Robert Jospin

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Robert Jospin
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Voir et modifier les données sur Wikidata (à 90 ans)
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Robert Jospin né le à Saint-Quentin (Aisne) et mort le (à 90 ans) à Garches (Hauts-de-Seine), est un enseignant et un militant socialiste, pacifiste et libertaire français[1],[2].

Il est le père de Lionel Jospin, ancien Premier ministre, et de Noëlle Châtelet, écrivain.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines familiales et jeunesse[modifier | modifier le code]

Robert Jospin nait dans une famille originaire du Nord, protestante fort pratiquante. Sa mère est couturière. Son père, Georges Jospin, représentant de commerce sur l’acte de naissance, exerce longtemps les fonctions d’évangéliste[1].

À l’âge de treize ans, muni du CEP, Robert est mis au travail.

Peu après, c’est la Première Guerre mondiale et, le 27 août 1914, les Allemands entrent à Saint-Quentin. Sous occupation, toute l'activité industrielle est à l'arrêt et l’adolescent doit se livrer à des travaux variés pour aider sa famille.

Évacué par les Allemands vers la Belgique lorsque l'offensive du général Nivelle est déclenchée en 1917, il est confronté aux soldats morts au bord du chemin, aux corps mutilés et sanglants, aux horreurs de la guerre. Ce souvenir ne le quittera plus et justifiera son engagement pacifiste. « J'avais dix-sept ans. Des scènes semblables marquent un garçon de mon âge. J'ai éprouvé une haine charnelle de la guerre, et c'est à l'origine de mon pacifisme. »[3]

En 1918, sous l’influence de l’entourage d’un pasteur et emporté par une foi renaissante, il décide de devenir pasteur[1].

L'entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

Le protestantisme

Tenté un temps par le pastorat protestant[4], Robert Jospin fait des études à la faculté théologique protestante de Paris, mais les abandonne au bout de deux ans. Membre des Unions chrétiennes de jeunes gens, organisation de jeunesse protestante, il en devient le secrétaire général adjoint dans les années 1930[5]. Il devient alors enseignant.

La SFIO

En 1924, il adhère à la SFIO où il figure dans la tendance « planiste » de Georges Albertini[6]. Il se rapproche ensuite du courant pacifiste dont le leader est Paul Faure, le secrétaire général. Cela correspond aussi à son point de vue anticommuniste. Il est candidat aux législatives dans l’Indre en 1936, mais est battu.

Le pacifisme libertaire

En 1920, il croise Charles Gide. De sa rencontre avec Victor Méric et Roger Monclin dans les années 1920 naît sa collaboration à la presse libertaire : La Patrie humaine, Le réfractaire, Le Libertaire, etc[4].

Il côtoie Han Ryner. Pacifiste libertaire, il rédige l'article Sécurité pour l'Encyclopédie anarchiste initiée par Sébastien Faure, entre 1925 et 1934[7].

Dans les années 1930, il est actif, aux côtés de Victor Méric, Roger Monclin, Jeanne Humbert, René Dumont, Claude Jamet au sein de la Ligue internationale des combattants de la paix[6] dont le mot d'ordre est « Non à toutes les guerres ». En 1939, il en devient, à quarante ans, secrétaire général. Orateur de talent, il multiplie les conférences (quatre à cinq par semaine)[8] et les articles dans La Patrie humaine, qui déclare « la guerre à la guerre ». Pour lui, la paix est un objectif absolu[8].

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

À partir de 1940, Robert Jospin, habitant à Meudon, se trouve en zone occupée. Son pacifisme intégral[6] le place dans la mouvance de la Ligue de pensée française de René Château[1] et du journal Germinal[9].

La Ligue de pensée française[modifier | modifier le code]

Cette ligue néopacifiste présidée par René Château, fonctionne ouvertement, donc avec l'autorisation des services allemands. Cette organisation, hostile à Marcel Déat, est en revanche proche des positions de Pierre Laval[10]. Elle attire ceux qui sont rebutés par l'alignement systématique du Rassemblement national populaire sur le parti national-socialiste allemand[11].

Elle ne défend pas l'idéologie fasciste mais soutient la politique de Pierre Laval, qui a toujours pris soin de se ménager quelques appuis parmi les anciens socialistes pacifistes dans ses combats contre l'amiral Darlan et contre l'entourage maurrassien du maréchal Pétain.

En 1942, pour avoir aidé des résistants, Robert Jospin subit une perquisition suivie d’une courte arrestation, sans suite[1],[4].

Germinal[modifier | modifier le code]

En avril 1944, l'ambassade d'Allemagne à Paris (Otto Abetz) décide de lancer une nouvelle publication, Germinal, destinée à fédérer certains « collaborateurs de gauche », avec l'appui financier du groupe allemand Hibberlen, qui édite déjà La France au travail, L'Œuvre et Nouveaux Temps. Le premier numéro de Germinal paraît le , portant le bandeau : « Hebdomadaire de la pensée socialiste française ».

