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Rois fainéants

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Les manuels d'histoire de la Troisième République ont popularisé une image d'Épinal des rois mérovingiens allongés dans leurs chars à bœufs.

L'appellation de « rois fainéants » (littéralement rois qui ne font rien, « fait néant ») a été attribuée, a posteriori, aux rois francs mérovingiens, succédant, à partir de 639, à Dagobert Ier. Cette appellation a été forgée par Eginhard, biographe de Charlemagne, dans sa Vita Karoli (Vie de Charlemagne), écrite au IXe siècle. Il légitimait ainsi la prise de pouvoir carolingienne, car, dit-il, les Mérovingiens « n'avaient plus de rois que le nom », n'ayant accompli aucune réforme au cours de leurs règnes (littéralement « ayant fait néant »). Cette légitimation idéologique incite « à nuancer le sentiment d'éclatement et de décadence » sous le règne de ces rois fainéants.

La fin de la dynastie mérovingienne, marquée par des règnes parfois brefs de souverains souvent très jeunes, en conséquence des nombreuses querelles de succession selon certains (mais surtout à cause de la fragilité de leur vie), amena une période d'instabilité politique où le pouvoir fut usurpé par l'aristocratie, en particulier par les maires du palais, dont Charles Martel et Pépin le Bref.

À propos des « rois fainéants », le chroniqueur Erchambert écrit : « Selon qu'il avait été établi, on leur donnait une abondante nourriture et on exerçait sur eux une perpétuelle surveillance, de peur qu'ils ne fissent quelque acte de pouvoir »[1]. Sigebert de Gembloux ajoute : « ces rois ne régnaient que de nom ; c'était leur usage de remplir le rang que leur donnait leur naissance, mais de ne rien faire ou résoudre, sinon de manger et de boire déraisonnablement, de demeurer en leur maison, de présider aux assemblées des calendes de mai, en face de toute la nation, de saluer et d'être salué, de recevoir et de rendre des présents, et de la sorte d'aller vivre seuls jusqu'au Champ de Mai suivant ».

Les rois fainéants désigne les souverains francs mérovingiens qui ont régné après la mort de Dagobert Ier en jusqu'à ce que Childeric III soit déposé et que le maire du palais Pépin le Bref se fasse élire roi par son peuple à Soissons en [2],[3],[4], puis se fasse sacrer roi par des évêques à Saint-Denis en , et enfin sacré roi en par le pape Étienne II, en échange de son intervention contre les Lombards pour récupérer certains territoires[2].

Pépin le Bref fut le dernier maire du palais, fondant ainsi la dynastie des Carolingiens. Son fils Charles, futur Charlemagne, engagea un brillant et rapide renouveau du royaume franc, ce qui fit paraître par contraste la fin de règne des Mérovingiens comme une période trouble de l'histoire des Francs. Les carolingiens ont utilisé les chroniqueurs de l'époque pour leur donner une image négative ; la nouvelle dynastie avait besoin de se montrer crédible pour conserver son pouvoir.

On a aussi surnommé le Fainéant Louis V, le dernier des rois carolingiens en France (986-987), uniquement pour la durée de son règne (un an seulement) alors qu'il se montrait plutôt offensif.

Image d'Épinal

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L'imagerie populaire, en particulier les républicains de l'époque de Jules Ferry, ont perpétué et accentué à travers l'école publique la perception négative de ces rois, se déplaçant dans de lourds chariots bâchés tirés par des bœufs. L'historiographie républicaine très hostile à la monarchie en fait des souverains paresseux confortablement allongés sur des coussins moelleux. En réalité, il s'agissait d'une coutume germanique : après son élection, le roi devait parcourir toutes ses terres à la rencontre de son peuple sur un char rituel[5].

« La lecture de cette période est particulièrement tributaire des sources carolingiennes, cherchant à légitimer rétrospectivement tant le principat de Charles Martel puis de Pépin, que le remplacement dynastique effectué par Pépin le Bref, couronné roi », ce qui incite « à nuancer le sentiment d'éclatement et de décadence » sous le règne des rois fainéants[6].

Source partielle

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Notes et références

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  1. Quibus tamen, ubi constitutum fuerat, victus fuerat exuberans, custodiaque jugis erga eos habebatur, ne quid jure potestatis agere possent.
  2. 1 2 Georges Minois, Charlemagne, Perrin, , 885 p. (ISBN 978-2-262-04423-7, lire en ligne Accès payant), p. 163
  3. Jean des Cars, Dictionnaire amoureux des monarchies, Paris, Plon, 2019. p.349-380. cairn.info,, 446 p. (ISBN 978-2-259-25162-4, shs.cairn.info/dictionnaire-amoureux-des-monarchies--9782259251624-page-349?lang=fr Accès payant), p. 372
  4. Jean-Louis Biget et Patrick Boucheron, La France médiévale VIe-XIIe siècle, t. Tome 1 - Vie - XIIe siècle, Hachette Éducation, (ISBN 978-2-011-45336-5, lire en ligne Accès payant), p. 33
  5. Bernard Fontaine et Geneviève Béduneau, Mystères et merveilles de l'histoire de France, J'ai Lu, , p. 87.
  6. Nicolas Lemas, Les Mérovingiens, Armand Colin, , p. 87.

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