Roch Le Baillif

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Roch Le Baillif, sieur de la Rivière, né en 1540 à Falaise (Calvados) et mort le 5 novembre 1605[1], est un médecin français, influencé par le paracelsisme. Il fut poursuivi pour sa pratique de la médecine contraire aux enseignements de la Sorbonne.

Biographie[modifier | modifier le code]

D'un père qui avait professé la théologie à Genève, Le Baillif fait des études de médecine à l’université de Caen, et devient en 1573 médecin d’Henri Ier de Rohan le Goutteux, en son château de Blain.

En 1575, la mort du vicomte de Rohan le laisse sans protecteur, il réside à Rennes, où il fréquente Noël du Fail, Bertrand d'Argentré et les membres du parlement de Bretagne. En 1577, il devient familier du duc de Mercœur, l'un des chefs des ligueurs. Didier Khan le taxe d'opportunisme dans ses choix politiques et religieux[2].

En février 1578, il s'installe à Paris, sur le pont Saint-Michel. La Faculté de Médecine de Paris l'accuse alors de pratiquer une médecine illégale, notamment pour son Demosterion, publié en français et en latin. Trois mois après son arrivée, les doyens de la Faculté, Rousselet, ami de Jacques Grévin, le médecin-mathématicien Henri de Monantheuil lui font un procès retentissant. Il cherche d'abord à s'en abstraire. Il est alors menacé par Augustin de Thou (le frère aîné de Jacques Auguste de Thou) de ne plus exercer son art et d'être jugé in abstentia. L'affaire passe alors entre les mains de Barnabé Brisson. Défendu par François Chauvelin et Étienne Pasquier, Baillif finit par éviter toute condamnation[2]. On a cru longtemps que la Faculté avait obtenu gain de cause. Il semble cependant que l'interdiction d'exercer prise contre lui fut provisoire.

En 1579, Baillif publie pour sa défense son Sommaire traicté apologic en forme de Defence . Il se dit alors « Conseiller et médecin du Roy mais aussi du Duc de Mercœur ».Un mois plus tard, la faculté lui répond par l'impression de son Vray discours chez Pierre Lhuillier[2] puis trois autres ouvrages, de Courtin, de Prébonneaux et d'André du Breil, demandant au roi de faire la police parmi les pratiques médicales des "charlatans".

En mars 1580, une épidémie de peste, se déclare à Paris. En juin, Baillif publie un traité sur les remèdes à la Peste, réclamé par le duc de Mercœur, atteint comme le roi de coqueluche. Par la suite, on pense que Baillif partit de Paris, entre juillet et août, sans doute chassé de la capitale par l'épidémie. On le retrouve alors à Rennes.

En 1591, il demeure toujours à Rennes, où il publie trois fois contre la fièvre, dédiant ses œuvres au jeune fils de Catherine de Parthenay. Il prend le titre de médecin du Roy, en tête de son livre de la brièveté de la vie des Princes, et cependant le Parlement de Paris lui avait interdit le séjour à Paris.

Le Baillif quitte Rennes en 1594, vers le moment de l'entrée du roi à Paris. Affranchi, au moins en fait, de son ancienne interdiction de séjour, il poursuit sa carrière de médecin royal; sa réputation d'alchimiste et d'astrologue ne pouvait alors qu'augmenter son crédit. Il est anobli en 1600.

Famille[modifier | modifier le code]

Il est marié successivement avec Françoise Poret, décédée avant 1583, dont il eut deux enfants puis Jeanne Riou, dont il eut une fille. En 1689, Roch Le Baillif qui se disait sieur de la Rivière, était époux de Jeanne Riou alors âgée de 35 ans, avccq lui demeurante en ceste ville de Rennes. Il avait aussi un fils appelé Sainct Martin et capitaine d'une compagnie[3].