Presque tous les rédacteurs sont des enseignants et d'anciens membres de la SFIO passés par le pacifisme : outre Robert Jospin, Claude Jamet, ancien secrétaire fédéral de la SFIO et ancien professeur, Paul Rives, député socialiste de l'Allier (1932-1942), et surtout Ludovic Zoretti, universitaire, ancien responsable de la CGT et de la SFIO, où il a été l'adversaire acharné de Léon Blum, « le belliciste ». Germinal comptera quinze numéros.

Il ne semble pas, toutefois, qu'il ait donné des articles à ce journal[12]. Robert Jospin s'en éloigne en expliquant dans une lettre à son rédacteur en chef, Claude Jamet : « J'ai essayé tout ce dimanche de travailler au papier dont nous avions parlé. Je n'ai pas pu. Je ne crois pas la chose convenable, compte tenu de ce qu'ont été nos erreurs et peut-être nos crimes. »[1]

Conseiller municipal (mai-août 1944)[modifier | modifier le code]

Le , Robert Jospin accepte, à la suite d'un arrêté du préfet (lavaliste) de Seine-et-Oise, de remplacer un adjoint au maire démissionnaire[12],[1],[4].

Le 24 août, Meudon est libérée par les FFI ; le maire et ses conseillers sont révoqués et remplacés par des résistants du comité local de libération.

Mireille Jospin dira plus tard : « Robert a siégé au conseil municipal de Meudon sur le conseil du professeur d’obstétrique Maurice Mayer, résistant et caché chez nous à cette époque, afin de suivre certains dossiers médicaux. »[1]

Commentaires[modifier | modifier le code]

  • Selon Serge Raffy, « Il n'est ni collaborateur ni résistant. Il est «ailleurs». Sur une autre planète, cette «bulle» pacifiste où l'on peut concevoir qu'un Gandhi terrasse Hitler »[13].
  • Pour Michel Taubmann, « Robert Jospin fait partie de ces socialistes qui, traumatisés par la tragédie de la Grande Guerre, sont devenus des pacifistes inconditionnels, au point d’accepter pendant longtemps le régime de Vichy, ce qui ne l’empêcha pas, ensuite, d’aider des résistants »[14].
  • Selon Lionel Jospin : « Il avait éprouvé effectivement dans sa jeunesse - il était né en 1899 - les souffrances de la Première Guerre mondiale. Sa famille, très pauvre, avait suivi le flot des réfugiés lorsque le nord de la France avait été envahi et cela avait laissé chez lui des traces profondes. Il était socialiste et pacifiste, dans la tradition de Jaurès. Il haïssait la guerre, cette deuxième guerre mondiale dont la barbarie était plus extrême encore que celle de la première. En même temps, il avait été un militant antifasciste, il était costaud et fier de sa force et il me racontait les coups de poings contre l’extrême droite des Croix-de-feu et des Jeunesses patriotes avant la guerre. »[15]

Après la guerre[modifier | modifier le code]

Le PSD de Paul Faure

Quelques semaines après la Libération, les dirigeants issus de la Résistance ou de l'opposition à Pétain (Léon Blum, Daniel Mayer, Christian Pineau, etc.) de la SFIO prononcent l'exclusion de Robert Jospin (entre autres).

Il rejoint alors le Parti socialiste démocratique de Paul Faure, lui aussi exclu, qui accueille les socialistes épurés.

En 1948, il prend position contre le colonialisme dans la presse libertaire[16].

Le CNRGO et l'UPF

Il renoue avec les milieux pacifistes et, en 1951, participe à la fondation de la revue du Comité national de résistance à la guerre et à l'oppression (CNRGO), La Voie de la paix[17] (Félicien Challaye, Émile Bauchet), laquelle accueille et soutient, plusieurs années durant, l'ancien déporté Paul Rassinier, futur « père » du négationnisme français.

En 1961, il est parmi les fondateurs de l'Union pacifiste de France, partisan du désarmement unilatéral et de l'objection de conscience.

Le retour à la SFIO

Il est réintégré en 1955. La guerre du moment est celle d'Algérie : en 1956, lorsque Guy Mollet s'engage dans la politique de maintien de la présence française, Robert Jospin le soutient, contrairement à son fils Lionel[réf. nécessaire].

Au congrès fédéral du 26 février 1956, il devient le secrétaire-adjoint de la fédération de Seine-et-Marne puis secrétaire en titre en 1958 et 1959. Il est le candidat socialiste SFIO aux élections législatives dans l’Indre[1].

Sur le plan professionnel, en 1950, il est directeur d'une école spécialisée qui s'occupe de la jeunesse délinquante, à la Ferté-sous-Jouarre, poste qu'il occupe jusqu'à sa retraite en 1966.

