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Réséda de Jacquin

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Reseda jacquinii

Reseda jacquinii, le Réséda de Jacquin, est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Resedaceae et du genre Reseda. Il s'agit d'une plante annuelle ou bisannuelle d'une trentaine de centimètres de haut qui produit des grappes de fleurs blanches et des capsules pendantes. Endémique de l'Espagne et du Sud de la France, cette plante montagnarde méditerranéenne est principalement présente en Catalogne et dans les Cévennes au sein des biotopes rocailleux chargés en silice.

Description

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Reseda jacquinii (Ardèche, France).

Le Réséda de Jacquin est une plante annuelle ou bisannuelle vert pâle totalement glabre. Sa racine est un pivot fin. Sa tige ascendante à angles lisses mesure de 15 à 50 cm. Parfois ramifiée dès la base, elle ne l'est jamais sur ses hauteurs. Ses feuilles inférieures sont obovales à oblongues, entières et à la largeur supérieure à 2,5 mm alors que ses feuilles moyennes et supérieures présentent 3 à 5 lobes largement décurrents[1],[2],[3].

Ses fleurs blanchâtres sont organisées en grappes lâches et allongées. Elles sont composées de pédicelles égalant le calice ; de 6 sépales linéaires ; de 6 pétales, plus longs que le calice, aux découpures longitudinales peu nombreuses, courtes, un peu élargies ainsi que de 16 à 20 étamines, à filets non dilatés au sommet[1],[2],[3].

Son fruit est une grande capsule obovale, pendante, longue de 11 à 15 mm et large de 6 mm présentant 2 ou 3 dents triangulaires. Il se forme progressivement dès la pollinisation par les insectes à partir de la base de la grappe et produit de nombreuses petites graines rugueuses de 2 mm de long et colorées de gris à brun terne[1],[2],[3].

Confusion possible

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Reseda phyteuma, le Réséda raiponce, dont les feuilles moyennes et supérieures sont entières (Manerba del Garda, Italie).

Reseda phyteuma, le Réséda raiponce, est une espèce proche qui présente également des fleurs blanchâtres et qui est beaucoup plus courante notamment dans les chaumes. Reseda jacquinii s'en distingue par les lobes des pétales de ses fleurs supérieures, dont les latéraux sont larges au lieu d'être étroits ; par les filets portant ses étamines peu élargis à leur sommet ; par ses sépales stoppant leur croissance après la fructification ainsi que par ses feuilles moyennes et supérieures quasiment toujours divisées[4].

Écologie et répartition

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Reseda jacquinii (Lozère, France).

Le Réséda de Jacquin affectionne les biotopes thermophiles, plutôt secs, au sol pauvre et peu profond comme les rocailles, les arènes et les pentes sèches, toujours sur roche-mère silicieuse, principalement le schiste et le granite. Il pousse également dans les biotopes anthropisés tels que les champs sablonneux, les murs, les talus et les friches. Ses populations sont disséminées, jamais abondantes, dans des stations bien délimitées. Il fleurit d'avril à août, voire septembre[1],[2],[5].

En Espagne, bien que disséminée sur l'ensemble du pays, cette espèce est principalement présente au nord-est, notamment en Catalogne où elle est considérée comme rare et localisée sans que ses populations ne soient en danger[6],[3],[7]. Les mentions en Grèce sont erronées[8].

En France, cette espèce est présente entre 200 et 1 200 m d'altitude dans les Cévennes en Lozère, en Ardèche, dans le Gard et l'Hérault ; dans la montagne Noire aux confins du Tarn, de l'Hérault, de l'Aude et de la Haute-Garonne et dans les Pyrénées-Orientales où une petite population se rencontre à Estagel[1],[2],[9].

Sous-espèces

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Selon Plants of the World online (POWO) (20 octobre 2023)[10] et GBIF (20 octobre 2023)[7] :

  • Reseda jacquinii subsp. jacquinii ;
  • Reseda jacquinii subsp. litigiosa (Sennen & Pau) Abdallah & de Wit, 1978[3].

