Rhassoul

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Le rhassoul est une argile naturelle composée de silicium, de magnésium et de lithium. Répertorié comme ingrédient, sa désignation INCI est Moroccan lava clay, son nom INCI français, Ghassoul[1]. Il est dénommé Tfal en Tunisie et phonétiquement orthographié rassoul. Dissout dans de l’eau, il donne une sorte de boue aux propriétés détersives et dégraissantes.

Le mot rhassoul vient de l'arabe الغاسول‎, translit. l-ġasul, littéralement "ce qui lave".

Extraction[modifier | modifier le code]

Le rhassoul est exploité quasiment uniquement dans le gisement de Tamdafelt[2], près de Ksabi, dans la province de Boulemane, à environ 200 km au sud de Fès, dans le J'bel Rhassoul[3], dans la partie marocaine du massif montagneux de l’Atlas. Il s'étend sur plus de 25.000 ha [4] en bordure-Est du Moyen-Atlas. C'est une région au sol argileux et pauvre, peu propice aux cultures où la population est pauvre. Le gisement produirait environ 2 700 tonnes par an, mais ce chiffre ne provient que d'un seul inventaire, daté de 1998[5]

Le rhassoul, de couleur beige à marron grisé, est extrait du minerai, séché au soleil, sans traitement chimique ni conservateur: Ensuite, il est commercialisé soit à l'état brut sous forme de mottes de terre, soit sous forme de plaquettes dites “M’siek”, soit iles t finement broyé en poudre fine à ultrafine.

On en trouverait aussi à Ghassoul, petite localité située entre Ain sefra, El bayadh et Aïn Ouarka, dans la wilaya de Naâma en Algérie.

Propriétés[modifier | modifier le code]

Deux caractéristiques rendent le rhassoul exceptionnel: il est smectique, du grec smêktikos, σµηκτικός, "apte à nettoyer" et hydrophile, du grec phileo, φιλέω « aimer » et hydrô, ὕδωρ « eau ». Avec un coefficient de 1,66, sa capacité à absorber l’eau est supérieure à celle de toutes les autres argiles. Mélangé à de l’eau jusqu’à obtenir une pâte fluide, le rhassoul présente des propriétés détersives et dégraissantes grâce à sa capacité importante d’échange d’ions, mais contrairement aux savons, il ne contient aucun tensio-actif. D'autre part sa teneur en oxyde d’aluminium et en oxyde de calcium est très faible.

Cela lui confère une capacité naturelle d’absorption et adsorption, une sorte d'effet de buvard. Les particules isolées sont ensuite éliminées par un rinçage. Le rhassoul permet un nettoyage ciblé par neutralisation et élimination des substances.

Commerce et usages[modifier | modifier le code]

Cet argile, parfois improprement qualifiée de « saponifère », est exportée dans le monde entier, car elle connait de nombreux usages.

Usages traditionnels[modifier | modifier le code]

Traditionnellement vendu dans les souks, le rhassoul est utilisé au foyer et dans les hammams[6], par les habitants du Maghreb, notamment les marocains depuis des siècles, pour nettoyer et soigner leur peau et leurs cheveux. Il fait aujourd'hui partie de l'offre des centres d'hydrothérapie et spas modernes. Il possède des propriétés dégraissantes qui le font utiliser comme savon minéral dans les bains[7] pour le lavage des cheveux, de la peau et le dégraissage du suint de la laine des mouton.

Industries[modifier | modifier le code]

Le rhassoul entre dans la composition de produits cosmétiques, dermatologiques et pharmaceutiques.

Cosmétique / Dermatologie / Pharmacie[modifier | modifier le code]

Le rhassoul est utilisé comme agent stabilisant, émulsifiant et humectant dans les émulsions, crèmes et gels, agent abrasif dans les dentifrices et agent de contrôle de la viscosité des cosmétiques.

Ainsi entre-t-il entre dans la composition de masques de soin, de formules de gommages, de shampoings[8], gels de bain et de douche[8] et bien entendu de savons et crèmes pour le visage et le corps[8], notamment contre l'acné[8]... Vendu sous forme de préparation cosmétique, il sera alors agrémenté de plantes, de fleurs séchées, d'huile essentielle, etc.

Le rhassoul est l'ingrédient principal des pansements gastriques tels Smecta ou Actapulgite.

