainte-Anne
Ordre de Saint-Stanislas IIIe degré Ordre de Saint-Stanislas

Nikolai Robert Maximilian von Ungern-Sternberg (en russe : Роман Фёдорович фон Унгерн-Штернберг, Roman Fiodorovitch von Ungern-Sternberg), né le à Graz (Autriche) et mort le 15 septembre 1921, combattit dans les armées blanches durant la guerre civile russe, avant de combattre pour son propre compte dans le but de créer un empire à l'est du lac Baïkal. Baptisé Nikolai Robert Maximilian, il n'utilisait pas son prénom avec ses proches, signant simplement Ungern-Sternberg.

Naissance et éducation[modifier | modifier le code]

Roman von Ungern-Sternberg enfant.

La généalogie des Ungern-Sternberg fait remonter la famille dix-huit générations plus tôt, avec Hans von Ungern au XIIIe siècle, et était apparentée à celle du comte Hermann Keyserling. Les Ungern, avec les Rosen, les Tiesenhausen et les Uexküll, faisaient partie des quatre familles de la noblesse allemande de la Baltique que l’on appelait les « Quatre de la main réunie »[1].

Bien qu'il fut une grande partie de sa vie au service des Romanov, Ungern-Sternberg était allemand par le sang. A l'époque de sa naissance l'Estonie était sous domination russe, ainsi son père Teodor Leonard Rudolf von Ungern-Sternberg introduisit son fils dans la noblesse du Tsar sous le nom de Roman Fedorovich. La famille Ungern-Sternberg était particulièrement illustre, avec des ramifications de plus de mille ans[2].

Jeune officier avant et pendant la première guerre mondiale, il se bâtit une réputation de solide buveur et, en même temps d'exceptionnelle bravoure. Selon les propres mots de son supérieur hiérarchique à cette époque le jeune baron était un "guerrier dans l'âme", qui ne "vivait que pour la guerre", et n’obéissait qu'à son propre système de valeurs. Très tôt, il s'intéressa à la spiritualité[3].

Après le divorce de ses parents, Robert Maximilian von Ungern-Sternberg est élevé par sa mère, une riche héritière, née Sophie-Charlotte von Wimpffen (Famille von Wimpffen de Franconie), et par son beau-père, Oscar von Hoyningen-Huene, dans une propriété près de Reval (aujourd'hui Tallinn) en Esthonie. Entré à l'École militaire Paul, à Saint-Pétersbourg, il en sort officier deux ans plus tard et est envoyé en tant que lieutenant dans une unité militaire en Transbaïkalie (Sibérie orientale), où il s'enthousiasme pour le mode de vie de peuples nomades comme les Mongols, les Bouriates et aussi pour les cosaques.

Pendant la Première Guerre mondiale, il combat en Galicie et acquiert une réputation de bravoure. Étant cinq fois blessé, il obtint l'ordre de Saint-Vladimir, de Saint-Stanislas et fut décoré de l'ordre de Saint-Georges.

Il fut également remarqué pour son insouciance et son instabilité psychique. Ainsi, selon le colonel Wrangel qui fut son supérieur dans le 1er régiment cosaque de Nertchinsk lors de la grande guerre, Ungern « ne connaît rien au règlement, fait fi de la discipline, ignore les éléments de la bienséance ». Dans ses Mémoires, le général Wrangel dit avoir hésité à le promouvoir au grade supérieur. Au moment des événements de 1917, il est général de l'armée impériale.

Sa dimension spirituelle[modifier | modifier le code]

