Rhassoul

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le rhassoul (: الغاسول‎, translit. l-ġasul) aussi orthographié ghassoul, rassoul (ou encore dénommé Tfal en Tunisie) est une argile magnésienne minérale naturelle principalement constituée de stevensite (Mg3Si4O10(OH)2, caractérisée par une substitution isomorphe limitée de Si 4+ par l'Al 3+)[1], d'une smectite trioctaédrique riche en magnésium (Mg)[1] et de quartz[1] et dolomie[1] qui s'est déposée au Miocène. en 2009, Benhammou et son équipe ont évalué sa surface spécifique à 133 m2/g[1], et sa capacité d'échange de cations (CEC) à 75 meq/100 g. Le principal cation échangeable est le Mg 2+ (53 meq/100g)[1].

Le Rhassoul est extraite dans les montagnes de l’Atlas du Maroc (Jebel Rhassoul)(D'où le nom du produit sous cette orthographe). On en trouverait aussi à Ain ouarka dans la wilaya de Naama[réf. nécessaire]. C'est la seule argile présentant un taux de stévensite de lithium de 90% ou plus[2].

Cet argile est utilisé par les femmes marocaines depuis des siècles, pour nettoyer et soigner leur peau et leurs cheveux. Il est utilisé comme masque pour le visage et cataplasme pour le corps[3].
Le mot Rhassoul pourrait dériver du verbe "Rassala" ("laver" en langue arabe).

Histoire[modifier | modifier le code]

Selon une étude publiée en 1998, le premier document historique mentionnant cette exploitation date du 14 mars 1786. Il s'agit d'une concession signée par le sultan Sidi Mohammed Ben Abdellah Ben Ismail, autorisant les chorfas Oulad Moulay Ali de Ksabi de la Moulouya à exploiter cette argile, en échange du versement au trésor public de la moitié de l'argent qu'ils percevraient de la vente du produit.

La première analyse géophysique de cette argile date de 1843, publiée par Darmour, puis Barthoux en décrit le gisement en 1923 dans une zone marneuse à gypses irrégulièrement entrecoupée de bancs de dépôts calcaires. L'origine (diagenèse) de ce matériau est ensuite très discutée ; En 1936-1937 on pense qu'elle provient de l'hydratation de matériaux volcaniques liquides puis en 1937 Lapparent montre qu'il s'agit plutôt d'un produit d'altération de roches volcaniques instables.

Le 23 mai 1947, les chorfas d’Oulad Moulay Ali de Ksabi de la Moulouya et l’administration des domaines ont cédé leurs droits à une entreprise moderne, la SABA (Société des argiles Abou Adra) qui devait verser une redevance pour moitié au Trésor public et pour moitié aux chorfas[4].

En 1945, la SABA est remplacée par la Société du Ghassoul et de ses dérivés Sefrioui SA.

Le 6 décembre 1960 un dahir transfère le bénéfice versé aux chorfas à la commune rurale de Ksabi de la Moulouya.

Jusqu'en 2014 un unique soumissionnaire s'était toujours manifesté lors des adjudications ; il a toujours été l'unique exploitant du gisement qui appartient au domaine privé de l’État[5], mais le Gouvernement décide de lancer un appel à manifestation d'intérêt pour « la recherche, l’extraction, le traitement, la valorisation et la commercialisation du produit « Ghassoul » » ; en faveur du développement local en « installant des unités industrielles de transformation du ghassoul dans la région ».

Extraction[modifier | modifier le code]

le Rhassoul est extrait d'un gisement souterrain des montagnes de l’Atlas du Maroc (Jebel Rhassoul), en bordure-Est du Moyen-Atlas, dans les carrières de Tamdalet, à environ 200 km au sud de Fès dans la vallée de la Moulouya dans la Province de Boulemane), dans une région au sol argileux et pauvre peu propice aux cultures où la populations est pauvre. Une argile similaire est trouvée dans la région de Ghassoul petite localité située entre Ain sefra et El bayadh en Algérie.

Les carrières marocaines s'étendent sur environ 25 000 ha et produiraient environ 2 700 tonnes par an de ghassoul, au cœur d'un gisement qui n'avait en 2014 fait que l'objet d'un seul inventaire, daté de 1998, publié dans un « Rapport d’étude géologique » qui ne concerne toutefois que le seul gisement du Jebel Ghassoul (21 000 hectares)[6].
Cette production a longtemps fait l'objet d'un monopole (« dahir de jouissance »), réservée à la famille Sefrioui) mais en 2014 un appel a manifestation d'intérêt a été lancé par le Maroc pour ouvrir le droit d'exploitation de cette argile, à condition qu'elle soit préparée sur place avant d'être exportée du site. Selon le rapport de 1998 cette ressource naturelle est relativement limitée (équivalent de 20 années d’exploitation au rythme de 3 000 tonnes marchandes par an, soit 60.000 T. de ghassoul). Selon le producteur cité par le rapport de 1998, le produit était extrait à raison de 3 000 tonnes par an de 1993 à 1997, vendu à un prix moyen de 10.000 DH la tonne.

Commerce et usages[modifier | modifier le code]

Cet argile, parfois improprement qualifiée de « saponifère », est commercialisée comme produit lavant des cheveux ou de soin pour la peau dans les souks sous forme de grosses mottes de couleur gris clair ou gris foncé. On le trouve aussi à l'état brut sous forme de poudre ou de plaquettes dites “M’siek”. Le Ghassoul est aussi vendu sous d'autres formes préparées (parfumé ou additionné de certaines fleurs séchées, d'huile essentielle, etc) dans de nombreux pays où on l'utilise dans les hammams [7] ou à la maison pour le lavage de la peau ou des cheveux, pour des gommages doux de la peau ou la fabrication de masques de soin.

