Roger Brioult

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Roger Brioult
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Biographie
Naissance
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Nationalité
Activité

Roger Brioult, né le , à Bois-Colombes, et mort le à Résenlieu (Orne), fut un journaliste français spécialiste de l'automobile.

Biographie[modifier | modifier le code]

Roger Brioult convertit la Revue Technique Automobile en une documentation technique destinée aux professionnels qui connaît un vif succès durable.

Passionné par son métier, Roger se définit comme journaliste-mécanicien.

Il révise la traduction de l'ouvrage de Ralph Nader, Ces voitures qui tuent, qu'il complète de notes concernant les véhicules français.

En 1974, avec son épouse et sa fille, il se retire au château de Résenlieu où il se consacre à l'écriture, publiant plusieurs ouvrages fort remarqués des spécialistes et des fans, sans compter les articles parus dans une large gamme de périodiques.

Dans un grand garage construit au fond de la propriété, il entrepose un petit musée de l'automobile et de la moto de collection.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ralph Nader, Ces voitures qui tuent (Unsafe at any Speed), traduction de Anne-Marie Suppo et Anne de Perignon, présenté par Jacques Sallebert, annotations techniques concernant les voitures françaises de Roger Brioult, Flammarion, 1966.
  • Roger Brioult, Les moteurs à essence, Delta Press, 1980
  • Roger Brioult, La restauration des voitures de collection, ETAI, 1990
  • Roger Brioult, Citroën, histoire et secrets de ses bureaux d'études, Edifree, 1995 (2 volumes)
  • Collection de la Revue Technique Automobile.

Roger Brioult par sa fille, Lydie[modifier | modifier le code]

« Dès sa petite enfance Roger Brioult a été passionné par les voitures. Comme beaucoup d’autres enfants, mais pour lui cette passion a perduré toute sa vie.

La RTA[modifier | modifier le code]

Vers la fin de la guerre, mon père a travaillé dans une usine d’aviation, la SNECMA. Il en parlait souvent et y avait gardé de bons amis. Alors qu’il cherchait du travail, un ami lui suggère d’aller voir M. Chatelain qui dirigeait une revue sur les automobiles. Il y avait déjà beaucoup de ces jolies revues. Roger n’y trouvait pas entièrement son intérêt. Et le miracle a eu lieu ! Rentrant tard un soir à Marly où il habitait, il décide de faire un détour vers Échirolles, voir un énième garagiste dont il connaissait l’existence. Il lui présente son catalogue, parle de moteur, de panne, etc. Le garagiste heureux de voir ce jeune l’écouter lui dit : Nous, vous savez, voir une belle revue, avec de belles photos, de belles voitures, on s’en moque, on a autre chose à faire. Par exemple, quand on a désossé un moteur pour une panne mal définie et qu’après il faut le remonter…on aurait juste une petite explication claire des pièces à remonter ça nous arrangerait bien !. Roger est rentré à Marly très vite, réfléchissant à tout ce que le garagiste lui avait expliqué! Il avait compris. Toute la nuit, il a travaillé sur cette idée : Aider les garagistes. Au matin, il en a parlé à M. Jean Chatelain en expliquant son idée. Celui-ci lui répondit : Fais comme tu veux, tu as toute ma confiance, vas y !

Roger y a passé, des jours, des nuits, des vacances c’était un peu son enfant ! Beaucoup, beaucoup de travail, mais que de satisfactions ! La revue technique établie à Boulogne-Billancourt a connu un succès presque immédiat, car elle venait à point nommé pour aider tout ce qui touchait à l’automobile : démontage total des véhicules, analyse de la construction du moteur pièce par pièce, du circuit électrique, étude des différentes sortes de pannes, etc. Chaque revue était un peu la notice de chaque voiture, car à l’époque, les constructeurs ne livraient pas les autos avec ce genre de mode d’emploi. Pour les garagistes, cette revue était exactement ce dont ils avaient besoin pour travailler.

