Ressources Investment

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Ressources Investment
Création 2016
Personnages clés Keqin Hu
Marc Fressange
Jingwen Zhao
Forme juridique Société par actions simplifiée
Siège social Paris
Drapeau de France France
Activité Activités des sociétés holding
SIREN 820099646

Fonds propres 470 900  en 2017
Dette 62 000  en 2017
Chiffre d'affaires en 2017
Résultat net −29 100  en 2017

Ressources Investment est une société française créée en 2016 et sous le contrôle du milliardaire chinois Hu Keqin. Ce dernier est à la tête du Group Reward (connu sous Luowa en Chine[1]), une société chinoise fondée en 1995 qui s'est progressivement diversifiée en trois branches d'activité : les produits ménagers, l'immobilier et l'alimentaire avec notamment la commercialisation du lait en poudre. À la suite d'un scandale alimentaire concernant le lait en Chine, le groupe pour se diversifier et redonner confiance aux consommateurs dans la qualité de ses produits, décide de s'approvisionner dans des pays dont les normes appliquées sont reconnues.

La qualité de la production française et l'attrait de son foncier conduisent le milliardaire Hu Keqin, PDG du conglomérat Reward, à investir dans des exploitations céréalières en France. Le but est d'expédier la farine produite pour permettre d'alimenter une futur chaine composée 1 500 boulangeries. Ce projet fait faillite en 2019 alors que seuls trois de ses boulangeries furent créés.

Les acquisitions d'exploitation par Reward durant les années 2010 a eu d'importante répercussion politique. Elles ont mis en exergue les défaillances des organismes français de contrôle du foncier, et ravivé la crainte d'une perte de la souveraineté alimentaire en raison l'accaparement des terres par une puissance étrangère.

Contexte[modifier | modifier le code]

Scandales agroalimentaires en Chine[modifier | modifier le code]

La population chinoise connaît une perte de confiance dans la qualité, la sécurité de ses productions. Il y a alors une recherche de la sécurité vers des pays dont les normes appliquées sont reconnus.

En 2008, la Chine est frappée par un scandale alimentaire touchant le lait. Alors que Sanlu, l'une des plus importantes société agroalimentaire en Chine, reçoit des plaintes concernant les produits qu'elle commerciale dès . Son lait contient de la mélamine, une substance classée toxique par l'OMS, afin de le faire paraître plus riche en protéine. Les autorités taisent le scandale et refuse de retirer les produits de la vente en raison de l'attention médiatique que connaît le pays à l'approche de l'organisation des JO de Pékin de 2008. La révélation du scandale en vient d'une coopérative néo-zélandaise partenaire de Sanlu. Officiellement à la suite des 10 mois qu'a durée la distribution, les autorités confirme que le nombre de victimes est supérieur à 290 000, dont 51 900 hospitalisés. Trois décès sont recensés, parmi onze cas de morts soupçonnées d'intoxication par mélamine dans les provinces[2].

D'importantes quantités de cadmium ont été déversées dans la rivière du Longjiang par des exploitations minières fournissant les industriels des batteries. La rivière est officiellement contaminé sur une centaine de kilomètre, mais pourrait s'étendre jusqu'à Hong Kong ou Macao. Les relevés montrent les concentrations du produit cancérogène dépassent de huit fois les normes en vigueur en Chine, avec localement une concentration supérieure à 25 fois le seuil. De crainte d'une intoxication au cadmium, les habitants de la ville de Liuzhou se ruent sur les bouteilles d'eau, tandis que Liujiang et ses environs, comprenant 1,5 millions d'habitants, est également menacé[3]. Par la suite l'eau a contaminé les sols ainsi que les rizières. L'Université de Nankin estime qu'en 2013, 10% de la production du riz en Chine a été contaminé, dans un pays dans lequel 65% de la population mange du riz à tous les repas[4].

Foncier abordable en France[modifier | modifier le code]

Le modèle d’agriculture français[5], dans le cadre notamment de l’agriculture familiale, veut que les prix des terres soit bas. Il est soutenu par la Safer, le régulateur des prix. Les exploitations doivent garder leur indépendance par le côté familiale et pouvoir rester contrôlée en famille tant au niveau des capitaux qu’au niveau des décisions. Les prix bas permettent également de faciliter l’implantation de jeunes agriculteurs en manque de capitaux [6].

