Roman Opałka

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Roman Opałka
Roman Opalka (1995).png

Roman Opałka en 1995.

Naissance

Abbeville (France)
Décès
(à 79 ans)
Chieti, Italie
Nationalité
Activité
Formation
Mouvement
Distinctions
Commandeur dans l'ordre des Arts et Lettres en 2009
Médaille du Mérite culturel polonais Gloria Artis en 2009
Prix spécial du ministère des Affaires étrangères polonais en 1996
Kaiserring, prix de l'art de la ville de Goslar, Allemagne, en 1993
Prix national de la Peinture, Paris, en 1991
Site web
Œuvres réputées
OPALKA 1965 / 1 - ∞

Roman Opałka, () est un peintre Franco-Polonais majeur de l'Art conceptuel.

De 1965 à sa mort, il se consacre à l'œuvre de sa vie dont le but est d'inscrire la trace d'un temps irréversible. Ses moyens d'expressions sont majoritairement ses Détails (suite de nombres peintes sur toile), des autoportraits photographiques et des enregistrements sonores de sa voix.

Biographie[modifier | modifier le code]

Roman Opałka est né le à Abbeville (France), de parents polonais.

Il suit de 1946 à 1948 une formation de lithographe à l’école de graphisme de Wałbrzych Nowa Ruda. Il poursuit ses études à l’École supérieure des arts plastiques de Łódź en Pologne, en 1949, puis à l’Académie des beaux-arts de Varsovie de 1950 à 1956[1].

Alors diplômé de l'Académie des Beaux-Arts de Varsovie, il devient professeur d'art à la Maison de la culture de Varsovie (1958-1960). Il s'installe définitivement en France en 1977[2]. Il meurt lors de ses vacances en Italie le (à 79 ans), à la suite d'une infection généralisée.

Œuvre et réflexion[modifier | modifier le code]

On peut noter deux grandes périodes dans la carrière artistique d’Opałka, l’«avant» et l’«après» 1965, date qui marque un grand tournant dans sa vie d’artiste. En 1965 à Varsovie, Roman Opałka attend dans un café sa femme, qui tarde à arriver. Ce temps mort lui donne la solution à son travail en gestation : il a l'«eurêka» de matérialiser le temps par la peinture[3].

L'« Avant-1965 »[modifier | modifier le code]

Roman Opałka commence sa carrière artistique à la fin des années 1950. Il rencontre rapidement un grand succès en tant que graveur et remporte de nombreux prix, tant en Pologne qu'à l'étranger. Non satisfait de son poste de chef décorateur auprès de l'armée polonaise, il trace sa propre voie dans l'art en cherchant à redéfinir les notions du modernisme et de l'avant-garde en peinture.

Les Chronomes (1962-1963) (peintures monochromes grises entièrement recouvertes de millions de signes blancs), sont inspirés par la pensée uniste de Wladyslaw Strzeminski (1893-1952), grand peintre d'avant-garde polonaise, selon laquelle chaque centimètre carré du tableau a la même valeur artistique. Les toiles de cette série sont une première tentative d'inscription du temps sur la toile. Cependant, chaque Chronome se regarde de façon isolée. Le temps n'y est pas assez visible et Opałka cherche à rendre perceptible un temps irréversible[4].

Roman Opalka Chronome IV, 1963 Tempera sur toile Courtesy of Roman Opalka

L'« Après-1965 » : OPALKA 1965 / 1 - ∞[modifier | modifier le code]

L'année 1965 est un tournant dans la vie d'Opałka. L'artiste a enfin trouvé une raison de vivre, une idée artistique valant la peine d'être accomplie[5]. Pour lui, sa pratique de peintre conceptuel dépend en partie d'une solution philosophique qui permettrait d'accepter l'existence. La philosophie et l'art sont deux dimensions essentielles au peintre.

Son activité d'artiste rejoint les lois immuables de l'existence humaine : elle visualise l'irrémédiable écoulement d'un temps qui l'achemine vers sa propre fin. Il s'agit pour lui de « capter » le temps, de saisir l'instant, c'est un combat qu'il engage avec son propre corps et dont l'ultime conclusion est la mort. Chaque peinture faite étant en même temps une preuve incontestable de vie.

