Roland Moreno

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Roland Moreno
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Roland Moreno, en mars 1996.

Naissance
Le Caire, Drapeau : Égypte Royaume d'Égypte
Décès (à 66 ans)
Paris, France
Nationalité Drapeau de France Français
Profession
Formation
Distinctions

Officier de la Légion d'honneur (2009)

Prix Eduard Rhein (1996) en catégorie technologie

Roland Moreno, né le au Caire et mort le à Paris[1], est un inventeur français. Il est célèbre notamment pour avoir inventé la carte à puce mémoire en 1974[2].

Parcours professionnel[modifier | modifier le code]

Ce passionné d'électronique crée dans sa jeunesse différents gadgets, une machine à tirer à pile ou face, une calculatrice biaisée, ainsi que le « radoteur », système basé sur un algorithme de génération de mots nouveaux à partir d'une liste de mots issus du dictionnaire — une tentative pour automatiser la création de néologismes ou de noms de marques. Cette dernière invention est inspirée d'une idée de Claude Shannon que Léon Brillouin a fait connaître et que Walter Lewino utilisera dans un jeu minitel.

Dans le film Les Choses de la vie, le personnage du fils de Michel Piccoli, interprété par Gérard Lartigau, est inspiré de Roland Moreno[3]. Il inspire aussi l'inventeur du Love Computer dans Les sous-doués en vacances (1982) de Claude Zidi. Roland Moreno est par ailleurs crédité au générique des films Les parapluies de Cherbourg et Les Demoiselles de Rochefort depuis leur remasterisation en 32 bits (1999) par Agnès Varda[4].

Postes occupés successivement :

Innovations[modifier | modifier le code]

En , il crée l'association Innovatron puis, dès juillet de la même année, une société de même nom, « pour vendre des idées ». L'entreprise commercialise à partir de 1975 des noms de marques ou de produits, conçus pour des sociétés à l'aide du Radoteur et de quelques retouches humaines. Depuis un quart de siècle, le Radoteur est exploité commercialement (sous licence) par la société NOMEN, dont le fondateur est Marcel Botton (voir onomastique).

Publications[modifier | modifier le code]

Roland Moreno publie en 1990 La Théorie du bordel ambiant (éd. Belfond), ensemble de réflexions sur le monde ; on y trouve la séquence algorithmique complète du Radoteur, dont plusieurs versions[notes 1] sont réalisées et commercialisées. Ce livre est suivi de quatre rééditions, dont la dernière, publiée par l’Archipel en 2002, est enrichie d’un 14e chapitre[notes 2]. La même année et chez le même éditeur, l'auteur fait paraître Carte à puce : l’histoire secrète, puis, en 2011, Victoire du bordel ambiant.

Carte à puce[modifier | modifier le code]

Carte SIM livrée au format carte de crédit. La partie centrale se détache pour pouvoir être insérée dans les téléphones.
Carte à puce utilisée pour le remboursement des soins de santé en France (carte Vitale).
Carte Bull CP8 à micro-processeur monochip ( 1983) (recto) - première smart card commercialisée. Cette carte est fondée sur les brevets de Michel Ugon Ingénieur à Bull-CP8. ( Non sur ceux de Roland Moreno)
Carte Bull CP8 à micro-processeur monochip (1983) (recto) - première smart card commercialisée. Cette carte est fondée sur les brevets de Bull-CP8, inventeur Michel Ugon, non sur ceux de Roland Moreno

Le , s'adressant au cabinet KESSLER, avec l'aide déterminante de l'expert en brevet Jean MOULIN, le brevet de base décrivant une bague comportant une mémoire programmable est déposé. Le brevet ne mentionne pas le nom de l'inventeur, Roland MORENO apparaît comme déposant  ! . Six mois plus tard, il crée la société Innovatron dont l’objectif est l’exploitation du brevet de base . La paternité de cette invention sera contestée beaucoup plus tard, quand la carte à puce sera devenue un enjeu industriel et financier considérable, par diverses entreprises qui voudraient ne pas payer de redevances, et par Daniel Vesque[6],[7], un ancien ingénieur des PTT au Centre national d'études des télécommunications (CNET). Tous les procès concluront à la validité des brevets Innovatron-Moreno. La société créée élargit peu de temps après la protection industrielle par le dépôt de plusieurs certificats d’addition et brevets, qui s’appuient sur le brevet de base et le réaxent — il n’est alors plus question de bague mais d'objet portatif —, et par des dépôts dans onze pays. Ces brevets, et en premier lieu le brevet de base (revendications nos 1, 2, 8, 13 et 20), décrivent un objet portable à mémoire revendiquant des moyens inhibiteurs (assurant la protection des données stockées) associés à « un comparateur avec un compteur d’erreurs » (combinaison utilisée typiquement pour l'évaluation du code secret associé à la carte)[8]. Un rôle particulièrement méritoire a été celui du rédacteur de ces brevets, Jean Moulin[9].

