Requiem pour un massacre

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Requiem pour un massacre

Titre original Иди и смотри
Réalisation Elem Klimov
Scénario Elem Klimov
Alès Adamovitch
Acteurs principaux
Sociétés de production Mosfilm
Belarusfilm
Pays de production Drapeau de l'URSS Union soviétique
Genre Drame
Guerre
Durée 140 minutes
Sortie 1985

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Requiem pour un massacre également connu sous le titre Va et regarde (en russe : Иди и смотри, Idi i smotri; littéralement « Viens, et vois », phrase tirée du verset 6:7 de l’Apocalypse, traduction Ostervald 1867[1]) est un film soviétique réalisé par Elem Klimov et sorti en 1985. Requiem pour un massacre est considéré comme l'un des meilleurs films de tous les temps[2],[3].

Synopsis[modifier | modifier le code]

Biélorussie, 1943. Sous les invectives d'un villageois qui leur interdit de le faire, deux enfants creusent le sable pour récupérer divers objets enfouis avec des cadavres de soldats. L'enfant le plus âgé, Fiora, trouve un fusil. Revenu à son domicile, malgré l'opposition farouche de sa mère, il décide de rejoindre les partisans biélorusses. Ceux-ci viennent le chercher et en dépit des adieux déchirants de sa mère, il part en la laissant avec ses deux sœurs car son père est sans doute au front.

Arrivé au camp, il découvre un nouveau cadre de vie. Il est affecté à diverses tâches mais les maquisards à peine revenus à leur base doivent repartir en mission. Comme Fiora est très jeune, il est laissé sur place. Ulcéré d'être ainsi déprécié, il s'enfuit et rencontre une jeune fille, Glacha, avec laquelle il revient finalement au camp des partisans. Lorsqu'ils arrivent, le repaire est anéanti par un bombardement qui est suivi par l'apparition de soldats allemands traversant les bois aux alentours.

Tous les deux retournent donc au village complètement désert où le jeune garçon ne retrouve ni sa mère, ni ses sœurs. Horrifié, il réalise que les Allemands sont venus et qu'elles ont sans doute fui. Pensant les retrouver cachées au milieu des marais, il repart sans perdre de temps, sans se retourner ce qui lui évite, contrairement à Glacha, de découvrir le charnier qui s'étend derrière une grange. Après une traversée exténuante du marécage, les enfants retrouvent dans une île des survivants, dont le villageois, très grièvement brûlé, qui leur criait de ne pas creuser le sable ; il leur raconte comment les habitants du village ont été massacrés.

Fiora part avec trois hommes à la recherche de nourriture. L'ennemi est partout et deux de ses compagnons sautent sur une mine ; cependant l'enfant et son camarade volent une vache dans un pré. Sur le chemin du retour, l'animal ainsi que celui qui la menait sont abattus par des tirs de mitrailleuses de l'ennemi. À l'aube, Fiora découvre dans un champ une télègue qui peut lui servir à transporter le cadavre de l'animal mais le propriétaire de la charrette et lui-même rentrent finalement dans un autre village car un détachement de SS arrive. Le village est encerclé ; tous les habitants sont rassemblés sur la place puis enfermés dans l'église. Fiora arrive à en sortir et assiste aux atrocités qui précèdent le massacre de la population puis l'incendie du village. Anéanti, il quitte ce lieu infernal pour retrouver sur la route les partisans qui ont attaqué le détachement nazi et capturé ses officiers qui vont être exécutés.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

