Robert Escarpit

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Robert Escarpit
Naissance
Saint-Macaire, Drapeau de la France France
Décès (à 82 ans)
Langon, Drapeau de la France France
Activité principale
Conjoint
Denise Dupont (1920-2015)[1]
Auteur
Langue d’écriture Français

Robert Escarpit, né le à Saint-Macaire en Gironde et mort le (à 82 ans) à Langon dans le même département, est un universitaire, écrivain et journaliste français.

Il est connu du grand public en tant que billettiste du journal Le Monde pour lequel il écrit de 1949 à 1979 à raison d'une vingtaine de billets par mois[2].

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Il passe toute son enfance et son adolescence en Gironde. À dix-huit ans, en 1936, voulant poursuivre ses études, il choisit l'anglais, plus par nécessité que par intérêt. Normalien, agrégé d'anglais, docteur ès lettres. Il est professeur au lycée d’Arcachon (Gironde) de 1943 à 1945. Professeur des universités, spécialiste de la littérature anglaise, il est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages, partagés entre des essais littéraires ou sociologiques et des romans.

Journaliste[modifier | modifier le code]

Il est billettiste du quotidien Le Monde, critique littéraire pour de nombreuses revues, chroniqueur au Matin en 1983, puis à Sud Ouest Dimanche.

Professeur et sociologue[modifier | modifier le code]

Après la guerre, il est secrétaire général, puis directeur de l'Institut français d'Amérique latine à Mexico. Il sera assistant d’anglais, puis professeur de littérature comparée à la Faculté des lettres de Bordeaux (1951-1970) et créateur du Centre de sociologie des faits littéraires en 1960 (devenu ensuite Institut de littérature et de techniques artistiques de masse, ILTAM).

Il est le directeur scientifique du Dictionnaire international des termes littéraires (DITL)[3], projet permanent fondé par l'Association internationale de littérature comparée poursuivi, à partir de 1988 par Jean-Marie Grassin.

Ses études et la science de la communication[modifier | modifier le code]

Après ses études à l’École normale supérieure, il est d'abord professeur agrégé d'anglais et soutient sa thèse de doctorat dans cette spécialité. Puis il s'oriente vers l'étude de la littérature comparée qu’il enseigne à l'Université de Bordeaux à partir de 1952.

Après avoir étudié des œuvres littéraires et leurs auteurs, il s’intéresse aux lecteurs. « Pour mesurer les enjeux de l'écriture, il faut comprendre ce qu'est la lecture, la manière de recevoir le message écrit. C'est là une démarche proprement scientifique. »

Il publie dans la revue de l’université de Belgrade, Filoloski Pregled, en 1963, un article qui s'intitule « L'acte littéraire est-il un acte de communication ? » après son ouvrage La sociologie de la littérature publié en 1958, réédité et traduit en 23 langues.

En 1965, il écrit à la demande de l’Unesco La révolution du livre. Cet ouvrage, traduit en 20 langues, analyse le phénomène du livre de poche ainsi que les conséquences de l’arrivée dans le monde de l’édition des livres bon marché. Il constate vite que le problème du livre doit être étudié comme un problème de la communication par l'écrit. Il se plonge donc dans la littérature « communicologique », abondante depuis environ 20 ans aux États-Unis ou en Allemagne. Il est ainsi un des premiers à introduire et promouvoir en France une science de la communication.

Sa carrière et la reconnaissance des SIC[modifier | modifier le code]

En 1960, il fonde le Centre de sociologie des faits littéraires qui devient en 1965 l’Institut de littérature et de techniques artistiques de masse (ILTAM) puis, en 1978, le laboratoire des sciences de l’information et de la communication (Lasic), associé au CNRS. Ce centre sera reconnu comme le moteur de l’«École de Bordeaux », un temps dominante dans cette discipline.

En 1967, il est chargé de créer à Bordeaux, le premier IUT du secteur tertiaire consacré à l'apprentissage du journalisme et des Carrières sociales avec la formation Animations sociales et socioculturelles qu’il dirigera de 1970 à 1975. En 1968, le champ s'élargit, avec l'ouverture de deux options, respectivement en documentation, dirigée par Denise Escarpit et en communication d'entreprise.

C'est donc grâce à Robert Escarpit que la documentation est devenue une matière légitimement enseignée dans les établissements universitaires.

En 1969, il crée l’Unité pluridisciplinaire des sciences de l’information et de la communication (UPTEC).