Par sa généalogie, il était intimement lié au Bouddhisme depuis au moins trois générations et c'est très tôt qu'il fut mit directement en contact avec un ordre initiatique tibétain de nature tantrique, le Vajrayāna. Durant la guerre russo-japonaise, il était officier cosaque en Sibérie et en Mongolie, entre 1908 et 1914. C'est à cette époque que, selon ses propres dires, il forma un "Ordre armé bouddhiste" pour servir le Tsar et combattre la révolution. Parmi les règles de cet ordre, figuraient "le célibat et l'usage illimité de l'alcool, du haschich et de l'opium"[4]. Ces substances étaient sensées aider les initiés à dépasser, selon les propres mots d'Ungern-Sternberg, les limites physiques de l'individualité humaine, mais il admit plus tard que cela ne donnait pas les résultats escomptés. Aussi ultérieurement en Mongolie, affirme-t-il, il interdit l'alcool. C'est à cette époque qu'il réunit "trois cent hommes, brutaux et féroces", dont certains d'entre eux resteront avec lui jusqu'en 1921. En 1913 il s'acquitta de ses obligations militaires et, solitaire, s'enfonça dans les immensités de la Mongolie. C'est à cette époque qu'il forma une "armée mongole" et qu'on le retrouve en Mongolie occidentale, à Kobdo (Khovd), en tant que membre de la garde locale du consulat russe. L'un de ses camarades sur place se souvint que "quand on regardait Ungern, on avait l'impression d'être transporté au Moyen-Âge... [il apparaissait] comme ces hommes d'avant, avec la même soif de guerre et la même foi en le surnaturel". A cette époque, Ungern-Sternberg était décrit comme lié à des formes initiatiques tantriques d'un ordre particulièrement élevé. En outre, sa détestation des Juifs, qu'il accusait de collusion et d'inspirateurs des bolcheviques, était très profonde[5].

On a d'Ungern-Sternberg cette citation: "Dans les livres bouddhiques comme dans les vieux livres chrétiens, on lit de graves prophéties relatives à l'époque où devra commencer la guerre entre les bons et les mauvais esprits. Alors surviendra la malédiction inconnue qui, s'abattant sur le monde et balayant la civilisation, étouffera toute moralité et détruira les peuples. Son arme est la révolution. Dans toute révolution, l'intelligence créatrice qui se fonde sur l'expérience du passé est remplacée par la force jeune et brutale du destructeur. Celui-ci donnera la prééminence aux passions viles et aux bas instincts. L’homme s'éloignera du divin et du spirituel. La grande guerre a prouvé que l'humanité doit s'élever vers un idéal toujours plus haut, mais elle a marqué l'accomplissement de l'antique malédiction que pressentirent le Christ, l'apôtre saint Jean, Bouddha, les premiers martyrs chrétiens, Dante, Léonard de Vinci, Goethe, Dostoïevski… La malédiction a fait reculer le progrès, nous a barré la route vers le divin. La révolution est une maladie contagieuse; l'Europe, en traitant avec Moscou, s'est trompée elle-même comme elle a trompé les autres parties du monde. Le Grand Esprit a mis au seuil de notre vie le Karma, qui ne connaît ni la colère ni le pardon. Il règle nos comptes. Ce qui nous attend, c'est la famine, la destruction, la mort de la civilisation, de la gloire, de l'honneur, la mort des nations, la mort des peuples. Je vois déjà cette horreur, cette sombre et folle destruction de l'humanité !".

La guerre blanche en extrême-Orient[modifier | modifier le code]

Il est envoyé en Sibérie en février 1917 auprès de l'ataman Grigori Semenov pour y établir une présence loyaliste. Après la révolution que déclenchent les Bolcheviks en octobre, Semenov et Ungern entrent en guerre contre eux. Selon certaines sources, dans les premiers mois, Ungern-Sternberg se serait fait remarquer par sa cruauté à l'égard de la population locale et de ses subordonnés et aurait gagné le surnom de « baron sanglant ». Certains l'appellent aussi « le baron fou » en raison de son comportement excentrique. D'autres sources prétendent plutôt que ce sont les subordonnés du baron qui agissaient cruellement alors qu'il était au combat. Lui et Semenov, même s'ils combattent les Bolcheviks, n'appartiennent pas aux armées blanches et refusent d'obéir à l'amiral Koltchak, chef suprême des Blancs. Ils obtiennent en revanche le soutien du Royaume-Uni, de la France (Paul Pelliot) et du Japon. Ce dernier envisage de créer un État- tampon sous l'autorité de Semenov comme point d’appui dans la région pour partir à la conquête du monde[6].

