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Robert Cordier

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Robert Cordier
Description de cette image, également commentée ci-après
Robert Cordier en novembre 2012.
Nom de naissance Robert Alphonse Symphorie Cordier
Naissance
Binche (Wallonie, Belgique)
Décès (à 86 ans)
Paris 14e (France)
Nationalité belge
Activité principale metteur en scène, dramaturge, réalisateur, traducteur, pédagogue
Activités annexes acteur, poète, écrivain, scénariste
Années d'activité 1949-2020
Formation Centre national du spectacle
Maîtres Jean Meyer
Charles Dullin

Robert Cordier est un acteur, metteur en scène, dramaturge, réalisateur, traducteur et pédagogue belge né le à Binche en Belgique et mort le dans le 14e arrondissement de Paris.

Il est le fondateur en 1980 à Paris du cours Robert-Cordier devenu The Action Studio puis Acting International.

Jeunesse et débuts professionnels

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Robert Alphonse Symphorie Cordier naît le 26 août 1933 à Binche en Wallonie, du champion cycliste Adrien Cordier et de Émilie Gressier.

En 1949, il débute sur scène dans La Veuve joyeuse, avec une troupe d'amateurs de Binche. La même année, il intègre l'école de cinéma de Ciné-Revue. Reçu par Françoise Rosay, marraine de l'école, il tourne bientôt dans Ah qu'il fait bon chez nous d'Émile-Georges De Meyst. Il entre ensuite au Rideau de Bruxelles où il rencontre le mime Marceau qui l'invite à venir travailler avec lui à Paris[1].

Arrivé dans la capitale, Cordier rencontre Jean Genet qui l'oriente vers le Centre national du spectacle, où il sera accepté sur audition privée avec Jean Meyer[1]. Il apprend le métier également à l’école de Charles Dullin. Après son succès au concours de fin d'année dans Valère du Tartuffe (avec Stéphane Audran), il se voit offir par Jean Vilar le rôle de Tébaldéo dans Lorenzaccio au TNP. D’autres propositions affluent mais, à la suite d'un différend avec Gérard Philipe, Robert Cordier décide de partir poursuivre sa carrière aux États-Unis[1].

Années 1950

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Robert Cordier étudie à la Wharton School of Business. En même temps il écrit les articles sur le jazz. Il se lie d’amitié avec Charlie Parker, Louis Armstrong et Miles Davis. À New York il rencontre Chet Baker et Harold Clurman (en) dont il suivra les « master classes » [1].

Ses poésies, traduites par John Ashbery, sont publiées dans les revues Exodus et The Chelsea Review and Folder. Parmi ses amis de l’époque, on compte Gregory Corso, Allen Ginsberg, Jack Kerouac, William Styron, Norman Mailer, Terry Southern, scénariste de Stanley Kubrick, Beck et Malina, Louise Bourgeois, Anaïs Nin, John Cage, Mark Rothko[2] et Robert De Niro, Sr. (en) [3].

En 1954, il effectue son service dans l’armée américaine. Pendant le conflit coréen, Cordier dirige la Special Services Division du Théâtre aux armées, à Fort Monmouth (en), près de New York. Il met en scène Jules César et Les Fourberies de Scapin[4].

Lors d'un séjour à Paris en 1956, il revoit Jean Vilar et fait la connaissance de l'écrivain noir américain James Baldwin. Tous les trois travailleront plus tard aux États-Unis pour la défense des droits civiques.

De retour aux États-Unis, il fonde à l'été 1956 sa compagnie Playmakers et monte des spectacles dans son premier théâtre dont il devient le fondateur et le directeur artistique, The Old Mill Theatre. Il monte plusieurs spectacles dont Escurial de Michel de Ghelderode et co-produit avec l’Actors Studio Les Joueurs de Nicolas Gogol et Village Wooing de George Bernard Shaw[1].

En 1957, grâce au succès rencontré lors de la première saison de Playmakers, Cordier initie la réhabilitation du Strand, un ancien cinéma de 1 000 places, sur la côte atlantique à Long Branch. Charles Laughton et Mike Todd sont parmi les actionnaires du projet[1]. Avec Luther Adler, ancien du Group Theatre (en) et des recrues de l'Actors Studio, The Strand Theatre produira pendant sa première saison 7 spectacles, dont Vu du pont d'Arthur Miller, La Ménagerie de verre de Tennessee Williams et des concerts de jazz avec Dave Brubeck, Gerry Mulligan et Stan Getz. Mais malgré le succès, des ennuis financiers l'incitent à quitter Long Branch pour New York[1].

