Robuste (1758)

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Robuste
Image illustrative de l’article Robuste (1758)
Vaisseau de 74 canons du milieu du XVIIIe siècle du même type que le Robuste
Type Vaisseau de ligne
Histoire
A servi dans Pavillon de la marine royale française Marine royale française
Quille posée [1]
Lancement
Armé [1]
Équipage
Équipage 740 hommes[N 1].
Caractéristiques techniques
Longueur 56,8 m[1]
Maître-bau 14,3 m
Tirant d'eau 6,8 m
Déplacement 1 550 t[3]
Propulsion Voile
Caractéristiques militaires
Armement 74 canons[3]

Le Robuste était un vaisseau de 74 canons à deux ponts de la Marine française. Il fut construit à Lorient en 1757 et lancé en 1758 par Antoine Groignard[1]. Entré en service pendant la guerre de Sept Ans, il participa à plusieurs opérations dont la bataille des Cardinaux. Sa carrière se poursuivit pendant la guerre d'Indépendance américaine, sur les côtes atlantiques européennes et dans les Antilles. Il servit plusieurs fois de navire-amiral pour des petites escadres et fut commandé à maintes reprises par deux des meilleurs marins français lors de la guerre d'Indépendance américaine : De Grasse et La Motte-Picquet. Il fait aussi partie du petit nombre d'unités de guerre construites à Lorient – port de la Compagnie des Indes – alors qu'au XVIIIe siècle les Marine royale lançait traditionnellement ses vaisseaux à Brest, Rochefort ou Toulon. Il fut retiré du service en 1784.

Caractéristiques générales[modifier | modifier le code]

Le Robuste était un vaisseau de force de 74 canons lancé selon les normes définies dans les années 1740 par les constructeurs français pour obtenir un bon rapport coût/manœuvrabilité/armement afin de pouvoir tenir tête à la marine anglaise qui disposait de beaucoup plus de vaisseaux depuis la fin des guerres de Louis XIV[4]. Sans être standardisé, le Robuste, partageait les caractéristiques communes de tous les « 74 canons » construits à des dizaines d’exemplaires jusqu’au début du XIXe siècle et qui répondait à la volonté des responsables navals d’exploiter au mieux cette excellente catégorie de navire de guerre[5].

Sa coque était en chêne. Son gréement, (mâts et vergues) était en pin[6]. Il y avait aussi de l’orme, du tilleul, du peuplier et du noyer pour les affûts des canons, les sculptures des gaillards et les menuiseries intérieures[6]. Les cordages (80 tonnes) et les voiles (à peu près 2 500 m2) étaient en chanvre[6]. Un deuxième jeu de voiles et de cordages était tenu en réserve en soute. Prévu pour pouvoir opérer pendant des semaines très loin de ses bases européennes s’il le fallait, ses capacités de transport étaient considérables[5]. Il emportait pour trois mois de consommation d’eau, complétée par six mois de vin[N 2]. S’y ajoutait pour cinq à six mois de vivres, soit plusieurs dizaines de tonnes de biscuits, farine, légumes secs et frais, viande et poisson salé, fromage, huile, vinaigre, sel, sans compter du bétail sur pied qui devait être abattu au fur et à mesure de la campagne[N 3].

Le bâtiment portait l'armement habituel des « 74 canons », soit[3],[1] :

Cette artillerie en fer pesait 215 tonnes[6]. Lorsqu'elle tirait, elle pouvait délivrer une bordée pesant 838 livres (soit à peu près 420 kg) et le double si le navire faisait feu simultanément sur les deux bords[9]. Le vaisseau embarquait près de 6 000 boulets pesants au total 67 tonnes[N 4]. Ils étaient stockés dans des puits à boulets autour des mâts. S’y ajoutait des boulets ramés, chaînés et beaucoup de mitraille (8 tonnes)[6]. Il y avait 20 tonnes de poudre noire, stockée sous forme de gargousses ou en vrac dans les profondeurs du vaisseau[N 5]. En moyenne, chaque canon disposait de 50 à 60 boulets[12].

La carrière du vaisseau[modifier | modifier le code]

Guerre de Sept Ans[modifier | modifier le code]

Lorsqu’il fut mis à l'eau, la guerre avec l'Angleterre durait depuis déjà trois ans. Armé au printemps 1759, son premier commandant était Fragnier de Vienne. Il fut engagé dans l'escadre de Conflans qui devait escorter une importante flotte de débarquement en Angleterre. Le 20 novembre 1759, il prit part à la bataille des Cardinaux dans l'escadre blanche, c'est-à-dire le corps de bataille, mais sans s’y faire remarquer car il n'était pas situé dans le groupe de vaisseaux sur lequel se concentra l'attaque anglaise. Après la défaite et la dislocation de l'escadre de Conflans il se réfugia dans la Vilaine avec six autres vaisseaux deux frégates et deux corvettes pour échapper à la capture ou à la destruction. À son bord se trouvait aussi le futur navigateur des mers du sud Julien Crozet. Il y resta bloqué des mois et dû être désarmé sur place pour s'alléger[13].

