Robert Nivelle

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Robert Georges Nivelle
Robert Nivelle

Naissance
Tulle
Décès (à 67 ans)
Paris
Origine Français
Allégeance Drapeau de la France France
Arme Drapeau de la France Armée française
Artillerie
Grade Général de division[1]
Années de service 1878-1921
Commandement 5e régiment d'artillerie
61e division d'infanterie de réserve
3e corps d'armée
IIe armée
Commandant en chef des armées
Conflits Révolte des Boxers
Première Guerre mondiale
Faits d'armes Bataille de Verdun
Bataille du Chemin des Dames
Distinctions Voir section « Distinctions »
Autres fonctions Membre du Conseil supérieur de la guerre

Robert Georges Nivelle, né le à Tulle et mort le à Paris, est un militaire français. Il est généralissime et commandant en chef des armées françaises pendant la Première Guerre mondiale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Artilleur de formation et diplômé de l'École polytechnique (X 1876), il sert en Indochine en tant qu'officier d'artillerie, participe au corps expéditionnaire envoyé en Chine pour réprimer la révolte des Boxers en 1900, puis sert en Afrique, en Algérie.

Colonel commandant le 5e régiment d'artillerie (France) lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, promu général de brigade en même temps que Pétain, en octobre 1914, au début de la Première Guerre mondiale, il s’illustre d'abord dans la bataille de Dornach (18 août 1914), puis lors de la bataille de l’Ourcq (5-10 septembre 1914), où ses canons mettent en déroute le 4e corps de la 1re armée du général Alexander von Kluck.

Le 19 avril 1916, il succède à Pétain dans la charge de défendre Verdun, au commandement de la IIe armée, et reprend aux Allemands les forts de Douaumont et de Vaux aux côtés du général Mangin, opération durant laquelle la critique lui attribuera peu de considérations pour la vie humaine[2]. Cette opinion est néanmoins aujourd'hui combattue par les travaux de Denis Rolland qui défend la thèse que cette réputation de boucher est le résultat de la construction du mythe du « sauveur de Verdun » où pour élever Pétain, il était politiquement plus facile de dévaloriser les autres généraux[3].

À la suite de ces victoires, le 25 décembre 1916, et parce que ses promesses d'une victoire rapide séduisaient la commission de l'Armée à la Chambre, il est choisi pour remplacer comme commandant en chef des armées le général Joffre, élevé à la dignité de maréchal de France, qui depuis la bataille de la Marne n'a obtenu aucun résultat décisif et est jugé trop statique.

Il décide de mettre fin à la guerre d'usure menée autour de Verdun et de revenir à « l'attaque brusquée » : il compte emporter la décision par des attaques frontales massives à l'abri d’un rideau de feu. De mère britannique, il parle couramment l'anglais. Lloyd George, à son poste depuis 2 mois, accepte, sans le soutien de son gouvernement ou de son roi, de placer des troupes britanniques sous son commandement.

Nivelle ne bénéficie néanmoins pas de la liberté d'action de son prédécesseur. Autant Joffre montait ses offensives comme il l'entendait, autant Nivelle doit rendre des comptes et se voit imposer de nombreuses modifications. Il ne trouve une adhésion totale ni parmi les politiques ni parmi les militaires[4].

Fin février 1917, la date de l'attaque conjointe avec les troupes britanniques sur le front entre Vimy et Reims est fixée pour avril. Le front a la forme d'un angle droit : entre Vimy et Soissons, le front est d'orientation nord-sud et ouest-est entre Soissons et Reims. Tandis que les Anglais attaqueront sur la ligne entre Vimy et Soissons, les Français le feront entre Soissons et Reims afin d'affronter les Allemands selon deux directions différentes. Sûrement pour prévenir une telle offensive, dont l'ampleur ne permet pas de garder le secret absolu, les Allemands se replient du 15 au 19 mars 1917 sur la ligne Hindenburg. Leur front est réduit de 70 kilomètres, permettant d'économiser de nombreuses divisions. L'angle droit de la ligne de front est gommé : la ligne de défense s'étend désormais dans une direction nord-ouest/sud-est de Vimy à Reims en passant par le Chemin des Dames. Les Alliés mettent une semaine à se rendre compte de l'ampleur de ce retrait. Le plan initial de l'offensive est désormais caduc. Nivelle et ses généraux adaptent leur projet à cette situation nouvelle et dissocient l'attaque anglaise sur Vimy de l'attaque française qui se centrera sur le Chemin des Dames.

Le 19 mars, le gouvernement Briand est remplacé par celui d'Alexandre Ribot qui prend pour ministre de la Guerre Paul Painlevé, hostile à Nivelle[4]. Devant répondre aux critiques de militaires comme de politiques, Nivelle se sent discuté et offre sa démission début avril. Celle-ci est refusée et le pouvoir politique, inquiet d'un possible effondrement du front russe, décide de maintenir la date de l'offensive[4].

