Rita Lejeune

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Rita Lejeune, née à Herstal le et morte à Liège le , est une philologue belge, spécialiste en littérature médiévale et littérature wallonne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Marguerite dite Rita est la fille du poète wallon Jean Lejeune, dit Jean Lamoureux, employé communal à la Ville de Liège, et de son épouse Adrienne dite Driette Vercheval. Elle entre à l'école primaire communale d'Herstal, dont elle gardera toute sa vie un vif souvenir. Lors de l'invasion de la Belgique, en août 1914, elle est témoin de l'entrée de l'armée allemande dans les faubourgs de Liège. En 1918, à douze ans, elle perd son père, frappé par la grippe espagnole qui ravage l'Europe. Jean Lamoureux meurt « dans les flons-flons de la Victoire en novembre 1918 », comme elle le racontera jusqu'à la fin de sa vie. Elle va aider sa mère, laquelle va effectuer des travaux de couture, à élever son jeune frère Jean Lejeune, né en 1914. De là va naître entre les deux enfants une affection très forte qui les liera toute leur vie.

Malgré la grande modestie des moyens familiaux, Rita Lejeune poursuit ses études en entrant à l'école Bracaval à Liège, une école réservée aux filles. Elle y accomplit brillamment ses études secondaires, puis figure parmi les premières femmes à s'inscrire à l'Université de Liège où elle accomplit, toujours avec succès, quatre ans d'études à la Faculté de Philosophie et Lettres (section des langues romanes). Elle en sort avec le diplôme de Licenciée, ce qui lui permet de d'enseigner dans le secondaire.

Cela ne lui suffit pas. Pionnière de l'affirmation des femmes dans le monde académique, elle veut y prendre sa place et, par conséquent, prépare une thèse d'agrégation de l'enseignement supérieur, sous la direction du professeur Maurice Wilmotte. Ce dernier estime qu'elle doit accomplir des études complémentaires à Paris, ce qu'elle va faire, aidée par le Fonds National de la Recherche Scientifique qui vient d'être créé sous l'impulsion du Roi Albert Ier ainsi que de la Fondation Biermans-Lapôtre, qui héberge des étudiants belges dans la capitale française. Elle part avec un jeune juriste qui veut accomplir le même parcours. Il s'agit de Fernand Dehousse, qu'elle va épouser et qui deviendra Professeur de Droit International Public à l'Université de Liège, puis Ministre de l'Instruction Publique. Lors de son séjour à Paris, Rita Lejeune est distinguée par plusieurs professeurs, parmi lesquels Mario Roques.

Revenue à Liège, elle va rédiger sa thèse et la défendre avec succès en 1935. Après avoir été une des premières étudiantes de l'Université de Liège, Rita Lejeune devient en 1939, dix ans après Marie Delcourt, la deuxième femme à y enseigner[1], d'abord comme chargée de cours, puis en 1954, comme professeur ordinaire[2].

Après avoir habité un appartement moderne dans le cœur populaire de la Cité Ardente, l'ile d'Outremeuse, le jeune couple s'établit sur une hauteur en louant une maison Mont Saint-Martin, près de chez leur collègue à tous deux Léopold Levaux. Fernand Dehousse présente lui aussi sa thèse d'agrégation de l'Enseignement Supérieur puis devient, en 1935, professeur titulaire de la chaire de Droit des Gens. Décelant la plongée de l'Europe vers une nouvelle guerre, il dénonce, dans la revue L'Action wallonne la politique de neutralité vis-à-vis de l'Allemagne d'Adolf Hitler. Ses analyses l'amènent à penser que la Wallonie est progressivement délaissée par l'État belge dans tous les domaines et que l'État sacrifie le territoire wallon pour défendre Bruxelles et la Flandre. Il devient militant wallon, entraînant son épouse dans ses idées même si elle se consacre entièrement à la recherche, à l'enseignement et à ses élèves.

En 1936, Rita Lejeune donne le jour à son premier enfant, un garçon, auquel elle donne un double prénom : Jean pour son père et Maurice pour son Maître Maurice Wilmotte, qui accepte d'en devenir le parrain laïc. Cette naissance ne diminue en rien son activité professionnelle. Spécialiste des littératures française et occitane du Moyen Âge, elle va publier toute sa vie de nombreux travaux sur la littérature wallonne dialectale et contribuer à une meilleure compréhension des textes médiévaux.

Cependant, pour elle comme pour son mari, les accords de Munich en 1938 sonnent le glas de la paix. Elle ne veut pas revivre l'occupation allemande et cherche donc à s'expatrier au moins temporairement avec sa famille. Dans ce but, elle demande et obtient une bourse d'études à l'Institut catholique de Toulouse où officie un spécialiste avec lequel elle veut approfondir sa connaissance de la langue occitane, l'abbé Joseph Salvat. Elle part à Toulouse en temps de paix, échappant ainsi à l'exode de mai 1940. Elle entraîne avec elle son fils, sa mère et d'autres membres de sa famille. Fernand Dehousse reste à Liège où son enseignement et son engagement politique le retiennent.