Cela fait que la France a l’attrait de disposer des terres agricoles parmi les moins chères d’Europe avec 6 060 €/ha en 2016. Cela a pour conséquence de rendre très abordable les terres françaises pour les investisseurs étrangers. Dans les pays de l'Est, les terres s'échangent à 9 100 €/ha en Pologne et 12 000 €/ha en Slovaquie, soit des montants plus important qu'en France. Mais les terres en Roumanie, Estonie, Croatie et Lituanie s'échangent pour moins de 3 000 €/ha. À l'opposé, les montants sont bien plus élevés dans les pays de l'Ouest avec 63 000 €/ha aux Pays-Bas, 40 000 €/ha en Italie ou 26 000 €/ha au Luxembourg et en Angeleterre[7],[8]. Même si un étranger propose un prix bien supérieur au prix du marché français, cela reste bon marché par rapport à son pays d’origine : financièrement les deux parties à la transaction sont gagnants.

La Chine souffre d’un important déficit de foncier sur son territoire[9] : elle a des difficultés à atteindre le niveau de production attendue par sa population. Elle a besoin de nourrir 20% de la population mondiale mais en ne disposant que de seulement 8-9% des terres agricoles[10]. La forte pression sur ses terres conduit alors le pays à réaliser des investissements extérieurs dans l’objectif notamment d’assurer sa sécurité alimentaire. Elle ne doit plus seulement acheter des denrées sur le marché international, mais elle doit acquérir le moyen de les produire afin d’éviter les conséquences catastrophique d’une défaillance des marchés (pénurie, embargo,...). Cependant, Jean-Joseph Boillot estime que « la Chine a des faiblesses, notamment son industrie agroalimentaire archaïque, mais elle est capable de se nourrir elle-même »[11].

Lors d'opérations foncières, il n’est pas possible de délocaliser le foncier. Cependant la terre, en elle-même, ou bien les plantations qui s'y trouvent sont délocalisables. Des investisseurs, également chinois, ont délocalisés des cépages français. Les échanges avec Reward portent sur la matière produite par ce foncier.

Projet de Keqin Hu[modifier | modifier le code]

HongYang est une société spécialisée dans la fabrication et la commercialisation d’équipement pour les stations-service et l’industrie pétrolière. Elle agit en Europe par l’intermédiaire de la société Beijing Reward International Trade, fondée en 1995, qui produit et commercialise du lait en poudre. Elle est dirigée par Keqin Hu, né en Chine en 1958 et marié en 1992 à Xia Zhao, il est classé parmi les plus grandes fortunes chinoises avec 1,22 milliard de dollars selon Forbes[12].

Il souhaite proposer aux consommateurs chinois des produits haut de gamme, à savoir du pain « à la française » tel que des baguettes ou du pain de campagne. En 2018, il ambitionne de créer une chaine de 1 500 boulangeries dans les cinq ans. La première des boutiques est inaugurée en dans un centre commerciale chic de Pékin dessiné par l'architecte urbaniste Zaha Hadid[13],[14].

Les scandales agroalimentaires font que les consommateurs chinois ont une plus grande exigence en matière de traçabilité. Il décide alors de se tourner vers la France pour produire la farine pour avoir un gage de la qualité des matières premières utilisées. Il souhaite avoir le contrôle sur toute la chaîne de production, allant de la culture du blé jusqu'à la distribution[15]. Alors que cela fait plusieurs années que les investisseurs chinois s’intéressent aux vignobles français, le groupe HongYang, dirigé par Keqin Hu, rachète régulièrement des exploitations céréalières. Le groupe a déjà fait l'acquisition notamment d'une exploitation laitière de 13 000 ha en Mongolie. Il n’y a rien de nouveau dans le procédé, ce ne sont pas les premiers à avoir utilisé la méthode employée, ni même les premiers étrangers à l’avoir fait. Le belge Agriland possède 12 000 ha de terre dans le Nord[5].

La rentabilité économique du projet, de produire la farine en France puis de la transporter en Chine, vient du fait que la France possède des terres agricoles dont le prix sont extrêmement faible comparé aux autres pays. Afin de préparer les exportations, il passe un accord avec Axéréal, représenté par Jean-François Loiseau, afin que la coopérative s'occupe des récoltes[15]. En 2017, la coopérative expédie seulement 50 tonnes de farine en Chine, et ses boulangers se chargent de la formation de leurs homologues de Chez Blandine[11]. La société chinoise annonce même en 2018 vouloir créer une école dans laquelle des artisans français enseigneraient leur savoir[15].

Acquisitions foncières[modifier | modifier le code]

Organigramme du groupe Ressources Investment

Les acquisitions foncières en Europe, qui commencent en 2013, répondent à une stratégie nationale de la Chine « d’assurer la sécurité alimentaire et d'encourager les entreprises privées à investir à l’étranger ». Reward Group développe Shuangwa Aliment (ou Beijing Shuangwa Dairy Co., Ltd), une filiale pré-existante, créée en 1998. Elle promeut notamment la distribution de produits « France imported wheat floor », à savoir des sacs de farine provenant de France[16].

