Rite forestier des Modernes

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Le rite forestier dit Rite forestier des Modernes, est un rite mixte créé par des francs-maçons le 1er novembre 1993[1].

Fondation[modifier | modifier le code]

Quelques années auparavant, un groupe de chercheurs en maçonnerie avait commencé une compilation des restes des héritages maçonniques forestiers des années 1745 à 1789.

Les rituels sélectionnés furent les plus anciens (1747) afin de ne pas remettre en fonction des rituels christianisés ultérieurement. Ces premiers rituels forestiers, comme le rituel de la Société des fendeurs du chevalier de Beauchaîne contenaient des initiations collant au plus près à des mystères forestiers de fendeurs, de charbonniers et de forgerons ; initiations de métiers se perdant dans la nuit des temps pré-chrétiens[réf. nécessaire].

Un travail de remise en forme de rituels forestiers anciens, comme les formes rituelles païennes de 1747, fut entrepris.

En Bretagne, le 1er novembre 1993, des francs-maçons de plusieurs obédiences se réunirent et fondèrent, conformément à la tradition, une Loge maçonnique souveraine, et optèrent pour travailler selon le rite forestier récemment remis en forme.

Le groupe fondateur initia des membres de la Gorsedd de Bretagne, dont le « Grand druide », Gwenc'hlan Le Scouëzec, ainsi que Maï-Sous Robert-Dantec, membre du Gorsedd et mère du rite pour la première loge créée à Brasparts, en tant que représentant de la pensée païenne occidentale ; l'aspect préchrétien du rite imposait qu'il soit culturellement celtique.

La première Vente (loge) Forestière du XXe siècle voyait le jour à Brasparts (Finistère) et prenait un nom mythologique, Les Forestiers d'Avallon, symbolisant ainsi l'alliance faite avec une émanation du Gorsedd, animée par Maï-Sous Robert-Dantec et Gwenc'hlan Le Scouëzec.

En 1996, la confrontation entre les idéaux maçonniques et les options druidiques mena à une scission. Voulant maintenir les valeurs maçonniques de cette nouvelle société initiatique, une faible partie des fondateurs créèrent une nouvelle Vente au « rite maçonnique forestier des Modernes », rappelant les héritages andersonniens de 1717-1740.

Depuis, plusieurs Ventes forestières se sont créées en Bretagne, région parisienne, Nord ou encore Sologne.

Chaque Vente est autonome et applique une règlementation particulière.

Nota bene : il n'existe pas de convention entre le rite forestier et les grandes obédiences maçonniques.

Référencements[modifier | modifier le code]

  • Le référencement maçonnique s'attache à la génération des Modernes anglais de 1717-1740 dont le principal but fut l’« émancipation des individus par la diffusion des sciences ». Andersonnien, il appelle à la liberté de conscience appliquée à tous les domaines de la vie et au centre de l'union.
  • Le référencement éthique et social, conformément à la tradition, est axé sur la promotion de tout système démocratique, sur la liberté de conscience, sur les droits individuels et contre tout système dogmatique et/ou impérialiste, que ce dernier soit politique ou religieux.

Buts[modifier | modifier le code]