La sous-espèce litigiosa, le Réséda litigieux[11], s'oppose à la sous-espèce jacquinii par ses feuilles plus souvent pennatiséquées, par ses pétales profondément lobés, par une certaine pilosité, par ses graines plus petites non papilleuses et par sa présence plus abondante dans les biotopes anthropisés comme les jachères[3]. Elle est principalement présente au sud-est des Pyrénées, en Espagne, et rare au nord, en France, alors que la sous-espèce nominale, jacquinii, est absente d'Espagne[3].

Cependant, selon Philippe Jauzein de l'INRA, le rang de sous-espèce est surévalué car la morphologie distinctive de litigiosa n'est reliée à aucun autre caractère[12]. Il pourrait s'agir d'hybridations avec l'espèce proche Reseda phyteuma[4]. L'INPN (20 octobre 2023)[11] ne reconnaît par ailleurs aucune sous-espèce et place Reseda jacquinii subsp. litigiosa en synonyme de Reseda jacquinii.

Reseda jacquinii, illustration botanique de John Lindley (1821).

Le nom correct complet (avec auteur) de ce taxon est Reseda jacquinii Rchb.[7]. Il est nommé selon la méthode binomiale par le botaniste allemand Heinrich Gottlieb Ludwig Reichenbach en dans le volume II de ses Icones florae Germanicae et Helveticae[13]. Son épithète spécifique, jacquinii, est un hommage au botaniste néerlandais du XVIIIe siècle Nikolaus Joseph von Jacquin qui a décrit ce taxon en sous le nom Reseda mediterranea[14]. Ce nom avait déjà été utilisé par Carl von Linné pour désigner une autre espèce décrite depuis la Palestine aujourd'hui nommée Caylusea hexagyna[3],[13].

Nom français

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Ce taxon porte en français le nom vulgarisé et normalisé « Réséda de Jacquin[1],[15] ».

Reseda jacquinii a pour synonymes :

  • Reseda alba St.-Amans[7]
  • Reseda jacquinii Rchb., 1824 var. jacquinii[11],[7]
  • Reseda jacquinii subsp. litigiosa (Sennen & Pau) Abdallah & de Wit, 1978[11]
  • Reseda litigiosa Sennen & Pau, 1905[11]
  • Reseda mediterranea Jacq., 1786[10],[11],[7]
  • Reseda phyteuma subsp. jacquinii (Rchb.) O.Bolòs & Vigo, 1974[10],[11]
  • Reseda phyteuma var. litigiosa (Sennen & Pau) O.Bolòs & Vigo, 1974[11]

Reseda jacquinii est classée sous le statut « préoccupation mineure » par la Liste rouge de l'UICN. Elle est classée en 2013 sous le statut « vulnérable » par la liste rouge de la flore vasculaire de Midi-Pyrénées, ainsi qu'espèce déterminante de l'inventaire ZNIEFF en Midi-Pyrénées, Occitanie, et Languedoc Roussillon[16].

Cette espèce figure sur la liste régionale des espèces protégées en Rhône-Alpes au titre d'un arrêté de 1990[16],[17],[18],[19].

La sous-espèce Reseda jacquinii subsp. litigiosa est protégée sur l'ensemble du territoire espagnol sous le statut vulnérable[20].

Le Réséda de Jacquin est au cœur du litige qui oppose en les militants de l'association Les Ami.es de la Bourges au projet immobilier de la Famille missionnaire de Notre-Dame à Saint-Pierre-de-Colombier en Ardèche[21].