Chimie / Technologies environnementales[modifier | modifier le code]

Le rhassoul ayant des propriétés adsorbantes et fixatrices, ce minéral permet de neutraliser des substances. Ainsi permet-il d'extraire d'une solution aqueuse, le bleu de méthylène[9], la Rhodamine B[10], les chromates[11] ou l' arsenic V[12], une forme inorganique de l'arsenic extrêmement toxique, résidu des exploitations minières.

Ses propriétés font du rhassoul un épurateur d’eau naturel[13]. Il est ainsi utilisé comme membrane de micro- et d’ultrafiltration dans la purification de l'eau, afin de neutraliser l'effet des pesticides, comme certains fongicide[14].

Métallurgie[modifier | modifier le code]

Principalement constitué de stevensite (Mg3Si4O10(OH)2), le rhassoul peut servir à remplacer le talc, utilisé pour synthétiser la cordierite entrant dans la fabrication des creusets pour l'industrie métallurgique et les prothèses dentaires.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'actuel extracteur, la Société du Ghassoul et de ses dérivés Sefrioui SaRL, fait remonter l'exploitation du gisement au XIIe – XIIIe siècle[15], mais les Égyptiens le mentionnent, les Romains puis par les Orientaux et Européens pour ses vertus régénérantes, nettoyantes, protectrices et réparatrices, elle devient un véritable rituel dans les soins de beauté traditionnels du corps et des cheveux au Moyen Orient. Le plus ancien document historique répertorié est quant à lui, un décret royal (en arabe dahir ظهير) promulgué par le sultan Sidi Mohammed Ben Abdellah Ben Ismail (1715-1790) et attribuant l’exploitation des carrières aux chérifs, « nobles », de Oulad Moulay Ali, de Ksabi, vallée de la Moulouya en date du 14 mars 1786 (13 Joumada Awwal 1200) pour l'exploitation de ce gisement, "en échange du versement au trésor public de la moitié de l'argent qu'ils percevraient de la vente du produit."[16] Ce dahir est resté en vigueur jusqu’au 23 mai 1947, date à laquelle les chérifs ont cédé ce droit dans les mêmes conditions à une entreprise moderne, la SABA (Société des argiles Abou Adra) qui devait verser une redevance pour moitié au Trésor public et pour moitié aux chorfas[17]. En 1954, la SABA est remplacée par la Société du Ghassoul et de ses dérivés Sefrioui SA., détenue par la famille Sefrioui. Le 6 décembre 1960 un dahir transfère le bénéfice versé aux chorfas à la commune rurale de Ksabi dans la vallée de la Moulouya.

Ainsi, jusqu'en 2014, n'existait qu'un seul adjudicataire pour l'exploitation du gisement qui appartient au domaine privé de l’État[18]. A cette date, le Gouvernement marocain a décidé d'élargie le droit d'exploitation de cette argile, à condition qu'elle soit préparée sur place avant d'être exportée. Toutefois, selon le rapport de 1998 cette ressource naturelle est relativement limitée. Elle représenterait l'équivalent de 20 années d’exploitation au rythme de 3 000 tonnes marchandes par an, soit 60.000 T, vendu à un prix moyen de 10.000 DH (environ 908.50 €) la tonne.

Géologie[modifier | modifier le code]

L'ére industrielle permit les analyses scientifiques plus poussées du terrain.

La première analyse géophysique de cette argile date de 1843, elle est publiée par le minéralogiste français Augustin Alexis Damour (1808-1902).

Le géologue et archéologue français Jules Couillat-Barthoux décrit le gisement en 1923. Il le situe "dans une zone marneuse à gypses irrégulièrement entrecoupée de bancs de dépôts calcaires"[19].

L'origine (diagenèse) de ce matériau est ensuite très discutée. En 1936, le géologue français Albert de Lapparent (1839-1908) démontre qu'il s'agit d'un produit de l'altération de roches volcaniques instables et en situe l'apparition durant l'Oligocène supérieur. Mais la découverte de fossiles de rongeurs par le paléontologue et géophysicien Mouloud Benammi a permis de rapporter ces formations au Miocène moyen (Serravalien, Tortonien)[20]. Le rhassoul pourrait avoir comme origine la décomposition de la dolomite[21].