  • Sur le plan traditionnel, remettre en évidence la valeur spirituelle intrinsèque des héritages pré-chrétiens des régions forestières européennes.
  • Sur le plan maçonnique, ré-anoblir les traditions rurales et pré-chrétiennes d'Occident au sein d'une maçonnerie très judéo-chrétienne et urbaine et de remettre en vigueur un pan maçonnique de la tradition française.
  • Sur le plan social, créer des groupes conviviaux à tendance initiatique et philosophique axant leurs travaux et recherches personnelles, ou collectives, sur les idéaux républicains, démocratiques et sur les droits de l'homme, conformément à la tradition des Carbonari par exemple, et s'opposant ainsi pragmatiquement sur le terrain à ceux qui utilisent la culture celtique ou l'étiquette druidique pour propager des thèses xénophobes, racistes et/ou fascisantes ou bien encore sectaires ;
  • Sur le plan initiatique, de recréer le « mariage » entre l'homme et la nature avec toutes les dimensions humaines et naturelles que cela comprend : « connais-toi toi-même et tu connaîtras la nature et les dieux » (Socrate), et ainsi ont pensé tous les tenants de la tradition du bois.
  • Sur le plan spirituel, enfin, le Rite forestier des Modernes reprend à son compte les propositions panthéistes de John Toland et, à ce titre, se réfère à l'immanence du « Dieu aux mille facettes qui est dans tout et du Tout qui est en ce Dieu multiple », mais aussi à la devise « le ciel est mon père, la terre est ma mère, le monde est ma patrie et tous les hommes sont mes parents ». Le panthéisme tolandien est une proposition médiane pacifique décourageant les affrontements dogmatiques, et donc les radicalismes et intégrismes de toutes sortes, que ces derniers soient païens, juifs, islamiques, chrétiens ou laïcs dans le sens d'un athéisme prosélyte et dogmatique.

Pratiques[modifier | modifier le code]

Cette « maçonnerie du bois », si particulière, porte toutes les marques d’une transmission corporative tardive et, par là, plus limpide que d’autres. Elle se mettait sous la haute protection d’un héritage de François Ier dont on raconte la légende suivante : « Le roi de France, François Ier, chassant en forêt de Val-de-Loire, tombe furtivement sur une réunion rituélique des Charbonniers. Il demande à subir les épreuves, ce qui lui est immédiatement accordé. Le roi, s’étant par inadvertance assis sur le billot servant de trône au Père-Maître, celui-ci l’en déloge en prononçant la phrase passée à l’état de proverbe : "Charbonnier est maître chez lui". »

Il est souvent dit que c’est à partir de ce moment-là que François Ier prit l’habitude d’appeler ses proches « mon Bon Cousin » ou « ma Bonne Cousine ».

Installation d'une Vente[modifier | modifier le code]

Une Vente (loge) forestière est située dans une clairière ; elle est délimitée par un grand cercle de billots de bois où s'assoient les bonnes cousines et les bons cousins, ayant devant eux un billot plus petit pour y planter leur hache.

  • Le Cousin-Maître (équivalent maçonnique du Vénérable Maître, président de la loge) se place à l'Orient.
  • Il a derrière lui un houx en pied, et devant lui une enclume sur un grand billot de bois.
  • Quatre cabanes (réductions symboliques de l'implantation réelle des maisons qui avaient une importance particulière pour les clans forestiers), figurées par trois grandes branches en faisceau liées à leur sommet, sont aussi en place sur ce cercle et sont censées abriter l'Ermite, le Vigneron, la Mère Catault et l'Ours.
  • L'Ermite, personnage emblématique, est tout autant l'ancien du clan en tant que mémoire collective que le prêtre ayant à charge des actions de lustration.
  • Le Vigneron correspond, traditionnellement, aux métiers de bûcherons, de charbonniers et de forgerons, métiers qui « donnent soif », le vin ayant tout autant une valeur conviviale qu'une valeur sacrée en tant que boisson fermentée.
  • La Mère Catault est un personnage énigmatique, qui se retrouve dans diverses transmissions compagnonniques et n'est donc pas spécifique à ce rite. Il semblerait qu'elle soit un rappel de la mère des compagnons qui gérait le linge et les repas de ces derniers.
  • L'Ours est le symbole celtique de la royauté, et il fait face au prêtre, telle une incarnation des forces brutales du monde des hommes et de leur domestication nécessaire.
  • Au centre de la Vente se trouve un feu actif et de nombreux outils du bois jetés pêle-mêle[2].