Sous les ordres du comte d'Hector, le Robuste ne réussit à sortir de la Vilaine que le 28 novembre 1761 en compagnie d'un autre navire et grâce à un orage. Malgré tout repéré par les Anglais qui lancèrent à leur poursuite huit vaisseaux, il du aussi affronter une tempête avant de se réfugier en Espagne à La Corogne jusqu'à la fin de l'année. Il ne réussit à gagner Brest que le 16 janvier 1762[14]. Peu après, il reprit du service pour servir de navire-amiral à la petite flotte de Ternay (deux vaisseaux, une frégate, deux flûtes) lors de l'attaque française contre Terre-Neuve[15]. Cette ultime tentative de reprendre pied en Amérique du Nord ayant échoué, il prit le chemin du retour avec les autres navires de l'expédition, mais fut poursuivi près des côtes françaises par deux divisions anglaises et dû se mettre à l'abri encore une fois à La Corogne. Il réussit à en sortir puis à renter sur Brest le 20 janvier 1763 en capturant au passage une frégate anglaise[16].

Galerie : le Robuste dans la guerre de Sept Ans[modifier | modifier le code]

Guerre d'Indépendance Américaine[modifier | modifier le code]

En 1777, le Robuste, sous les ordres de La Motte-Picquet fit plusieurs croisières pour purger le golfe de Gascogne des corsaires anglais qui l'infestaient. En 1778, lorsque la France entra dans la guerre d'Indépendance américaine, on le retrouva dans l'escadre bleue (l'arrière-garde) de l'armée navale de d'Orvilliers (trente-deux vaisseaux) qui sortit de Brest le 8 juillet pour affronter les forces de Keppel[17]. Sous les ordres du comte de Grasse il participa à la bataille d'Ouessant le 27 juillet.

En 1779, toujours sous le commandement de De Grasse, le Robuste fut placé à la tête d'une division de quatre vaisseaux et un cotre qui partit en janvier renforcer l'escadre de d'Estaing aux Antilles[18]. Il participa, le 6 juillet, à la bataille victorieuse de la Grenade, au centre du dispositif français, en matelot arrière du vaisseau-amiral[19]. En aout, il appareillait avec toute l’escadre des Antilles pour répondre à une demande d'aide américaine. Celle-ci mit à l'ancre le 31 devant Savannah. Après l'échec de la tentative de conquête de la ville en octobre, le Robuste, toujours à la tête d'une division commandée par De Grasse, prit le chemin des Antilles pour y ramener des troupes[20].

Le Robuste passa l'hiver 1779-1780 aux Antilles avec De Grasse qui avait reçu le commandement des forces restées sur place. En mars 1780, il intégra l'armée navale de Guichen qui arrivait de France avec seize vaisseaux. Il participa aux Trois combats de Monsieur de Guichen contre les forces de Rodney, le 17 avril, le 15 mai et le 19 mai. A l'issue de ces engagements indécis, il rentra en Europe en août avec le gros de la flotte qui escortait en même temps un important convois commercial. Il fit escale à Cadix en octobre 1780 et entra à Brest en janvier 1781[21].

Au début de 1782, le Robuste repassa sous le commandement de La Motte-Picquet. Il prit la tête d'une division de quatre vaisseaux de 74 canons[22] chargée de faire une croisière sur les côtes sud de l’Angleterre et de l’Irlande. Il sortit de Brest le 11 février et débuta sa mission le 15. La division fit quelques prises, mais le 23, une violente tempête se leva. Elle rendit la mer intenable et obligea les navires à rentrer sur Brest où ils arrivèrent trois jours après[23]. A l'issue de cette mission, le Robuste du être radoubé[23].

A la fin du printemps, le vaisseau passa sous le commandement du marquis de Nieuil et reprit la mer. Il faisait partie d'une forte division de huit vaisseaux (deux 110 canons, six 74 canons) commandée par La Motte-Picquet[24]. Elle fit sa jonction le 8 juillet devant Brest avec l’armée navale franco-espagnole de Guichen et Cordoba (trente-deux vaisseaux) qui faisait voile vers la Manche[25]. Le 11, elle aperçut l’escadre anglaise de Howe forte de vingt-deux vaisseaux, mais celle-ci, plus rapide, évita le combat malgré une tentative de poursuite de La Motte-Picquet[25]. Après une croisière devant le cap Lizard puis entre Ouessant et Belle-Isle, l’escadre regagna les eaux espagnoles et entra le 6 septembre dans Cadix[25].