En avril 1920, alors que Koltchak a été exécuté et que Denikine a démissionné, les Rouges avancent sur la Sibérie. Favorables eux aussi à la création d’une Transbaïkalie indépendante de Moscou – probablement pour gagner le temps nécessaire à prendre le contrôle de la région –, ils fondent à Tchita une République d'Extrême-Orient, dont Semenov et les Japonais tenteront en vain de prendre le contrôle. Mais au mois d’octobre, les bolcheviks passent à l’offensive et le sort en est joué ; vaincu par les Soviétiques, l’ataman Semenov abandonne ses hommes et s’envole pour Port-Arthur[7].

La Division sauvage[modifier | modifier le code]

Roman von Ungern-Sternberg.

L’armée d’Ungern-Sternberg, la «Division sauvage», qui s’était tout d’abord appelée Corps indigène, puis Corps étranger et qui devint finalement la Division de cavalerie asiatique, était composée de deux mille cavaliers émérites venus de tous les horizons (Mongols, Bouriates, Kalmouks, Kazakhs, Bachkirs et même Japonais). Elle était pour moitié constituée de Cosaques russes, qui en outre composaient tout son état-major. Sur les drapeaux de son armée était brodée la lettre M, à propos de laquelle les interprétations divergent, certains historiens estimant qu'elle évoquait le grand duc Michel Alexandrovitch, associé à l'archange Michel, d'autres, Maitreya, le Bouddha du futur[8]. En raison de la présence de Koltchak en Sibérie centrale, Semenov et Ungern combattaient plus à l’est, en Transbaïkalie, et leurs attaques sur les trains de ravitaillement gênèrent considérablement les opérations de Koltchak dans l’Oural.

En 1920, Ungern s’est donc séparé de Semenov et devient chef de guerre indépendant. Il considère la monarchie comme la seule forme de gouvernement susceptible de sauver la civilisation occidentale de la corruption et de l’auto-destruction. Son ambition était de combattre la décadence de la civilisation occidentale en ramenant l’esprit du divin dans le cœur des hommes. Pour ce faire, il avait imaginé unir tout d’abord les peuples mongols, puis éveiller la conscience de toute l’Asie afin d’y établir une paix durable et se lancer ensuite à la conquête de l’Occident. Conscient que sa vie seule n’y suffirait pas, il avait tout au moins l’idée d’entamer ce processus de libération, d’initier la lutte contre cette humanité folle et corrompue. Partant de l’Asie, ce mouvement pourrait ensuite gagner la Sibérie, puis la Russie et finalement l’Europe.

La Mongolie[modifier | modifier le code]

À l’été 1920, le baron et sa cavalerie franchirent la frontière et prirent la route d'Ourga, capitale de la Mongolie autonome. Les bolcheviks, lorsqu’ils l’apprirent, redoublèrent d’efforts pour soutenir le clan de Soukhé Bator, chef des communistes mongols, qui envoya des partisans contre la Division d’Ungern. Mais le baron, s’enfonçant davantage en direction de la steppe, traversant rivières et forêts, s’évanouit dans la nature. En octobre 1920, après avoir été porté disparu par la presse occidentale – qui suivait avec passion la folle aventure du dernier général blanc –, Ungern, accueilli en libérateur par la population, fit sa réapparition et s’employa à attaquer Ourga pour en chasser les Chinois. Rejoint par des Cosaques errants, des Russes issus des armées blanches en déroute, des Tibétains, des Mongols, des Bouriates et des fuyards de toute origine ayant trouvé refuge dans les environs, Ungern finit par prendre la ville malgré la large supériorité numérique des Chinois.

Le Bogdo Khan (1869–1924) de Mongolie.