Contournement de la Safer[modifier | modifier le code]

Les Safer assurent la transparence du marché foncier rural. Elles sont des organismes créés par la loi d'orientation agricole de 1960. Elles ont pour mission d'améliorer les structures foncières par l'installation d'exploitations agricoles ou forestières, ou le maintien de celles existantes par l'accroissement de leur superficie, par la mise en valeur des sols et, éventuellement, par l'aménagement et le remaniement parcellaires. Également, elles ont pour mission de diversifier les paysages, protéger les ressources naturelles et maintenir la diversité biologique et, notamment, communiquer aux services de l’État, dans des conditions fixées par décret, les informations qu'elles détiennent à propos de l'évolution des prix et l'ampleur des changements de destination des terres agricoles[17].

Afin de parvenir à maintenir la stabilité du marché foncier rural, elle possède un droit de préemption. Cependant ce droit est encadré. Une Safer n’a pas la possibilité d’acquérir qu’une part d’une société. Elle doit impérativement acquérir la société ou en cas d’acquisitions partielle, d’être capable d’acquérir le complément dans les deux ans. Si l’acheteur ou plutôt le vendeur n’a pas d’intention de vendre dans les deux ans, il n’est pas possible pour une Safer de préempter le bien.

Pour préparer l’acquisition et éviter ainsi une éventuelle préemption, une faille juridique dans le droit de préemption des Safer est utilisée. Les terres sont mises sous forme sociétaire (SCEA, GFAetc.) afin de pouvoir plus aisément contrôler et échanger les parts détenant les terres. L'acheteur n'acquière qu'une part du foncier et le vendeur conserve le reste de la propriétaire des terres. Ce démembrement permet ainsi d'échapper à toute possibilité d'une Safer d'exercer son droit à préempter.

Cette technique permet alors au groupe chinois d'acquérir du foncier, sans pour autant enfreindre la législation, mais sans risque de voir entraver ses acquisitions par la Safer. Lors du rachat des SCA, un intermédiaire, Marc Fressange, intervient toujours en tant que gérant ou co-gérant tout en gardant l’ancien gérant en place. Parallèlement, Jun Wang représentante de HongYang, et épouse de Marc Fressange, signe certains rachats[18].

L'intermédiaire, Marc Fressange[modifier | modifier le code]

Les acquisitions de terres en France ne se font pas directement par Ressources Investment dont Marc Fressange est le directeur Europe. Elles se font via des sociétés chinoises appartenant au Group Reward. Néanmoins Marc Fressange joue un rôle primordial en prenant la tête de la gérance des achats.

Marc Fressange, né à Honfleur en 1962, est un homme d'affaires français diplômé d'HEC, qui a notamment été directeur générale d'EMW, le joint-venture entre EMAP et Wanadoo.

Il est par la suite devenu le fondateur et directeur de la société Ouh la la France qui est spécialisé dans l’importation et la vente en Chine de grands crus et produits agro-alimentaire français. Ce secteur viticole est déjà connu des investisseurs chinois qui y acquièrent des dizaines de domaines en France notamment depuis les années 2000, afin de « favoriser l’œnotourisme, d’inviter des clients, mais aussi de profiter de ses propres réseaux de commercialisation ». Ces investissements sont favorisés par la libéralisation de l'économie chinoise depuis 2002[19].

Marc Fressange commence à s'intéresser au secteur agricole en France dès 2014 en fondant la SCEA d'Esperabent. À la suite des acquisitions par le Group Reward, Marc Fressange est nommé le plus souvent gérant de la société, parfois gérant non-associé. En 2016, il devient mandataire de Ressource Investment. Juridiquement, la société est spécialisée dans la gestion de portefeuille d’investissement pour le secteur agroalimentaire. Il aurait préféré que la société s'appelle Chambrisse Investment du nom de la SCEA qu'il est en train d'acquérir, mais Keqin Hu maintient le nom de Ressource Investment. Les nominations de Fressange à la tête des exploitations rachetées par le groupe sont systématiques et se poursuivent jusqu'en 2019, année durant laquelle le groupe chinois fait faillite.

Acquisitions foncières[modifier | modifier le code]

France relief location map.jpg
City locator 4.svg
Ressources Investment
City locator 4.svg
Lechamp International
City locator 4.svg
Sunjoy
City locator 4.svg
SCEA d'Esperabent
City locator 4.svg
SCEA des Plaines à blé
City locator 4.svg
SCEA de Chambrisse
City locator 4.svg
GFA de Kluiskade
City locator 4.svg
SCEA du Grand Mée
City locator 4.svg
SCEA du Grand Saulay
City locator 4.svg
GFA Laporte
City locator 4.svg
SCEA du Domaine de la Tournancière
City locator 4.svg
SCEA des Bergeries
City locator 4.svg
GFA de la Varenne
City locator 4.svg
GFA de l'Acolin
City locator 4.svg
Le Chatelard 1802
Voir l’image vierge
Localisation des sièges sociaux des exploitations.

