Rita Mestokosho

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Rita Mestokosho, née en 1966 à Ekuanitshit (Mingan) (réserve indienne innue située au Québec, dans la région de la Côte-Nord), est une écrivaine et poète amérindienne, conseillère dans les domaines de la culture et de l’éducation au Conseil de la Nation Innus[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Militante amérindienne

Après des études secondaires à Québec puis à Montréal, Rita Mestokosho entreprend des études en sciences politiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. Revenue au sein de sa communauté amérindienne, elle participe depuis quelques années à la création d’une "Innu mitshuap uteitun", une maison de la culture Innue.

Rita Mestokosho est une militante amérindienne qui se bat pour la reconnaissance de la langue innu-aimun et le développement de la culture et du patrimoine de la Nation Innus[2].

Rita Mestokosho est membre du conseil innu et porte-parole de cette communauté. "Je suis innue, et innu veut dire être humain. Nous sommes à peu près 15 000 Innus dispersés dans 11 communautés, 2 au Labrador qui sont anglophones de langue seconde, 9 au Québec qui sont francophones de langue seconde. Nous vivons entre deux mondes, le moderne et le traditionnel. L'équilibre entre les deux n'est pas facile car notre terre traditionnelle est toujours menacée par la destruction de grosses compagnies forestières, des barrages hydroélectriques et les mines. Notre vie et notre survie sont attachées à celui des rivières, des forêts et des lacs. Écrire dans une langue, la langue française est aussi une nécessité"[2]. Rita Mestokosho luttera contre le projet de la Romaine prévoyant l'édification d'un barrage sur le fleuve Romaine[3].

Les Innus ou "Montagnais-Naskapis" sont un peuple autochtone originaire de l’est de la péninsule du Labrador, plus précisément des régions québécoises de la Côte-Nord et du Saguenay-Lac-Saint-Jean ainsi que de la région du Labrador (Terre-Neuve-et-Labrador)[4]. Le terme « Innu » provient de leur langue, l’innu-aimun, et signifie « être humain ». Ce nom fut officiellement adopté en 1990 remplaçant le terme « Montagnais » donné par les premiers explorateurs français. Les Innus désignent leur territoire ancestral sous le nom de Nitassinan. En décembre 2010, on estimait leur nombre à 19 612, soit 17 517 au Québec répartis dans 11 réserves et 2 095 au Labrador dans 2 réserves.

Écrivaine et poétesse

Rita Mestokosho a publié des poèmes dans plusieurs revues internationales et participe régulièrement aux rencontres des écrivains de langue indigène, à des festivals internationaux de littérature et de poésie, à des salons du livre, elle a participé aux spectacles Solstice Rouge - Voix de femmes, dans le cadre du neuvième festival Présence autochtone (Montréal, 1999), à celui intitulé "Nous sommes d’Amériques", présenté au Lion d’Or dans le cadre du Festival international de littérature (1999) et au Festival Voix d’Amériques (Édition 2003)[5]. En 1995, elle a publié le recueil Eshi Uapataman Nukum. En 2002, elle publie, dans sa communauté, son deuxième recueil La Mer navigue/La Terre marche/Le Ciel vole/et moi, je rampe pour humer la vie... Elle collabore à diverses revues et anthologies comme l’Anthologie de Littérature amérindienne du Québec parue aux éditions Hurtubise en 2004.

D’après elle, "L’homme est comme un saumon, le saumon remonte toujours la rivière où il est né, c’est cela le vrai mystère. Peu importe où l’homme va, il n’oublie jamais d’où il vient. Peu importe le nombre de kilomètres parcourus, le nombre de villes traversées, peu importe le temps qu’il met pour trouver une destination, il n’oublie jamais ses origines"[6]. L'écrivain Jean-Marie Le Clézio, sollicité par son éditeur suédois pour préfacer l'édition suédoise de son recueil de poésie, la salue comme l'une des plus grandes voix de la poésie amérindienne actuelle[3].

En 2009, elle participe avec le chef amérindien Ghislain Picard à la lecture de textes en langue innue, lors de l'événement artistique Le Moulin à paroles sur les Plaines d'Abraham à Québec.