En 1959, il monte Ping-Pong d'Arthur Adamov. Jean-Paul Sartre et Jean Vilar envoient des textes pour la création. La critique est mauvaise, mais Albert Bermel réhabilite le spectacle : « Ping-Pong est l'œuvre dramatique la plus originale montée durant la saison 1958-1959 […] la mise en scène était probante et irréfutable, la comédie grotesque, stimulante et efficace. Monsieur Cordier a fait montre d'une folle inventivité, et les acteurs preuve d'une force exceptionnelle, de fluidité et d'une clarté de diction peu commune pour une troupe off-Broadway[5]. »

Années 1960

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Beat Generation

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En 1959, Robert Cordier part au Mexique avec les beatniks de Lawrence LeClair (surnommé 'Turk LeClair'). Larry Fink se joint à eux. Alain Jouffroy écrit dans Kerouac City Blues : « J'ai fait paraître en 1960 les photos de Larry Fink, et un long texte de Robert Cordier, dans l'hebdomadaire Arts-Spectacles, et c'est à partir de ces grandes pages que l'on a commencé, en France, où l'on n'en connaissait rien, à parler de ce qu'on a appelé ensuite la Beat Generation[6] ». En 1960, Gregory Corso, Alain Jouffroy, Jean-Jacques Lebel et Robert Cordier présentent la première séance en France de « Poésie et Jazz », à la Galerie 55.

L’Actors Studio

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Ayant construit des relations de confiance avec l’Actors Studio et son directeur Lee Strasberg en particulier par le travail de Playmakers à The Old Mill Theatre et The Strand Theatre[7], Cordier monte avec Burgess Meredith et Rip Torn Blues for Mister Charlie (en) de James Baldwin. Cette production de l'Actors Studio joue lors de sa saison 1964 à Broadway. À la parution du livre, Baldwin le dédicacera à Cordier : « À Bobby sans qui ce voyage n'aurait jamais pu se faire. »[8]

Combat pour les droits civiques

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Après le succès de Blues for Mister Charlie (en) à Broadway, Robert Cordier prend une décision inattendue. En 1964, il accepte la direction artistique du Free Southern Theatre qui joue des pièces du répertoire dans les États ségrégationnistes du Sud, avec des acteurs noirs et blancs. Souvent malmenés ou incarcérés dans les prisons sudistes, Cordier et deux acteurs sont poursuivis une nuit, après une représentation de In White America par des tueurs du Ku Klux Klan dans les bayous de Louisiane. Ils seront sauvés in- extremis par les Deacons (en) de Jonesboro, puis acclamés comme des héros par les médias[9]. Cordier et Gilbert Moses en tirent un spectacle-réalité. Le président Lyndon B. Johnson fait protéger la troupe par les polices locales et le FBI pour le reste de la tournée baptisée The Year of Revolt (« L’Année de la révolte »)[10].

Happenings à New York, théâtre, télévision et cinéma

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De retour à à New York, Robert Cordier monte les pièces de René de Obaldia et des spectacles d'avant-garde avec notamment Barry Primus (future star d'Elia Kazan et Martin Scorsese), Roberts Blossom, Betty Lou Holland, Taylor Meade et des acteurs du Living Theatre dont Warren Finnerty.

En 1962, il organise un happening au Living Theatre avec Jean-Jacques Lebel et Alain Jouffroy en hommage et en sa présence de Marcel Duchamp[11]. En 1965, second happening, Le Grand Masturbateur, avec Ava Gardner et Salvador Dalí, dans les salons du St. Régis. Robert Rauschenberg et Mia Farrow y participent. En 1966, Cordier organise le happening filmé Gasheart d'après Le Cœur à gaz de Tristan Tzara, avec la participation d'Andy Warhol[11].

En 1966, Robert Cordier monte Bertolt Brecht et Billy the Kid or The Blossom de Michael McClure. Ce dernier dira : « Robert Cordier est un astronaute DNA[Quoi ?] voyageant à travers l'espace théâtre dans les images qu'il crée avec son art. Sa production de ma pièce Billy the Kid fut l'une des expériences révélatrices, extravagantes, joyeuses et terrifiantes que le drame m'a apportées[12]. »

En 1966, Cordier prépare un événementiel « Cinéma et Théâtre » pour l'un des sept pavillons de l'EXPO 67 à Montréal : Man and His Health (L'Homme et sa santé).

