Robert-Hugues Lambert

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Robert Hugues-Lambert
Description de l'image Robert-Hugues_Lambert.jpeg.
Nom de naissance Hugues Robert Lambert
Naissance
Paris 4e
Nationalité Drapeau de France Français
Décès (à 36 ans)
Camp de concentration de Flossenbürg
Profession Acteur

Hugues Lambert, dit Robert Hugues-Lambert (souvent écrit, à tort, Robert-Huges Lambert), est un acteur français, né le [1] dans le 4e arrondissement de Paris, et mort le au camp de concentration de Flossenbürg[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est fils de Jean Lambert, vendeur au BHV et de Louise, caissière dans le même magasin[2]. Sa mère meurt en 1934, laissant le jeune homme désespéré. Il se brouille avec son père et n'assiste pas au remariage de ce dernier.

Carrière[modifier | modifier le code]

Une fois son brevet des collèges en poche, il est d'abord employé de banque puis il commence à se produire dans une troupe de théâtre amateur.

À 18 ans, il est émancipé par ses parents et suit des cours d'art dramatique avant de partir effectuer son service militaire dans les chasseurs alpins.

À son retour, garçon romantique à l'âme d'artiste, il erre dans Paris, en déclamant des vers de Musset dans le parc Monceau. Il décroche un engagement au théâtre de l'Odéon mais, le soir de la première, il oublie de se présenter pour tenir son rôle. Il en est renvoyé.

Homosexuel assumé, il fréquente les lieux interlopes de la capitale.

On le retrouve acteur, en 1942, aux côtés de Jacques Dynam dans une pièce de Jean Giono, Le bout de la Route,

C'est lors d'une de ces représentations qu'il est remarqué pour un projet de film retraçant la vie de l'aviateur Jean Mermoz. La mère de l'aviateur, à qui Robert Hugues-Lambert se présente, est bouleversée par la ressemblance du comédien avec son fils.

Réalisé par Louis Cuny, le tournage de Mermoz débute en 1942, et le film est presque terminé, lorsque le , Robert Hugues-Lambert se rend chez Harcourt pour une séance de photos. Une fois les prises de vues terminées, il s'arrête dans un café-restaurant fréquenté, entre autres, par des homosexuels. La police allemande fait soudain irruption pour un contrôle d'identité. Robert Hugues-Lambert, dénoncé pour être l'amant d'un officier de la Wehrmacht, est arrêté et inculpé pour « oisiveté » (et non homosexualité) puis dirigé, dès le lendemain, au camp de Royallieu près de Compiègne[3].

Pour terminer les dernières scènes du film Mermoz, une doublure physique va devoir le remplacer (de dos) en la personne d'Henri Vidal. Mais Vidal n'a pas le même timbre de voix que Hugues-Lambert. Pour les raccords de voix, Louis Cuny dépêche une équipe jusqu'à son lieu de détention, et avec la complicité d'un gardien du camp, réussit à enregistrer la voix de Robert Hugues-Lambert à l'aide d'une perche passée par-dessus l'enceinte du camp[2]..

Le Robert Hugues-Lambert, qui espérait être libéré, est pourtant déporté au camp de concentration de Buchenwald[4] sous le matricule 21 623 (avec arrivée le 18), et affecté au bloc 31.

Le , le film est achevé, et fait l'objet d'une projection privée à Vichy. Y assistent, entre autres, Pétain lui-même, la mère de Mermoz,et le sculpteur François Cogné.

Une seconde projection a lieu, 3 jours plus tard à Paris, à l'Opéra Garnier, dans le cadre d'une soirée de gala, au bénéfice de la Croix Rouge, Le Tout Paris de l'Occupation s'y précipite, sans que l'absence de l'acteur principal y soit évoquée...

La sortie très attendue du film en salles, aura lieu le .

Le , Robert Hugues-Lambert est transféré au camp de concentration de Flossenbürg, où il travaille à la briqueterie. On le retrouve au camp de concentration de Gross-Rosen (actuelle Rogoznica,Pologne). Très affaibli et souffrant d'œdèmes aux jambes, il y meurt d'épuisement le [5] dans l'oubli le plus total.

À Buchenwald, il avait été très lié avec François Francen (1922-1943) - fils naturel de la comédienne Mary Marquet et de Firmin Gémier[2] - qui,est mort dans ce camp[6].

En 1999, Marcel Bluwal sera le premier à consacrer un long-métrage à Robert Hugues-Lambert et à l'histoire de ce tournage sur Mermoz, intitulé Le Plus Beau Pays du monde.(mais par manque probable d'archives connues à l'époque, le 1er internement de Robert Hugues-Lambert se passe au camp de Drancy, au lieu de celui de Compiègne).

L'arrestation et la déportation de Robert Hugues-Lambert demeurent encore un mystère... En effet, il ne portera jamais le triangle rose (réservé aux homosexuels), mais bien le triangle rouge (réservé aux prisonniers politiques). Or, Robert Hugues-Lambert ne fit jamais de politique...

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives de l'Etat civil de Paris : acte n°420, du 3 avril 1908 (il est né le 1er)
  2. a b c et d Marc Epstein, « Tout le monde l'appelait Mermoz », L'Express, 29 avril 1999.
  3. Archives du Service Historique de la Défense (Bureau des Archives des Victimes des conflits contemporains de Caen)
  4. Livre-Mémorial réalisé par la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Editions Tirésias, 2004.
  5. Son lieu de décès est reporté sur son acte de naissance (Paris 4e)
  6. Arrêté du 7 août 2009 portant apposition de la mention « Mort en déportation » sur les actes et jugements déclaratifs de décès, Legifrance, 28 août 2009.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Siclier, La France de Pétain et son cinéma, Veyrier, 1981.
  • René Chateau, Le Cinéma français sous l'Occupation, 1940-1944, René Chateau, 1995.
  • Paul Le Caër, Mauthausen, crimes impunis, OREP, 2007.
  • Patrick Buisson : 1940-1945 Années érotiques - II De la Grande prostituée à la revanche des mâles, 2012

Liens externes[modifier | modifier le code]