Risque chimique

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Cet article fait le point sur les risques liés à la manipulation des produits chimiques, mis à part les problèmes de toxicité. Les différents risques (asphyxie, risques liés au pH, incendie, explosion, fluides cryogéniques, rayonnement ionisant) sont présentés. Pour chacun des risques, une présentation est réalisée suivie des conséquences sur les biens et les personnes ; enfin les moyens de prévention à utiliser sont développés.

Explosion [modifier | modifier le code]

Article connexe : Règlementation ATEX.
Hexagone de l'explosion

Une explosion peut être causée par différentes substances telles que des gaz, des liquides, des solides (poudres ou poussières inflammables) et correspond à l’évolution d’un système avec libération d’énergie et production d’effets thermiques et mécaniques. Une explosion survient après formation d’une atmosphère dite « explosible ». Les explosions peuvent être de différentes natures : chimique ou physique.

Les risques dus à l’explosion concernent toutes les personnes présentes sur le lieu d'origine de l’explosion et peuvent aussi engendrer des risques pour les personnes à proximité mais pas directement sur le site. L’explosion peut occasionner des blessures graves, mais aussi toucher les fonctions vitales de l’individu. Ces risques concernent surtout des destructions partielles ou totales des locaux. De plus, une explosion peut projeter des débris sur d'autres réacteurs ou zones à risques, créant ainsi une seconde explosion : c'est l'effet missile ou effet domino.

Afin de prévenir tout risque d’explosion, il faudra veiller à identifier les sources d’inflammation. Il faudra aussi essayer de substituer un produit inflammable par un autre produit (moins inflammable), augmenter la granulométrie et éviter l’accumulation de vapeur. La prévention s’applique aussi à la formation du personnel et à la mise à disposition de protections appropriées. La détection d'un début d'explosion est assez difficile, puisque les gaz qui en sont responsables sont inodores. Un réseau d'explosimètres est donc souvent placé aux alentours d'une zone à risque, afin de détecter une concentration anormale en gaz.

Incendie [modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Incendie et Classe de feux.
Autre pictogramme « produit comburant »
Pictogramme « produit comburant »

Le risque incendie est sensiblement présent lorsque trois facteurs sont réunis : la présence d’un combustible, d’un comburant et d’un apport d’énergie. C’est ce que l’on appelle couramment le triangle du feu.

Le combustible est le matériau susceptible de s’enflammer. Il peut s’agir de composés solides (bois, papier, tissu, etc.), mais aussi de composés liquides (essence, solvants organiques, etc.). Il est possible d’identifier de tels composés grâce au pictogramme « inflammable » présent dans les laboratoires.

Le comburant, quant à lui, est dans la plupart des cas le dioxygène apporté par l’air ambiant. Il existe néanmoins divers composés chimiques capables de jouer ce rôle (peroxydes, peracidesetc.). Enfin l’apport d’énergie peut être réalisé par la présence d’une source chaude, d’une flamme ou d’une étincelle.

Le déclenchement d’un incendie entraîne des dommages matériaux irréversibles mais aussi des dommages aux personnes exposées.

On distingue plusieurs classes de feux : les feux de classe A (matériaux solides), les feux de classe B (liquides ou solides liquéfiables), les feux de classe C (gaz) et les feux de classe D (les métaux). Selon le type d’incendie, la réaction à adopter est différente. Il existe ainsi plusieurs types d’extincteurs (portatif, mobile ou fixe) et plusieurs agents extincteurs (eau pour feux de classe A, mousse pour feux de classe B, poudre de type BC, ABC ou D correspondant au cas traité, dioxyde de carbone).

Risques liés au pH [modifier | modifier le code]

Article détaillé : pH.
Pictogramme « produit corrosif »

Les risques liés au pH sont nombreux. Ils peuvent intervenir notamment lors d’un mélange de deux produits qui peut provoquer une variation importante de pH. Cela peut entraîner une augmentation de température (voire l’explosion du récipient), un dégagement de gaz inflammables ou toxiques, la corrosion du récipient ou l’irritation de la peau.