On a prétendu que garder un secret n’était pas le fort de Nivelle, et il aurait parlé de son offensive au cours d’un dîner. Il parlait également de son projet aux journalistes (sans toutefois en exposer le plan précis). Les Allemands saisirent plusieurs exemplaires de son plan d’attaque à Sapigneul dans la sacoche d'un sergent-major[5]) et à Maison-de-Champagne dans une tranchée qu’ils avaient conquise. Les Allemands auront donc eu le temps de se préparer à accueillir les Français et leurs alliés[réf. insuffisante]. Le front allemand de 60 km, entre l'Ailette et le Nord de Reims, passe de 6 à 12 divisions, il y a en outre 12 divisions de réserve prêtes à être jetées sur le Chemin des Dames. L'offensive qu'il déclenche n’a donc aucun effet de surprise contre une très forte défense le 16 avril 1917, et la bataille du Chemin des Dames, également nommée « offensive Nivelle », se solde par un échec et est très coûteuse en vies humaines : les Alliés perdent 350 000 hommes (morts ou blessés) pour un gain de terrain minime. Elle n'est pas sans résultats car les Allemands perdent beaucoup d'hommes et de matériel. Néanmoins, c'est l'opération de trop[4]. Ce fut le début des fameuses mutineries de 1917. Painlevé, qui ne cessait de dénigrer Nivelle avec le soutien en coulisse de Pétain, le remplace très rapidement par Pétain le 15 mai 1917. Si l'échec de l'offensive d'avril est la première raison de cette disgrâce, Nivelle patit surtout du fait que chacun avait fondé ses espoirs sur lui[4].

Surnommé dès les premiers jours de la bataille du Chemin des Dames « le boucher » du fait de son obstination, Nivelle voit sa disgrâce amoindrie, en décembre 1917, lorsqu'il est nommé, grâce à Clemenceau[4], commandant en chef des troupes françaises d'Afrique du Nord. Cette prétendue obstination est encore une construction a posteriori avec les manœuvres de Painlevé[3]. Il est aujourd'hui démontré que la prise de commandement par le général Pétain a conduit à autant de pertes dans le secteur du chemin des Dames[6]. Au final, l'offensive du Chemin des Dames s'est soldée par moins de pertes que les offensives de Champagne 1915 (179500), Somme en 1916 (194000) ou la défense de Verdun en 1915 (348300)[7] ; elle s'est déroulée dans un temps bien plus court aussi. Une commission d'enquête est instituée. Dirigée par le général de division Henri Joseph Brugère, elle statue sur la responsabilité du général Nivelle : « Pour la préparation comme pour l'exécution de cette offensive, le général Nivelle n'a pas été à la hauteur de la tâche écrasante qu'il avait assumée »[8]. Le général Nivelle est finalement affecté en Afrique du Nord où il prend le commandement des troupes françaises en décembre 1917.

Le retour en métropole vient une fois la paix revenue, lorsqu'il est nommé le 30 janvier 1920 au Conseil supérieur de la guerre puis inspecteur du gouvernement militaire de Paris et des 14e et 15e corps d’armée coloniale. Le 28 décembre 1920, il est élevé à la dignité de Grand'croix dans l'ordre de la Légion d'honneur et décoré de la médaille militaire. En 1921, il est nommé président de la commission interalliée de Berlin. Atteint par la limite d’âge en octobre 1921, il quitte le conseil supérieur de la guerre et est maintenu en activité sans limite de durée. Mort dans son lit en 1924 aux no 33-35, rue de la Tour dans le 16e arrondissement de Paris (où une plaque lui rend hommage), son corps est inhumé au cimetière de Passy, suivi par un cortège, le 26 mars[9]. Enfin il est transféré dans le caveau des gouverneurs aux Invalides le [3]. Une cérémonie protestante a lieu vers 8 h 30, puis le ministre de la Guerre André Maginot prononce l'éloge funèbre[10].

États de services[modifier | modifier le code]

Plaque aux no 33-35 rue de la Tour.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Françaises 
chevalier le ,
officier le ,
commandeur le ,
grand-officier (1916),
grand'croix le  ;
Étrangères

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. C'était le plus haut grade à l'époque.
  2. Malcolm Brown évoque « le coruscant général Robert Nivelle, passé maître dans l'art de l'autopromotion et auréolé d'une vanité assez communicative » (Verdun 1916, Perrin, 2006, p. 121).
  3. a, b et c Denis Rolland, Nivelle, L'inconnu du Chemin des Dames, Imago., , 350 p. (ISBN 978-2849521663).
  4. a, b, c, d, e et f Henri Ortholan, « 1917. La tragédie du Chemin des Dames », La Nouvelle Revue d'histoire, no 92, septembre-octobre 2017, p. 29-32.
  5. « L’affaire de Sapigneul, 1917 », Super forum.
  6. Denis Rolland dans Nivelle, L'inconnu du Chemin des Dames, p. 235).
  7. Denis Rolland dans Nivelle, L'inconnu du Chemin des Dames, p. 236).
  8. « Robert, Georges Nivelle (1856-1924) | Chemins de Mémoire - Ministère de la Défense », sur www.cheminsdememoire.gouv.fr (consulté le 5 novembre 2017).
  9. « Gallica », sur Bibliothèque nationale française.
  10. Rolland, p. 310.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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