Roland Moreno
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Roland Charles David Moreno |
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Laure Dynateur |
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Roland Moreno, né le au Caire et mort le à Paris, est un inventeur français.
Moreno est un bricoleur qui réalise plusieurs gadgets dans sa jeunesse. Le , il dépose le brevet d'invention de la carte à puce, qui le rend célèbre. Ce brevet et les suivants associés seront utilisés dans la conception de la télécarte puis la carte SIM. À l'approche de l'expiration des brevets, sa société Innovatron noue un partenariat avec la RATP pour développer la carte Navigo.
Enfance et formation
[modifier | modifier le code]Roland Moreno naît le au Caire, fils de Charles Moreno et de Fernande Bahbout[1],[2].
Dans les années 1950, il émigre en France avec sa mère[3]. Elle le place en pension, les jours de semaine, dans une famille de Garches. Il fréquente le lycée Montaigne à Paris et obtient le baccalauréat dans la filière scientifique[3]. Il suit pendant un an des cours en sciences humaines à la Sorbonne, au campus Censier, pour devenir psychologue[3],[4].
Après avoir arrêté ses études, il occupe successivement différents petits emplois de 1965 à 1969, comme balayeur de rue et charcutier[4]. Ainsi, il est employé de bureau à la Mutuelle nationale des étudiants de France, puis monteur de luges à la CIMS en 1966, ensuite employé aux écritures au ministère des Affaires sociales[réf. nécessaire]. À la fin des années 1960, il entre comme journaliste-reporter à Détective avant d'être licencié, puis devient garçon de courses à L'Express[4].
De 1970 à 1972, il est secrétaire de rédaction à Chimie-actualités[1]. Roland Moreno revient sur sa jeunesse dans les premiers chapitres de son livre Théorie du bordel ambiant, qu'il publie aux éditions Belfond en 1990[5].
Un inventeur atypique
[modifier | modifier le code]Inventeur original, personnage charismatique fourmillant d’idées, ce bricoleur intuitif, réalise dans sa jeunesse divers gadgets : un poste à galène à 13 ans, une machine à tirer à pile ou face (« Matapof »), une machine à faire sauter des allumettes déposées sur une membrane de haut-parleur, un imitateur de chants d'oiseaux, le « Radoteur » (un générateur de mots nouveaux issus d'une liste de mots du dictionnaire)[6]. Il considère ses inventions comme « des œuvres, puisque je considère ça un peu comme des sculptures ». Quelques clients lui achètent ces machines[4].
Pour expliquer sa célèbre invention, il expliquait au quotidien France-Soir, en 2006 : « J'ai trouvé la solution dans mon sommeil en rêvant. En vérité, je suis un gros paresseux et j'ai une très faible productivité ». « Je suis jaloux, très dépensier, totalement sédentaire et distrait. J'ai indiscutablement un côté professeur Nimbus »[7],[8].

En 2024, à l'occasion du cinquantième anniversaire de la carte à puce [9], le Musée national d'art moderne (MNAM) acquiert onze des créations originales de l'inventeur[10] dont le premier prototype de carte à microcircuit, dite « carte à puce », ainsi que son terminal de paiement électronique[11]. La même année, le Centre Pompidou organise l'exposition Roland Moreno. Du désordre créatif à l'invention de la carte à puce, qui présente au public ces acquisitions au quatrième étage du musée, du au .