Habits rituels[modifier | modifier le code]

Les habits des cousines et cousins sont des habits rustiques de paysans (blouse à capuche, ceinturon, et sabots). Ils portent un grand tablier de peau orné du ruban de la couleur de leur grade. Ils ne portent pas de gants. Le Cousin-Maître est le seul à porter un cordon orné de feuilles de chêne et de houx, ayant en sautoir une hache miniature. Les cousines et cousins doivent posséder une hachette véritable et deux morceaux de bois pour « battre la diane ». La diane est une unité de mesure des cordes de bois. Une diane mesure 66 cm, ce qui ne semble pas correspondre à un « double-pied », mais plutôt à la somme moyenne de la longueur du bras et de l'avant bras. Ceci forme une articulation moyenne de deux pièces d'environ 33 cm suivant les corpulences. Cette mesure basée sur la longueur des bras a donné naissance à un outil de bois appelé diane. « Battre la diane », c'est utiliser deux dianes l'une contre l'autre en signe d'allégresse dans un rythme OO O, en rappel de la frappe d'enclume des maréchaux-ferrants.

Les Officiers[modifier | modifier le code]

  • Cousin(e)-Maître (ou Vénérable) : il se tient à l'Orient.
  • Cousin Duchêne : 1er garde du chantier (2e surveillant), il se tient à l'Occident, à gauche de l'entrée du cercle et assure aussi le rôle de parrain pour les briquets, futurs initiés.
  • Cousin Delorme : 2e garde du chantier (1er surveillant), il se tient à l'Occident à droite de l'entrée du cercle et assure le rôle d'introducteur des briquets.
  • Cousin Ducormier (secrétaire) : il est assis à la gauche du Cousin-Maître et assure aussi la garde du pain.
  • Cousin Ducharme (orateur) : il est assis à la droite du Cousin-Maître et assure aussi la garde du vin.
  • Cousin Delérable (trésorier).
  • Cousin Dufrêne (le terrible).
  • La cabane du Cousin vigneron : après le cousin Ducormier.
  • La cabane de l'Ermite : avant le cousin Duchêne.
  • La cabane de la Mère Catault : après le cousin Ducharme.
  • La cabane de l'Ours : avant le cousin Delorme.
  • Cousin Duhêtre (maître de cérémonie) : il se trouve entre les deux gardes du chantier et il est le gardien du bois.
  • Cousin Piqueur : il est celui qui va chercher les briquets égarés en forêt.

Les grades ou degrés[modifier | modifier le code]

Ce système de rite forestier des modernes est à quatre degrés :

  1. Fendeur (apprenti).
  2. Charbonnier (compagnon).
  3. Forgeron (maître).
  4. Maître des passages.

Le ruban de couleur, porté sur l'habit des forestiers, permet la distinction des grades. Cette distinction est issue du métier de charbonniers.

  • Noir pour le fendeur : c'est le charbon froid.
  • Rouge pour le charbonnier : c'est le charbon incandescent.
  • Bleu pour le forgeron : en rappel de la couleur de la fumée d'une carbonisation réussie.
  • Tresse des trois couleurs pour le maître des passages, ce quatrième degré n'étant pas forcément utilisé par toutes les Ventes.

Source[modifier | modifier le code]

Régis Blanchet étant le principal initiateur de la résurgence des rites forestiers, les ouvrages publiés dans sa maison d'édition du prieuré sont les sources essentielles de ce présent article

  • Régis Blanchet, La Résurgence des rites forestiers, éditions du Prieuré, coll. « Le Jardin des dragons » no 20, 1997.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Régis Blanchet, La Résurgence des rites forestiers, Éditions du Prieuré, collection « Le Jardin des dragons », no 20 ; 2e édition augmentée, 1997.
  2. [page 215 et suivantes.La résurgence des rites forestiers (Régis Blanchet) Édition du Prieuré (ISBN 2-84330-000-2)]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Marie Ragon, La Maçonnerie forestière, (fac-similé de l'édition de 1860) éditions du Prieuré, 1993 (ISBN 2-909672-16-6).
  • Jacques Brengues, La Franc-Maçonnerie du Bois, Éditions du Prisme, 1973.
  • Enquête de Régis Blanchet, Entretiens avec un druide nommé Gwenc'hlan, Éditions du Prieuré, 1993.
  • Régis Blanchet, La Résurgence des rites forestiers, éditions du Prieuré, coll. « Le Jardin des dragons » no 20, 1997 (ISBN 2-84330-000-2).

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]