Ungern-Sternberg, à Ourga, avait rétabli le Bogdo Khan sur son trône et jouissait d’une confiance sans faille des Mongols, qui, à travers lui, voyaient renaître le prestige de leurs ancêtres. Mais le baron, pensant que Semenov, replié sur la Mandchourie, allait peut-être le soutenir depuis l’Extrême-Orient, décida de partir pour la Transbaïkalie avec l’idée d’une reconquête de la Sibérie occidentale. En mai 1921, après avoir été béni par le Khoutouktou et avoir reçu le titre de « khan » de Mongolie, Ungern quitta donc Ourga avec sa Division, ne laissant sur place que cent cinquante hommes pour protéger la ville. Mais entre-temps, les forces de Soukhé Bator avaient pris de l’importance. Avec l’aide des Soviétiques, celui-ci avait fondé un gouvernement provisoire de Mongolie et pris la tête d’une armée révolutionnaire. Après le départ d’Ungern, il fit son possible pour tenter de rompre l’entente entre le baron et le Bogdo Khan, auquel il proposa de lutter ensemble afin de préserver l’indépendance de leur pays. Mais le Khoutouktou refusa de se retourner contre Ungern, qu’il assura être un ami de leur peuple et un défenseur de la Mongolie. Soukhé Bator fit alors appel à l’aide des Soviétiques, qui franchirent la frontière en juin 1921 pendant que lui-même entrait dans Ourga et s’y imposait. Ungern, avec ses quatre mille hommes, n’avait aucune chance contre les troupes mongoles et russes qui comptaient ensemble quelque quinze mille soldats parfaitement équipés, entraînés et disciplinés. Ici ou là, le baron Ungern parvint encore à remporter quelques victoires contre les bolcheviks, mais sans base arrière ni secours possible son échec était programmé. Ce furent ses officiers qui complotèrent contre le baron lorsqu'ils comprirent que l'aventure touchait à sa fin. Ungern s’enfuit et trouva refuge dans l’escadron d’un prince mongol. Mais là aussi, ses ennemis s’étaient regroupés et bien que l’on ne sache pas vraiment comment les événements se déroulèrent, il se retrouva aux mains de partisans de Soukhé Bator, qui le ligotèrent et l’abandonnèrent sur place après s’être prosternés devant lui ; en Mongolie, toujours, Ungern était le Dieu de la guerre et même ses ennemis continuaient de le respecter. Selon Vladimir Pozner, le baron aurait été pris par les Rouges ; ficelé ou endormi, sous un arbre, dans une charrette ou sous une tente, on ne sait trop, et qu'il aurait été en tous les cas trahi par les Mongols. Cette « capture », soit organisée soit accidentelle, aurait permit aux bolcheviks d’arrêter eux-mêmes leur premier général blanc. Le 15 septembre 1921, s’ouvrit à Novonikolaïevsk le procès du baron Ungern-Sternberg, qui fut traité avec déférence. Les chefs d’accusation retenus contre lui furent de s’être battu contre la révolution, d’avoir été un agent des Japonais et d’avoir commis des crimes. Il fut reconnu coupable sur tous les points, condamné à être fusillé et aurait été exécuté le soir même. Cette version est cependant contestée par René Guénon qui écrit qu'il "ne fut nullement capturé par les bolchévistes et que, quoique très jeune encore, il mourut de mort naturelle [...]"[9].

Selon le XIIIe Dalaï-Lama, Ungern-Sternberg était une émanation de Mahakala (divinité courroucée du bouddhisme tibétain). Ferdynand Ossendowski rapporte que Ungern-Sternberg était considéré comme le "généralissime du Bouddha vivant". Ossendowski précise qu'il y avait à l'époque trois "Bouddha vivants", "[...] et ils ont chacun des attributs fort distincts. Le Dalaï-Lama qui réside à Lhassa au Thibet est comme l’incarnation ou mieux la réalisation de la sainteté de Bouddha. Le Lama de Tasschi-Lumpo qui réside à deux cent kilomètres de Lhassa, réalise la sagesse et la science de Bouddha. Le Troisième, le mien, que j’ai vu dans son palais à Ourga en Mongolie, représente la force matérielle et guerrière de Bouddha."[10].