En 1972, avec d’autres auteurs, chercheurs et universitaires (parmi lesquels Jean Meyriat et Roland Barthes), il crée un groupe de pression dont l'objectif est d’obtenir une reconnaissance universitaire pour les sciences de l’information et de la communication.

Cela aboutit à la création d'un Comité des sciences de l'information et de la communication qui deviendra la Société française des sciences de l’information et de la communication (SFSIC). Elle est la principale société savante dans ce champ disciplinaire.

En 1975, le ministère crée la 52e Section des sciences de l'information et de la communication est au sein du Comité consultatif des universités, qui deviendra la 71e section en 1981.

Robert Escarpit devient président de l’université de Bordeaux III et professeur en sciences de l’information et de la communication entre 1975 et 1978.

Ses recherches et sa théorie des sciences de l'information et de la communication[modifier | modifier le code]

En 1976, il a fait œuvre de pionnier, du moins en France, en jetant les bases des SIC dans la Théorie générale des sciences de l’information et de la communication. Il y expose la théorie mathématique de la communication de Claude Shannon et les grandes lignes de la cybernétique.

Cette étude, qui présente une vue d’ensemble des sciences de l’information et de la communication, reste aujourd’hui un livre essentiel pour tous ceux qui s’intéressent à ce domaine scientifique. Il affirme la nécessité de rendre compte à la fois des phénomènes de l'information, donc de la documentation et de ceux relevant plus généralement de la communication.

La France est à peu près seule à affirmer l'unité des sciences de l'information et de la communication. Robert Escarpit ne distingue pas information et communication. Pour lui, les approches scientifiques sont diverses, d'où le pluriel « sciences » ; mais leur objet est fondamentalement le même.

Comme il le dit lui-même : « Pour moi, l'information est le contenu de la communication, et la communication le véhicule de l'information »[4].

Engagement politique[modifier | modifier le code]

Robert Escarpit milite à la SFIO au temps du Front populaire. Engagé dans la Résistance, il participe, en 1945, aux combats du Médoc avec la Brigade Carnot. Il est rédacteur au Canard enchaîné pendant la guerre d'Algérie. Compagnon de route du Parti communiste français, Robert Escarpit est par la suite devenu conseiller régional d'Aquitaine (1986-1992) et conseiller municipal sur des listes du PCF.

Cofondateur des « Amitiés franco-albanaises » et directeur d'Albanie, il soutient jusqu'au bout le régime stalinien de Tirana. En mars 1990, il publie dans le quotidien Le Monde sa vision de l'avenir des pays communistes alors en pleine transition liée à la perestroïka. Comparant les partis communistes à des églises utiles pour faire entendre une voix différente, mais victimes de leur fonctionnement bureaucratique et de stratégies de préservation de l'appareil, il cite longuement Ramiz Alia, successeur d'Enver Hodja à la tête du Parti du Travail albanais qui réaffirmait en septembre 1989 que "(...) Le débat et la confrontation des idées, des solutions, des variantes, des pratiques, sont tout à fait normaux"[5].

Écrivain[modifier | modifier le code]

Auteur notamment d'un Précis de la littérature anglaise (1953), de Sociologie de la littérature (1958), de la Révolution du livre (1965), il a reçu en 1960 le prix de l'humour pour Peinture fraîche. Il a publié plusieurs romans, notamment le Jeune Homme et la nuit (1980) et Un si beau jour pour mourir (1992).

Il publie en 1964 un de ses romans les plus connus, Le Littératron, où on trouve la formule : « L’audiovisuel ça marche, l’audiovisuel ça paie, les finances crachent, les commissions votent… ». Le littératron sera suivi, après 1968 du Ministricule qui, avec les mêmes personnages, se moque du monde politique et des affairistes.

Dans les années 1980, il écrit des livres pour la jeunesse qu’il illustre lui-même : la série des Rouletabosse (les vacances, les enquêtes). Il écrit ensuite la trilogie des Voyages d'Azembat, marin de Gascogne.

Canular[modifier | modifier le code]

En 1953, et avec l'accord de Jean Bruel, directeur-fondateur de la compagnie des « bateaux-mouches » parisiens, Robert Escarpit rédige une biographie de Jean-Sébastien Mouche, dont il fait à la fois le collaborateur du baron Haussmann, l'inventeur des bateaux-mouches, et le créateur d'un corps d'inspecteurs de la police spécialisés dans le renseignement, les « mouchards ». Une réception en l'honneur du centenaire de Jean-Sébastien Mouche vit même la présence d'un ministre.