C'est à partir de 2015 que la presse fait échos d'achat sur les localités de centaines d'hectares à Clion et Châtillon et d'un millier à Vendœuvres, mais d'autres acquisitions ont déjà été préalablement réalisées. Il est alors évoqué l'achat de trois exploitations sont rachetées en Indre en 2015 pour un total de 1 500 ha sans même que la Safer soit averti[21].

La société peut s’adresser à des exploitants pour certains en difficultés financières. Cela facilite les échanges car l’exploitant est pressé par le temps et n’a forcément la possibilité d’attendre qu’un autre investisseur se manifeste. La société est prête à mettre beaucoup plus d’argent que ce que le marché français prévoit en proposant 20% de plus que le marché[22]. Cela a un fort impact vis-à-vis d'un exploitant subissant des pressions financière. Les moyens d’approcher les éventuels vendeurs est de ce fait discutable car profitant de la vulnérabilité des vendeurs. Mais les exploitations, pris de court, sont finalement rachetés à des prix très faibles[23]. Ce procédé n'est cependant pas systématiquement mise en œuvre.

La SCEA des Plaines à Blé de 102 ha est achetée dès pour 280 000 . En , le siège social est déplacé du lieu-dit de la Villanier, situé à Brigueuil en Charente, à Quiberville en Seine-Maritime. Le mois suivant Marc Fressange devient gérant de la structure, tandis qu'Alain Braconnier démissionne de la structure.

Fin 2014 que les investisseurs poursuivent les acquisitions d'exploitations notamment à Châtillon-sur-Loire en Indre. Il s'agit de la SCEA Chambrisse, une société agricole créée en 1994, par des Irlandais qui exploite un millier d'hectare dont 518 hectares en propriété. L'exploitation céréalière est rachetée par Hong Yang à 98% pour 4 000 000 [24]. Les 2% restant sont conservés par les anciens propriétaires. Ces derniers sont toujours gérants de la société, mais désormais en compagnie de Marc Fressange. Leur pouvoir est extrêmement réduit puisqu'ils n'ont pas l'autorisation statutaire d'engager des dépenses supérieures à 1 000 euros.

Le , Hong Yang achète de nouveau 98% des parts d'une exploitation, mais cette fois à Vendoeuvre. Didier Delmond détient temporairement durant 20 ans, l'usufruit des 2% restants. La nue-propriété est quant à elle détenue par la SARL Indor, holding créée en 2007 par Didier Delmond et Jean Freyssenge[25]. L'acquisition de la Tournancière, une SCEA créée en 2007 mais dont l'origine remonte à 1987, exploite 550 hectares dont 180 hectares en fermage. L'exploitation aurait été acquise pour seulement 15 000 [24].

Hong Yang acquière de nouveau une exploitation en 2015. Les parts de la SCEA du Grand Mée, une ferme de 120 ha sur la commune de Clion au « Grand Mée » sont rachetées à 99% à Ronald Ammerlaan pour 250 000  : « J’étais pris par le temps, j’avais les banques sur le dos »[26]. Le , Kequin rachète lui-même 78% des parts du GFA du Kluiskade lié à la SCEA du Grand Mée, 19% sont rachetées par l'épouse de Marc Fressange, représentant de la société Hong Yang. Ronald Ammerlaan se consacre par la suite au commerce de gros de matériel agricole[27].

À la même date, le GFA Laporte est acheté à 72% par Kequin Hu, 18% par la représentante chinoise et les autres 10% reste la propriété d'Emmanuel Laporte, qui avait fondé sa société en 2013. Marc Fressange est toujours nommé gérant à la suite des acquisitions.

Début 2017, le groupe possède cinq SCEA et deux GEA en Indre (Montipouret ; le Boischaut Nord ;…).

En 2017, 900 ha de blé et de maïs ont été acquis à la Bourdonnais en Allier, auprès de Pierre Meyer, propriétaire des GFA de la Varenne et de l'Acolin[28]. Cette fois-ci les changements législatifs ont permis à la Safer d’être mis au courant de la transaction mais n’ont cependant pas permis l’intervention de celle-ci[29]. Les dépenses en Allier avoisineraient les 11 millions ou 12 millions d'euros[30],[12]. Sur l'exploitation, le parc de matériel n'a pas été renouvelé à la suite de l'acquisition. L'itinéraire technique n'a pas été modifié, et les deux salariés de l'exploitation sont maintenus à leur poste[30].