Un pH très acide ou très basique provoque de graves brûlures. Les acides réagissent avec l’eau présente dans la peau de manière très exothermique et c’est ce dégagement de chaleur qui brûle la peau. Les bases, quant à elles, attaquent les protéines de la peau et les dégradent. La peau part en lambeaux et c'est à ce moment-là qu'on ressent ces brûlures. C'est pourquoi on ne manipule jamais un acide ou une base sans porter des lunettes de protection, une blouse et des gants. Un déversement d’acide ou de base peut entraîner la corrosion du matériel (sol, paillasses, vêtements, récipients de stockage, etc.) si celui-ci est en métal ou en céramique.

Pour éviter les risques liés au pH, il faut toujours verser (lentement) l’acide dans l’eau (jamais l'inverse), toujours connaître le contenu des solutions et des réactions possibles avant de les mélanger (voir Fiche de données de sécurité). Mais aussi ajouter lentement une solution au milieu réactionnel si celle-ci est susceptible de provoquer un changement de pH qui peut entraîner une importante augmentation de température.

Asphyxie [modifier | modifier le code]

Article connexe : Oxymètre.
Pictogramme du risque d'asphyxie

L’asphyxie résulte de la respiration d’un air appauvri en dioxygène. Cet appauvrissement peut provenir du remplacement de cet air par un autre gaz que ce soit volontairement (inertage) ou involontairement (fermentation ou décomposition dégageant du CO2, de l’H2S, etc.). L’asphyxie est une condition dans laquelle les cellules du corps ne reçoivent pas un approvisionnement suffisant en oxygène et entraîne la mort.

Les principaux gaz asphyxiants sont le monoxyde de carbone, le méthane, l’éthane, le diazote, le sulfure d’hydrogène et le dioxyde de carbone. Le danger vient du fait qu’ils sont incolores et inodores, d’où la nécessité d’un système de prévention et d’alerte efficace.

L’air respirable contient environ 21 % de dioxygène et en deçà d’une teneur d’environ 17 % le risque de perte de connaissance brutale, sans signe précurseur, est à craindre. La mort en souvent entraînée car le secours doit être immédiat. Cette diminution du taux d’O2 peut être liée à différents éléments. Lors du travail dans un espace confiné, deux types de mécanisme sont en cause :

Lors de la conception d'un espace de travail ou de repos pour le personnel, il faudra veiller à ne pas créer une atmosphère confinée, lieu le plus probable de cas d'asphyxie.

Fluides cryogéniques [modifier | modifier le code]

Article détaillé : Cryogénie.
Pictogramme indiquant la présence de fluide cryogénique

Un fluide cryogénique est un gaz ou un liquide dont le point d’ébullition est inférieur à −150 °C.

Ils peuvent provoquer différents risques : sur la santé (asphyxie, brûlures et gelures, effet du froid), par explosion avec rupture du réservoir, dus à la modification des propriétés des matériaux.

Du fait des différents risques qu’entrainent les fluides cryogéniques, il est nécessaire d’utiliser du matériel adapté, résistant à l'action du gaz et aux basses températures.

On recense deux conséquences graves pour la santé, l’asphyxie et les brûlures / engelures. L’asphyxie résulte du fait qu’à température ambiante tous les fluides cryogéniques s’évaporent. Or un litre d’azote liquide représente environ 690 litres de gaz[1], donc dans les pièces mal ventilées le taux de dioxygène peut se retrouver en dessous des 21 % initialement présents.

Les brûlures résultent d’un contact direct ou indirect avec le fluide. Un contact direct avec la peau et / ou les yeux peut provoquer des lésions irréversibles. Un contact indirect, par exemple en touchant un métal qui a été en contact avec un fluide peut aussi provoquer des brûlures graves, ou par exemple en respirant de manière plus ou moins prolongée le nuage de gaz au-dessus du fluide cryogénique peut entrainer une brûlure des poumons.

La première des préventions est la formation du personnel aux risques et à l’utilisation de fluides cryogéniques. Cette formation doit porter sur les propriétés du fluide cryogénique utilisé tant à l'état liquide qu'à l'état gazeux, sur les instructions et la maintenance des équipements utilisés et les matériaux compatibles, sur les dispositifs de sécurité ainsi que les EPI, et sur les premiers soins et intervention d’urgence.