Démission du Parti socialiste démocrate

En 1965, Robert Jospin, toujours très anticommuniste, quitte la SFIO, lorsque celle-ci appelle à voter François Mitterrand, candidat commun de la gauche (y compris le PCF), aux élections présidentielles.

En 1978, il adhère au Parti socialiste démocrate, mais en démissionne le 28 janvier 1985, lorsque ce dernier fusionne avec le Parti social-démocrate, l'une des composantes de l'UDF. « Ce que je souhaitais trouver hors d'une gauche communisante et d'une droite peu ou prou réactionnaire, c'était une formation demeurant socialiste, ce qu'est loin de représenter l'amalgame présent »[18].

Famille[modifier | modifier le code]

Robert Jospin a épousé en premières noces Marie-Louise Massat dont il a eu trois enfants, dont Maurice dit « Mowgli » Jospin (1924-2003), journaliste scientifique sous le nom de Pierre Barrault et tromboniste de jazz qui a enregistré avec Claude Luter et Sidney Bechet en 1949-1950[19].

Il a épousé en secondes noces Mireille Dandieu, dont il a eu quatre enfants : Olivier, Agnès, Lionel et Noëlle (épouse de François Châtelet).

Sources[modifier | modifier le code]

Iconographie[modifier | modifier le code]

  • Robert Jospin, militant de la Ligue des combattants de la paix et du Parti socialiste à un meeting (10 juin 1937), voir en ligne.

Filmographie[modifier | modifier le code]

En 1989, Bernard Baissat a réalisé un film-portrait de 80 minutes sur Robert Jospin[4], voir en ligne.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : notice biographique.
  2. Bernard Baissat, Ecoutez Robert Jospin, 1990, lire en ligne.
  3. Robert Jospin, le pacifiste, Le Monde, 7 novembre 1998, p.8, lire en ligne.
  4. a, b, c, d et e L'Éphéméride anarchiste : notice biographique.
  5. Cf. mémoire de master de Guillaume Pollack.
  6. a, b et c Jean-Pierre Biondi, La mêlée des pacifistes : 1914-1945, Maisonneuve et Larose, 2000, extrait en ligne.
  7. Robert Jospin, Sécurité, Encyclopédie anarchiste, texte intégral.
  8. a et b Nicolas Offenstadt, Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Éditions Odile Jacob, 2009, pp. 182-184.
  9. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, Albin Michel, 2008, p. 306.
  10. « Ce fut le cas de Robert Jospin, militant socialiste, pacifiste et de forte sensibilité libertaire qui pendant l'occupation, a adhéré à « la Ligue de pensée française » (L.P.F.) aux côtés des « Aliniens », Alain Château, René Gérin et Camille Planche. Cette organisation, hostile à Déat, était en revanche proche des positions de Pierre Laval. Nommé conseiller municipal de Meudon par Vichy début 1944, il collabora à la rédaction du journal pro-nazi Germinal, ce qui lui valu son exclusion du parti socialiste à la Libération. » - Michel Sahuc, Un Regard noir: La mouvance anarchiste française au seuil de la Seconde Guerre mondiale et sous l'occupation nazie (1936-1945), Les Éditions du Monde Libertaire, 2008, page 65.
  11. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 211.
  12. a et b « Dans le comité de rédaction de Germinal figure aussi Robert Jospin, père du futur Premier ministre français Lionel Jospin. Il ne semble pas, toutefois, qu'il ait donné des articles à ce journal. Son nom n'en apparaît pas moins une fois dans le Journal de guerre à la date du 21 novembre 1940, dans une notation, à vrai dire, très brève : « Robert Jospin vient me saisir de diverses questions... » Nous n'en saurons pas davantage et ne relèverons pas d'autres rencontres entre Marcel Déat et lui. Il n'en reste pas moins que le 27 mai 1944, donc une semaine avant le Débarquement, Robert Jospin accepte, à la suite d'un arrêté préfectoral, de remplacer un adjoint au maire démissionnaire. » - Roland Gaucher et Philippe Randa, Rescapés de l'épuration. Vol. I : Le journal de guerre de Marcel Déat, Dualpha, 2002, page 60.
  13. Jean-Louis Saux, Le « parcours complexe » du pacifiste Robert Jospin, Le Monde, 29 août 2001, lire en ligne.
  14. Michel Taubmann, Le roman vrai de Dominique Strauss-Kahn, Éditions du Moment, 2011, page 130.
  15. Lionel raconte Jospin, entretiens avec Pierre Favier et Patrick RotmanSeuil, 2010, extraits en ligne.
  16. Robert Jospin, La question coloniale, Défense de l’homme, n°1, octobre 1948, texte intégral.
  17. À partir du numéro 2. Le numéro 1 porte le titre La Voie nouvelle.
  18. « M. Robert Jospin reste socialiste de conviction », Le Monde, 30 janvier 1985, lire en ligne.
  19. Mowgli Jospin est évoqué dans le 343e des 480 souvenirs cités par Georges Perec dans Je me souviens.