L'extension de son projet est « une partie d'un tout fondateur »[6]. Son œuvre se matérialise par les différents éléments qui la compose : les détails, les cartes de voyage, les photographies, les enregistrements sonores.

Statement[modifier | modifier le code]

« Ma proposition fondamentale, programme de toute ma vie, se traduit dans un processus de travail enregistrant une progression qui est à la fois un document sur le temps et sa définition. Une seule date, 1965, celle à laquelle j’ai entrepris mon premier Détail.

Chaque Détail appartient à une totalité désignée par cette date, qui ouvre le signe de l’infini, et par le premier et le dernier nombre portés sur la toile. J’inscris la progression numérique élémentaire de 1 à l’infini sur des toiles de même dimensions, 196 sur 135 centimètres (hormis les "cartes de voyage"), à la main, au pinceau, en blanc, sur un fond recevant depuis 1972 chaque fois environ 1 % de blanc supplémentaire. Arrivera donc le moment où je peindrai en blanc sur blanc.

Depuis 2008, je peins en blanc sur fond blanc, c’est ce que j’appelle le "blanc mérité".

Après chaque séance de travail dans mon atelier, je prends la photographie de mon visage devant le Détail en cours.

Chaque Détail s’accompagne d’un enregistrement sur bande magnétique de ma voix prononçant les nombres pendant que je les inscris. »

Détail de l'œuvre: Roman Opalka OPALKA 1965 / 1 - ∞ Détail 1-35327 Tempera sur toile Courtesy of Roman Opalka and Museum Sztuki

Les Détails[modifier | modifier le code]

À partir de 1965, année du 1, il peint, en majorité sur un format d'échelle humaine, (196 × 135 cm). Il peint en blanc sur fond noir, les nombres qui se succèdent sans relâche et sans fin : 1, 2, 3, 4, 5, etc. Chaque nombre représente un instant, une trace irréversible du temps.

En s'engageant dans son premier tableau (OPALKA 1965 / 1 - ∞ Détail 1-35327), l'artiste a réduit les moyens plastiques à l'essentiel. Il choisit volontairement de réduire sa palette au noir et blanc. Il s'engage à cet instant consciemment pour toute sa vie dans une seule et unique voie, et alors que l'on pourrait penser qu'il s'installe dans une monotonie, l'artiste répond qu'au contraire, il est l'artiste qui logiquement fait à chaque nombre, quelque chose de réellement différent. À juste titre, pour lui, rien ne se répète jamais (si ce n'est les chiffres composant les nombres)[7].

Arrivé au nombre « 1 000 000 », en 1972, il décide de faire évoluer son travail. Dès lors, à chaque nouvelle toile entamée, il ajoute 1 % de blanc dans la peinture servant au fond de sa toile, initialement noir à 100 %. Petit à petit, les fonds blanchissent, marquant d'une nouvelle manière le temps qui passe. Toutefois, afin de ne pouvoir être accusé de « fraude », Roman Opałka veille à utiliser deux blancs différents, un pour ses nombres (blanc de titane) et un pour le blanchissement progressif de son fond (blanc de zinc). Aussi, même sur ses toiles les plus récentes (donc les plus blanches), on peut encore distinguer le tracé des nombres en regardant la toile sous un certain angle[8].

Roman Opalka OPALKA 1965 / 1 - ∞ Détail 993460 - 10178751 Acrylique sur toile Courtesy of Roman Opalka and Lévy Gorvy Gallery

Les Autoportraits et Enregistrements sonore[modifier | modifier le code]

Roman Opałka a entrepris deux autres démarches dans ce projet de vie artistique.

À la fin de chaque séance de travail, Opałka se prend en photo sur fond blanc selon le même protocole : cadre serré, éclairage lumineux et régulier, fond blanc, chemise blanche, cheveux qui blanchissent, il vient peu à peu se fondre dans le fond, y disparaître[8]. Ce rituel est pour lui une façon de rendre encore plus visible la dimension physique et humaine de son travail.