Les conséquences du procès Baillif[modifier | modifier le code]

En 1579, Ambroise Paré, retranche de ses ouvrages ce qui pouvait déplaire à la Faculté. Mais dès 1580, les idées de Baillif sont reprises par Jacques Fontaine. Elles ouvrent en fait la voie à la branche des chimistes, médecins qui seront en vogue à la cour d'Henri IV, Bernard Gilles Penot, Claude Dariot, et surtout Turquet de Mayerne.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Brief discours sur la signification véridique du Comète apparu en Occident le 10 novembre 1577. Rennes, Jean Le Gascon, 1577, in-8°, fig. sur bois ;
  • Le Démostérion de Roch Le Baillif Edelphe médecin spagiric auquel sont contenus Trois cens Aphorismes Latins et François. Sommaire véritable de la Médecine Pamcelsique.... Rennes, Pierre Le Bret, 1578. Le Demosterion de Roch le Baillif edelphe medecin spagiric, auquel sont contenuz trois cens Aphorismes latins et français. Sommaire véritable de la médecine Paracelsique, extraicte de luy en la plupart par ledict Baillif
  • Petit traité de l'antiquité et singularités de Bretagne Armorique. En laquelle se trouve bains curons la Lepre, Podagre, Hydropisie, Paralisie, Ulcères et autres maladies... 1577. Ce traité fait partie du Démostérion mais se trouve séparé du reste par un titre particulier celui ci-dessus) qui occupe la page 161. [1] La dernière ligne du volume porte : Fin du labeur demosteric du sieur de la Rivière, médicin.
  • Responsio ad quæstiones propositas a Medicis Parisiensis, à Paris, en 1579.
  • Sommaire traicté apologic en forme de Defence de Roc Le Baillif Sieur de La Rivière Conseiller et Medecin Ordinaire du Roy et de Monseigneur Duc de Mercœur, aux demandes des docteurs, et Faculté de medecine de Paris, Abel l’Angelier, Paris, 1579 in-8° ;
  • Premier Traicté de l'homme et son essentielle anatomie avec les Elemens et ce qui est en eux à Paris, chez Abel l’Angelier, en 1580.
  • Traicté du remede à la peste, charbon et pleuresie, et du moyen de cognoistre quel Element les excite, et les hommes qui pour le temps y sont assbjettiz, Abel l’Angelier, Paris, 1580
  • Briefve démonstration de la cause des fiebvres, varieté d’opinions, et contradiction sur icelles, Rennes, Michel Logeroys, 1591.
  • Traite de la cause de la briefve vie de plusieurs Princes et Grands, et le moyen d'y pourvoir. Faict en faveur de Monseigneur de Rohan, de Par Roch Le Baillif, sieur de la Rivière, conseiller et médecin du Roy et de sa Court de Parlement de Bretaigne, etc... Rennes, Michel Logeroys, 1591
  • La conformité des médecines, Rennes, 1592[4].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En sa maison des fauxbourgs Saint-Honoré, à Paris, premier médecin du roy au dire de Lestoile. Il avait abjuré le protestantisme à sa dernière heure et confessé la foi catholique
  2. a, b et c Didier Kahn : Alchimie et Paracelsisme en France à la fin de la Renaissance (1567-1625) p. 278 et suivantes.
  3. A la formation de laquelle le père Le Baillif avait contribué par l'envoi, semble-t-il, d'une somme de mille écus. Sainct Martin fut peut-être ligueur, cela ne l'empêcha pas d'offrir ses services auroi, mais il fut à coup sûr un aventurier qui eut peine, parfois, à se retirer les braies nettes, de certaines aventures dans lesquelles il s'était engagé, vraisemblablement pour son propre compte.
  4. En juillet de cette même année (J. de Longrais), le livre de raison de Claude Satin, publié par M. Parfouru, nous le montre exerçant son savoir universel dans la confection d'un corset orthopédique en lames d'airain destiné à redresser une petite bossue.

Sources[modifier | modifier le code]

  • F. Jouon de Longrais. Informations du Sénéchal de Rennes contre les Ligueurs, 1589 (Mémoire de la Société d'Archéologie d'Ille-et-Vilaine, 1911-1912).
  • G. Baudre, Les singularités de Bretagne-Armorique. D'après un traité du XVIe siècle., Bulletin de la Société géologique et minéralogique de Bretagne, 1925.
  • Fiche Roch Le Baillif sur le site La cour de France
  • Berriot-Salvadore Evelyne Roch Le Baillif, Le Demosterion, texte établi et annoté par Hervé Baudry dans Réforme, Humanisme, Renaissance (année 2006, Volume 63)
  • Kahn, Didier, Alchimie et Paracelsisme en France (1567-1625), Genève, Droz, 2009 : sur le procès, p. 278-322
  • Walsby, Malcolm The Printed Book in Brittany 1484-1600. Leyde, Brill, 2011