Rayonnement ionisant[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Rayonnement ionisant.
Pictogramme des rayons ionisants

Les rayons ionisants sont très énergétiques, ils peuvent ioniser la matière qu’ils traversent. Certains sont naturels (rayonnement cosmique (du soleil), rayonnement tellurique (de l’uranium et du thorium), etc.) et d’autres artificiels (radiographie médicale (rayons X), médecine nucléaire (rayons gamma), radiothérapie (rayonnement X et électronique)).

L’importance des effets des rayonnements ionisants sur la santé est très variable. Au-delà d’un certain seuil, les rayonnements ionisants peuvent provoquer des effets à court terme (stérilité temporaire ou définitive, nausées, etc., voire la mort). À plus long terme, les rayonnements peuvent favoriser la survenue de cancers ou provoquer des anomalies génétiques. Aucun seuil n’a été identifié pour ces effets dits aléatoires. Ainsi, toute dose, aussi faible soit-elle, peut entraîner un risque accru de cancer. Les rayonnements ionisants perturbent les différents processus biologiques qui ont lieu dans les cellules des tissus ou des organes exposés. Les conséquences sont de deux types :

  • modification des propriétés chimiques des constituants de la cellule (ionisation) : ces constituants ne peuvent plus alors jouer leur rôle ;
  • altération du matériel génétique (l’ADN), ce qui provoque des mutations ou la mort de cellules.

Lors de la gestion des risques liés aux rayons ionisants, il faut tenir compte de l’hypothèse d’absence d’effets de seuil. Une exposition même minime peut entraîner des risques pour la santé.

Le confinement des émetteurs de rayons ionisants, l’assainissement et le traitement de l'atmosphère des locaux de travail sont des mesures indispensables pour limiter les risques.

Il faut également utiliser des équipements de protection individuelle (EPI) adaptés (masques respiratoires, gants, surbottes, lunettes, etc., voire tablier de plomb si cela est nécessaire).

Une surveillance médicale des personnes potentiellement exposées est indispensable.

Risques biologiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Risque biologique.

Les applications des biotechnologies dans le secteur industriel sont extrêmement variées et peuvent poser des risques biologiques. Étant donné la toute récente émergence de la biotechnologie et surtout de la biotechnologie blanche et que l’utilisation des agents biologiques (micro-organismes, algues, bactéries,…) diffère d’une industrie à une autre, le risque biologique associé n’a pas encore fait l’objet des études approfondies et à long termes afin qu’on obtienne une vue d’ensemble sur ce type de risque.

Par exemple, dans l’industrie des biocarburants, si les matières premières ne sont pas correctement stockées à l'abri de l'humidité dans un local ventilé, les micro-organismes peuvent générer des risques au personnel (allergie, irritation,…). De plus, dans certaines conditions, la fermentation de la matière première peut générer des gaz inflammables ou dangereux pour la santé. Quant à la culture d’organismes vivants, si les bassins de culture des algues sont mal entretenus, il n'est pas exclu que des zones de fermentation se créent, générant alors des gaz dangereux, comme l'H2S.

Des agents biologiques pourraient entraîner des conséquences graves comme des maladies respiratoires : l’asthme, pneumopathie d’hypersensibilité, bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO),…

Afin de réduire au minimum les risques biologiques, des mesures de prévention sont à prendre pour Lutter contre l’exposition aux poussières contaminées, contre la prolifération d’agents biologiques. Il est également impératif de respecter des mesures d’hygiène pour éviter le risque de contamination. En outre, une attention particulière aux personnes immunodéprimées est à portée par le médecin de travail.

Stockage des produits chimiques[modifier | modifier le code]

Le stockage de produits chimiques doit se faire de manière sécurisé, en limitant les risques déjà existants et en évitant la création de nouveaux risques. Pour cela il faut :

•      Disposer de fiches de données de sécurités qui correspondent aux produits stockés.

•      Stocker les produits dans des lieux ventilés.

•      Disposer de cuves de rétention afin de retenir les produits en cas de fuites.

•      Stocker les produits dans un local extérieur, et garder uniquement les quantités nécessaires à proximité des postes de travail (dans une armoire de stockage par exemple).