Lorsqu'il peint, Opałka s'enregistre sur bande magnétique, lisant, en polonais, les nombres qu'il est en train de peindre. Toujours dans ce projet de « capture » du temps, de l'instant.

Expositions & Collections publiques[modifier | modifier le code]

Expositions personnelles[modifier | modifier le code]

Sélection d'expositions personnelles :

  • Roman Opalka : Passages, Galerie Dominique Levy, Londres, 6 avril - 14 mai 2016
  • Roman Opalka : The end is defined, Christie’s Mayfair, Londres, 29 janvier - 18 avril 2015
  • Roman Opalka, Dominique Lévy Gallery, New York, 4 septembre - 18 octobre 2014
  • Il tempo della pittura, Carpaccio et Opalka, Musée Correr, Venise, 26 mars - 29 juin 2011
  • Passages, Galerie Yvon Lambert, Paris, 4 septembre - 9 octobre 2010
  • Roman Opalka, Musée National Marc Chagall, Nice, 8 novembre 2008 - 9 février 2009
  • Octogone  OPALKA , 7 Détails peintures, 70 Détails photographiques, Musée d’Art Moderne de Saint Étienne Métropole, Saint Étienne, 18 mai - 23 juillet 2006
  • OPALKA 1965 / 1 – ∞ , Détails photographies, CCC de Tours, 26 juin - 26 septembre 2004 (Premier million et cinquième million).
  • Grande Rétrospective Roman Opalka , Stadtpalais, Dresden, Allemagne, 23 mai - 24 juillet 2003
  • Unity in expansion : OPALKA 1965 / 1 - ∞, Toyota Municipal Museum of Art, Toyota, 30 juin - 24 décembre 1998
  • Roman Opalka, OPALKA 1965 / 1 - ∞, Szepmuveszeti Budapest, Musée des Beaux-Arts, Budapest, mars - mai 1995
  • Roman Opalka, Pavillon de la Pologne, 46e Biennale de Venise, 1995
  • Roman Opalka OPALKA 1965 / 1 - ∞, Neue Nationalgalerie, Berlin, 8 avril - 26 juin 1994
  • Roman Opalka, Opalka1965 / 1 - ∞ , Galeria Sztuki Wspolczesnej Zacheta Gallery of Contemporary Art, Varsovie, novembre 1994 - janvier 1995
  • Roman Opalka, exposition à l’occasion de la remise du Kaiserring, Mönchehaus Museum, Goslar, 23 octobre 1993
  • Roman Opalka, Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, juillet - octobre 1992
  • OPALKA 1965 / 1 - ∞ , Städtische Galerie im Lenbachhaus, Munich, novembre 1992 - janvier 1993
  • Opalka, rencontre par la séparation, Centre Culturel de Buenos Aires, Argentine, 1988
  • Roman Opalka, Hôte du Musée d'art et d'histoire, AMAM, Genève, 4 février - 9 mars 1977
  • Künstler im Museum' 73, Folkwang Museum, Essen, 6 novembre - 2 décembre 1973, Galerie Bischofberger, Zürich
  • Opalka 1965 / 1 - ∞ - Travel sheets , Galleria LP 220, Turin, avril 1972

Expositions de groupe[modifier | modifier le code]

Sélection d'expositions de groupe :