La dernière mission du Robuste fut de participer au siège de Gibraltar. Le 13 septembre 1783, il assista, avec les quarante-neuf vaisseaux franco-espagnols, à la tentative d'assaut naval contre la forteresse anglaise. Il participa ensuite au blocus de la place, et était présent le 20 octobre à l’engagement du cap Spartel dans la tentative d'interception de la flotte anglaise qui venait de réussir à ravitailler Gibraltar. Le 28 octobre, il rentrait à Cadix et devait être engagé en 1783 dans l'attaque prévue contre la Jamaïque, mais la publication des préliminaires de paix, en janvier 1783, ne le permit pas. Le 1er avril 1783 il était de retour sur Brest avec le reste des vaisseaux français qui avaient fait campagne sur les côtes d'Espagne. Il fut rayé des effectifs en 1784 après vingt-cinq ans de service[1].

Galerie : le Robuste dans la guerre d'Indépendance américaine[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le ratio habituel, sur tous les types de vaisseau de guerre au XVIIIe siècle est d'en moyenne 10 hommes par canon, quelle que soit la fonction de chacun à bord. L'état-major est en sus. Cet effectif réglementaire peut cependant varier considérablement en cas d'épidémie, de perte au combat, de manque de matelots à l'embarquement ou des désertions lors des escales[2].
  2. 210 000 litres d’eau douce. 101 000 litres de vin rouge, à raison d’un litre par jour et par homme. Le vin complétait largement l’eau qui était croupie dans les barriques au bout de quelques semaines[7].
  3. Des moutons (six par mois pour 100 hommes), volailles (une poule par mois pour sept hommes, avec aussi des dindes, des pigeons, des canards)[8].
  4. Dans le détail : 2 240 projectiles de 36 livres-poids, 2 400 de 18 livres et 1 280 de 8 livres[10].
  5. En moyenne : un quart de la poudre est mise en gargousse à l’avance pour les besoins de la batterie basse, celle des plus gros canons au calibre de 36 livres, et un tiers pour les pièces du second pont et des gaillards[11].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f « Le Robuste », sur threedecks.org (consulté le 18 janvier 2017).
  2. Acerra et Zysberg 1997, p. 220. Voir aussi Jean Meyer dans Vergé-Franceschi 2002, p. 105.
  3. a b et c Ronald Deschênes, « Vaisseaux de ligne français de 1682 à 1780 du troisième rang », sur le site de l'association de généalogie d’Haïti (consulté le 18 janvier 2017).
  4. Meyer et Acerra 1994, p. 90-91.
  5. a et b Jacques Gay dans Vergé-Franceschi 2002, p. 1486-1487 et Jean Meyer dans Vergé-Franceschi 2002, p. 1031-1034.
  6. a b c d et e Acerra et Zysberg 1997, p. 107 à 119.
  7. Vergé-Franceschi 2002, p. 1486-1487
  8. Vergé-Franceschi 2002, p. 1486-1487.
  9. Selon les normes du temps, le navire, en combattant en ligne de file, ne tirait que sur un seul bord. Il ne tirait sur les deux bords que s'il était encerclé ou s'il cherchait à traverser le dispositif ennemi, ce qui était rare.
  10. Acerra et Zysberg 1997, p. 216.
  11. Acerra et Zysberg 1997, p. 216
  12. Acerra et Zysberg 1997, p. 48
  13. Perrochon 2011, p. 36.
  14. Lacour-Gayet 1902, édition revue et augmentée en 1910, p. 372.
  15. Les autres navires étaient le vaisseau l’Eveillé (64 canons), la frégate la Licorne suivis des flûtes la Garonne et la Biche pour le transport des troupes (570 hommes). Lacour-Gayet 1902, édition revue et augmentée en 1910, p. 389 et 534.
  16. Lacour-Gayet 1902, édition revue et augmentée en 1910, p. 388-389
  17. Lacour-Gayet 1905, p. 127 et 617.
  18. Les autres navires étaient le Magnifique (74 canons), le Dauphin royal (70), le Vengeur (en) (64) et le cotre l’Alerte. Lacour-Gayet 1905, p. 194-210 et p.636.
  19. Lacour-Gayet 1905, p. 194-210 et p.636.
  20. Les autres vaisseaux étaient le Fendant, le Diadème, le Sceptre, avec les frégates l’Iphigénie et l’Alceste. Lacour-Gayet 1905, p. 225.
  21. Lacour-Gayet 1905, p. 345
  22. Les autres navires étaient le Pégase, l’Actif et le Zodiaque. Lacour-Gayet 1905, p. 378-381
  23. a et b Lacour-Gayet 1905, p. 378-381.
  24. Les autres vaisseaux étaient l’Invincible (110 canons) , le Bretagne (110), le Protecteur (74), l’Actif (74), le Zodiaque (74), le Bien-Aimé (74) et le Guerrier (74). Lacour-Gayet 1905, p. 383-384. Voir aussi Troude 1867, p. 128.
  25. a b et c Lacour-Gayet 1905, p. 382-388.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]