Robert Molimard

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Robert Molimard[1], né le à Cournon-d'Auvergne, est un médecin français à la retraite, professeur honoraire à la Faculté de médecine Paris-Sud. Il est un des pionniers de la recherche en tabacologie en France[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Robert Molimard accomplit ses études secondaires au lycée Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand. Éclaireur de France, il entre en résistance à 16 ans en portant des messages et distribuant des tracts.

Étudiant de la Faculté de médecine de Paris à partir de 1946, il est Interne des hôpitaux de Paris en 1952. Il se spécialise en rhumatologie et en médecine interne dont il devient chef de clinique. En même temps, il se consacre à la recherche au laboratoire de physiologie de l'UFR biomédicale des Saints-Pères, s'intéressant au contrôle de la régénération du foie chez le rat. Sa thèse sur le sujet lui vaut la médaille d'argent de l'internat.

Recherche et enseignement[modifier | modifier le code]

Agrégé de physiologie en 1961, son activité se répartit entre un enseignement de Physiologie à Poitiers, la recherche bénévole sur le foie qu'il poursuit au laboratoire de chirurgie expérimentale de l'hôpital Paul-Brousse à Villejuif et une fonction d'assistant vacataire en médecine interne au CHU Kremlin-Bicêtre, où il s'intéresse particulièrement à la cirrhose du foie.

Il est engagé comme conseiller par le laboratoire pharmaceutique Jacques Logeais dont il organise le service de recherches pharmacologiques. La vision de l'intérieur de l'activité de cette industrie et de la place, envahissante selon lui, qu'y prennent les commerciaux sera une expérience enrichissante expliquant ses prises de position ultérieures.

En 1977, il réussit le concours de chef de service de médecine interne de l'hôpital de Nanterre. Son poste de professeur de physiologie étant transféré à Paris, il y dirige ensuite un laboratoire à l'UFR biomédicale des Saints-Pères, intitulé "Laboratoire de Médecine expérimentale" en hommage à Claude Bernard.

Prenant conscience du rôle néfaste considérable de l'alcool mais surtout du tabac, il décide de se consacrer au phénomène de dépendance lié au tabagisme. Il essaiera alors de conditionner des rats pour les amener à boire de l'alcool et à s'injecter de la nicotine ou des extraits de tabac. Il ouvre également dans son service hospitalier une consultation pour fumeurs qu'il assure personnellement.

Fondation de la tabacologie[modifier | modifier le code]

Jugeant faible la recherche scientifique sur le tabagisme et pour tenter de mobiliser les chercheurs éventuels, il organise à Paris le 11 décembre 1982 la Première Journée de la Dépendance tabagique : c'est le prélude à la fondation en 1983 de la Société d'étude de la dépendance tabagique et des phénomènes comportementaux apparentés qu'il présidera. Cette société savante a pour but de promouvoir la recherche sur le tabagisme en orientant de jeunes chercheurs et leurs laboratoires d'accueil vers ce domaine alors inexploré en France. À la suite des changements structurels et fonctionnels importants que la Société a entrepris, il en démissionne en 2004 afin de ne pas cautionner ce qu'il estime être une dérive mettant la société savante sous l'influence des industriels. La Société changera par la suite de nom en Société Française de Tabacologie.

En 1986 il crée à l'Université Paris-Descartes le Diplôme d'université d'étude de la dépendance tabagique et des phénomènes comportementaux apparentés, destiné à former des chercheurs et des praticiens. C'est le premier enseignement mondial structuré sur le sujet[3], qui prend le nom de Diplôme inter-universitaire de tabacologie en 1989.

Il engage alors une négociation avec le Conseil National de l'Ordre des médecins pour que celui-ci reconnaisse officiellement le diplôme d'université de Tabacologie. L'aide du Pr Maurice Tubiana fut décisive pour obtenir cette reconnaissance, sous la forme d'un diplôme inter-universitaire. Pour l'Île-de-France, ceci fut réalisé par un accord entre les universités Paris XI et Paris XII (Créteil).

Militant de l'indépendance vis-à-vis de l'industrie pharmaceutique[modifier | modifier le code]

À la suite de sa retraite universitaire en 1995, il ouvre un autre laboratoire au sein de l'hôpital Paul Guiraud à Villejuif (Val-de-Marne) en échange d'une prise en charge du tabagisme dans l'établissement et de l'ouverture d'une consultation.

Déçu cependant par le peu de résultats de ses efforts pour stimuler une recherche indépendante et par l'influence de l'industrie pharmaceutique sur l'enseignement, il découvre en 2005 l'association Formindep, association citoyenne fondée par un groupe de médecins généralistes qui plaide pour que la formation médicale se dégage de cette influence qui constitue selon elle un risque sanitaire[4]. Le Formindep, dont il devient membre du conseil d'administration, accueille son combat en faveur d'un traitement scientifique du tabagisme indépendant de l'industrie pharmaceutique. L'association lui ouvre les colonnes de son site[5] où il publie des analyses de la tabacologie actuelle, objet d'une médicalisation qu'il considère comme une trahison de ses intentions initiales.