  • Le Grand Saulay, exploitation de 104 ha, acquise pour 100 000  (10 000  plus (30 000  et 60 000  séquestrés)[24]. Emmanuel Laporte possède 10 titres sur 1000 d'une valeur unitaire de 10 euros. Les 990 autres sont détenus par la filliale de Reward Group, Beijing Reward International Trade.
  • SCEA La Bergerie à La Berthenoux pour 942 000  à 99% pour 138 ha[24],[31],[32] ;

La relative faible ampleur des investissements du groupe chinois fait que les exploitants n’ont alors pas la possibilité de créer leur propre filiale d’exportation. Pour ce faire, il faudrait atteindre au moins une surface de 10 000 ha pour pouvoir remplir des trains ou des bateaux à destination de l’Asie. Les chinois travaillent, tout comme les autres agriculteurs locaux, avec la coopérative Axéréal. Elles y achètent semences, engrais, produits phytosanitaire, ainsi que réalise la vente de leurs récoltes. En revanche il n’y a que peu d’impact sur l’emploi local car les productions sont peu nécessiteuses en main d’œuvre.


Faillite[modifier | modifier le code]

Alors que Reward Group prétend disposer de 4 150 millions de RMB au mois de , il est incapable de rembourser une dette de seulement 300 millions de RMB en . L'agence de notation Fitch Ratings lance une alerte à ce sujet en en soulignant l'opacité qui entoure la compte des sociétés chinoises, et du manque d'informations communiquées[33].

Le groupe est mis en faillite en . Les terres françaises continuent néanmoins d'être exploitées[34]. Les trois boulangeries chinoises « Chez Blandine » qui ont ouverte ferment leur porte[35]. Alors qu'auparavant Keqin Hu accueille avec joie les journalistes pour évoquer son projet, il disparait médiatiquement. Le gouvernement chinois annonce des restrictions visant à mieux contrôler la dette des entreprises[36].

Analyses et répercussions[modifier | modifier le code]

Politique[modifier | modifier le code]

La Chine s'astreint des marchés afin d'acquérir des denrées alimentaires en dehors de ses frontières[37]. Cela représente un enjeu pour la sécurité alimentaire d'un pays[38], car les terres cultivées dans un pays servent d'abord à nourrir la population d'un autre pays avant celle du pays où se trouvent les terres[39]. Les agissements du groupe chinois pouvant potentiellement porter atteinte à la souveraineté alimentaire française, un débat politique est engagé afin de prendre des mesures coercitives afin d'éviter que la situation ne se reproduise.

Le , les Safer lancent un appel d'alerte dans un communiqué à la suite d'un achat de terre[40]. Le , les Safer réitèrent l'alerte lors de leur conférence annuelle sou l'appel de son président Emmanuel Hyest[5].

« La FNSafer veut profiter du projet de loi Sapin II (sur la transparence, la lutte contre la corruption et la modernisation de la vie économique) en cours d'examen pour ouvrir le droit de préemption aux cessions partielles. Elle veut aussi soumettre à autorisation d'exploiter les prises de participation qui aboutissent à un contrôle effectif et durable des exploitations agricoles. »

— Inter-Environnement Bruxelles

Les agissements de la société remonte jusqu'à l'assemblé nationale[41],[42]. Le Ministère de l'agriculture et de l'alimentation met en évidence que

« Les achats récents de terres agricoles françaises par des investisseurs chinois dans l'Indre en 2016 puis dans l'Allier en 2017 ont révélé que les outils de régulation du foncier sont inadaptés face au développement des phénomènes de concentration par le biais sociétaire. »

— Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation[43]

Une commission mixte paritaire entre députés et sénateurs approuvent la mise en place de dispositif visant à une meilleure transparence lors des ventes de terre agricole. En , une loi est votée afin de réguler les achats de terres par des industriels étrangers. Le rapporteur Daniel Gremillet fait adopter des amendements pour préciser le dispositif[44]. Mais l'article 3 de la loi relative à la lutte contre l'accaparement des terres agricoles et au développement du biocontrôle est censurée par le Conseil constitutionnel par la décision n°2017-748 DC du [45].

Le Président français, Emmanuel Macron, lors de son discours à la nouvelle génération agricole le 22 février 2018.

Le Président Emmanuel Macron annonce début 2018 vouloir redéfinir le rôle et la gouvernance des Safer[46].

« Pour moi, les terres agricoles en France, c'est un investissement stratégique dont dépend notre souveraineté, donc on ne peut pas laisser des centaines d'hectares rachetés par des puissances étrangères sans qu'on sache la finalité de ces rachats »

— Président français, Emmanuel Macron[47]

Une manifestation se déroule sur le terrain de la Grand Mée en août 2018. Celle-ci organisée par la Confédération paysanne réunit une centaine d'agriculteur[48].

Une mission parlementaire remet un rapport en sur le foncier agricole[49],[50]. Mais le Ministère de l'Agriculture émet des réserves quant à la possibilité de modifier la législation avant la fin du quinquenat en-cours se terminant en 2022[51].

