Roman social

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Le roman social est une œuvre littéraire qui dénonce, généralement par le biais d'une fiction réaliste, des problèmes sociaux et leurs effets sur les personnes ou groupes qui en sont victimes, issus des classes populaires (la classe ouvrière le plus souvent, mais aussi la paysannerie).

Parmi ses thèmes les plus fréquents on trouve les inégalités économiques et sociales, la pauvreté et ses corollaires (famine, chômage, insalubrité et promiscuité au sein du logement), les conditions de travail, la santé (alcoolisme, maladies contagieuses, mortalité précoce, hérédité), la violence (familiale, criminelle, politique) et la répression politique et antisyndicale.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le roman social apparaît au XVIIIe siècle, époque à laquelle les romanciers mettent la fiction au service d’une vision politique et/ou sociale[1]. Le roman permet à son auteur de dénoncer les pouvoirs politiques et les vices du siècle. En déléguant la parole à un personnage, la littérature se révèle une arme de choix contre les censeurs.

L'âge d'or du roman social sera le XIXe siècle, où la censure est plus légère, et où la révolution industrielle en Europe de l'ouest bouleverse l'ordre de la société, avec la redistribution des richesses en faveur de la bourgeoisie, les migrations vers les villes, l'apparition de la classe ouvrière et l'évolution des mœurs. En France, après le déclin du romantisme, le roman-feuilleton réaliste touche un large public, avec un accent sur les questions sociales[2]. Des auteurs parmi les plus importants du siècle signent des livres que l'on pourrait qualifier de « romans sociaux », comme Balzac et sa Comédie humaine, George Sand après Le Compagnon du Tour de France (publié en 1840), Victor Hugo avec Les Misérables (1862), et bien entendu Zola qui porte le concept à son expression la plus aboutie et la plus radicale dans les années 1860 à 1900.

Au XXe siècle, le spectre des questions abordées par le roman s'élargit encore, contribuant à rendre plus flous les contours du roman social, qui n'a jamais véritablement été un genre littéraire. En France, un roman comme Mort à crédit de Céline pourrait par exemple être qualifié de roman social, mais cette étiquette reste rare[3]. Au XXIe siècle, elle est accolée par la critique à des auteurs comme Olivier Adam, qui la refuse[4], ou Gérard Mordillat, qui l'accepte[5].

L'Association pour la formation professionnelle des adultes (AFPA) a créé en 2012 un « prix du roman social » qui retient une définition très vaste : un ouvrage qui « aura placé l’enjeu humain en son centre et aura porté le regard le plus juste et authentique sur la société actuelle »[6].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sophie Béroud et Tania Régin (dir.), Le roman social : littérature, histoire et mouvement ouvrier, Éd. de l'Atelier, Paris, 2002, 287 p. (ISBN 2-7082-3603-2)
  • Louis Cazamian, Le roman social en Angleterre, 1830-1850 : Dickens, Disraeli, Mrs. Gaskell, Kingsley, Société nouvelle de librairie et d'édition, 1904, 575 p.
  • Jean Charles-Brun, Le roman social en France au XIXe siècle, Slatkine Reprints, Genève, 2012, 361 p. (reproduction en fac-similé de l'éd. 1910)
  • René Johannet, L'évolution du roman social au XIXe siècle, Slatkine reprints, Genève, 2011, 120 p. (reproduction en fac-similé de l'éd. 1909)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Annia Vercasson, Pendant les vacances, le roman social fait recette dans Actualitté, 6 août 2012.
  2. Lise Queffélec, « Le roman-feuilleton français au XIXe siècle », Bulletin des bibliothèques de France, 1990, n° 2, p. 173-174.
  3. Sophie Béroud et Tania Régin (dir.), op. cit., p. 76
  4. Nathalie Donnadieu, « Olivier Adam, un livre plombant mais bordel, tellement beau ! », Rue89, 7 septembre 2012
  5. Entretien dans Télérama, 22 janvier 2005
  6. AFPA Aquitaine, « L'AFPA crée son propre prix littéraire : le Prix du Roman social »