Repentir (peinture)

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Le Bouffon Calabacillas de Diego Vélasquez montre un repentir sur la droite : la calebasse était initialement une cruche.

Un repentir (pentimento en italien) est en peinture une partie du tableau qui a été recouverte par le peintre pour modifier en profondeur la toile[1]. Il peut s'agir de masquer ou de faire apparaître des personnages, des objets ou organes, ou de modifier leurs aspects et leurs positions. Par extension, le terme est utilisé en gravure, ou même en sculpture et en littérature.

Interprétation[modifier | modifier le code]

On étudie les repentirs comme des indices sur les techniques du peintre. Ils permettent de connaître la « version d'origine » de la toile et de séparer les travaux du peintre de ceux des apprentis ou des ateliers[1]. Ils permettent également d'améliorer la fiabilité des attributions puisque si les artistes font souvent des repentirs, les copistes n'en font pas. Rembrandt, Titien ou Vélasquez faisaient peu ou pas de dessins préparatoires, et dessinaient ou peignaient à même la toile, générant naturellement un grand nombre de repentirs qui sont absents du travail des copistes[2].

Les repentirs peuvent indiquer que la composition d'origine avait des éléments dans des positions distinctes, qu'un objet est différent de celui qu'il était ou a été supprimé dans sa version finale[1]. Il est toutefois à distinguer du repeint[3], ces retouches, effectuées par d'autres peintres, longtemps après la réalisation d’une œuvre et de préférence après la mort de leur auteur, consistant à modifier légèrement certains détails de la toile. L’« habillage » des nus du plafond de la chapelle Sixtine ne saurait, par exemple, en aucun cas être analysée comme un repentir de Michel-Ange, mais comme un repeint dû à la volonté du Vatican[4].

Les repentirs peuvent être présents dans la peinture, la gravure mais aussi la sculpture. Ainsi, la Pietà Rondanini de Michel-Ange présente un repentir découvert au XXe siècle[5].

Par extension, le terme est également parfois appliqué aux retouches d'un texte littéraire. C'est le cas notamment pour certaines œuvres d'Honoré de Balzac[6].

Détection[modifier | modifier le code]

Certains repentirs sont encore visibles sur la version finale. Un œil attentif peut les détecter lorsque la couche couvrante n'a pas la même qualité, et que sa couleur ou son opacité change au fil du temps. Avec le temps, les couleurs à l'huile ont tendance à pâlir et à révéler ainsi les dessous. Un repentir sera particulièrement visible si le motif recouvert était sombre ou si le motif recouvrant est clair.

L'examen aux rayons X ou en réflectographie infrarouge peut révéler des repentirs indétectables à l'œil nu[1]:286.

D'autres ne sont connus que par les témoignages de l'époque de l'exécution de l'œuvre.

Galerie[modifier | modifier le code]

Le repentir dans la culture[modifier | modifier le code]

Le roman d'Arturo Pérez-Reverte, Le Tableau du maître flamand (1990), se fonde sur un repentir. L'Angélus, sixième tome de la série Secrets, scénarisé par Frank Giroud, est également fondée largement sur le repentir de Jean-François Millet dans L'Angélus, et sur la psychologie de Salvador Dalí, qui l'a découvert.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d H. Verougstraete, Jacqueline Couvert, Roger Schoute et Anne Dubois, La Peinture ancienne et ses procédés : copies, répliques, pastiches, Louvain, Peeters Publishers, , 326 p. (ISBN 978-9-04291-776-7, OCLC 717574127, lire en ligne), p. 101.
  2. Roland Recht, Le Grand Atelier : chemins de l’art en Europe, Ve – XVIIIe siècle, Arles, Actes sud, , 335 p., 28 cm (ISBN 978-2-74277-204-9, OCLC 470714549, lire en ligne), p. 60.
  3. Noémie Étienne, La Restauration des peintures à Paris : 1750-1815 : pratiques et discours sur la matérialité des œuvres d’art, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Art & société », , 353 p., 26 cm (ISBN 978-2-75352 059 2, OCLC 973434939, lire en ligne), p. 109.
  4. André Guindon, Rosaire Bellemare et Réjean Robidoux, L’Habillé et le Nu : pour une éthique du vêtir et du dénuder, Ottawa, University of Ottawa Press, coll. « Religions et croyances », , 307 p. (ISBN 978-2-76030-443-7, OCLC 185309577, lire en ligne), p. 276.
  5. (en) Silke Schauder, « Figures of Incompletion », Topique, L’Esprit du temps, vol. 3, no 104,‎ , p. 173-190 (ISSN 0040-9375, résumé, lire en ligne).
  6. Bernard Vouilloux, « Les « repentirs » de Balzac », L’Année balzacienne, Paris, vol. 1, no 5,‎ , p. 367-386 (ISSN 0084-6473, résumé, lire en ligne).