  • Un musée imaginé. Et si l’art disparaissait? , Centre Pompidou, Metz, 19 octobre 2016 - 21 mars 2017
  • Unfinished : thoughts left visible, Metropolitan Breuer, New York, 18 mars - 4 septembre 2016
  • Le Mur – Œuvres de la Collection Antoine de Galbert, la Maison rouge, Paris, 14 juin - 21 septembre 2014
  • Prima Materia, Punta della Dogana, Venise, 28 mai 2013 - 31 décembre 2014
  • Dans l'œil du critique - Bernard Lamarche-Vadel et les artistes, Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris - MAM/ARC, Paris, 29 mai - 6 septembre 2009
  • Singular Forms (sometimes repeated) - Art from 1951 to the Present, Guggenheim, New-York, 5 mars - 19 mai 2004
  • ZERO Die europaïsche Vision – 1958 bis heute, Sammlung Lenz Schönberg, Museum Für Zeitgenössische Kunst, Galerie Klovicevi dvori, Zagreb, 29 avril - 20 juin 2004
  • 34émes Rencontres Internationales de la Photographie, Arles, juillet - septembre 2003.
  • Married by Powers, Tent, Centre d’Art de Rotterdam, Pays-Bas, octobre - novembre 2002
  • Vis à Vis : Opalka et Pistoletto, Istituto Polacco di Roma et Galleria di Pino Casagrande, Rome, 5 - 30 novembre 2002
  • L’autre moitié de l’Europe, Musée du Jeu de Paume, Paris, 8 février - 21 juin 2000
  • Global conceptualism, Points of Origin 1950S - 1980s, Queens Museum. Flushing Meadows, 19 décembre 1999 - 15 mars 2000 / Miami Art Center, Miami, and M.I.T. List Visual Art center, Massachussets Institute of Technology, Cambridge (MA) and Vancouver Art Museum, Vancouver, 15 septembre - 26 novembre 2000
  • Das XX. Jahrhundert. Ein Jarhrhundert Kunst in Deutschland, Neue Nationalgalerie, Berlin, 4 septembre 1999 - 9 janvier 2000
  • On Your Own Time, PS1 MoMA, New York, 10 octobre 1999 - 2 janvier 2000
  • La règle du jeu, Abbaye-aux-Dames, Caen, 12 novembre - 20 décembre 1998
  • Preferirei di no - Cinque stanze tra arte e depressione, Museo Correr, Venise, 29 avril - 3 juillet 1994
  • Manifeste I, Musée national d'art moderne, Centre Georges Pompidou, Paris, 1992
  • L'art conceptuel, une perspective, Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, 22 novembre 1989 - 18 février 1990, Musée d'art contemporain de Montréal, 5 août - 21 octobre 1990
  • ZERO, Vision und Bewegung, Werke aus der Sammlung Lenz, Städtische Galerie im Lembachhaus, Munich, 28 septembre - 6 novembre 1988
  • Fifty Years of Collecting : An Anniversary Selection, The Solomon R. Guggenheim Fondation, New York, 1987
  • Qu'est-ce que l'art français ?, Centre régional d'Art contemporain, Labège Innopole, Toulouse, 1986
  • Process und Konstruktion, Kunstlerwerkstätten, Munich, 1985
  • Présences Polonaises, l'art vivant autour du musée de Lodz, Centre Georges Pompidou, Paris, 1983
  • Documenta, Kassel, 1977
  • Today/Tomorrow, Lowe Art Museum, University of Miami, Miami, 1976

Collections publiques[modifier | modifier le code]

Sélection de l’œuvre OPALKA 1965 / 1 - ∞ dans les collections publiques :

Postérité[modifier | modifier le code]

Bernard Noël lui dédie en 2012 son roman Le Roman d'un être[9]. En 2014, Claudie Gallay publie Détails d'Opalka.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.opalka1965.com/fr/biographie.php
  2. idem
  3. http://www.lejournaldesarts.fr/oeil/archives/docs_article/88006/opalka-avant-opalka.php
  4. http://www.paris-art.com/echos/deces-de-roman-opalka/1182.html
  5. Roman Opałka, Opalka 1965-∞, la hune, libraire éditeur, p. 15.
  6. ibid., p. 18.
  7. ibid, p. 27.
  8. a et b Émission Le RenDez-Vous du 3 septembre 2010, présentée par Laurent Goumarre, invité Roman Opałka, diffusée sur France Culture, à l'occasion de l'exposition « OPALKA 1965/1-∞ », "Passages", Yvon Lambert.
  9. Alexia Guggémos, « Le Roman d'un être: l'hommage de Bernard Noël à Opalka », sur www.huffingtonpost.fr, Le Huffington Post, (consulté le 24 février 2014)

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]