De l'imagination de la carte à puce aux brevets d'invention
[modifier | modifier le code]Les sources d'inspiration
[modifier | modifier le code]Insomniaque et boulimique, il se nourrit de lectures en tout genre : Électronique Actualités, Le Haut-parleur, Radio-plans et des livres de sciences-fiction[12]. Le , il dépose un premier brevet d'invention dont la source d'inspiration, portant sur une bague comportant une information mémorisée, pourrait provenir de la lecture du roman de science-fiction de René Barjavel, La Nuit des temps[13], paru en 1968. Le romancier y a imaginé une bague contenant un code modifiable périodiquement, reliée à un ordinateur central, pour effectuer des opérations financières. « Chaque fois qu'un Gonda devait quelque chose de nouveau, des vêtements, un voyage, des objets, il payait avec sa clé. Il pliait le majeur, enfonçait sa clé dans un emplacement prévu à cet effet et son compte à l'ordinateur central était aussitôt diminué de la valeur de la marchandise ou du service demandé[14]. »
Il y a également un autre « précurseur » de la carte de crédit, dans la littérature de science-fiction, en la personne de Robert A. Heinlein, dans son roman Une porte sur l'été, paru en 1957 : « Avec le code radio-actif de mon chéquier universel, vérifiable par le cerveau électronique qui commandait toutes les banques de la ville, on me donna des billets aussi rapidement que si j'avais été me faire régler à la caisse. »
Société Innovatron
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En , Roland Moreno crée l'association Innovatron. En juillet, il transforme l'association Innovatron en SA « pour vendre des idées »[15].
À partir de 1975, il commercialise des noms de marques ou de produits, conçus pour des sociétés à l'aide du Radoteur et de quelques retouches humaines, et a pour objectif l'exploitation du brevet de base[16].
Parmi les applications de la carte à puce mémoire sans microprocesseur, citons la carte téléphonique, la carte SIM des téléphones portables ainsi que la carte Navigo pour les transports publics parisiens qui utilise les puces lisibles à distance créées initialement par Innovatron lors d'un partenariat avec la RATP[17].
En 2012, Innovatron emploie cinq salariés gérant un portefeuille de 110 licenciés RFID.
L'invulnérabilité des cartes mémoire
[modifier | modifier le code]À la suite des travaux de Serge Humpich et de l'affaire des yes-cards, Moreno obtient une tribune médiatique en proposant, le , une prime d'un million de francs[18] à quiconque parviendra, dans un délai de trois mois et par n'importe quel moyen logique, à écrire un bit dans la zone préservée par le brevet « Inhibiteur » du et à lire un bit dans la zone préservée par la combinaison des brevets « Comparateur » et « Compteur d'erreurs ». Il déclare, le , que personne n'a trouvé la solution[19].
Retombées financières
[modifier | modifier le code]L'invention de la carte à puce, avant qu'elle n'entre dans le domaine public en 1998, aura rapporté à Innovatron l'équivalent de 150 millions d'euros.
En 2002, il a revendu ses parts de la société Gemplus, le fabricant français de carte à puce, mais était resté à la tête de sa société Innovatron, qui continue à percevoir des droits sur les cartes sans contact comme la carte Navigo. Celle-ci met en œuvre un procédé RFID de transmission de données qu'Innovatron avait développé avec la RATP.
Vie privée et mort
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Il habite, de 1996 à 2006, 3, rue de l'Ancienne-Comédie (VIe arrondissement de Paris)[20]. Après une première embolie pulmonaire, en 2006, il meurt le à 66 ans, à son domicile parisien, 1, rue Danton[21].

Il est enterré au cimetière du Montparnasse (division 11)[22].
Distinctions
[modifier | modifier le code]- Prix Eduard Rhein (1996) en catégorie technologie[23]
Officier de la Légion d'honneur (2009)
Collections
[modifier | modifier le code]- Musée national d'art moderne / Centre de création industrielle
- IBM Collection
- Groupement des cartes bancaires
- Orange
Inventions
[modifier | modifier le code]- Machine à tirer à pile ou face dite "Matapof" (1968)[24].
- Pianok (pour "Piano Ok"). Piano électronique de poche (1968)[25] ainsi que la série des synthétiseurs.
- Calculatrice incrémentale (1971)[26].
- Bague comportant une mémoire, brevet français no 74 10191 du ainsi que son terminal[27].
- Premier prototype industriel de Terminal de paiement électronique (avec la collaboration de Jean-Pierre Leroy) et ses « cartes « prom »[28] (Programmable Read Only Memory), premières cartes puce au format carte.
- Carte à puce mémoire, dont le brevet a été déposé en France , 1er semestre 1975.
- Radoteur (1975).
- Système avaleur mécanisé pour carte à puce (fin des années 70).
- Série des modems : "Iseut", "Tristan", modem "Apple Tel" (début des années 80).
- Danseur de musique (1985)[29].