Le « baron fou »[modifier | modifier le code]

Le baron Ungern-Sternberg a été beaucoup calomnié et son histoire a été "obscurcie à plaisir"[9]. Certains auteurs l'ont surnommé le « baron fou », le « baron noir » ou le « baron sanglant », ce qui relève à la fois de calomnie et de l'ignorance d'une fonction shivaïte, ou, pour emprunter le langage de l'Islam, de djihad, dont Ungern-Sternberg fut très clairement le bras armé et l'incarnation à un certain niveau. On le présente volontiers, aujourd’hui encore, en homme dément, sanguinaire et cruel, sadique et barbare. Pourtant, comme le précise Léonid Youzéfovitch dans sa biographie, on n’appela Ungern le « baron fou » qu’après sa mort. Du temps de son vivant, aucun témoignage ne vint accréditer ce portrait apocalyptique, pas plus dans les rapports administratifs de Tchita ou Kharbin que chez les Chinois, les Mongols, les Japonais ou même les bolcheviks.

Ainsi en 1924 le major Antoni Alexandrowicz, officier polonais qui avait été sous les ordres directs du baron le décrit comme suit: "Le baron Ungern était un homme extraordinaire, une nature très compliquée, aussi bien au point de vue psychologique qu'au point de vue politique. Pour donner d'une façon simple ses traits caractéristiques, on pourrait les formuler ainsi: 1° il était un adversaire acharné du bolchevisme, dans lequel il voyait un ennemi de l'humanité entière et de ses valeurs spirituelles; 2° il méprisait les Russes, qui à ses yeux avaient trahi l'Entente, ayant rompu pendant la guerre avec leur serment de fidélité envers le tsar, puis envers deux gouvernements révolutionnaires, et ayant accepté ensuite le gouvernement bolchéviste; 3° il ne tendait guère la main à aucun Russe, et il fréquentait seulement les étrangers (et aussi les Polonais, qu'il estimait à cause de leur lutte contre la Russie); parmi les Russes, il préferrait les gens simples aux intellectuels, comme étant moins démoralisés; 4° c'était un mystique et un Bouddhiste; il nourrissait la pensée de fonder un ordre de vengeance contre la guerre; 5° il envisageait la fondation d'un grand empire asiatique pour la lutte contre la culture matérialiste de l'Europe et contre la Russie soviétique; 6° il était en contact avec le Dalaï-Lama, le "Bouddha vivant" et les représentants de l'Islam en Asie, et il avait le titre de prêtre et de Khan mongol; 7° il était brutal et impitoyable comme seul un ascète et un sectaire peut l'être; son manque de sensibilité dépassait tout ce qu'on peut imaginer, et semblerait ne pouvoir se rencontrer que chez un être incorporel à l'âme froide comme la glace, ne connaissant ni la douleur, ni la pitié, ni la joie, ni la tristesse; 8° il avait une intelligence supérieure et des connaissances étendues; il n'y avait aucun sujet sur lequel il ne put donner un avis judicieux; d'un coup d'oeil il jugeait la valeur d'un homme qu'il rencontrait [...]"[9].

Sans nier les aspects excessifs que pouvait comporter le caractère d’Ungern, il ne faut pas perdre de vue que cette effroyable guerre civile diffusait une atmosphère démente, au sein de laquelle le baron n’était après tout qu’un acteur comme tant d’autres. Par ailleurs, on a souvent attribué à Ungern les abus de Semenov à une époque où les deux hommes étaient étroitement associés et fréquemment confondus. Mais la principale raison qui fit passer Ungern pour un monstre fut la présence à ses côtés du colonel Leonid Sipaïlov, bourreau sadique qui était l’exécuteur de ses basses œuvres et qui avait auparavant servi chez Semenov. Selon les sources de première main aujourd’hui à disposition[11], c’est à lui et à ses aides que sont imputables la plupart des massacres et des abominations perpétrés.

Dans son compte-rendu du livre de V. Pozner, René Guénon dément la description donnée par celui-ci de Ungern-Sternberg "simple agent du Japon" et demande s'il "[...] ne fut pas plus vraisemblablement mû par des influences d'un tout autre ordre; et nous ajouterons encore, à ce propos, qu'il n'était pas précisément ce qu'on pourrait appeler un "néo-bouddhiste", car, d'après des informations que nous avons eues d'une autre source, l’adhésion de sa famille au Bouddhisme remontait à la troisième génération"[9]. D'une façon plus générale, bien loin des descriptions calomnieuses, Guénon restitua la dimension psychologique, spirituelle et guerrière du baron Ungern-Sternberg, en le lavant de toute ignominie et en insistant sur la noblesse remarquable de son caractère ainsi que sur certains aspects plus mystérieux de sa "mission", de façon à indiquer de façon plus juste tout ce que "représentait" le baron Roman von Ungern-Sternberg.