Le responsable du stockage des produits chimiques devra également faire attention à la compatibilité des produits, que ce soit pour le stockage (ne pas stocker les bases et les acides ensembles, ne pas stocker de produits réagissant avec de l’eau à proximité de canalisations,…), ou pour les cuves de rétention (ne pas utiliser de matériaux attaquables par les produits qui doivent être retenus en cas de fuites).

Enfin il appartient au responsable du stockage de hiérarchiser le niveau de dangerosité des produits utilisés afin de les stocker dans les meilleures conditions possibles.

Tri des déchets[modifier | modifier le code]

Les déchets dangereux sont présents dans toutes les activités industrielles. Un déchet chimique ou toxique peut impacter de manière grave sur l'environnement et la santé humaine. En général, des déchets sont classés en 3 catégories : risques physiques, risques chimiques et risques biologiques. Plus précisément, la communauté européenne définit comme catégorie de déchets dangereux :

•       Les DIS (Déchets Industriels Spéciaux) composés de déchets radioactifs, de déchets de soins, et de déchets issus de laboratoires et industries chimiques ; et qui doivent subir un acheminement et une élimination spécifique.

•       Les DIB (Déchets industriels Inertes ou Banaux) présentant moins de risques que les précédents

•       Les ordures ménagères.

Pour que la gestion des déchets soit efficace, le manipulateur doit identifier des dangers. La FDS et l’étiquette sont les deux instruments réglementaires utilisés pour communiquer sur ces dangers.

La gestion de déchet varie selon le type de déchets. Ici, on distingue 6 grandes familles, soit :

•       Déchets chimiques non toxiques

•       Déchets acido-basiques

•       Déchets contenant des ions métalliques toxiques

•       Déchets contenant des oxydants

•       Déchets inorganiques toxiques

•       Déchets organiques

Bruit et Substances ototoxiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ototoxique.

Dans une entreprise utilisant des produits chimiques, le bruit n’est pas le seul facteur responsable d’une possible baisse d’audition. En effet, certains produits chimiques, dit ototoxique peuvent fragiliser l’oreille.

Par inhalation ces substances se retrouvent dans les canaux sanguins sanguins et vont atteindre l’oreille interne et notamment la cochlée, puis détériorer les cellules ciliés de la cochlée. Ces dernières sont capables grâce à leurs cils de se contracter et de se relaxer, ceux qui a pour effet de convertir l’énergie mécanique provenant d’une onde sonore en signaux électriques pour le cerveau, une déterioration de ces cellules entraînera donc une perte d’audition.

Les substances ototoxiques peuvent provenir du milieu professionnel  comme les solvants aromatiques (toluène, cyclohexane, …) utilisé dans l’industrie chimique, mais peuvent être aussi extra-professionnel. Les antibiotiques de type aminoglycosides ou aminosides essentiellement prescrits en milieu hospitalier et des anticancéreux sont eux aussi ototoxiques.

Il n'existe pour l’instant pas de règlement spécifiques concernant ces substances, la prévention de ce risque est géré par le médecin du travail. Il doit s’informer des traitements reçus par le salarié afin de mettre en œuvre les solutions pour protéger sa santé, et éventuellement trouvés des susbstitus aux médicaments à risque.

Aide à l'analyse du risque chimique[modifier | modifier le code]

Plusieurs formations spécialisées portent sur ce thème.

En France, l'INRS avec l'aide de la DGT, la Direction des risques professionnels et diverses organisations professionnelles ont en 2015 mis à disposition de tous (novice ou plus expert) un logiciel nommé SEIRICH qui aide à identifier et classer (en termes de risque) les produits dangereux, et à évaluer les risques chimiques pour l'entreprise qui les utilise, accompagné d'un tutoriel et d'un quizz qui permet aussi de déterminer la version de SEIRICH la plus adaptée au niveau de l'utilisateur. Un outil d'aide au repérage des substances est également mis à disposition[2]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Cet article a été développé dans le cadre d'un projet HSE, par des élèves de deuxième année d'école d'ingénieur de chimie (ENSCR).

  1. Dans les conditions typiques de l'ambiante.
  2. SEIRICH ; Un outil pour vous aider à évaluer et prévenir les risques chimiques dans votre entreprise (avec vidéo explicative), consulté 2015-06-16

Articles connexes[modifier | modifier le code]