La R.T.A a débuté avec une poignée d’hommes dont M. Cromback, installé peu après le départ de M. Chatelain en 1964, il a été en partenariat total avec Roger durant de longues années. Quand Roger part en Normandie en 1973, la R.T.A compte 250 employés, a sa propre imprimerie et ses studios photo.

Ces voitures qui tuent[modifier | modifier le code]

Vers 1965-66, Roger comprend peu à peu l’impact qu’a la construction des voitures sur la sécurité des passagers. Lors d’un séjour à Boston aux États-Unis, il a eu la grande joie de rencontrer Ralph Nader. Ils se sont découvert beaucoup d’idées communes et le livre de Nader Dangereuses à toute vitesse a été pour Roger un déclencheur pour la suite de ses recherches. S’étant trouvé un jour à Garches, au centre de rééducation des grands blessés, il a fait la connaissance du professeur Got qui travaillait sur les accidents de la route et les séquelles laissées aux blessés. Roger Brioult, par la suite se rapproche de Ralph Nader et traduit son ouvrage en partenariat avec lui, il le complète avec les voitures françaises : Ces voitures qui tuent. Dans cet ouvrage, ils évoquent les points importants de ses nombreuses batailles : les pneus, les freins, la tenue de route, la normalisation des commandes, l’emplacement du réservoir d’essence, le pare brise, la ceinture de sécurité et la hauteur des pare-chocs. Il évoque même en 1969 ce qui sera le début des airbags. À cette époque, il s’investit totalement dans la prévention routière et fait de nombreuses émissions de télévision pour sensibiliser le grand public. Roger Brioult, c’est aussi l’idée de la collection de vieilles voitures dès les années 1960 où personne ne se souciait alors de collectionner ces ancêtres, dépassées par l’évolution constante des voitures neuves. Il est passionné par tout ce qui est techniquement insolite, avant-gardiste, et acquiert en 25 ans la collection qu’il a aujourd’hui. Chez Roger Brioult, point de Bugatti, de Facel Vega, de Delahaye ou autre Ferrari, non, c’est juste une histoire de hasards, de passions, de rencontres, d’hommes insolites qu’il a côtoyé et qui ont su se comprendre : M. Darmont, M. Grégoire et le plus important, à ses yeux, Gabriel Voisin avec qui il partageait de multiples points communs. Dans son musée, il aimait stationner sa Peugeot 201 à côté de sa Cord et faire remarquer aux visiteurs l’évolution spectaculaire du design de ces carrosseries en une quinzaine d’années. C’est un peu, comparer un téléphone en bakélite noir à cadran, au nouvel Iphone 5© couleur ivoire…

Anecdotes favorites de Roger sur son ami Gabriel Voisin[modifier | modifier le code]

  • Vêtu de son habituel bleu de travail, Gabriel Voisin reçoit la visite d’un acheteur mécontent qui ne le reconnait pas. J’ai acheté une Voisin et je ne suis pas content du tout de cette voiture, appelez votre patron ! Gabriel Voisin lui propose d’essayer la voiture avec lui. Il roule quelques kilomètres et, au retour, G. Voisin — qu’il n’a toujours pas reconnu — lui dit: Combien avez-vous acheté cette voiture ? Je vous la rembourse sur le champ ! Le client refuse. Il lui répond : Ecoutez Monsieur, je suis Gabriel Voisin, vous conduisez tellement mal que je refuse que quelqu’un comme vous conduise une de mes voitures, vous n’en êtes pas digne !. Gabriel Voisin lui a rédigé un chèque de remboursement et a récupéré sa voiture…
  • Un client rencontre Gabriel Voisin et lui indique qu’il veut bien acheter l’une de ses voitures à la condition expresse qu’elle roule à 120 km/h ; celui-ci lui garantit. Le client mécontent revient quelques jours plus tard, car la voiture ne fait que 118 km/h et il n’en veut plus. Gabriel Voisin l’essaie, seul. Effectivement, 118 km/h… Il lui demande alors de lui confier la voiture pour quelques réglages dans la soirée, et lui donne rendez-vous le lendemain matin. En fait, Gabriel Voisin, dans la nuit est allé déterrer et rapprocher la borne kilométrique, pour que le lendemain avec son client à bord, au chronomètre, la voiture fasse bien 120 km/h. Le client est reparti ravi !