Bien que retraité, la Faculté de Médecine Paris-Sud lui permet de continuer bénévolement à organiser et assurer l'enseignement du diplôme inter-universitaire de tabacologie. Estimant que la politique en vigueur à l'égard des fumeurs tient « plus de la barbarie que d'une réelle politique de santé », il dispense un enseignement de tabacologie sur un site[6] accessible au grand public.

Liens d'intérêt avec l'industrie du tabac[modifier | modifier le code]

Les Tobacco documents[7] font état des financements répétés des activités de recherche de Robert Molimard par un industriel du tabac. En effet, sous le nom de code Broca, son laboratoire a bénéficié de près de 3,5 millions de francs français (700 000 euros courants) de Philip Morris entre 1986 et, au moins, 1998[8]. En 2000, son nom apparait encore dans un document interne de Philip Morris Europe à propos d'une demande de financement[9].

Robert Molimard a déclaré, à la suite de ces révélations, que ces financements n'avaient pas pour but d'orienter ses recherches  : « Jamais Philip Morris ne m'a demandé d'orienter mes recherches dans tel ou tel sens. La seule chose que j'ai faite pour eux, à la demande de M. Marcovitch, c'est de leur fournir un témoignage écrit dans le cadre d'un procès aux États-Unis, où ils étaient accusés d'ajouter de la nicotine à leurs cigarettes pour augmenter la dépendance des fumeurs[10] ». En 1990, il participe au film Why people smoke, produit par Philip Morris Europe[11]. Le professeur Molimard observe qu'il avait déjà reconnu un financement de la part de Philip Morris dans son ouvrage La Fume en 2003. Il n'y précisait toutefois ni les dates ni le montant de ces financements.

Dans sa déclaration d'intérêts publiée sur le site de l'association Formindep, qui milite pour « favoriser une formation professionnelle indépendante, dégagée de toute influence d’organismes pouvant avoir d’autres finalités que l’intérêt seul des patients », le tabacologue affirmait en 2012 avoir reçu, par l'intermédiaire de l'association Naturalia & Biologia, une subvention de Philip Morris de 1988 à 1990 afin de maintenir l'activité de son laboratoire, omettant de mentionner dix autres années de subventions. Ainsi, pour l'année universitaire 1990-1991, il avait reçu des Fabriques de tabac réunies, propriété de Philip Morris, une dotation annuelle de 250 000 francs[12]. L'intéressé a justifié cette erreur de déclaration d'intérêts par une simple « erreur de date ». Toutefois, après les révélations du Monde prouvant que l'écart entre sa déclaration d'intérêt et la réalité était très significatif, il a proposé sa démission au conseil d’administration de l'association[13], qui l'a refusée[14]. R. Molimard a publié en 2013 une déclaration d'intérêts mise à jour[15]. Il se contente toutefois d'ajouter un astérisque pour signaler l'erreur de date sans la corriger et renvoie à une publication où il rappelle le contexte de l'époque et indique ne plus disposer d'archives permettant d'établir les dates précises de ces financements[16].

Critique de la théorie de la dépendance à la nicotine[modifier | modifier le code]

Le professeur Molimard se démarque de la majorité de ses pairs par ses théories sur la dépendance à la nicotine, basées sur ses recherches en laboratoire. Il estime que la nicotine n'est pas la seule cause du maintien de la dépendance au tabac et que la théorie de la dépendance à la nicotine sert surtout les intérêts pécuniaires de l'industrie pharmaceutique et empêche la science d'avancer pour trouver d'autres causes de la dépendance au tabagisme. Il critique ceux qui soutiennent cette idée en commençant par le rapport du Surgeon General (en) de 1988[17]. Cette position est détaillée dans une lettre au Président de la Haute Autorité de Santé, à propos du projet de révision des recommandations de bonnes pratiques concernant le sevrage tabagique[18].