  • Titre français : Requiem pour un massacre ou Va et regarde
  • Titre original: russe : Иди и смотри, Idi i smotri (littéralement « Viens et vois »)
  • Réalisateur : Elem Klimov
  • Assistants de réalisation : N. Grakina, I. Levandovskaïa, Afanassi Trichkine, Vladimir Kozlov
  • Scénario : Elem Klimov, Alès Adamovitch d'après son œuvre "Récit de Khatyn"
  • Photographie : Alexeï Rodionov
  • Caméra et électricité : B. Galper, K. Klimine, N. Zouïev
  • Son : Victor Morse
  • Montage : Valeria Belova
  • Direction artistique : Victor Petrov
  • Décors : Victor Petrov
  • Costumes : Eleonora Semionova
  • Effets spéciaux : Albert Roudotchenko, Victor Janov
  • Effets pyrotechniques : N. Andreïev, Ya Goldmann, V. Zemnokha
  • Consultant militaire : P. Goutenko
  • Maquillage : V. Bolotnikov, S. Mikhlina, A. Jourba
  • Musique : Oleg Iantchenko
  • Édition du service musical: Mina Blank
  • Administrateurs de production : Iou. Oksatchenko, V. Ponotchevni, Z. Rogozovskaïa
  • Direction du script : Anatoli Koudriavtsev, Ada Repina
  • Production : S. Terechtchenko
  • Sociétés de production : Mosfilm et Belarusfilm
  • Pays d'origine : URSS
  • Date de sortie : en URSS
  • Langues : biélorusse, russe, allemand
  • Format: couleur - 35 mm - stéréo - 1,37 : 1
  • Genre : Drame, guerre
  • Durée : 140 minutes
  • Dates de sortie :
  • Interdit en France aux moins de 12 ans

Distribution[modifier | modifier le code]

Réception critique[modifier | modifier le code]

Le critique américain Roger Ebert attribue au film la note de 4/4[4]. Sur Rotten Tomatoes, le film obtient le score de 97%[5]. Sur Allociné, les spectateurs attribuent au film la note moyenne de 4,2/5[6]. Les internautes du site SensCritique confère au film la note de 8,2/10[7]. Le site dvdclassik.com donne au film la note de 9/10[8].

Dans sa critique originale du film, publiée en , le journal Le Monde qualifie le réalisateur Elem Klimov de « grand cinéaste humaniste, lyrique, passionné »[9].

Les critiques de la version restaurée, publiées en , du Monde et de Télérama qualifient le film de « chef-d’œuvre »[10],[11].

Christian Collin dans Guide des films édité par Robert Laffont écrit : « Un film foisonnant, parfois outré et désordonné, mais atteignant dans ses meilleurs moments à une terrible intensité. L'ultime séquence où le héros, mitraillant une photo de Hitler, remonte le cours de l'histoire et en gomme le fascisme, atteint à un pathétique très représentatif du style de son auteur. »

Distinctions[modifier | modifier le code]

Autour du film[modifier | modifier le code]

Renseignements puisés dans les bonus du DVD édité par R.U.S.C.I.C.O.

