Robert Linhart

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Robert Linhart
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Enfant
Virginie Linhart, Pierre Linhart, Clara Linhart
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Parti politique
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Directeur de thèse

Robert Linhart, né en 1944, est un homme politique, sociologue et philosophe français.

Ancien élève du lycée Louis-le-Grand et de l'École normale supérieure (promotion 1963 Lettres), docteur d'État en sociologie, il a été maître de conférences au département de philosophie de l'université Paris VIII.

Biographie[modifier | modifier le code]

Frère de Danièle Linhart, Robert Linhart est issu d’une famille juive d'origine polonaise installée à Paris. Son père, Jacob Linhart, a quitté la Pologne d’avant la Seconde Guerre mondiale et rejoint la France après quelques années passées en Italie (« chassé par la poignée de main de Mussolini à Hitler »). Robert naît en avril 1944 à Nice peu après la rencontre de ses parents, Jacob et Masza, à Paris. Le couple est alors en fuite en zone Sud, et s'est réfugié dans un village au-dessus de Nice, protégé par des Justes, une famille paysanne qui les ravitaille quand ils se cachent dans les forêts environnantes. Après-guerre, Jacob devient expert-comptable pour les tailleurs du Sentier[1], et c'est donc à Paris que ses enfants grandissent.

Adhérent de l'Union des étudiants communistes (1964), Robert Linhart y anime le cercle des « ulmards », marqué par la figure tutélaire de Louis Althusser. Au premier trimestre de l'année scolaire 1964-1965, une revue voit le jour, Les Cahiers marxistes-léninistes, dont le premier numéro – ronéotypé – sort avant Noël 1964. Pro-chinois et très critique à l'égard du « révisionnisme » du PCF, Linhart est exclu de l'UEC et fonde en décembre 1966 l'Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes, UJC(ml). Son but, exprimé dans le numéro 15 des Cahiers :

« […] mener une lutte idéologique intransigeante contre l'idéologie bourgeoise et son complice révisionniste, contre l'idéologie petite-bourgeoise, particulièrement l'idéologie pacifiste, humaniste et spiritualiste… Elle doit créer une université rouge qui pourra se mettre au service des ouvriers avancés, de tous les éléments révolutionnaires. »

Le , alors que Mai 68 bat son plein, il entre en cure de sommeil, victime de problèmes psychiques. À l'automne, l'UJC(ml) se scinde et Robert Linhart rejoint la Gauche prolétarienne (GP), fondée à la fin de l'année par Benny Lévy. Dans le sillage du ressentiment de certains leaders étudiants contre l'échec de Mai 68, attribué aux Accords de Grenelle signés par la CGT, en janvier 1969, la GP réunit sa propre « assemblée nationale ouvrière » avec des établis maoïstes en entreprise[2], pour remplacer la ligne de « construction d'une CGT de lutte de classe »[2] du PCMLF qui se battait à l’intérieur de la CGT[3] par celle d'un « combat contre les syndicats » pour « défendre » la création de comités de base [3].

Dans le cadre du mouvement des « établis », il entre en septembre 1968 comme ouvrier spécialisé dans l'usine Citroën de la porte de Choisy à Paris, et tire de cette expérience son ouvrage le plus célèbre, L'Établi, paru en 1978 aux Éditions de Minuit[4]. Il n'y détaille pas sa trajectoire, seulement cette année passée parmi des ouvriers spécialisés tout en bas de l'échelle sociale, et ses efforts pour organiser la lutte sociale face à la répression patronale.

Il a avec Nicole Linhart deux enfants, Virginie, née en 1966, et Pierre, en 1970.

En 1979, Linhart accompagne au Brésil Miguel Arraes, l'ancien gouverneur de l'État du Pernambouc, renversé par le coup d'État d'avril 1964, lors de son retour dans son pays natal à la faveur d'une amnistie politique. Le Sucre et la faim est l'enquête qu'il tire de son observation des conditions de vie des travailleurs agricoles brésiliens dans les plantations de canne à sucre, où se recompose lentement un mouvement social réprimé par la dictature militaire. Robert Linhart rencontre une Brésilienne avec laquelle il a une fille.

En février 1981, il fait une tentative de suicide en avalant une forte dose de médicaments. Sauvé par les pompiers, il entre dans une phase de mutisme familial et politique presque complet qui se prolonge durant de longues années[1] tout en restant maître de conférences en sociologie à l'université Paris-VIII-Saint-Denis.

En 2005, il sort de son mutisme pour publier dans le quotidien Le Monde une critique virulente d’un ancien mao passé dans le camp « chiraquien », Jacques-Alain Miller[5].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Lénine, les paysans, Taylor : essai d'analyse matérialiste historique de la naissance du système productif soviétique, Paris, Le Seuil, 1976 ; rééd. 2010.
  • L'Établi, Paris, Éditions de Minuit, 1978.
  • Division du travail, actes du colloque tenu à Dourdan en mars 1977 par le Groupe de sociologie du travail, le Groupe lyonnais de sociologie industrielle et le Centre de recherche en sciences sociales du travail, Paris, Galilée, 1978.
  • Le Sucre et la Faim : enquête dans les régions sucrières du Nord-Est brésilien, Paris, Minuit, 1981.
  • Différents articles sur la question des conditions de travail (cf. notamment « Syndicats et organisation du travail : un rendez-vous manqué »[6], Sociologie et sociétés, vol. XXX, no 2, automne 1998.

L'Établi[modifier | modifier le code]

L'Établi est un ouvrage autobiographique, retraçant son métier d'ouvrier établi dans les usines Citroën de la porte de Choisy. Outre une description impitoyable du travail à la chaîne et de la « lobotomisation » des consciences, il assure un mode de réflexion fondamental sur la notion de travail salarié. Y sont décrits les dérives racistes des « petits chefs », les hommes interchangeables, la modernisation au détriment de l'accompagnement social, les humiliations subies pour le travail « bien fait » par les ouvriers de la part de technocrates sûrs de leur savoir théorique, la nébuleuse des improductifs qui commandent la production pour plaire à ce lointain qui empoche les dividendes[7].

Citations extraites du livre :

« Essayez donc d'oublier la lutte des classes quand vous êtes à l'usine : le patron, lui, ne l'oublie pas. »

« Quand j'avais compté mes 150 2CV, et que ma journée d'homme-chaîne terminée je rentrais m'affaler chez moi comme une masse, je n'avais plus la force de penser grand-chose, mais au moins je donnais un contenu précis au concept de plus-value. »

En 2018 a été créée une adaptation théâtrale de L'Établi par la Compagnie du Berger, dans une mise en scène d’Olivier Mellor[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Linhart, Virginie, 1966- ..., Le jour où mon père s'est tu, Paris, Éd. du Seuil, dl 2008, 174 p. (ISBN 978-2-02-091367-6 et 2-02-091367-4, OCLC 470852724, lire en ligne)
  2. a et b Chronologie des maoïsmes en France, par Christian Beuvain et Florent Schoumacher [1]
  3. a et b Deuxième gauche, réformisme et lutte des classes par Daniel Poncet 2016 [2]
  4. Aude Dassonville, « Robert Linhart, auteur de “L'Etabli” sort de son silence sur France Inter », sur Télérama, (consulté le 4 décembre 2020)
  5. Linhart Robert, « Sentiments attristés », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 1er décembre 2019)
  6. Voir sur erudit.org.
  7. « Robert Linhart : "J'ai vécu Mai 68 comme une crise de folie" » sur franceculture.fr.
  8. « L'Établi d'après Robert Linhart », sur www.compagnieduberger.fr (consulté le 27 décembre 2018)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]