Économique[modifier | modifier le code]

Marché foncier[modifier | modifier le code]

La technique de mis en société fait que la part des exploitations mis en société en croissante les années précédents le scandale. Hormis les réserves foncières de la Safer, il n’y a presque aucune terre sous forme de société au début des années 2000. La tendance est tout autre en 2016. Entre 15 et 20% des terres françaises ont été mis sous forme sociétaires, souvent par les agriculteurs eux-mêmes, mais parfois par des groupes de grande distribution[52]. En 2017, 18,5% des surfaces vendues le sont sous la forme de parts sociales[53].

La financiarisation des terres conduit une érosion des rendements locatifs qui passe de 4,0% en 2014 à 3,2% en 2014. Il faut désormais huit ans d’exploitation à un agriculteur pour se payer un hectare contre cinq ans au début des années 2000.

Les achats de terres par des étrangers en 2017 ne concernent que 107 transactions soit 1.6% du nombre de transaction, mais 9.2% en valeur[53]. Dans les secteurs du commerce et de la chimie, les investissements chinois s'élèvent à respectivement 14% et 8%, soit bien moins que les 2% des investissements dans l'agroalimentaire en 2016[11].

Entre 2016 et 2018, les prix de l'hectare sont passés de 6 000 euros à 10 000 euros en moyenne dans l'Indre. Mais Robert Chaze, président de la Chambre d'Agriculture, dédouane la responsabilité des investisseurs chinois dans la hausse des prix dont 1 700 ha n'auraient pu impacter autant le marché à eux seuls[11].

Déstabilisation de Le Chatelard 1802[modifier | modifier le code]

Le Chatelard 1802 est une société de production de lavande et commercialisation de produits cosmétique et de savon à base de lavande fondé en 2001 à Saint-Auban-sur-l'Ouvèze en Drôme. Elle tient son nom de la colline sur laquelle fut construit en 1802, la ferme appartenant à la famille Montaud. La famille avait alors profité de loi révoquant la construction des maisons à l'intérieur des villages pour s'installer au Chatelard. Dès 1805, des cultures permanentes de lavandes sont mises en place afin de répondre au besoin en parfumerie de la ville de Grasse[54]. La lavande est vendue brut jusque dans les années 1990.

Afin de profiter de l'image de marque de la lavande de Provence et pour diversifier les ventes de l'exploitation, une activité artisanale est développée. Cette activité ne relevant plus de l'agriculture, une nouvelle entité juridique est fondée en 2001 par les trois frères Montaud, Sébastien, Christophe et Benoit. Elle emploie 80 salariés dont 45 salariés permanents dans l'usine, et possède 11 magasins en France et un en Roumanie.

En 2015, les dirigeants envisagent d'introduire en bourse la société sur le marché libre parisien afin de récolter 2 millions d'euros pour pouvoir financer le développement d'une quinzaine de magasin à l'international[55],[56] et une cinquantaine de franchises dans les dix ans[57]. Aucun agrandissement du site de production n'est prévu car celui-ci ne fonctionne qu'à 30% de sa capacité maximale. Les dirigeants renoncent à une introduction en bourse au profit d'un fond d'investissement[58]. Le Chatelard 1802 permet à NextStage de rentrer à son capital à hauteur de 6.5%. 27% des parts sont détenues par Capital développement Audacia et 66.5% par Sébastien Montaud et Christophe Montaud[59]. Benoit Montaud est quant à lui responsable de la ferme.

En 2017, les fondateurs acceptent une offre de Reward Group dans le but de se moderniser, de s'agrandir et de recruter afin de prendre une dimension internationale. Reward Group prend alors 75% des parts de la société et devient majoritaire[60]. La société de met alors à rechercher des franchisés, avec un droit d'entrée de 10 000  et des redevances de 4% du chiffre d'affaires[61]. Des investissements pour 18 millions d'euros sont prévus afin de porter à dix le nombre de lignes de production avant fin 2019. Cela aurait permis de tripler les effectifs de l'entreprise et de porter son chiffre d'affaires à 120 millions d'euros dont 90% à l'exportation contre 5,6 millions dont 68% à l'exportation en 2017[62].