- Machine à fabriquer des disquettes (1985).
- Saute-allumette (1987-1988)[30].
- Parkotron (1987).
- PIAF (1988)[31].
- Passe Navigo (1994)[32].
- Les Célimènes (2001) : Moreno réalise le premier prototype de Célimène[33], ce qu'il appellera plus tard de la « musique augmentée » en référence au « livre augmenté » d'iGutenberg[34]. Cette invention superpose la mélodie d'une musique avec le texte d'une pièce de théâtre, d'un poème, d'une chanson.
Publications
[modifier | modifier le code]- (Sous le pseudonyme de Laure Dynateur) L'Aide-mémoire du nouveau cordon-bleu, éd. Sofat, 1982
- Théorie du bordel ambiant : souvenir de l'irréversible (en collab. avec Bruno Ollivier), nouvelle édition augmentée, L'Archipel, Paris, 2002 (ISBN 2-84187-349-8)
- Roland Moreno, Carte à puce : l'histoire secrète, Paris, L'Archipel, , 212 p. (ISBN 978-2-84187-348-7, OCLC 300864522) (accompagné d'un CD-ROM)
- Victoire du bordel ambiant, L'Archipel, Paris, 2011 (ISBN 978-2-8098-0398-3)[35]
Odonymes
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Une quinzaine de voies publiques nouvelles portent le nom de Roland Moreno en France[36] :
- Rovaltain, le parc technologique de Valence-TGV à Alixan (Drôme) ;
- Parc d'activités des Rives créatives de l'Escaut, Anzin ;
- Blois (Loir-et-Cher) ;
- Zone commerciale Auchan de Chauconin-Neufmontiers ;
- Zone industrielle du Brezet à Clermont-Ferrand ;
- Chauconin-Neufmontiers (Seine-et-Marne)
- La Chaussée-Saint-Victor (Loir-et-Cher) ;
- Zone commerciale Carrefour, à Évreux ;
- Parc d'activités des Épineaux, à Frépillon (Val-d'Oise) ;
- Parc d'activités Les Pierrailleuses à Granzay-Gript (Deux-Sèvres) ;
- Noyal-sur-Vilaine (Ille-et-Vilaine) ;
- Zone d'activités de Liauze à Pont-l'Abbé-d'Arnoult (Charente-Maritime) ;
- Les Sables-d'Olonne (ancienne rue André-Marie Ampère de Château-d’Olonne) ;
- Zone de Queue-Ane, à Saint-Sulpice-de-Royan (Charente-Maritime) ;
- Parc d'activités communautaires Angers-Saint-Léger à Saint-Léger-de-Linières (Maine-et-Loire).
Diverses retombées médiatiques
[modifier | modifier le code]Dans le film Les Choses de la vie (1970) de Claude Sautet, le personnage du fils de Michel Piccoli, interprété par Gérard Lartigau, est inspiré de Roland Moreno[37]. Il inspire aussi l'inventeur du Love Computer dans Les Sous-doués en vacances (1982) de Claude Zidi. Roland Moreno est par ailleurs crédité au générique des films Les Parapluies de Cherbourg et Les Demoiselles de Rochefort depuis leur remastérisation en 32 bits (1999) par Agnès Varda[38].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- « Décès de français Roland Moreno, l'inventeur de la carte à puce à Paris », sur Challenges, (consulté le )
- ↑ « Roland Moreno », sur Babelio (consulté le )
- Alain Lelu, « Roland Moreno : Un Woody Allen de la technique », Hermès, la Revue, no 64, , p. 199-201 (lire en ligne)
- « 1968, le jeune génie Roland Moreno à 23 ans | INA », sur ina.fr (consulté le )
- ↑ « Théorie du bordel ambiant - Roland Moreno », sur Babelio (consulté le )
- ↑ [vidéo] « Roland Moreno inventeur d'objets improbables | INA » (consulté le )
- ↑ Maxime Ricard avec AFP, « Mort de Roland Moréno : portrait de l'inventeur fou de la carte à puce », France-Soir, (version du sur Internet Archive).
