Robert Rayford

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Robert Rayford[1] (né en 1953 – mort le 15[2] ou 16[3] mai 1969, selon les sources), connu à l'époque comme Robert R. du fait de son âge, était un adolescent américain du Missouri qui est le premier patient confirmé du SIDA dans le pays. Sa maladie et sa mort furent à l'époque un mystère pour le corps médical, incapable d'expliquer ses symptômes. Ce n'est qu'en 1987 qu'il a été prouvé que sa maladie était le SIDA.

Maladie[modifier | modifier le code]

Début 1968, Rayford est admis à l'hôpital Barnes-Jewish à Saint-Louis (Missouri). Ses jambes et ses parties génitales sont couvertes de verrues et boutons. Il présente aussi un gonflement des testicules et du pelvis, lequel atteindra plus tard les jambes, d'où un diagnostic - erroné - de Lymphœdème. Il a perdu du poids, est pâle et présente une insuffisance respiratoire. Rayford informe les médecins que ces symptômes ont commencé 18 mois auparavant. Les tests montrent une forte infection par un Chlamydia. Il refuse un examen rectal demandé par les médecins[3]. Ceux-ci le suspectent d'être un homosexuel passif.

Fin 1968, l'état du patient semble stabilisé ; mais en mars 1969, les symptômes sont revenus et amplifiés. Ses difficultés respiratoires sont augmentées, et il présente un fort déficit en globules blancs. Les médecins déterminent que son système immunitaire est défaillant. Il meurt le 15 mai 1969 après une forte poussée de fièvre.

Autopsie[modifier | modifier le code]

Une autopsie, dirigée par le Dr. William Drake, montre plusieurs anomalies. De petites lésions pourpres sont découvertes sur la cuisse gauche et certains tissus mous du défunt. Drake attribue ces lésions au sarcome de Kaposi, un type de tumeur rare qui affectait alors principalement des hommes âgés d'origine méditerranéenne ou juive Ashkénaze[4]. Le sarcome de Kaposi sera plus tard identifié comme une maladie opportuniste liée au SIDA.

Ces découvertes surprennent les médecins présents, et un article sur ce cas sera publié dans le journal médical Lymphology en 1973[5]. Après l'autopsie, des échantillons de sang et de tissus furent conservés congelés à l'université d'Arizona et au laboratoire du docteur Memory Elvin-Lewins, membre de l'équipe ayant procédé à l'autopsie.

Recherches plus récentes[modifier | modifier le code]

Tests[modifier | modifier le code]

En 1984, quand le VIH fut pour la première fois découvert (à l'époque appelé HTLV-3); et que la maladie se répandait rapidement parmi les homosexuels masculins de New York et Los Angeles, le docteur Marlys Witte, qui avait été l'un des médecins de Rayford et assisté à son autopsie, pensa à faire le rapprochement entre cet ancien cas et la nouvelle épidémie. Il procéda à un test VIH sur l'un des échantillons préservés, mais ce premier test fut négatif.[3] Trois ans après, en juin 1987, Witte procéda à un nouveau test de type Western blot, la méthode la plus précise alors disponible. Cette fois, le test fut positif pour les anticorps de chacune des neuf protéines détectables du HIV. Un second test confirma ce résultat.

Impact sur la recherche de l'origine du SIDA[modifier | modifier le code]

Rayford affirma n'avoir jamais reçu de transfusion sanguine. Sa contamination était donc très probablement de type sexuel. Rayford n'avait jamais voyagé hors du Midwest américain, ce qui indiquerait donc une présence du SIDA sur le sol américain avant 1966[2]. De plus, Rayford n'avait jamais visité de ville cosmopolite telles que New York ou Los Angeles, ou San Francisco, où le VIH/SIDA fut signalé en premier aux États-Unis[6]. Les médecins qui ont enquêté sur ce cas dans les années 1980 ont spéculé que Rayford a été un prostitué masculin[3]. Cette supposition fut faite alors que la communauté médicale pensait que l'incubation du SIDA (entre l'infection et les premiers symptômes) durait 24 à 30 mois, on sait aujourd'hui qu'elle est plus longue.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Headline: AIDS / History / Rayford Case », Vanderbilt Television News Archive (consulté le 4 février 2013)
  2. a et b « Strange Trip Back to the Future », Time,‎
  3. a, b, c et d John Crewdson, « Case Shakes Theories of AIDS Origin », Chicago Tribune,‎ (lire en ligne)
  4. Kaposi's Sarcoma, healthcentral.com
  5. Elvin-Lewis M, Witte M, Witte C, Cole W, Davis J, « Systemic Chlamydial infection associated with generalized lymphedema and lymphangiosarcoma », Lymphology, vol. 6, no 3,‎ , p. 113–21 (PMID 4766275)
  6. Gina Kolata, « Boy's 1969 Death Suggests Aids Invaded U.S. Several Times », New York Times,‎ (lire en ligne)