Le , les mandataires de la société sont renouvelés : NextStage quitte la société au profit de l'arrivée d'une équipe chinoise composée de six administrateurs et d'un directeur général. Christophe et Sébastien Montaud estimant que les promesses chinoises n'ont pas été tenues, ils annoncent leur démission le et celle-ci prend effet le suivant[63]. Ils laissent alors les postes de président et de directeur à la nouvelle équipe. Le Chatelard 1802 est mis en redressement judiciaire en à la suite d'une cessation de paiement intervenu en [64].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Informations sociétaires[modifier | modifier le code]

Exploitations agricoles[modifier | modifier le code]

Autres structures[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Agence France-Presse, « Chinese firm's dream of baguette empire crumbles », sur straitstimes.com, (consulté le 28 septembre 2019).
  2. (en) Chow Chung-yan, « Number of melamine-sickened children revised up five-fold », South China Morning Post,‎ , A9
  3. Geneviève De Lacour, « Pollution massive au cadmium en Chine », sur journaldelenvironnement.net, (consulté le 8 novembre 2019).
  4. « Le riz au cadmium sème la panique en Chine », Le Point,‎ (lire en ligne).
  5. a b et c Michel Tendil, « Agriculture - « Le modèle de l'exploitation familiale se marginalise progressivement » », sur Banque des territoires, (consulté le 8 novembre 2019).
  6. « Le modèle agricole familial français menacé », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  7. Arnaud Carpon, « Région par région, le prix des terres arables en France et dans 22 pays d'Europe », sur terre-net.fr, (consulté le 8 novembre 2019).
  8. Amélie Bachelet et Arnaud Carpon, « Les prix des terres en France et en Europe », sur web-agri.fr, (consulté le 8 novembre 2019).
  9. Philippe Reltien, « Terres à prix d'or : quand les firmes accaparent les fermes », sur France Inter, (consulté le 8 novembre 2019).
  10. « Accaparement des terres agricoles : les Chinois ont-ils un plan pour la France ? », sur France Info, (consulté le 8 novembre 2019).
  11. a b c et d Laurent Martinet, « Agriculture : des Chinois dans nos campagnes », sur L'Expansion, (consulté le 11 novembre 2019).
  12. a et b « M. Hu, ce milliardaire chinois qui vient d'acheter 3000ha en France », sur terre-net.
  13. (en) « Chinese billionaire sees baguette goldmine in French fields », sur thelocal.fr, (consulté le 8 novembre 2019).
  14. « Du champ français à la table chinoise –la boulangerie ‘Chez Blandine’ construit la chaine industrielle complète du pain à la française authentique », sur luowa.com, (consulté le 8 novembre 2019).
  15. a b et c « Hu Kegin: nous prenons un soin extrème de nos terres en France », Le Point,‎ (lire en ligne).
  16. « Céréales import et export », sur luowa.com (consulté le 9 novembre 2019).
  17. Article L.141-1 du Code rural et de la pêche maritime sur le site Legifrance.gouv.fr.
  18. Robert Levesque, « Les acquisitions chinoises dans le Berry. Un cas européen », sur agter.org, (consulté le 9 novembre 2019).
  19. Lin Li, « Aspect juridique des investissements chinois en France dans les secteur du vin », sur tel.archives-ouvertes.fr, (consulté le 9 novembre 2019).
  20. « Marc Fressange », sur edecideur.info (consulté le 9 novembre 2019).
  21. https://www.lanouvellerepublique.fr/chateauroux/dossier/les-chinois-a-chateauroux/indre-les-chinois-investissent-dans-la-terre
  22. Nathalie Picard, « Des Chinois achètent en France des centaines d’hectares de terres agricoles », sur reporterre.net, (consulté le 11 novembre 2019).
  23. « Comment les multinationales chinoises rachètent des terres agricoles en France », sur sebsauvage.net, (consulté le 11 novembre 2019).
  24. a b c et d < « Accaparement des terres agricoles en France, quel est le plan des Chinois? », sur sebsauvage.net, (consulté le 11 novembre 2019).
  25. « Indor », sur societe.com (consulté le 11 novembre 2019).
  26. Bruno Mascle, « L'offensive chinoise sur la terre berrichonne », sur lanouvellerepublique.fr, (consulté le 11 novembre 2019).
  27. https://www.societe.com/societe/ammerlaan-ronald-419338074.html SARL Ronald Ammerlaan
  28. Matthieu Villeroy, « Après l'Indre, la Chine convoite des fermes dans l'Allier », sur leberry.fr, (consulté le 11 novembre 2019).
  29. Jean-Louis Schmitt, « Pourquoi les Chinois achètent des terres agricoles dans l'Allier ? », sur natureiciailleurs.over-blog.com, (consulté le 11 novembre 2019).