Parmi les applications de la carte à puce, on peut citer la carte téléphonique, la carte de crédit bancaire, la carte Vitale, la carte SIM des téléphones portables ou encore la carte Moneo. L'invention est par ailleurs utilisée à travers les puces lisibles à distance comme celle que contient la carte Navigo pour les transports publics parisiens, créée initialement par Innovatron lors d'un partenariat avec la RATP. Voir l'article[10] carte à puce.

Aujourd'hui, la société Innovatron a pour activité la vente de licences liées à la technologie des badges, cartes et tickets sans contact.

À la suite des travaux de Serge Humpich et de l'affaire des yes-cards, Moreno propose le une prime d'un million de francs[11] à quiconque parviendra, dans un délai de trois mois et par n'importe quel moyen logique, à écrire un bit dans la zone préservée par le brevet « Inhibiteur » du et à lire un bit dans la zone préservée par la combinaison des brevets « Comparateur » et « Compteur d'erreurs ». N'ayant pas reçu de réponse, Roland Moreno publie la solution[précision nécessaire] le .

Célimènes[modifier | modifier le code]

Moreno réalise en le premier prototype de Célimène[12], ce qu'il appellera plus tard de la « musique augmentée » en référence au « livre augmenté » d'iGutenberg[13]. Cette invention superpose la mélodie d'une musique avec le texte d'une pièce de théâtre, d'un poème, d'une chanson. L'arrangeur Sylvain Robert parvient à fusionner de très grandes pages musicales (Bach, Ravel, Beethoven, Albeniz) avec des textes de Molière, Brassens et Vian.

La première réalisation (le prélude de la VIe Suite pour violoncelle seul, de Jean-Sébastien Bach, est suivie par le prélude no 3 du 1er livre du Clavecin bien tempéré et le premier mouvement du 5e des Concertos Brandebourgeois. La grande tirade de Célimène dans Le Misanthrope de Molière vient se superposer à la mélodie de chacun de ces morceaux. Cette superposition est possible grâce notamment à l'écriture en alexandrins de la pièce et à la composition des musiques avec des phrases de quatre mesures à trois temps. Dans les réalisations qui suivent, on peut citer le Boléro de Ravel et l'Hymne à la joie de la Symphonie n° 9 de Beethoven[14], sur des textes respectivement de Georges Brassens et Jacques Brel.

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

Né le dans une famille juive du Caire et fils de Charles Moreno et de Fernande Bahbout, il fréquente les lycées Montaigne et Condorcet à Paris[15]. Après son baccalauréat, il abandonne la faculté d'Assas[16]. Le (à 31 ans), il épouse Stephany Stolin, avec qui il a deux enfants et dont il divorcera plus tard. En 2008, il est victime d'une première embolie pulmonaire[17]. Il meurt le à 66 ans, à son domicile parisien dans le quartier Saint-Michel. Il est enterré [18] au cimetière du Montparnasse.

Patrimoine[modifier | modifier le code]

Une puce de radio-identification EPC utilisée par Wal-Mart

L'invention de la carte à puce, avant qu'elle n'entre dans le domaine public en 1998, aura rapporté à Innovatron l'équivalent de 150 millions d'euros. Depuis cette date Roland Moreno vivait grâce aux excédents de trésorerie[19].

En 2002, il a revendu ses parts de la société Gemplus, le fabricant français de carte à puce, mais était resté à la tête de sa société Innovatron, qui continue à percevoir des droits sur les cartes sans contact comme celle du passe Navigo. Celui-ci met en œuvre un procédé RFID de transmission de données qu'Innovatron avait développé avec la RATP.

Vidéo[modifier | modifier le code]

Un reportage sur Roland Moreno fut diffusé en 1968[20].

Les sources d'inspiration[modifier | modifier le code]

La tombe de Roland Moreno au cimetière du Montparnasse

Les romans de Science Fiction pour l'invention de la bague avec mémoire, et la contribution d'ingénieurs du Centre de Recherche de Honeywell-Bull Saint-Ouen pour un deuxième brevet portant sur la carte à puce avec mémoire.

Pour expliquer sa célèbre invention, il expliquait au quotidien France Soir en 2006 : « J'ai trouvé la solution dans mon sommeil en rêvant. En vérité, je suis un gros paresseux et j'ai une très faible productivité ». « Je suis jaloux, très dépensier, totalement sédentaire et distrait. J'ai indiscutablement un côté professeur Nimbus ».
Cette présentation instille le doute sur sa capacité réelle d'inventeur. Il se montre opportuniste, en déposant un premier brevet d'invention, dont la source d'inspiration, portant sur une bague comportant une information mémorisée, provient de la lecture du roman de science-fiction de René Barjavel, La nuit des temps [21] paru en 1968, où le romancier a imaginé une bague contenant un code modifiable périodiquement, reliée à un ordinateur central, pour effectuer des opérations financières. "Chaque fois qu'un Gonda devait quelque chose de nouveau, des vêtements, un voyage, des objets, il payait avec sa clé. Il pliait le majeur , enfonçait sa clé dans un emplacement prévu à cet effet et son compte à l'ordinateur central était aussitôt diminué de la valeur de la marchandise ou du service demandé.

