Rites funéraires en Écosse

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Les rites funéraires en Écosse comprennent une veillée, puis un enterrement, généralement au cimetière de la paroisse, accompagnés de rituels spécifiques à ce pays.

Veillée funèbre[modifier | modifier le code]

Lors de la veillée funèbre, le corps du défunt a traditionnellement le visage découvert et son linceul était autrefois généralement de lin[1]. Si Martin rapporte en 1695 que les assistants, et plus particulièrement la famille proche, chantaient des complaintes, appelées coronach, célébrant le mort[2], cette coutume semblait avoir disparu lors du voyage de 1773 de Johnson, qui constate[3] que « [...] certaines des anciennes solennités sont passées d'usage, et des chanteurs ne sont plus loués afin de suivre la procession[Note 1] ». La lecture de psaumes peut également faire partie du rituel[1].

En 1859, le journaliste français Louis Énault décrit ainsi l'organisation d'une veillée à l'île de Skye :

«  La maison mortuaire, comme nous disons en notre affreux langage, était située dans un glen qui s'ouvrait sur le lac à deux milles de Kirkibost. Nous arrivâmes vers midi.

Le corps était étendu sur un banc, drapé dans son linceul, mais le visage était découvert comme dans les funérailles italiennes. Il était beau, avec une expression calme et souverainement reposée. La joue pâle avait perdu ces bouquets de roses trop vives que la phthisie fait éclore aux pommettes ; les lèvres avaient des nuances de violettes de Parme, et le dessous de l'œil semblait noirci comme avec du kohl de Java. On avait mis sur sa poitrine un plat de bois, avec quelques pincées de sel et de terre soigneusement séparées. La terre est l'emblème du corps qui tombe en poussière ; le sel est le symbole de l'âme incorruptible et immortelle.

On avait eu soin d'éteindre le feu partout, et des sentinelles, armées de bâtons, étaient posées à toutes les issues pour empêcher qu'un chien ou qu'un chat passât devant le cadavre, ce qui serait considéré comme un mauvais présage par toute la maison.  »

— Louis Énault Angleterre, Écosse, Irlande : Voyage Pittoresque (1859)

Cette coutume de disposer du sel et de la terre sur un plat posé sur la poitrine du défunt est également rapportée par Donald MacLeod[4], qui précise que, parfois, une Bible ouverte était également posée sur le bas du visage afin d'empêcher les esprits maléfiques de s'approprier le corps.

Une chandelle était en outre disposée au chevet du corps et devait brûler toute la nuit[5].

Lorsque le corps était disposé dans le cercueil, tous les fils du linceul devaient être coupés avec des ciseaux[5].

Après la levée du corps et l'enterrement, les tréteaux sur lesquels le corps avait été disposé étaient laissés en place jusqu'au matin suivant, un verre d'eau posé dessus, au cas où l'esprit du mort revienne et ait soif[5]. Un verre d'eau ou de lait était parfois laissé à l'extérieur de la porte de la maison dans le même but et, par exemple dans la région de Tiree ou de Mull, un éclat de nacre était disposé au-dessus de la porte afin que l'esprit du mort n'entre pas dans la maison[5].

Tombes[modifier | modifier le code]

Cimetières[modifier | modifier le code]

Le lieu d'enterrement traditionnel est, comme dans le reste des îles britanniques, le cimetière de la paroisse. Celui-ci peut être situé autour de l'église (on parle alors de churchyard), mais il peut également s'agir d'un terrain de la commune réservé à cette fin.

Une croyance autrefois répandue était que l'esprit de la dernière personne enterrée dans un cimetière en garde la porte (Faire chlaidh en gaélique écossais), et n'est relevé de sa veille que par l'esprit de la personne suivante à être enterrée[5]. La formule traditionnelle gaélique prononcée lors d'un décès est « A Chuid de Pharas dha ! » (litt. « Puisse-t-il avoir sa part de Paradis ! »), équivalente à la formule française « Paix à son âme »[4]. L'enterrement est habituellement suivi d'une collation, généralement servie à la maison du défunt.

Les corps des suicidés reposaient autrefois en dehors du churchyard, aux côtés de ceux des enfants morts sans avoir été baptisés[5].

Cairns[modifier | modifier le code]

Depuis l'époque picte[6], les cairns peuvent servir à marquer un lieu de mémoire, qu'il s'agisse d'une tombe ou du site d'une bataille[7]. À cette période, le corps était déposé, accompagné de divers objets, sous une couche de sable sec, par-dessus laquelle était ensuite dressé le cairn. Un ancien dicton gaélique dit ainsi « Cuiridh mi clach air do chàrn  » (litt. « je viendrai déposer une pierre sur ton cairn », au sens de « je ne t'oublierai pas »)[8].

Législation[modifier | modifier le code]

Sur le plan légal, actuellement[9], tout décès survenant sur le territoire écossais doit être déclaré à l'état-civil avant huit jours écoulés. Les enfants morts-nés doivent être déclarés après la vingt-quatrième semaine de grossesse.

Le don d'organes est régi par le principe du consentement présumé ; en absence d'opposition du défunt exprimée de son vivant, il est considéré comme ayant donné son accord.

Une cérémonie civile ou religieuse peut avoir lieu avant l'enterrement. La crémation n'est possible qu'après la levée de tout obstacle médicolégal ; l'enterrement ne peut avoir lieu que dans les cimetières.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « [...] some of the ancient solemnities are worn away, and singers are no longer hired to attend the procession. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Chantreau, Pierre-Nicolas (1792) Voyage dans les trois royaumes d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande, fait en 1788 et 1789
  2. Martin, Martin (1695) A Description of the Western Islands of Scotland
  3. Johnson, Samuel (1775) A Journey to the Western Islands of Scotlands chap. « Grissipol in Col »
  4. a et b MacLeod, Donald J. Introduction à « A Description of the Western Isles of Scotland » (Martin Martin)
  5. a b c d e et f Campbell, John Gregorson (1902) Superstitions of the Highlands and Islands of Scotland chap. 7 « Miscellaneous Superstitions »
  6. Graham-Campbell, James et Batey, Colleen E. (1998) Vikings in Scotland Edinburgh University Press (ISBN 9780748606412) p. 11
  7. (en) Cairns of Scotland Accédé le 24 mai 2009
  8. Electricscotland.com Accédé le 24 mai 2009
  9. (en) What to do after a death in Scotland Livret de recommandations officielles émises par le Gouvernement écossais (2006). Accédé le 29 mai 2009.