Cette argile a été assimilée à une stévensite (smectite magnésienne) néoformée dans un bassin évaporitique à dépôts gypseux, d'origine lacustre ou évaporitique[22],[23].

Son pH est neutre

Minéralogie[modifier | modifier le code]

Le rhassoul contient de nombreux minéraux : Magnésium, Fer, Zinc, Sodium, Phosphore, Potassium[13], Quartz, Silice[24], des Provitamines mais sa teneur en oxyde d’aluminium et en oxyde de calcium est très faible.

Le rhassoul absorbe 1,66 fois son poids d'eau

Chimie[modifier | modifier le code]

Compossition du rhassoul[modifier | modifier le code]

La composition chimique moyenne, étudiée dès 1843, indique les pourcentages moyens suivants[25]:

Composants majeurs

silice ou dioxyde de silicium - SiO2: 55-60%

oxyde de magnésium - MgO: 22-25%

PF - 8%

Composants mineurs

alumine - Al2O3: 3-4%

oxyde de calcium ou chaux - CaO: 1-2%

oxyde de fer - Fe2O3: 1-2%

oxyde de sodium - Na2O ;

oxyde de potassium - K2O ;

dioxyde de titane - TiO2.

La composition minéralogique du Rhassoul est différentes des autres argiles. Il s'agit d' une argile magnésienne minérale naturelle. C'est la seule argile présentant un taux de stevensite de lithium de 90% ou plus[8]. Avec un pourcentage de 20%, l’oxyde de magnésium est largement présent dans le Rhassoul, principalement constituée de stevensite (it) (Mg3Si4O10(OH)2, caractérisée par une substitution isomorphe limitée de Si 4+ par l'Al 3+)[26], d'une smectite trioctaédrique riche en magnésium (Mg)[26] et de quartz[26] et dolomie[26] du Miocène. En 2009, Benhammou et son équipe ont évalué sa surface spécifique à 133 m2/g[26], et sa capacité d'échange de cations (CEC) à 75 meq/100 g. Le principal cation échangeable est le Mg 2+ (53 meq/100g)[26].

Le rhassoul est l'argile, dont la teneur en oxyde d’aluminium et en oxyde de calcium est la plus faible. C'est cette caractéristique qui permet de l’utiliser sur les peaux très sensibles comme le contour des yeux.