Notes et références

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  1. a b c d e et f Tela Botanica, <https://www.tela-botanica.org>, licence CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, consulté le 20 octobre 2023
  2. a b c d et e Hyppolyte Coste, Flore descriptive et illustrée de la France de la Corse et contrées limitrophes, t. I, Paris, Librairie des Sciences et des Arts, , 414 p. (ISBN 9782853670586, lire en ligne) Accès libre.
  3. a b c d e f g et h (en) Abdallah, Moustafa S. et Hendrik Cornelius Dirk De Wit, « The Resedaceae; a taxonomical revision of the family (final instalment) », Mededelingen Landbouwhogeschool Wageningen, nos 78-14,‎ , p. 99-416 (lire en ligne) Accès libre.
  4. a et b Jean-Marc Tisson et Bruno de Foucault, Flora Gallica - Flore de France, Mèze, Biotope Éditions, , 1196 p. (ISBN 9782366620122).
  5. Bernard-Marie Descoings, « Le statut des espèces végétales protégées dans le département de l'Ardèche », Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Lyon, nos 57-6,‎ , p. 177-200 (DOI 10.3406/linly.1988.10836, lire en ligne).
  6. (ca) Pere Aymerich et Llorenç Sáez, « Llista Vermella de la flora vascular de Catalunya, Actualització any 2020 », Monografies de la Institució Catalana d’Història Natural, no 2,‎ , p. 3-100 (DOI 10.2436/20.1502.04.0).
  7. a b c d e et f GBIF Secretariat. GBIF Backbone Taxonomy. Checklist dataset https://doi.org/10.15468/39omei accessed via GBIF.org, consulté le 20 octobre 2023
  8. (en) S. Martín-Bravo, « Resedaceae », sur Euro+Med Plantbase - the information resource for Euro-Mediterranean plant diversity., 2011+ Accès libre.
  9. « Reseda jacquinii », sur SiFlore - Système d'Information Nationale Flore, Fonge, Végétation et Habitats, Accès libre.
  10. a b et c POWO. Plants of the World Online. Facilitated by the Royal Botanic Gardens, Kew. Published on the Internet; http://www.plantsoftheworldonline.org/, consulté le 20 octobre 2023
  11. a b c d e f g et h MNHN & OFB [Ed]. 2003-présent. Inventaire national du patrimoine naturel (INPN), Site web : https://inpn.mnhn.fr, consulté le 20 octobre 2023
  12. Philippe Jauzein, Flore des champs cultivés, INRA, , 620 p..
  13. a et b (la) Heinrich Gottlieb Ludwig Reichenbach, Icones florae Germanicae et Helveticae, vol. II, Lipsia, apud Ambr. Abel., (lire en ligne Accès libre).
  14. (la) Nikolaus Joseph von Jacquin, Collectanea, vol. I, Vindobonae, Ex Officina Wappleriana, , 386 p. (lire en ligne Accès libre).
  15. Base de données mondiale de l'OEPP, https://gd.eppo.int, consulté le 20 octobre 2023
  16. a et b Inventaire national du patrimoine naturel, « Réséda de Jacquin » (consulté le ).
  17. Arrêté du 4 décembre 1990 relatif à la liste des espèces végétales protégées en région Rhône-Alpes complétant la liste nationale.
  18. « "C’est une victoire", le chantier de la future "basilique" de Saint-Pierre-de-Colombier en Ardèche suspendu », sur France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, (consulté le ).
  19. INPN institut national du patrimoine naturel, « Reseda de Jacquin (Français) Reseda jacquinii Rchb., 1824 », sur INPN (consulté le ).
  20. (es) Ministerio de Agricultura, Alimentación y Medio Ambiente, « Orden AAA/1771/2015, de 31 de agosto, por la que se modifica el anexo del Real Decreto 139/2011, de 4 de febrero, para el desarrollo del Listado de Especies Silvestres en Régimen de Protección Especial y del Catálogo Español de Especies Amenazadas. », sur Boletin Oficial del Estato, 3 de septiembre de 2015 Accès libre.
  21. Elsa de La Roche Saint-André, « Pourquoi une bonne sœur a-t-elle plaqué au sol un militant écologiste en Ardèche ? », sur Libération (consulté le ).

Liens externes

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