Le disc jockey Murray the K (en) propose à Cordier de « refaire avec le rock ce qu'il a fait pour la médecine à l'EXPO 67[13] ». Ce projet prendra réalité en 1967 Murray the K in New York, le premier Rock Spectacular filmé pour la chaîne ABC New York, avec Jim Morrison, The Doors, Otis Redding, Aretha Franklin, The Beatles, The Association, Spanky and Our Gang, Sam & Dave et Ritchie Havens (en). Le projet sera parrainé par le maire de New York John Lindsay et Joan Crawford.

Lors de ses séjours à Paris Cordier rencontre François Truffaut, Louis Malle, Claude Chabrol, Francis Blanche, Jean Carmet et Jean-Pierre Melville qui deviendra son mentor. Il travaille également chez Tamara Films sur Hiroshima, mon amour d'Alain Resnais, Un couple de Jean-Pierre Mocky et un projet du mime Marceau[13].

Années 1970

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En 1971 Cordier monte Black Sun d'Antonin Artaud au La MaMa Experimental Theatre Club. Elvin Jones fait la musique[14]. Les Lettres Françaises publient l'article d'Alain Jouffroy] sur le spectacle : « C'était extraordinaire : je crois que je n'ai jamais rien vu de plus beau de plus dérisoirement, de plus tranquillement beau de ma vie dans une salle de théâtre[15]. » En 1972 Cordier monte Dom Juan à Hampstead (Londres) avec Tom Conti et Lindsay Duncan.

Cordier écrit le film Injun Fender « une des plus belles chroniques de notre vécu rock&rollien »[16] », « l'agonie d'une rock star[17] », avec Denis Campbell, Lillian Nanine Carney, Nancy Salmon, Valois Mickens et Eric Emerson. D'abord interdit par la censure en France, puis libéré par Michel Guy, le film sera un succès dans les salles Art et essai[18]. « Du côté de Burroughs… sans aucun doute le plus beau film que l'on ait tourné sur la poésie trouble du rock des villes. Un poème et un chant d'amour » écrit Paul Alessandrini dans Rock & Folk[19]. « Peu ont vu NY ainsi. Un classique pour la génération future. C'est un grand film », dira Richard Lindner[20]. En 1974 il est président du jury du Festival de Locarno qui l'avait primé l'année précédente. Il tourne Ricardo Bofill Taller de Arquitectura, long métrage documentaire pour la télévision française.

Dernières années

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Dans les années 1980, sa troupe de théâtre se produit au Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou et Grand Rex, puis au théâtre Marie-Stuart. Cordier prend également la direction du Centre dramatique Hennuyer à Mons. Son spectacle Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux part en tournée à Paris, Londres, Amsterdam, Southampton. La Nuit des rois fait également une tournée internationale. En 1987, il monte Mort de chien d'Hugo Claus, Haute Surveillance de Jean Genet et Savage/Love de Sam Shepard, qui se jouera 950 fois en Europe[4]. En 1980, Cordier fonde l’école de théâtre et de cinéma Acting International. Il se consacre dès lors essentiellement à l’enseignement, tout en continuant des projets de mise en scènes, réalisation, écriture et radio.

Il meurt le dans le 14e arrondissement de Paris à l'âge de 86 ans[21],[22].

En tant que comédien

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En tant que metteur en scène

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En tant que directeur artistique

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  • 1955 - 1956 : The Playmakers, Tinton Falls et Long Branch (États-Unis)
  • 1965 : The Free Southern Theatre, La Nouvelle-Orléans (États-Unis)
  • 1987 - 1990 : Centre dramatique Hennuyer, Mons (Belgique)
  • 1984 - 1995 : théâtre Marie-Stuart, Paris
  • 1980 - 2012 : Acting International, Paris

En tant que pédagogue

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Filmographie

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En tant que comédien

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En tant que réalisateur

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  • 1966 : The Long Stripe avec Tom Baker
  • 1966 : Fuck the Sun / The Fugs, moyen métrage coréalisé avec John Palmer[Qui ?]
  • 1966 : Gasheart (Le Cœur à gaz), , long métrage avec Andy Warhol, musique The Velvet Underground
  • 1967 : Seven Deaths (Sept Morts), moyen métrage
  • 1967 : Man and His Health (L'Homme et sa santé) pour l'EXPO 67 à Montréal
  • 1973 : Fender l'Indien (Injun Fender), long métrage
  • 2010 : Macbeth, long métrage

