Rendre à César ce qui est à César

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Le Tribut à César, par Bartolomeo Manfredi
(v. 1610), galerie des Offices, Florence.

Rendre à César ce qui est à César ou ce qui appartient à César est une expression qui renvoie à la phrase biblique « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (en grec ancien : Ἀπόδοτε οὖν τὰ Καίσαρος Καίσαρι καὶ τὰ τοῦ Θεοῦ τῷ Θεῷ, Apodoté oun ta Kaisaros Kaisari kai ta tou Theou tô Theô). Cette phrase se trouve dans les trois Évangiles synoptiques : Marc 12,17, Matthieu 22,21 et Luc 20,25. Elle est attribuée à Jésus répondant à une question des pharisiens, partisans d'une stricte observance de la loi juive.

Depuis deux millénaires, cet apophtegme a été largement utilisé pour illustrer la relation entre l'Église et le pouvoir politique.

Le message original, qui répondait à la question de savoir s'il était licite pour les Juifs de payer l'impôt à l'empereur romain, a fait l'objet de nombreuses spéculations quant aux circonstances dans lesquelles il est souhaitable pour les chrétiens de se soumettre à l'autorité terrestre.

De nombreux peintres ont représenté cet épisode biblique.

Dans l'usage commun, l'expression a pris un sens dérivé et signifie qu'il faut attribuer une phrase, un propos ou une opinion à son véritable auteur.

Domaine religieux[modifier | modifier le code]

La scène est rapportée trois fois dans le Nouveau Testament. Elle figure dans l'Évangile selon Marc (Mc 12:13-17) et la même péricope est reprise avec quelques variantes en Matthieu 22:15-22 et Luc 20:20-26[1]. Des envoyés des pharisiens et des sanhédrites tentent de piéger Jésus en lui demandant s'il faut ou non payer l'impôt à l'empereur romain[2]. Jésus les qualifie d'« hypocrites », puis leur demande de montrer une des pièces servant à payer l'impôt et de lui dire qui y est représenté. Ils répondent qu'il s'agit de César, c'est-à-dire Tibère, qui portait le surnom de « Caesar », comme tous les empereurs romains. Jésus leur répond alors : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu[3]. »

Selon Axelle Partaix, « Rendre à César » signifie donc rendre à l’État, à la puissance qui gouverne le pays[4].

Domaine politique[modifier | modifier le code]

Ce passage s'applique aux relations entre la religion et le domaine politique, notamment sur les questions de la séparation de l'Église et de l'État et de la résistance à l'impôt.

Séparation de l'Église et de l'État[modifier | modifier le code]

Jésus répond à Ponce Pilate sur la nature de son royaume : « Mon royaume n’est pas de ce monde ; si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour que je ne fusse pas livré aux Juifs, mais maintenant mon royaume n’est point d’ici-bas » (Jean 18,36) ; c'est-à-dire que ses enseignements religieux étaient séparés de l'activité politique terrestre. Cela reflète une division traditionnelle de la pensée chrétienne selon laquelle l'État et l'Église sont des sphères d'influence distinctes.[réf. nécessaire]

Cela peut être interprété soit d'une manière catholique ou thomiste (doctrine gélasienne), soit d'une manière protestante ou lockéenne (séparation de l'Église et de l'État).

Tertullien, dans De Idololatria, interprète Jésus comme disant de rendre « l'image de César, qui est sur la pièce de monnaie, à César, et l'image de Dieu, qui est sur l'homme, à Dieu ; de manière à rendre à César en effet l'argent, à Dieu lui-même. Autrement, qu'est-ce qui sera à Dieu, si tout est à César ? ».

Selon Axelle Partaix, séparation n’est pas divergence. Elle explique que Jean Paul II avait rappelé dans une lettre aux évêques de France, « le principe de laïcité, auquel votre pays est très attaché, s’il est bien compris, appartient aussi à la Doctrine sociale de l’Église. Il rappelle la nécessité d’une juste séparation des pouvoirs […], qui fait écho à l’invitation du Christ à ses disciples […]. Pour sa part, la non-confessionnalité de l’État, qui est une non-immixtion du pouvoir civil dans la vie de l’Église et des différentes religions, comme dans la sphère du spirituel, permet que toutes les composantes de la société travaillent ensemble au service de tous et de la communauté nationale »[4].

Selon le père Nicolas de Boccard, « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » demande à chacun d’entre nous de respecter le pouvoir temporel – avec ses règles ; mais aussi d’exiger de l’État de permettre le libre exercice du culte et rendre à Dieu ce qui lui est dû[5].

Le respect des obligations légales et des autorités[modifier | modifier le code]

Certains interprètent le message de Jésus dans le sens où, si des citoyens bénéficient des avantages d'un État tel que celui de César, distinct de l'autorité de Dieu (par exemple, en utilisant sa monnaie), ils ne peuvent plus choisir d'ignorer les lois d'un tel État.