Le baron Ungern, personnage de fiction[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

  • Le baron von Ungern-Sternberg apparaît dans la bande dessinée d'Hugo Pratt Corto Maltese en Sibérie qui fait partie de la série Corto Maltese.
  • Il est également le personnage central d'une autre BD de Crisse, parue en 1988 aux éditions Vents d'Ouest, intitulée : L'Ombre des Damnés - Ungern Kahn - Mongolie 1921. Il y est dessiné sous les traits de l'acteur allemand Klaus Kinski.
  • On compte également une apparition du Baron von Ungern-Sternberg dans la bande dessinée Taïga Rouge de Perriot et Malherbe, éditions Dupuis, 2008 (ISBN 9782800141664).

Musique[modifier | modifier le code]

Jeu vidéo[modifier | modifier le code]

  • Le jeu vidéo Iron Storm utilise un personnage très fortement inspiré du baron von Ungern-Sternberg comme souverain de l'Empire Russo-Mongol, un État fictif en guerre contre une fédération contrôlant l'Europe occidentale. Le jeu se déroule dans un univers uchronique au cours duquel la Première Guerre mondiale dure depuis cinquante ans. Le passé de cet univers implique qu'Ungern-Sternberg est parvenu a conquérir la Russie bolchévique depuis la Mongolie, au lieu d'être capturé et exécuté par les bolchéviques en 1921.
  • Dans le jeu Sly 3 sorti en 2005, Sly Cooper, un raton laveur, doit battre le baron noir dans un tournoi de raid aériens en Hollande

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cosaques, Mikhaïl W. Ramseier, Nemo, 2009
  2. Izvestiya, 23 Sept. 1921. La généalogie établit le début de la lignée au XIIIè siècle, époque au cours de laquelle un Hanss von Ungern ou Johannes de Hongrie prit service auprès de l'évêque de Riga: Genealogisches Handbuch des Adels (Glueksburg: C.A. Starke, 1952), 467.
  3. Baron Petr N. Vrangel’ (Wrangel), “Yuzhnyi front,” Beloe delo, Vol. V (1927), 12-13.
  4. F. Ossendowski, “With Baron Ungern in Mongolia,” Asia, Vol. 22, #8 (1922), 618.
  5. Boris Volkov, About Ungern (trans. Elena Varneck), 6 , Hoover Institution Archives [HIA], Stanford, CA,.
  6. Le rapport du Japonais Tanaka Giichi, ministre de la Guerre, dévoilait officiellement ces ambitions en 1927 : « Pour conquérir la Chine, nous devons d’abord conquérir le Mandchourie et la Mongolie. Pour conquérir le monde entier, nous devons d’abord conquérir la Chine… » (In order to take over the world, you need to take over China; In order to take over China, you need to take over Manchuria and Mongolia. If we succeed in conquering China, the rest of the Asiatic countries and the South Sea countries will fear us and surrender to us. Then the world will realize that Eastern Asia is ours.). Appelé Memorandum, ce « plan Tanaka » brossait les grandes lignes du projet japonais de conquête du monde, qui fut d’ailleurs suivi jusqu’en 1945, date de l’effondrement du Japon.
  7. De Mandchourie, Semenov tenta encore de résister pendant quelques mois, puis s’exila au Japon, où il vécut dans le luxe grâce à la fortune qu’il avait amassée. Par la suite, il collabora encore avec les services secrets japonais, en Corée, en Chine et en Mandchourie, où il sera finalement capturé par les Russes au lendemain de la chute du Japon, en septembre 1945, et condamné à mort par pendaison.
  8. Dany Savelli, « S. L. Kuz´min, Istorija Barona Ungerna », Cahiers du monde russe, vol. 52, no 4,‎ (lire en ligne)
  9. a, b, c et d Compte-rendu par René Guénon du livre de V. Pozner Le Mors aux dents, reproduit dans Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion.
  10. Table ronde (1924) – René Guénon, Ferdinand Ossendowski et Jacques Maritain à propos du baron Ungern. [1].
  11. Outre les documents administratifs et les témoignages de Wrangel et de Ferdynand Ossendowski, on compte encore quelques précieuses sources directes sur Ungern : Boris Volkov, officier blanc opposé au baron et qui, après avoir été condamné à mort à Ourga, parvint à s’enfuir en Chine puis en Amérique, et a laissé des notes prises sur le vif ; Dmitri Perchine, ethnographe installé à Ourga lors de l’invasion d’Ungern, écrivit ses mémoires en 1935 ; Nikolaï Riaboukhine, officier blanc et ancien médecin personnel de l’ataman Doutov devenu chef de l’hôpital ambulant de la Division asiatique, publia lui aussi l’histoire du baron vue de l’intérieur. Voir : The Story of Baron Ungern-Sternberg told by his Staff Physician, par Nikolay Riabukhin, Hoover Institution Archives (réf. CSUZHH697-A), Stanford, États-Unis ; Ungern-Sternberg : enfin une biographie, de Dany Savelli, Association Anda, bulletin N° 18, juillet 1995 ; Boris Volkov : About Ungern (trad. Elena Varneck) dans « Material ob Ungerne » 1921-1931 ; Hoover Institution Archives (HIA), Stanford, États-Unis