Ses poèmes sont enregistrés sur CD sous le titre "Paroles d'un continent", coédité par le Centre de la Francophonie des Amériques et les éditions Écrits des forges[7].

Francophone et Francophonie

Un éditeur suédois s'est intéressé de près à cette auteure amérindienne. Rita Mestokosho est venue à deux reprises à Stockholm, grâce aux services culturels de l'ambassade canadienne, une première fois à l´automne 2009 où elle a pu intervenir en classe de Français langue seconde dans des lycées et des universités suédoises et une seconde fois à la fin du mois de novembre 2011 où elle a présenté son œuvre lors de séminaires et de conférences tout en intervenant dans plusieurs établissements suédois ainsi qu'à l'université de Stockholm. Sa biographie a suscité des questions de la part des élèves : Pourquoi le français ? Que représente la langue française pour vous ? Peut-on écrire en français avec un message politique ?. La présentation d´une écrivaine expliquant sa relation au français, sa mère adoptive, permet d´introduire cette idée de francophonie. La francophonie représente la diversité culturelle réunie autour de la langue française : elle s´inscrit dans une perspective postcoloniale. "Le français n´est pas la langue de ma mère. Mais le destin l´a mise sur ma route, et nous nous sommes apprivoisés. Nous nous sommes tellement apprivoisés que j´ai choisi de l´adopter. Ce ne fut pas un choix difficile car elle vit dans mes pensées quand le partage se fait sentir"[8].

Le recueil de poésies Eshi Uapataman Nukum comment je perçois la vie Grand-mère a été rééditée en Suède dans le cadre notamment de l'apprentissage de la langue française, langue étrangère[9].

En mars 2013, Rita Mestokosho est invitée à l'université de la Sorbonne par Jean-Philippe Uzel, titulaire de la chaire du Québec contemporain - Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3 dans le cadre de l'enseignement au Centre d'études québécoises Sorbonne Nouvelle Paris[10].

Extraits[modifier | modifier le code]

  • Parfum de la Terre[11]
Viens marcher avec le printemps
Sens le vent sur tes joues
Sois libre de tes mouvement
Prends le temps de vivre
Car demain ne t'appartient pas...
  • Sous un feu de rocher[12]
J’ai appris à lire entre les arbres
À compter les cailloux dans le ruisseau
À donner un nom à tous les métaux
Tel que le quartz ou le marbre.
J’ai appris à nager avec le saumon
À le suivre dans les grandes rivières
À monter le courant de peine et de misère
Sans me plaindre et sans sermon...

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • 1995 : Eshi Uapataman Nukum, éditions Piekuakami, Québec, 199
    • 2010 Edition en version trilingue (suédois , Innu-aimun et français), traduction en innu de Rita Mestokosho, traduction en suédois par Paul Moerman, éditions Beijbom Books, Suède, 2010, préface exclusive de Jean-Marie Le Clézio.
    • 2010 - Edition bilingue "Comment je perçois la vie, grand-mère - Eshi Uapataman Nukum", préface exclusive de J.M.G. Le Clézio, Editions Beijbom Books, Suède.
    • 2011 Edition en version trilingue (Innu-aimun, anglais et français), traduction de Rita Mestokosho, sous le titre "How I see life, grandmother - Eshi uapataman nukum - Comment je perçois la vie, grand-mère", éditions Beijbom Books, Suède, 2011, préface exclusive de Jean-Marie Le Clézio, traduction anglaise par Sue Rose (poétesse anglaise) -
  • 2013 : Les bruits du monde, collectif avec notamment Rita Mestokosho, éditions Mémoire d'encrier, Montréal, 2013
  • 2014 : Lumière d'Automne, Rita Mestokosho et Jean Désy, éditions Mémoire d'encrier, Montréal, 2014
  • 2014 : Née de la pluie et de la terre, Rita Mestokosho avec des photographies de Patricia Lefebvre, éditions Bruno Doucey (en addition copie intégrale de l'édition suédoise de Beijbom Books, y compris la préface exclusive de J.M. Le Clézio)

Le revue Hopala ! consacre son N° 43 aux artistes et poètes amérindiens et notamment Innus avec sa représentante Rita Mestokosho.

Notes et références[modifier | modifier le code]