  • La première version du scénario avait pour titre Tuez Hitler. Ce titre, selon Elem Klimov, signifiait « Tuez le Hitler qui est en vous ».
  • Malgré le très actif soutien du premier ministre biélorusse, Piotr Macherov, le scénario a subi de telles critiques de la part du Goskino que le projet a été abandonné pendant plusieurs années. Entre autres observations, il ne fallait pas le mot Hitler dans le titre.
  • Au bout de sept ans, à l'approche du quarantième anniversaire de la Victoire, l'administration a accepté que ce film soit tourné mais par un autre réalisateur ; le scénariste, Adamovitch, répondit que ce serait Elem Klimov et lui seul.
  • Le nouveau titre qui fut conservé «Иди и смотри», Viens et vois a été proposé par son frère, Guerman Klimov, qui lui fut inspiré par la lecture de l'Apocalypse. Il fait référence à l'ouverture des sept sceaux.
  • Le tournage dura neuf mois et fut très dur. Il fut possible de retrouver des Biélorusses qui avaient échappé à des bûchers humains, et leurs indications permirent de donner davantage d'authenticité à certaines scènes. De vraies balles de mitrailleuses ont sifflé au-dessus de la tête d'Alekseï Kravtchenko et ont réellement tué la vache qui a failli l'écraser. De vrais obus ont été utilisés et, pendant la scène du marécage, le jeune acteur qui avait 15 ans a failli se noyer.
  • Un psychologue fut embauché pour aider l'acteur principal à surmonter les épreuves du tournage.
  • Le réalisateur confesse qu'il n'a pas voulu tout montrer, mais qu'il se sentait obligé de témoigner, car lui-même avait des souvenirs précis de cette guerre.
  • L'ouvrage d'Alès Adamovitch relatant les massacres perpétrés par les Nazis en Biélorussie repose sur des témoignages directs. « C'est l' Apocalypse Now de la Seconde Guerre mondiale (...) et son côté terrifiant dans l'horreur lui vaudra la détestation de certains critiques français », écrit, à propos du film, Marcel Martin[12].
  • « Il n'y a pourtant aucune complaisance morbide dans cette fresque convulsive constamment transcendée par une vision épique d'une puissance exceptionnelle et distanciée par le fait que le protagoniste, un gamin d'une quinzaine d'années, regarde souvent la caméra : le spectateur est ainsi érigé en témoin et non pris au piège d'une dramatisation accrocheuse », ajoute-t-il[12].
  • Lors du massacre dans l'église, au milieu des cris et des pleurs, la bande sonore fait entendre un passage du Requiem de Mozart. Dans une interview, Elem Klimov, réalisateur du film, dit : « Parce qu'il y a deux Autrichiens dans ce film, Mozart et Hitler ! »
  • Dans la dernière scène du film, le garçon tire sur un portrait d'Hitler : le montage fait alors apparaître des images d'archives en remontant le temps, jusqu'à une image du dictateur encore enfant. Le garçon cesse alors de tirer. « Parce qu'un enfant est si précieux qu'il ne faut pas le tuer, même s'il s'agit d'Hitler », dit encore Elem Klimov[13].
  • Avant le générique de fin, il est indiqué que 628 bourgades de Biélorussie furent détruites par le feu avec tous leurs habitants[14].

Sortie vidéo[modifier | modifier le code]

Le film ressort en combo DVD/Blu-ray le chez Potemkine. L'édition comprend une restauration 2K du film, un making of, un entretien avec le réalisateur et l'équipe technique, des documentaires historiques, les analyses et points de vue de Bertrand Mandico, Nicolas Boukhrief, Gaspar Noé et Albert Dupontel[15].

Références[modifier | modifier le code]

  1. https://fr.wikisource.org/wiki/Bible_Ostervald_1867/Apocalypse#Bible_Ostervald_1867.2FApocalypseCH06.
  2. http://www.theyshootpictures.com/gf1000_all1000films_table.php.
  3. rbth.com.
  4. (en) Roger Ebert, « Come and See movie review & film summary (1985) | Roger Ebert », sur https://www.rogerebert.com/ (consulté le ).
  5. https://www.rottentomatoes.com/m/1036052_come_and_see.
  6. AlloCine, « Requiem pour un massacre » (consulté le ).
  7. « Requiem pour un massacre - Film (1985) - SensCritique », sur www.senscritique.com (consulté le ).
  8. « Requiem pour un massacre de Elem Klimov (1985) - Analyse et critique du film - DVDClassik », sur www.dvdclassik.com (consulté le ).
  9. « "Requiem pour un massacre", d'Elem Klimov Terre d'horreur », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  10. « Reprise : « Requiem pour un massacre », le souvenir indélébile d’un Oradour biélorusse », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  11. « “Requiem pour un massacre”, le chef-d’œuvre glaçant du film de guerre », sur Télérama (consulté le ).
  12. a et b (in : Le Cinéma soviétique de Khrouchtchev à Gorbatchev, Éditions L'Âge d'Homme).
  13. Interview dans La Revue du cinéma, n° 421, nov. 1986).
  14. L'aveuglement, une autre histoire du monde, de Marc Ferro], Tallandier, Paris, 2015, 304 p. (ISBN 979-1-0210-0540-2).
  15. Jonathan Fanara, « « Requiem pour un massacre » : la guerre à travers des yeux d'enfant | LeMagduCine », sur lemagducine.fr, (consulté le ).

Liens externes[modifier | modifier le code]