  30. a et b Stéphane Barnoin, « Ils investissent dans l'agriculture, le sport et les arts : les Chinois, sauveurs ou pilleurs ? », sur lyonne.fr, (consulté le 11 novembre 2019).
  31. Volti, « Accaparement de terres agricoles en France : quel est le plan des Chinois ? », sur lesmoutonsenrages.fr, (consulté le 11 novembre 2019).
  32. Bruno Mascle, « Chinois et terres agricoles : les achats se poursuivent », sur lanouvellerepublique.fr, (consulté le 11 novembre 2019).
  33. Régis Hervé, « Terres agricoles chinoises dans l'Indre : "Le foncier agricole est victime de la spéculation" », sur France Bleu, (consulté le 9 novembre 2019).
  34. Eric de La Chesnais, « Casse-tête autour de terres agricoles du Berry vendues à un groupe chinois », sur lefigaro.fr, (consulté le 9 novembre 2019).
  35. « Des terres françaises aux mains d’un groupe chinois en faillite », sur Réussir, (consulté le 9 novembre 2019).
  36. (en) « Chinese firm's dream of baguette empire crumbles », sur straitstimes.com, (consulté le 9 novembre 2019).
  37. « Comment les firmes accaparent-elles les fermes ? », sur France Inter, (consulté le 11 novembre 2019).
  38. Marina Fabre, « L'accaparement des terres agricoles françaises par des investisseurs étrangers met en danger notre sécurité alimentaire », sur novethic.fr, (consulté le 11 novembre 2019).
  39. « Le foncier agricole français séduit les investisseurs », Le Figaro,‎ (lire en ligne).
  40. Arielle Delest, « Les Safer perdent le contrôle », sur La France agricole.fr, (consulté le 11 novembre 2019).
  41. http://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/rapports/r4363.pdf
  42. LVA, « Des Chinois peuvent acheter des terres agricoles en France », sur lavieagricole.com, (consulté le 11 novembre 2019).
  43. Hervé Maurey, « Achat de terres agricoles par des investisseurs étrangers », sur senat.fr, (consulté le 11 novembre 2019).
  44. AFP, « Accord Sénat-Assemblée pour lutter contre l'accaparement des terres agricoles », sur L'Express, (consulté le 11 novembre 2019).
  45. Gabriel Nedelec, « Reward, le groupe chinois qui voulait devenir le roi de la baguette, a fait faillite », sur Les Échos, (consulté le 11 novembre 2019).
  46. « Macron veut mettre des verrous sur les achats de terres par des étrangers », sur terre-net, (consulté le 11 novembre 2019).
  47. Laurent Martinet, « Agriculture : des Chinois dans nos campagnes », sur L'Expansion, (consulté le 11 novembre 2019).
  48. Jonathan Landais, « Rachat de terres agricoles : des paysans de toute la France dans l'Indre pour une action coup de poing », sur France Bleu, (consulté le 11 novembre 2019).
  49. Antoine d’Abbundo, « La protection du foncier agricole divise les députés », sur La Croix, (consulté le 11 novembre 2019).
  50. « La mission d'information commune sur le foncier agricole présente son rapport », sur assemblee-nationale.fr, (consulté le 11 novembre 2019).
  51. Michel Tendil / Localtis, « La réforme du foncier agricole risque une nouvelle mise en jachère », sur Banque des territoires, (consulté le 11 novembre 2019).
  52. Pierre Demoux, « Les Chinois continuent de grignoter des champs français », sur Les Échos, (consulté le 11 novembre 2019).
  53. a et b « Tout savoir des prix 2017 du foncier agricole et leur évolution », sur terre-net, (consulté le 11 novembre 2019).
  54. « Le Chatelard 1802 », sur atelierdusoleil.com (consulté le 9 novembre 2019).
  55. Baptiste Camilleri, « Le Châtelard 1802 fait son entrée en bourse », sur Le Dauphiné libéré, (consulté le 9 novembre 2019).
  56. dm, « “Le Chatelard 1802” : une entrée en bourse pour conquérir de nouveaux marchés », sur france3-regions.francetvinfo.fr, (consulté le 9 novembre 2019).
  57. Nathalie Rodrigues, « Drôme : la savonnerie Le Chatelard 1802 va entrer en bourse », sur France Bleu, (consulté le 9 novembre 2019).
  58. Nathalie Rodrigues, « La Savonnerie de Nyons entre en bourse », sur France Bleu, (consulté le 9 novembre 2019).
  59. Patrick Vercesi, « Le Châtelard 1802 augmente son capital », sur Le Dauphiné libéré, (consulté le 9 novembre 2019).
  60. « Le Chatelard 1802, la lavande de la production au produit fini », sur Forbes (consulté le 9 novembre 2019).
  61. « Le Chatelard 1802 », sur L'Express, (consulté le 9 novembre 2019).
  62. Patrick Vercesi, « Le Châtelard 1802 change de dimension », sur Le Dauphiné libéré, (consulté le 9 novembre 2019).
  63. « Le Châtelard 1802 : les fondateurs claquent la porte », sur Le Dauphiné libéré, (consulté le 9 novembre 2019).
  64. « Redressement judiciaire Le Chatelard 1802 », sur procedurecollective.fr (consulté le 3 décembre 2019).