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Flandrin, Philippe, Les Sept Vies du mandarin français, Paul Pelliot ou la Passion de l'Orient, Éditions du Rocher, 2008, (ISBN 9782268066516)
  • Guénon, René, Compte-rendu du livre de V. Pozner cité ci-dessous, article reproduit dans Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion.
  • Pio Filippani-Ronconi, « Il barone Román Fiodórovic von Ungern-Sternberg »
  • Mabire, Jean, Ungern Le Baron fou, Le livre de poche, 1977, n° 4876 (ISBN 2253015431)
  • Mabire, Jean, l'héritier blanc de Gengis Khan, les Éditions du veilleur de proue, Rouen, 1997 (ISBN 2912363020)
  • (en) Middleton, Nick, Baron Von Ungern-Sternberg, Short Books, 2001 (ISBN 0571208959)
  • Ossendowski, Ferdynand, Bêtes, hommes et dieux, Phébus, 1999 (ISBN 2859403558)
  • Perchine, Dmitri, L'Épopée du baron Ungern-Sternberg en Mongolie. Mémoire d'un témoin sur le temps des troubles en Mongolie-Extérieure (1919-1921), traduit du russe et présenté par Dany Savelli, La Lanterne magique, 2010 (ISBN 9782916180106)
  • Pozner, Vladimir, Le Mors aux dents, Babel, 2005 (ISBN 2742756825) (première édition en 1937).
  • (en) Riabukhin, Nikolay, The Story of Baron Ungern-Sternberg told by his Staff Physician ; Hoover Institution Archives (réf. CSUZHH697-A), Stanford, États-Unis
  • Ramseier, Mikhaïl W., Cosaques, 2009 (ISBN 2940038392)
  • Sablé, Erik: Ungern, Pardès, coll. « Qui suis-je ? », 2006 (ISBN 2867143829)
  • Savelli, Dany, « Ungern-Sternberg : enfin une biographie », Association Anda, bulletin n°18, juillet 1995.
  • Roman Ungern von Sternberg, La sanglante vie du baron Ungern von Sternberg racontée par lui-meme (Manuscrit trouvé à Nikolaievsk), Editions Tatamis, 2014, traduit par Vladimir Volodine, préface et postface de Benoît Rayski, (ISBN 9782917617700)
  • (en) Volkov, Boris, « About Ungern », (trad. Elena Varneck) dans « Material ob Ungerne » 1921-1931 ; Hoover Institution Archives (HIA), Stanford, États-Unis
  • Youzefovitch, Léonid, Le baron Ungern Khan des steppes, Éditions des Syrtes, 2001 (ISBN 2845450362)