L'industrie l'utilise comme ingrédient de shampoings[2] ; gels de bain et gel-douche[2] ; savons et crèmes pour le visage et le corps[2], crème cosmétique contre l'acné[2]...

Elle a été testée comme absorbant et adsorbant[8] minéral pour divers produits tels que le bleu de méthylène en solution[3], la Rhodamine-b[9] ou encore pour la potabilisation de l'eau, par exemple pour extraire ceratains pesticides (ex : fongicides[10]), des chromates[11] ou une forme inorganique de l'arsenic extrêmement toxique, souvent retrouvée dans l'eau de régions minières l' arsenic V d'une solution aqueuse[12].

Géologie[modifier | modifier le code]

L'origine de cette argile a été assimilée à celle de stévensites (smectites magnésiennes) néoformées dans un bassin évaporitique à dépôts gypseux, d'origine lacustre ou évaporitique[13]. Elle pourrait avoir comme origine la décomposition de la dolomite[14].
Une thèse a été écrite par A Chahii en 1992, relative aux argiles du Jbel Rhassoul, comparées aux phosphorites marines des Ganntour au Maroc[15]. Principalement constitué de stevensite (Mg3Si4O10(OH)2), le rhassoul du Maroc peut servir à remplacer le talc comme base de céramiques à base de cordierite (le talc est utilisé pour synthétiser la cordierite). Deux voies aux moins ont été testées pour cela : le mélange Rhassoul, silice et alimine, ou le mélange rhassoul et andalousite.

Minéralogie[modifier | modifier le code]

Les composants du rhassoul sont : silicium, fer, magnésium, potassium, sodium, oligo-éléments et pro-vitamine.[réf. nécessaire]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Benhammou, A., Tanouti, B., Nibou, L., Yaacoubi, A., & Bonnet, J. P. (2009). Mineralogical and physicochemical investigation of Mg-smectite from Jbel Ghassoul, Morocco. Clays and Clay Minerals, 57(2), 264-270.
  2. a, b, c, d et e Ministère marocain de l'équipement (2013), Appel à manifestation d’intérêt (AMI) de 2014 « pour la concession de la recherche, l'extraction, le traitement, la valorisation et la commercialisation du Ghassoul dans la vallée de Ksabi Moulouya »
  3. a et b Elass, K., Laachach, A., Alaoui, A., & Azzi, M. (2010). Removal of methylene blue from aqueous solution using ghassoul, a low-cost adsorbent. Appl. Ecol. Environ. Res, 8(2), 153-163.
  4. Berrada B (2013) ; 10 questions impertinentes sur le ghassoul ; www.medias24.com, 29 octobre 2013
  5. Titre foncier n° 5525/41 consitué de deux parcelles de superficie respective P1 : 19 031 ha, P2 : 2 084 ha, selon l'AMI
  6. « Rapport d’étude géologique » mis en ligne par le ministère de l'Equipement marocain à l'occasion du lancement de l'appel à manifestation d’intérêt (AMI) de 2014 « pour la concession de la recherche, l'extraction, le traitement, la valorisation et la commercialisation du Ghassoul dans la vallée de Ksabi Moulouya »
  7. Adel, K., & Benghabrit Remaoun, N. (2014). Hammam : pratiques et rituels aujourd’hui. Insaniyat/إنسانيات. Revue algérienne d'anthropologie et de sciences sociales, (63-64), 59-82.
  8. Auta, M., & Hameed, B. H. (2015). Synthetic textile dye removal from aqueous solution solution using midified local clay adsorbent. Environmental Engineering & Management Journal (EEMJ), 14(4).
  9. Elass, K., LAACHACH, A., & AZZI, M. (2013). Equilibrium, thermodynamic and kinetic studies to study the sorption of Rhodamine-b by moroccan clay. Global NEST Journal, 15(4), 542-550.
  10. Azarkan, S., Peña, A., Draoui, K., & Sainz-Díaz, C. I. (2016). Adsorption of two fungicides on natural clays of Morocco. Applied Clay Science, 123, 37-46 (résumé).
  11. Benhammou, A., Yaacoubi, A., Nibou, L., Bonnet, J. P., & Tanouti, B. (2011). Synthesis and characterization of pillared stevensites: application to chromate adsorption. Environmental technology, 32(4), 363-372 (résumé).
  12. Bentahar, Y., Hurel, C., Draoui, K., Khairoun, S., & Marmier, N. (2016). Adsorptive properties of Moroccan clays for the removal of arsenic (V) from aqueous solution. Applied Clay Science, 119, 385-392.
  13. Duringer, P., Ais, M., & Chahi, A. (1995). Contexte géodynamique et milieu de dépôt du gisement de stevensite (rhassoul) miocene du Maroc; environnement lacustre ou evaporitique ?. Bulletin de la Société géologique de France, 166(2), 169-179.
  14. Chahi, A., Duringer, P., Ais, M., Bouabdelli, M., Gauthier-Lafaye, F., & Fritz, B. (1999). Diagenetic transformation of dolomite into stevensite in lacustrine sediments from Jbel Rhassoul, Morocco. Journal of Sedimentary Research, 69(5) (résumé.
  15. Chahi, A. (1992) Comparaison des minéraux argileux des formations lacustres du Jbel Rhassoul et des phosphorites marines des Ganntour au Maroc. Genèse des minéraux argileux magnésiens : Thèse de doctorat, Université Louis Pasteur, Strasbourg, 211 pp.