Prises de position sur la lutte contre le tabagisme[modifier | modifier le code]

Le Pr Molimard s'est distingué au cours des années par des prises de position à contre-courant de la lutte anti-tabac :

  • il s'oppose à l'idée que l'augmentation du prix des cigarettes puisse être une arme efficace contre le tabagisme. Elle grève au contraire selon lui lourdement le budget des populations précaires, qui sont celles qui fument statistiquement le plus[19] et les amène par souci d'économie à des comportements dangereux pour leur santé[20] ;
  • il dénonce comme une manipulation le rapport Lifting the Smokescreen - 10 reasons for a smoke free Europe[21] préparé par « the Smoke Free Partnership » et financé par quatre organisations européennes (Cancer Research UK, European Respiratory Society, Institut National du Cancer et the European Heart Network). En considérant que des fumeurs actifs respirant la fumée environnementale qu'ils produisent eux-mêmes sont des victimes du tabagisme passif, le Pr Molimard considère que ce rapport en change l'acception usuelle, qui est celle de l'inhalation involontaire par des non-fumeurs de la fumée des autres. La mortalité jusqu'alors attribuée au tabagisme passif s'en trouve multipliée par cinq, ce qui facilite la justification de politiques d'interdiction de fumer[22] : « À vouloir trop prouver, on ne prouve plus rien. À se laisser entraîner dans une surenchère sans un support scientifique solide, on ne peut que décrédibiliser toute action, armer une résistance, susciter des conflits[23] ».

Déclinant en raison de son âge une invitation à une rencontre organisée par The International Coalition Against Prohibition (TICAP) en 2009, il adresse toutefois une lettre[24] dans laquelle il minimise à nouveau la dangerosité du tabagisme passif. Il adresse un courrier similaire à l'association Dissidents de Genève qui défend l'autorisation de fumer dans les lieux publics en Suisse[25].

Il dénonce la stigmatisation des fumeurs qui selon lui, sans les aider les plonge dans un tabagisme retranché et les rend ainsi sourds aux messages de santé publique[26]. En conclusion d'un dossier sur le sujet, il prend parti en faveur de la cigarette électronique : « La cigarette électronique a un bel avenir, et je le crois heureux pour la santé publique »[27].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • La fume : Smoking, Éditions De Borée (2003, 2e édition en 2011)
  • Petit manuel de Défume : se reconstruire sans tabac, Éditions De Borée (2003, 2e édition en 2011)
  • Pr Robert Molimard est auteur de nombreuses contributions[28], notamment aux publications de l'INSERM et en dernier lieu dans l'expertise collective Tabac : comprendre la dépendance pour agir[29].

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Autobiographie Robert Molimard, Tabac Humain, juillet 2011
  2. cf. ALTER-TABACOLOGIE - La tribune du Pr Robert Molimard
  3. Entretien avec Gilbert Lagrue La Lettre du Collège de France, Hors-série 3 | 2010, Le Tabac
  4. Les statuts de l'association
  5. Alter Tabacologie
  6. tabac-humain.com
  7. Tobacco documents [PDF]
  8. lemonde.fr/sciences Le Monde, 31 mai 2012.
  9. http://legacy.library.ucsf.edu/tid/uuu15c00/pdf
  10. http://www.lemonde.fr/sciences/article/2012/05/31/j-ai-juste-temoigne-en-justice_1710840_1650684.html
  11. http://archive.org/details/uzp23e00
  12. http://legacy.library.ucsf.edu/tid/zxf56e00
  13. http://www.formindep.org/Le-Formindep-les-conflits-d.html
  14. Le CA de l'association Formindep a refusé la demande de démission du Pr Molimard lors de son CA du 23 juin 2012 à l'unanimité moins une abstention
  15. http://www.formindep.org/diversdocs/decla_interet/di_rmolimard.pdf
  16. http://www.formindep.org/IMG/pdf/JE_PLAIDE_COUPABLE.pdf
  17. Mensonges SAF décembre 2010[PDF]
  18. http://www.formindep.org/Le-mythe-de-l-addiction-a-la.html Le mythe de l’addiction à la nicotine
  19. R. Molimard « Faut-il baisser le prix du tabac ? » Courrier des Addictions 1999, 1 (1) : 18-20
  20. Molimard R, Amrioui F, Martin C, Carles P. « Poids des mégots et contraintes économiques » Presse Méd. (1994) 23 : 824-6
  21. http://dev.ersnet.org/uploads/Document/46/WEB_CHEMIN_1554_1173100608.pdf
  22. « Le rapport européen Lifting the SmokeScreen : étude épidémiologique ou manipulation ? » Revue d’Épidémiologie et de Santé Publique 56 (2008) 286–290
  23. http://www.tabac-stop.net/la-verite-sur-le-tabagisme-passif-professeur-Molimard.pdf Toute la vérité, rien que la vérité sur le tabagisme passif
  24. http://www.formindep.org/IMG/pdf/Bruxelles_TICP.pdf
  25. http://www.formindep.org/J-ai-deja-plaide-coupable.html
  26. http://www.tabac-humain.com/wp-content/uploads/2010/12/Mensonges-SAF-9-d%C3%A9cembre-2010-texte1.pdf Croyances, manipulations et mensonges en matière de tabac
  27. Robert Molimard, Avec la cigarette électronique, est-ce "du sérieux" ? [1]
  28. Robert Molimard, Titres et travaux
  29. Tabac. Comprendre la dépendance pour agir, (La Documentation française, 2004)