La famille Lejeune est bien établie à Toulouse lorsque éclate l'invasion allemande de mai 1940. Aussitôt, en collaboration avec le consulat de Belgique, Rita Lejeune va prendre une part de plus en plus active à l'organisation de l'accueil des réfugiés belges, qui arrivent d'abord en petit nombre puis en vagues nombreuses, ce qui pose des problèmes de tous genres : logement, alimentation, soins, dans une atmosphère de fin du monde provoquée par l'effondrement en quelques jours de l'armée française, considérée jusque-là comme la plus importante au monde[réf. souhaitée].

Rita Lejeune connaît à Toulouse une crise psychologique très profonde. Elle écrit beaucoup, notamment une "Prière pour l'Absent" qui lui restera très proche jusqu'à ses derniers jours. Elle demande à l'Abbé Salvat, qui accepte et devient le parrain religieux de l'enfant, de baptiser son fils (à Saint-Étienne) dans la religion catholique, à laquelle elle n'appartient pas. Elle ne quitte Toulouse que pour deux ou trois jours, afin de faire voir à l'enfant les restes de la Forteresse de Montségur, dernier lieu de résistance des tenants de la foi cathare, contre lesquels l'Église catholique déclencha une croisade en Europe, la Croisade contre les Albigeois (1208-1249), dont la répression en terre cathare est confiée en 1223 à l'ordre des dominicains.

Fernand Dehousse, que l'invasion a chassé de Liège, les rejoint finalement, essentiellement à pied, et participe aussi à l'accueil de ses concitoyens.

Rita Lejeune est la mère de deux enfants : Jean-Maurice Dehousse, qui suivra les traces de son père dans sa carrière scientifique, comme dans son engagement politique et Françoise Dehousse, qui s'orientera comme sa mère vers la philologie romane et publia une étude des cours de Sainte-Beuve à Liège, puis épousera Jean-Marie Bronkart.

Rita Lejeune est décédée à l'âge de 102 ans. Elle est inhumée au cimetière de la Licour à Herstal.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Rita Lejeune-Dehousse est une médiéviste de renommée internationale[2]. Outre ses travaux sur les Chansons de Geste, en particulier La Chanson de Roland, et la littérature occitane, qu'elle a contribué à faire mieux étudier en Belgique, elle s'est particulièrement consacrée à l'œuvre de Jean Renart qu'elle n'a pas cessé d'étudier, depuis sa thèse d'agrégation en 1935 (L'œuvre de Jean Renart, contribution à l'étude du genre romanesque au Moyen Âge) à 1997 (Du nouveau sur Jean Renart), et dont elle est une spécialiste reconnue[3].

Elle s'est consacrée également à l'histoire de la littérature de Wallonie, par de multiples articles et contributions scientifiques dont l’Histoire sommaire de la littérature wallonne (1942). Elle est aussi l'auteur de l'ouvrage La Wallonie, le Pays et les Hommes, une encyclopédie dont elle a dirigé la partie culturelle avec Jacques Stiennon, la partie proprement historique ayant été confiée à Hervé Hasquin. Son dernier ouvrage est une Anthologie de la poésie wallonne, traduite par elle en français moderne en 2004[2].

Elle était membre de l'Académie royale de Belgique, de l'Académie des Jeux floraux de Toulouse, de l'Académia de Barcelone, présidente d'honneur de l'Association internationale arthurienne et titulaire de nombreuses distinctions honorifiques. Elle a notamment été nommée docteur honoris causa de l'université de Bordeaux.

De sa correspondance on peut extraire des lettres d'André Gide et Jules Romain.

Publications[modifier | modifier le code]

Liste non exhaustive

  • Rita Lejeune-Dehousse, L'œuvre de Jean Renart, contribution à l'étude du genre romanesque au Moyen Age, Liège, Faculté de Philosophie et Lettre, , 470 p. (réédité en 1968, par Slatkine Reprints, Genève).
  • Histoire sommaire de la Littérature Wallonne, Office de Publicité, Bruxelles, , 117 p.
  • Recherches sur le thème: Les chansons de geste et l'histoire, Liège, Faculté de Philosophie et Lettre, , 255 p.
  • avec Jacques Stiennon, La légende de Roland dans l'art du moyen âge, vol 1, Arcase, , 811 p.
  • Saint-Laurent de Liège. Église, abbaye et hôpital militaire. Mille ans d'histoire, Liège, Soledi / Université de Liège, 1968.
  • « Le Roman de Guillaume de Dole et la principauté de Liège », dans Cahier de civilisation médiévale, tome 18, p. 1-24, 1974
  • La Wallonie, le Pays et les Hommes : Histoire, Économie, Sociétés, La Renaissance du Livre, 1975-1976, 2 vol.
  • Jean Renart et le roman réaliste au XIIIe siècle, dans le Grundriss der romanischen Literaturen des Mittelalters, Heidelberg, 1978, IV/1, p. 400-446.
  • « Les bourgeois et la bourgeoisie au XIIIe siècle dans les œuvres littéraires de l'est wallon », Revue de l'Université de Bruxelles, 1978, no 4, p. 483-491.
  • Du nouveau sur Jean Renart, 24 pages, Liège, 1997.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Libre Belgique 2005
  2. a, b et c Rita Lejeune vient de fêter ses 100 ans
  3. Jean Renart (trad. Jean Dufournet), Le Roman de la Rose ou de Guillaume de Dole, Champion, , introduction p. 12

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]