Le rhassoul se caractérise par une grande capacité de gonflement et une capacité d’échange cationique élevée, ce qui lui permet de fixer des cations à sa surface.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. in https://cosmeticobs.com/fr/ingredient-cosmetique/moroccan-lava-clay-464/
  2. Video, https://www.youtube.com/watch?v=fRyzyjx4Y6k
  3. d'où son nom
  4. Royaume du Maroc, Ministère de l’Intérieur, Wilaya de la région Fes, "Document de marketing du territoire de la Région Fes - Boulemane", p. 49
  5. « Rapport d’étude géologique » mis en ligne par le ministère de l’Équipement marocain à l'occasion du lancement de l'appel à manifestation d’intérêt (AMI) de 2014 « pour la concession de la recherche, l'extraction, le traitement, la valorisation et la commercialisation du Ghassoul dans la vallée de Ksabi Moulouya »
  6. Adel, K., & Benghabrit Remaoun, N. (2014). Hammam : pratiques et rituels aujourd’hui. Insaniyat/إنسانيات. Revue algérienne d'anthropologie et de sciences sociales, (63-64), 59-82.
  7. Notes et mémoires du Service géologique du Maroc, Numéro 182, 1965, p. 387
  8. a, b, c, d et e Ministère marocain de l'équipement (2013), Appel à manifestation d’intérêt (AMI) de 2014 « pour la concession de la recherche, l'extraction, le traitement, la valorisation et la commercialisation du Ghassoul dans la vallée de Ksabi Moulouya », p. 1
  9. Elass, K., Laachach, A., Alaoui, A., & Azzi, M. (2010). Removal of methylene blue from aqueous solution using ghassoul, a low-cost adsorbent. Appl. Ecol. Environ. Res, 8(2), 153-163.
  10. Elass, K., LAACHACH, A., & AZZI, M. (2013). Equilibrium, thermodynamic and kinetic studies to study the sorption of Rhodamine-b by moroccan clay. Global NEST Journal, 15(4), 542-550.
  11. Benhammou, A., Yaacoubi, A., Nibou, L., Bonnet, J. P., & Tanouti, B. (2011). Synthesis and characterization of pillared stevensites: application to chromate adsorption. Environmental technology, 32(4), 363-372 (résumé).
  12. Yassine Bentahar et alt.. Caractérisation physico-chimique des argiles marocaines : application à l’adsorption de l’arsenic et des colorants cationiques en solution aqueuse. Université Côte d’Azur, 2016. https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01452518/document Bentahar, Y., Hurel, C., Draoui, K., Khairoun, S., & Marmier, N. (2016). Adsorptive properties of Moroccan clays for the removal of arsenic (V) from aqueous solution. Applied Clay Science, 119, 385-392.
  13. a et b Elaboration et caractérisation des supports plans à base d’argile (Rhassoul) pour membranes minérales, O. Qabaqous, N. Tijani, M. Naciri Bennani, A. El Krouk, Faculté des Sciences de Meknès, 2014.
  14. Azarkan, S., Peña, A., Draoui, K., & Sainz-Díaz, C. I. (2016). Adsorption of two fungicides on natural clays of Morocco. Applied Clay Science, 123, 37-46 (résumé).
  15. Lire http://www.ghassoul.org/pages.php?lang=fr&ref=ghassoul_3_1
  16. Ce document est lui même cité dans un Rapport d'étude géologique du gisement de Ghassoul de Tamdafelt Ksabi de 1998, publié à l'appui d'un appel d'offres émis par le ministère de l’Équipement, du Transport, de la Logistique et de l'Eau du Royaume du Maroc http://www.equipement.gov.ma/appels-doffres/pages/ao.aspx
  17. Berrada B (2013) ; 10 questions impertinentes sur le ghassoul ; www.medias24.com, 29 octobre 2013
  18. Titre foncier n° 5525/41 constitué de deux parcelles de superficie respective P1 : 19 031 ha, P2 : 2 084 ha, selon l'AMI
  19. Jules Couillat-Barthoux, Description de quelques minéraux marocains, 1924, A. Minnes, Paris, 12e ser. T.3, juin, p. 261-275
  20. Nouveaux rongeurs du miocène continental du Jebel Rhassoul (Moyenne Moulouya, Maroc), Mouloud Benammi, Institut des Sciences de l'Evolution, Université de Montpellier, 1996, in Geobio, Vol. 30, N° 5, 1997, Pages 713-721 https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0016699597801593
  21. Chahi, A., Duringer, P., Ais, M., Bouabdelli, M., Gauthier-Lafaye, F., & Fritz, B. (1999). Diagenetic transformation of dolomite into stevensite in lacustrine sediments from Jbel Rhassoul, Morocco. Journal of Sedimentary Research, 69(5) (résumé.
  22. Duringer, P., Ais, M., & Chahi, A. (1995). Contexte géodynamique et milieu de dépôt du gisement de stevensite (rhassoul) miocene du Maroc; environnement lacustre ou evaporitique ?. Bulletin de la Société géologique de France, 166(2), 169-179.
  23. Chahi, A. (1992) Comparaison des minéraux argileux des formations lacustres du Jbel Rhassoul et des phosphorites marines des Ganntour au Maroc. Genèse des minéraux argileux magnésiens : Thèse de doctorat, Université Louis Pasteur, Strasbourg, 211 pp.
  24. Thiry M., Ben Brahim M. (2012). Silicifications du Jbel Ghassoul (bassin de Missour, Maroc) : les conditions de leur formation. Rapport d’étude No R121208MTHI, Centre de Géosciences, École des Mines de Paris, Fontainebleau, France. 38 pages.
  25. Le Ghassoul, propriétés cosmétiques et thérapeutiques, Mouna BELAMINE, Faculté de Médecine et de Pharmacie de Rabat, Thèses de pharmacie, 2012 p. 42 s
  26. a, b, c, d, e et f Benhammou, A., Tanouti, B., Nibou, L., Yaacoubi, A., & Bonnet, J. P. (2009). Mineralogical and physicochemical investigation of Mg-smectite from Jbel Ghassoul, Morocco. Clays and Clay Minerals, 57(2), 264-270.