L'ingénieur "génial" en marge des circuits traditionnels et de la recherche et développement , est perçu par Jean Moulin, rédacteur du brevet de base , de la bague comportant une mémoire, comme un autodidacte isolé, qui en toute innocence et avec beaucoup de naïveté, irrationnel, sans aucune méthode scientifique, a réinventé ce que les ingénieurs, tels Castrucci, Halpern, Ellingboe, Gretag, Dethelloff, Arimura .. ont découvert avant lui. Ils avaient conçu et décrit des cartes plastiques comportant des circuits et des mémoires électroniques aux fins de réaliser de nouveaux moyens de paiement. Jean Moulin a su trouver les failles dans les brevets antérieurs, et définir les concepts inventifs de la carte mémoire, en décrivant notamment "un circuit électronique portatif non alimenté par une machine alimentée, le dit circuit contenant des mémoires à circuit intégré".

Distinctions[modifier | modifier le code]

Inventions[modifier | modifier le code]

  • Bague comportant une mémoire, brevet français n° 74 10191 du 25 mars 1974.
  • Carte à puce mémoire, dont le brevet a été déposé en France , 1er semestre 1975
  • Le Radoteur (1975)
  • Les Célimènes (2003)

Publications[modifier | modifier le code]

  • (Sous le pseudonyme de Laure Dynateur) L'Aide-mémoire du nouveau cordon-bleu, éd. Sofat, 1982
  • Théorie du bordel ambiant : souvenir de l'irréversible (en collab. avec Bruno Ollivier), Belfond, Paris, 1990 (ISBN 2-2530-5895-5)
  • Théorie du bordel ambiant : souvenir de l'irréversible (en collab. avec Bruno Ollivier), nouvelle édition augmentée, L'Archipel, Paris, 2002 (ISBN 2-84187-349-8)
  • Carte à puce : l'histoire secrète, L'Archipel, Paris 2002 (ISBN 2-84187-348-X) (accompagné d'un CD-ROM)
  • Victoire du bordel ambiant, L'Archipel, Paris, 2011 (ISBN 978-2-8098-0398-3)[23]

Ouvrages préfacés[modifier | modifier le code]

Odonymes[modifier | modifier le code]

Plaque de la rue Roland-Moreno à Clermont-Ferrand.

Plusieurs voies publiques nouvelles ont été nommées d'après lui dont :

  • Rue Roland-Moreno, dans la zone industrielle du Brezet à Clermont-Ferrand ;
  • Rue Roland-Moreno, à Chauconin-Neufmontiers (Seine-et-Marne) ;
  • Rue Roland-Moreno, dans la zone commerciale Carrefour, à Evreux ;
  • Rue Roland-Moreno, à Noyal-sur-Vilaine (Ille-et-Vilaine) ;
  • Rue Roland-Moreno, dans la zone de Queue-Ane, à Royan (Charente-Maritime).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Windows et Macintosh
  2. Cent dix mille exemplaires vendus

Références[modifier | modifier le code]

  1. Florian Loisy, « Décès de Roland Moreno, l'inventeur de la carte à puce », sur http://www.leparisien.fr, Le Parisien, (consulté le 29 avril 2012).
  2. Michel Ugon étant l'inventeur de carte à puce avec processeur
  3. Tirade de l'oiseau
  4. Production Tamaris Demy/Varda. Voir aussi Internet Movie Data Base IMDB.
  5. biographie sur biobble.
  6. Pascal Colombani, Le Dossier noir des cartes bancaires, 2001 (ISBN 2-912362-56-3).
  7. Site de Daniel Vesque
  8. Publication officielle des cinq brevets où sont décrits en 1975 les brevets inhibiteurs du plus simple au plus élaboré, notamment le pilier dont les circuits furent reproduits explicitement sur une carte téléphone en guise de défi aux experts-amateurs.
  9. Jean Moulin selon Louis Guillou, « Histoire de la carte à puce du point de vue d’un cryptologue », dans Actes du Septième Colloque sur l’Histoire de l’Informatique, 16-18 novembre 2004, p. 126.
  10. [PDF] Et enseignements de référence (notamment Arts & Métiers).
  11. « Expliquez-vous Roland Moreno Inventeur de la carte à puce, PDG de la société Innovatron », L'Humanité,
  12. Application dont Apple fait la promotion type 1901 sans but commercial.
  13. « livre augmenté » introduit en 2009 par iGutenberg.
  14. Résumé disponible . Podcast toutes plates-formes (feed XML)
  15. Biobble - e-portait & postérité, « Roland Moreno » (consulté le 1er mai 2012)
  16. biographie sur le site factibus.
  17. L'inventeur de la carte à puce est mort, Le Figaro, 29 avril 2012.
  18. Sa tombe a été conçue par Rorcha, artiste contemporain français.
  19. « Roland Moreno, l'inventeur de la carte à puce, disparaît », Le Figaro,
  20. (fr) [vidéo] « Roland Moreno, Matapof AVANT la carte à puce » sur YouTube
  21. René BARJAVEL, La nuit des temps, Presses de la cité,
  22. Stagora.com/news - © DR, « Mort de Roland Moreno : La carte à puce en deuil » (consulté le 1er mai 2012)
  23. [lire en ligne]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]