Gandhi, qui partageait ce point de vue, a écrit : « Jésus a éludé la question directe qui lui était posée parce que c'était un piège. Il n'était en aucun cas tenu d'y répondre. Il a donc demandé à voir la pièce pour les impôts. Puis il dit avec un mépris méprisant : « Comment pouvez-vous, vous qui faites le trafic des pièces de César et qui recevez ainsi ce que vous considérez comme des avantages de la domination de César, refuser de payer les impôts ? » Toute la prédication et la pratique de Jésus pointent indubitablement vers la non-coopération, qui inclut nécessairement le non-paiement des impôts[6],[7],[8]. »

L'apôtre Paul de Tarse déclare également dans le chapitre 13 de l'épitre aux Romains que les chrétiens sont obligés d'obéir aux autorités mondaines, déclarant que les princes sont des serviteurs de Dieu pour le bien des chrétiens, leur désobéir équivaudrait à désobéir à l'Éternel.

La résistance aux impôts[modifier | modifier le code]

Le pasteur mennonite John K. Stoner s'est fait le porte-parole de ceux qui interprètent la parabole comme autorisant ou même encourageant la résistance à l'impôt : « Nous sommes des résistants à l'impôt de guerre parce que nous avons découvert un certain doute sur ce qui appartient à César et ce qui appartient à Dieu, et nous avons décidé de donner le bénéfice du doute à Dieu[9]. »

Rendre à l'empereur sa pièce d'argent qui est une idole[modifier | modifier le code]

Certains chercheurs modernes affirment que Jésus a appelé l’empereur Mammon, la richesse matérielle divinisée, parce que la pièce d'argent était à l'effigie de l'empereur et que celui-ci prétendait être le dieu des pièces de monnaie fiscales - comme Mammon. Ils se basent sur le fait que la loi de Dieu interdisait la représentation de divinités et la vénération à d'autres déités, or les empereurs romains se considéraient comme fils de dieu, dieu vivant[10]. Si Jésus est accusé d'avoir interdit le paiement des "impôts à César", alors les accusations criminelles officielles vont à l'encontre de l'interprétation populaire selon laquelle Jésus voulait que ses disciples paient des impôts à César.

Domaine artistique[modifier | modifier le code]

De nombreux peintres et graveurs, notamment des écoles italienne et flamande, ont représenté cette scène sous le titre de Tribut à César ou Tribut de César. On peut citer Valentin de Boulogne, Andrea del Sarto, Bartolomeo Manfredi, Bernardo Strozzi, le Titien, van Dyck, Rubens, Gustave Doré ou James Tissot.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Justin Upkong, « Tribute to Caesar : Mark 12:13-17 (Matt 22:15-22 ; Luke 20 :20-26) », Bible Bhassyam 21, 1995, p. 147-166.
  2. Selon le Lévitique 25:23, la Terre d'Israël est la propriété exclusive de Dieu, de sorte que le paiement d'une taxe foncière à l'occupant étranger est une offense à la Loi de Moïse.
  3. Traduction Louis Segond, 1910. La phrase est identique dans les trois synoptiques.
  4. a et b Axelle Partaix, « Ces expressions qui ont une origine biblique : « rendre à César ce qui est à César » » [archive du ], sur Aleteia, (consulté le )
  5. « "Ce qui est à César, rendez-le à César, et à Dieu ce qui est..." (Mc 12, 13-17) | RCF » [archive du ], sur rcf.fr, (consulté le )
  6. (en) Mohandas Karamchand Gandhi, « Render Unto Caesar » [archive du ], sur Young India,
  7. (en) THE COLLECTED WORKS OF MAHATMA GANDHI, vol. 48, , 529 p. (lire en ligne), p. 483
  8. (en) David M. Gross, We Won't Pay!: A Tax Resistance Reader, Picket Line Press, (ISBN 978-1-4348-9825-8, lire en ligne), p. 373
  9. (en-US) United States. Congress. House. Committee on Ways and Means. Subcommittee on Oversight, Taxpayers who fail to file federal income tax returns : hearing before the Subcommittee on Oversight of the Committee on Ways and Means, House of Representatives, One Hundred Third Congress, first session, October 26, 1993, Washington : U.S. G.P.O. : For sale by the U.S. G.P.O., Supt. of Docs., Congressional Sales Office, (lire en ligne)
  10. (en) « Who Would Jesus Tax? - Jesus, Taxes, and the Bible - Data Mining the Bible - Jesus the Christ - Bible Verses - Bible Study - What would Jesus do? - WhatisTaxed.com » [archive du ], sur whatistaxed.com

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

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