Télévision

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En tant que réalisateur

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Livres et articles

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  • 1952 : Les Yeux de lierre, poèmes
  • 1965 : Opening Night in Bogalusa
  • 1973 : John Cage par Robert Cordier
  • 1973 : Richard Lindner, peintre de la modernité
  • 1974 : Copi : subversion
  • 1974 : Notes sur le film « Fender l'Indien »
  • 1974 : Statue de mots pour Marcel
  • 1979 : La Machine à compter : « Fender l'indien »
  • 1979 : Closing Time, hommage à William S. Burroughs
  • 1981 : Song de Hattie dans Babylone si froide
  • 1985 : Shepard – Shaman
  • 1971 : New York / New York
  • 1978 : A Silence Violent
  • 1979 : The Book of Dark Horses: Artoise et Epitaths before their time
  • 1984 : The Beard ou Fuck psychology!
  • 1991 : The Great Outdoors (« Le grand là-bas »), poésie
  • 1998 : Conversing with Cage
  • 1998 : John Cage par John Cage

Traductions

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  • 1959 : Ping-Pong d'Arthur Adamov
  • 1966 : Gasheart de Tristan Tzara, illustration d’Andy Warhol
  • 1977 : Howl d’Allen Ginsberg
  • 1983 : La Barbe de Michael McClure
  • 1985 : Fool for Love de Sam Shepard
  • 1999 : Un mensonge de l'esprit de Sam Shepard
  • 1999 : All in the Timing de David Ives, préface de Murray Schisgal
  • 1999 : Tous les hommes sont des putes de David Mamet
  • 2000 : Angel City de Sam Shepard
  • 2000 : Guerre au Ciel (Monologue de l'ange) de Sam Shepard
  • 2001 : Je me tiens devant nue de Joyce Carol Oates
  • 2001 : Miss Golden Dreams de Joyce Carol Oates
  • 2002 : La Dent du crime de Sam Shepard
  • 2002 : Action de Sam Shepard
  • 2002 : Gueule de Cowboy de Sam Shepard
  • 2002 : 9 années au hasard (7+2) de Patti Smith

Adaptations

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Distinctions

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Récompenses

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  • Off-Broadway Show Business Awards 1956 : Meilleur spectacle pour The Rainmaker
  • Festival de Toulon 1973 : Prix spécial du jury pour Injun fender (Fender l'Indien)
  • Festival de Mannhein 1973 : Grand prix (Ducat d'or) pour Injun fender (Fender l'Indien)
  • Festival de Locarno 1973 : Mention spéciale pour Injun fender (Fender l'Indien)
  • Prix l'Âge d'or 1973 (Cinémathèque royale de Belgique) : Meilleur film pour Injun fender (Fender l'Indien)

Nominations

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  • Prix Italia 1973 pour La Nef des fous du rock
  • Prix Europa 1973 : pour La Nef des fous du rock

Quelques anciens élèves

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Notes et références

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  1. a b c d e f et g Michel Maingois, Zoom, 1973[source insuffisante]
  2. Jean-Dominique Bauby, Le Quotidien de Paris, 1974[source insuffisante].
  3. (en) John Baxter, De Niro : A biography, HarperCollins, 2003.
  4. a et b (en) Kilometer zero, issue 1, 2001[source insuffisante].
  5. (en) Albert Bermel, Tulane Drama Review, no 1, vol. 4, 1959[source insuffisante].
  6. Alain Jouffroy, Kerouac City Blues, éditions la Digitale, 2000.
  7. James Campbell, Talking at the Gates: A Life of James Baldwin, Viking Pr., 1991.
  8. Fern Marja Eckman, The Furious Passage of James Baldwin, M. Joseph, 1968.
  9. Bobbs Merril, The Free Southern Theatre, 1969[source insuffisante].
  10. (en) Playbill, New York, 1964[source insuffisante].
  11. a et b (en) Fred W. Darrah, Beat Generation: Glory Days in Greenwich Village, Music Sales, 1997[source insuffisante].
  12. (en) Elias Wilentz, The Beat Scene, Corinth, 1968[source insuffisante].
  13. a et b (en) AXE Sud, nos 4/5, 1982[source insuffisante].
  14. Obliques spécial « Artaud », 1971[source insuffisante].
  15. Alain Jouffroy, Les Lettres françaises, 1971[source insuffisante].
  16. Patrick Eudeline, Best, 1974[source insuffisante].
  17. Noël Simsolo, Écran 75 no 32, 1975[source insuffisante].
  18. Pierre Achard, La Revue du cinéma no 291, 1974[source insuffisante].
  19. Paul Alessandrini, Rock & Fold no 95, 1974[source insuffisante].
  20. « Robert Cordier (Fender l'Indien) », Cinéma 74, no 193, 1974[source insuffisante].
  21. « Robert-Alphonse-Symphorie Cordier », sur matchID (consulté le )
  22. « Robert Cordier », sur unifrance.org (consulté le )

Liens externes

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