Rocher de Mutzig

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Rocher de Mutzig
Vue depuis le sommet du rocher de Mutzig vers le sud.
Vue depuis le sommet du rocher de Mutzig vers le sud.
Géographie
Altitude 1 008 m[1]
Massif Massif des Vosges
Coordonnées 48° 32′ 57″ nord, 7° 14′ 25″ est[1]
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Grand Est
Département Bas-Rhin
Ascension
Voie la plus facile Sentier de randonnée GR53
Géologie
Roches Grès
Géolocalisation sur la carte : Bas-Rhin
(Voir situation sur carte : Bas-Rhin)
Rocher de Mutzig
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Rocher de Mutzig

Le rocher de Mutzig désigne une montagne gréseuse du massif des Vosges, la plus haute des Vosges gréseuses. Ce sommet tabulaire est situé dans le Grand Est dans le département du Bas-Rhin sur la commune de Lutzelhouse, à environ un kilomètre à l'est de la ligne de crête formant la limite avec la Moselle. Il culmine à 1 008 mètres d'altitude, soit la même altitude que son grand sommet voisin, le Donon, qui appartient à la même corniche résistante en grès triasique du Buntsandstein. Les formations sommitales, très résistantes à l'érosion, sont souvent en poudingues ou conglomérats gréseux.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Le nom vosgien global le plus ancien de ce sommet est la montagne du Katte ou Cat, parfois les Kattes pour le massif. Le toponyme a été francisé dès le XIIIe siècle en Côte(s) que l'on retrouve dans sa partie méridionale avec le mont de la Grand' Côte. Le vieux dialecte alémanique d'Alsace l'a transformé par ses mutations consonnantiques en Katzenberg. Le rocher de Mutzig doit son nom moderne au bois de Mutzig qu'il domine. Les rochers des anciens Kattes sont des groupes de roches crevassées, sans doute très résistantes à l'érosion glaciaire et post-glaciaire.

Les cattes, formes archaïques gallo-romaines, se retrouvent dans les nombreux toponymes, oronymes à l'origine, composés avec cat, chat, chatas, chatte, chautte, chotte, xat, xette ou, par voie diminutive, catel, cotel, cha(n)tel, cantel(in). La racine indoreuropéenne ca(n)ta ou co(n)to indique une table rocheuse sommitale ou, par voie diminutive, une pierre de forme tabulaire ou prélevée sur un plateau rocheux.

La compréhension de ce terme s'est maintenue assez longtemps, car il a été parfois été tardivement transformé en rochatte ou rochotte, soit la petite roche en ancien français. L'explication patoise de la « Chatte Pendue » (devenue en alsacien Katzenstein), massif dominant le château de Salm et Les Quelles à l'orient de la vallée de la Bruche, est : la (roche) hhatte pâdaie, c'est-à-dire une roche haute suspendue. Même les anciens habitants dialectophones alsaciens des vallées vosgiennes comprenaient la polysémie de chat(te)/Katze et ne lui attribuait aucune lien avec le félidé domestique, ce n'est pas le cas de quelques toponymistes du XIXe siècle.

Géographie[modifier | modifier le code]

La montagne, qui est une dérivation orientale de la ligne de crête principale, commence traditionnellement au Narion à 999 mètres d'altitude ou éventuellement au col du Narion. Elle s'étend jusqu'au Petit Katzenberg occidental à 903 mètres d'altitude.

Le Grand Katzenberg, à 967 mètres d'altitude, et le rocher de Mutzig peuvent être modélisés ainsi approximativement en croisement d'une croix désarticulée vue du ciel, dont le poteau central aurait comme base la Grande Côte au sud et comme sommet l'Eckkopf au nord à 942 mètres d'altitude. Sur la branche gauche, entre le Grand Katzenberg et le Petit Katzenberg, se trouve l'amas de pierres colossales appelé la « porte de Pierre ». L'ensemble des Kattes, précédemment décrit, se situe sur la commune de Lutzelhouse.

Au début du XIXe siècle lorsque les grands sapins n'entrâvaient pas la vue sur la pelouse ou lande rase sommitale, par temps dégagé, le sommet offre une vue remarquable vers la vallée de la Bruche, les proches collines du piémont alsacien et le château de Guirbaden, vers la plaine d'Alsace et même Strasbourg et la flèche de sa cathédrale Notre-Dame. À l'ouest, le plateau lorrain apparaît au-delà du massif du Donon voisin.

Ce massif en croix surplombe au nord la vallée de la Hasel au nord et la vallée du Netzbach ou du Roulé au sud.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les flancs raides et une grande partie des hauteurs de ce massif étaient boisés, au contraire du Noll et du Narion autrefois occupés par des chaumes en estive. Mais des indices laissent penser que le sommet du massif boisé, en partie dénudé, était utilisé en parcours. Sur son flanc nord oriental, une voie de charbonnier ou Kohlweg laisse deviner un usage de ces bois proche du sommet. Les forêts ont été attribuées au XIXe siècle aux communes de Oberhaslach et Niederhaslach (partie au nord), à Dinsheim (nord-est de la croix dessinée) et à Urmatt (sud-est de la croix), Lutzelhouse (base de la croix), Mutzig (sud-est de la croix). Le massif a constitué une vaste forêt de mieux en mieux entretenue au XIXe siècle et surtout au XXe siècle.

Il est remarquable que le Donon, massif emblématique de France, dont les deux sommets annexés ont pourtant été perdus en 1871, ait complètement éclipsé le rocher de Mutzig qui se situe en Alsace. Le Donon a connu une célébrité nationale et religieuse précoce, avec ses vestiges archéologiques, la reconstitution à la fin du Second Empire d'un temple gallo-romain de hauteur, ses nombreuses fouilles dont celle universitaire et strasbourgeoise, avec Jean-Jacques Hatt, mémorable de l'année 1938. Au point que le plus haut point des Vosges gréseuses ne pouvait être que le Donon, du moins dans les manuels scolaires abordant la géographie française de l'Est de la France, même après le retour de l'Alsace-Lorraine[2]. Toutefois, sur les cartes de la Statistique des Vosges, le sommet du Donon est indiqué à la cote 1 010 mètres et le rocher de Mutzig à la cote 1 007 mètres[3]. L'imprécision de l'altimétrie en constitue peut-être une prime explication.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Cartes IGN anciennes et récentes.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Carte IGN classique » sur Géoportail.
  2. Le sommet du Donon avec sa plate-forme surplombant Raon-sur-Plaine et Raon-les-Leau, au-delà de la ligne de crête dans la haute vallée de la Plaine, sont annexés au Reich germanique pour raison militaire.
  3. Carte dépliable de l'Annuaire des Vosges dirigé par Louis Lepage et Charles Charton, 1845.