Citations[modifier | modifier le code]

« La laïcité, c'est la disponibilité universelle du patrimoine humain, c'est la loi qui veut que chaque homme soit maître de son bien et que son bien se trouve partout où il y a des hommes. »

« Il est probable que si quelque accident me prive d'une jambe, je n'aie d'autre ressource, pour ne point perdre l'équilibre, que de m'en procurer une artificielle [Dieu] et de m'appuyer sur elle comme si elle était vraie. Cette conception orthopédiste de la divinité n'est pas sans force et je lui accorde la même estime qu'à la conception anesthésique selon laquelle croire en vous [Dieu] aide à mourir. »

« Rien ne prouve que vous [Dieu] ne soyez pas un petit éléphant rose né de ma gueule de bois métaphysique. »

« Est littéraire une œuvre qui possède une aptitude à la trahison. »

— Le Littéraire et le Social (1978)

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Sociologie de la littérature, Paris, Presses universitaires de France, 1958. (coll. Que sais-je ? no 777) [8e édition : 1992]
  • L’Humour, Paris, Presses universitaires de France, 1960. (coll. Que sais-je ? ; no 877) [10e édition : 1994]
  • Honorius pape, Ed. Flammarion, 1er trimestre 1967 - Roman
  • La Révolution du livre, Paris, Unesco, 1965. [2e édition revue et mise à jour : Unesco, 1969]
  • Le Littéraire et le social : éléments pour une sociologie de la littérature, sous la dir. de Robert Escarpit. Paris, Flammarion, 1970 [Nouvelle édition : Flammarion 1977. (Champs ; 5. Champ sociologique)
  • Les somnambidules, Ed. Flammarion, 1er trimestre 1970 - Roman
  • Appelez-moi Thérèse, Paris, Flammarion, 1975.
  • Le Livre français : 1972, année internationale du livre, un bilan, établi sous la direction de Julien Cain, Robert Escarpit, Henri-Jean Martin. Paris, Imprimerie nationale, 1972.
  • L’Écrit et la communication, Paris, Presses universitaires de France, 1973. (Que sais-je ? ; no 1546) [4e édition : 1983].
  • Le Livre, hier, aujourd’hui, demain, Paris, R. Laffont ; Lausanne, Grammont, 1975. (Bibliothèque Laffont des grands thèmes ; 37) [Contient le texte d’un entretien avec Robert Escarpit].
  • Théorie générale de l’information et de la communication, Paris, Hachette, 1976. [Nouvelle édition sous le titre : L’information et la communication : théorie générale, Hachette, 1991. (Hachette université. Communication)].
  • Théorie de l’information et pratique politique, Paris, Éditions du Seuil, 1981.
  • Livre blanc de la communication, Talence, LASIC, 1982.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-France Blanquet, Robert Escarpit, SavoirsCDI, avril 2008[6].
  • Jean Meyriat, Robert Escarpit, La Documentation et les sciences de l’Inforcom, Documentaliste - Sciences de l’information, 2000, vol. 37, no 5-6, p. 326-328.
  • Jean Devèze et Anne-Marie Laulan, Interview de Robert Escarpit en 1992, publié par la SFSIC.
  • Jean Devèze, La Disparition d'un maître fondateur, Hermès (CNRS), 2001.
  • Anne-Marie Laulan, Autour de Robert Escarpit : l'effervescence bordelaise (1960-1972), Paris, Hermès (CNRS), 2007.
  • Actes de la journée d'hommage à Robert Escarpit du 23 octobre 1998, Communication et Organisation, (ISIC-GRECO Université de Bordeaux 3), hors-série 2e semestre 2000.
  • Nicole Robine, Hommage à Robert Escarpit, universitaire, écrivain, journaliste, Bordeaux, PUB, 2001.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Philippe-Jean Catinchi, « Denise Dupont-Escarpit », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  2. Nicole Robine, Hommage à Robert Escarpit : universitaire, écrivain, journaliste, 1918-2000, Talence, Presses universitaires de Bordeaux, , 47 p. (ISBN 2-911185-06-4, lire en ligne)
  3. DITL www.ditl.info
  4. Jean Devèze et Anne-Marie Laulan, Interview de Robert Escarpit en 1992, publié par la SFSIC
  5. Voir son article dans le Monde du 14 mars 1990, curieusement titré: "Pour un élu communiste non membre du Parti communiste les événements de l'Europe de l'Est posent quelques questions qu'il faut essayer d'envisager avec sang-froid."
  6. www.cndp.fr