Citroën[modifier | modifier le code]

Roger BRIOULT, dans les années 1975-80, pense écrire un livre qui porte sur l’histoire du bureau d’étude du constructeur Citroën : Nées de pères inconnus. Il reçoit chez lui un par un, chaque ingénieur, et en 1987, édite les deux tomes d’un énorme travail de rencontres, recherches, et synthèse de ce constructeur avant-gardiste. Le titre choisi sera finalement: Histoire du bureau d’étude de Citroën.

Idées novatrices[modifier | modifier le code]

  • Avant la date, début d’une idée de la création de la chasse d’eau à deux vitesses (pour économiser l’eau).
  • De sa carte de visite avec au recto sa photo de face, et au verso sa photo de dos.
  • Shell voulant un slogan publicitaire accrocheur en avait parlé à Roger, qui avait proposé C’est Shell que j’aime car elle me tient par l’essence, slogan qui n’a pas été retenu car trop osé pour l’époque.
  • De même, pour la ceinture de sécurité, le slogan Si tu cliques pas, tu claques n’avait pas lui non plus été retenu…

La 2 CV[modifier | modifier le code]

Dès 1975-78, Roger apprend que Citroën souhaite arrêter la production de cette voiture mythique qu’est la 2 CV ; il sait qu’il ne pourra jamais avoir la 1re fabriquée, mais il aura au moins la dernière ! Il passe alors une commande étonnante au service commercial (et en avance) : celle de lui réserver et lui vendre la dernière 2CV qui sortira des chaînes françaises. On le prend pour un fou. Il réitère sa commande pendant 14 ans, et en 1988, achète enfin la dernière 2 CV gris cormoran qu’on lui livre, enfin, sur une remorque, avec juste 5 km au compteur ! : Je veux qu’elle soit vierge et grand-mère !.

Cette 2CV lui a été dérobée début mars 2012 dans le garage de sa propriété de Résenlieu, dans l'Orne.

Cette voiture gris cormoran, totalement invendable, a été retrouvée calcinée le jeudi 3 mai à La Roussière, dans l’Eure, sans que Roger Brioult ne le sache jamais.

Car Roger Brioult est décédé le 24 mars, une semaine après avoir appris le vol de sa voiture fétiche, à qui il avait consacré son « âme ». C'est son épouse, Jeanine, 95 ans, qui a découvert le vol et a déposé plainte. La vieille dame avait remarqué qu'une barrière avait été déplacée à l'arrière de sa propriété, sur le chemin menant au garage, et aussi qu'une voiture était restée quinze jours devant son portail. Le reste de la collection de Roger Brioult a été depuis mis à l'abri.

Une autre 2 CV, de couleur rouge, fabriquée elle aussi le 18 mai 1988 sur la chaîne de l'usine de Levallois, est devenue la propriété du conservatoire historique de Citroën. Celle de Roger Brioult, était « la dernière à avoir été vendue à un particulier et elle disposait de nombreuses spécificités différentes, comme ces insonorisants de plancher et bien d'autres encore dont nous gardons la liste secrète », continue Alan Blondeau, écœuré par ce vol commis chez « un homme invalide » qui n'avait plus les moyens de se déplacer.

Conclusion[modifier | modifier le code]

Pour qui l’a côtoyé, Roger Brioult est un personnage atypique, visionnaire, plein d’humour, passionné, empêcheur de tourner en rond, colérique et qui ne laissait pas indifférent ! »

Lydie BRIOULT

Texte extrait du catalogue OSENAT de la vente aux enchères du dimanche 17 mars 2013.