- ↑ [vidéo] « Roland Moreno : la vie chamboulée de l'inventeur de la carte à puce | INA Mireille Dumas », INA Mireille Dumas, , 13:39 min (consulté le )
- ↑ « Le fabuleux destin de Roland Moreno, l'inventeur de la carte à puce », sur www.centrepompidou.fr, (consulté le )
- ↑ Les Collections Design, « Les Collections Design », sur Navigart.fr, (consulté le )
- ↑ « Premier prototype de carte à microcircuit : carte à puce et son terminal », sur Centre Pompidou (consulté le ).
- ↑ Brian Aldiss Non stop et surtout René Barjavel La nuit des temps.
- ↑ René BARJAVEL, La nuit des temps, Presses de la cité,
- ↑ Brevet « Procédé et Dispositif de commande » page 4 ligne 39. Le couplage de la bague et du distributeur s'effectue simplement en introduisant une partie saillante que comporte la bague dans un logement prévu sur le boitier de distribution. Cette introduction a pour effet de former par poussée mécanique un contact...
- ↑ Futura, « Roland Moreno », sur Futura (consulté le ).
- ↑ Astrid Saint Auguste, « La carte à puce fête ses 50 ans : découvrez la folle histoire de son invention par un Français », sur Sciences et Avenir, (consulté le )
- ↑ « Roland Moreno, l’as de la carte à puce - Le Temps », www.letemps.ch, (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Expliquez-vous Roland Moreno Inventeur de la carte à puce, PDG de la société Innovatron », L'Humanité,
- ↑ Roland Moreno 2002, p. 79 à 82.
- ↑ Une plaque visible sur la façade de l'immeuble en témoigne.
- ↑ Florian Loisy, « Décès de Roland Moreno, l'inventeur de la carte à puce », Le Parisien, (consulté le ).
- ↑ Tombe réalisée par l'artiste français Rorcha.
- ↑ Stagora.com/news - © DR, « Mort de Roland Moreno : La carte à puce en deuil » (consulté le ).
- ↑ Les Collections Design, « Les Collections Design », sur Navigart.fr, (consulté le )
- ↑ Les Collections Design, « Les Collections Design », sur Navigart.fr, (consulté le )
- ↑ Les Collections Design, « Les Collections Design », sur Navigart.fr, (consulté le )
- ↑ Les Collections Design, « Les Collections Design », sur Navigart.fr, (consulté le )
- ↑ « Roland Moreno, l'homme qui mettrait des puces dans les livres », sur Actuallité, (consulté le )
- ↑ Les Collections Design, « Les Collections Design », sur Navigart.fr, (consulté le )
- ↑ Les Collections Design, « Les Collections Design », sur Navigart.fr, (consulté le )
- ↑ Les Collections Design, « Les Collections Design », sur Navigart.fr, (consulté le )
- ↑ Les Collections Design, « Les Collections Design », sur Navigart.fr, (consulté le )
- ↑ « Les celimènes sur Apple Podcasts », sur Apple Podcasts (consulté le )
- ↑ « livre augmenté » introduit en 2009 par iGutenberg.
- ↑ [lire en ligne]
- ↑ Odonymes sur base Google Maps
- ↑ rolandmoreno, « Roland Moreno (tirade de l'oiseau) », (consulté le )
- ↑ Production Tamaris Demy/Varda. Voir aussi Internet Movie Data Base IMDB.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
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- Site officiel
- Ressource relative à plusieurs domaines :
- Ressource relative à la recherche :
- Ressource relative à l'audiovisuel :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- v3.espacenet.com État des quatre inventions sur la page officielle
- Inventeur français du XXe siècle
- Personnalité française de l'informatique
- Histoire des techniques
- Histoire des sciences
- Officier de la Légion d'honneur promu en 2009
- Récipiendaire de la grande médaille d'or de la Société d'encouragement au progrès
- Élève du lycée Montaigne (Paris)
- Élève du lycée Condorcet
- Naissance en juin 1945
- Naissance au Caire
- Décès en avril 2012
- Décès dans le 6e arrondissement de Paris
- Décès à 66 ans
- Mort d'une embolie pulmonaire
- Personnalité inhumée au cimetière du Montparnasse (division 11)