Renaissance à Urbin

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Anonyme fiorentin, La Cité idéale (1480-1490), Galleria Nazionale delle Marche, Urbino.
Fra Carnevale, Cité idéale (1470-1480), Walters Art Museum, Baltimore.

La Renaissance à Urbin (en italien Urbino) est une variante locale de la Renaissance italienne.

Pendant la seigneurie de Frédéric de Montefeltro, de 1444 à 1482 à Urbino[1], un mouvement artistique prend corps à sa cour grâce aux échanges culturels avec les autres centres de la péninsule italienne et étrangers, flamands. Le mouvement culturel à Urbino, qui se limite à la cour autour de son prince mécène ayant fait appel à de nombreux artistes étrangers, ne génère aucune école locale[1]. Néanmoins le « langage d'Urbino » grâce au déplacement des artistes connaît une grande diffusion devenant une référence parmi les diverses déclinaisons de la Renaissance italienne. La mesure et la rigueur figurent parmi les caractéristiques de la culture humaniste[1]. Ses principaux protagonistes sont Piero della Francesca, Luciano Laurana, Juste de Gand, Pedro Berruguete, Francesco di Giorgio Martini, Fra Diamante.

Selon André Chastel, la Renaissance d'Urbino, dit « mathématique » est l'une des trois composantes fondamentales de la Renaissance avec la florentine « philologique et philosophique » et padouane, « épigraphique et archéologique ». Des trois, c'est la plus proche des arts[2].

Au XVIe siècle Urbino reste un vivier de culture et de création mais perd progressivement sa vitalité dans les arts figuratifs[1]. Néanmoins, à cette époque débute Raphaël natif de la ville. Urbino reste longtemps une référence en Italie du point de vue culturel et littéraire comme en témoigne Baldassare Castiglione dans son ouvrage Le Courtisan.

Contexte historique et culturel[modifier | modifier le code]

C'est en 1444 que Frédéric IIIe de Montefeltro arrive au pouvoir à la suite de l'assassinat de son demi-frère Oddantonio. Condottière, diplomate et amoureux des arts et de la littérature. il entreprend la transformation d'Urbino, capitale sinistrée du duché et en fait progressivement un centre artistique parmi les plus féconds et raffinés de l'époque[1]. Frédéric qui était un condottiere très sollicité avait reçu une formation humaniste à Mantoue, auprès de Vittorino da Feltre qui lui transmit le goût pour les mathématiques, inspirant ses choix culturels et ses projets artistiques et pour l'architecture dont les bases sont l'arithmétique et la géométrie.En effet, André Chastel définit la cour d'Urbino comme celle de l'« Humanisme mathématique », qui eut comme éminents représentants Piero della Francesca et Bartolomeo della Gatta [1].

Frédéric s'attache à la réorganisation de son état selon les préceptes modernes de confort, rationalisation et beauté. Florence est le point de référence de son projet culturel grâce aux nouveautés liées à l'humanisme et à la Renaissance. En 1444, Frédéric fait alliance avec Florence. Cette union permet une protection réciproque facilitant l'échange de personnalités et des artistes.

Frédéric fait venir à sa cour Leon Battista Alberti, Paolo Uccello, Luciano Laurana, Francesco di Giorgio Martini, qui rédige pour lui Trattato di architettura, et le mathématicien Luca Pacioli. À partir des années 1470 il s'intéresse à la peinture flamande et appelle à sa cour des artistes comme Pedro Berruguete et Juste de Gand, développant un « dialogue heureux » entre la tradition nordique réaliste et celle italienne synthétique[1]. Giovanni Santi, père de Raphaël, écrivit un compte rendu poétique des principaux artistes de la période[3].

Au palais, la discussion tourne sur la forme que devait avoir la cité idéale, sur la perspective et sur l'héritage historique des « hommes illustres » [4].

La bibliothèque du duc, organisée par l'humaniste Vespasiano da Bisticci était riche de codex décorés de riches enluminures.

D'après Le Courtisan de Baldassare Castiglione, Frédéric est à la base des préceptes et manières du « gentilhomme » , qui resteront en vogue en Europe jusqu'au XXe siècle.

Architecture, urbanisme, sculpture[modifier | modifier le code]

À Urbino, le premier travail de style renaissance date de 1449. Il s'agit du portail de l'église San Domenico, construit par Maso di Bartolomeo.

Le projet le plus ambitieux est la construction du palais ducal tout en organisant le plan urbain de la ville selon les nouveaux préceptes dans le but d'en faire la « cité du prince »[5].

Urbino se présente à l'époque comme une cité de forme allongée et irrégulière entourée par une muraille défensive perchée sur deux collines contiguës. L'axe de circulation situé dans la partie commune la plus basse des deux cols partage la cité et conduit d'un côté vers la mer et de l'autre vers les cols des apennins vers Pérouse et la Toscane. La résidence ducale est un simple palais situé sur le col méridional, flanqué d'un château fort sur le bord de la falaise vers la Porte Valbona[5].

Le palais ducal et la ville[modifier | modifier le code]

Frédéric IIIe de Montefeltro fait construire ce palais, édifice remarquable de la Première Renaissance d'après les projets de Maso di Bartolomeo, Luciano Laurana et Francesco di Giorgio Martini. Le palais est décoré par Cosimo Rosselli, Roberto Valturio, Frederico Barocci et Francesco di Giorgio Martini qui a repris les travaux du palais ducal en 1472.

Première phase : Maso di Bartolomeo[modifier | modifier le code]

Cour d'honneur
Façade des Torricini

Vers 1445 Frédéric réunit les deux anciens édifices ducaux. Il fait appel à des architectes florentins dirigés par Maso di Bartolomeo afin d'édifier un palais intermédiaire. Le résultat est le palazzetto della Jole (it), à trois étages, au style simple et austère typiquement toscan. L'intérieur est décoré sobrement à partir de motifs antiques centrés sur la célébration d'Héraclès et de ses vertus belliqueuses[5].

Seconde phase : Luciano Laurana[modifier | modifier le code]

La rampe hélicoïdale

Au cours des années 1460 Frédéric décide de faire du palais un siège administratif et d'hébergement pour personnages célèbres et confie le projet à un nouveau architecte, Luciano Laurana qui restructure la cour du palais qui raccordait les anciens édifices. Il réalise un ensemble aux formes classiques avec un portique à arcs à plein cintre, oculus et colonnes corinthiennes au rez-de-chaussée, tandis que le piano nobile comporte des lésènes et des fenêtres à architrave. Le long des deux premières corniches marcapiano figurent des inscriptions en lettres capitales romaines[5].

À partir de ce noyau, le palais est ensuite étendu vers la cité et en direction opposée. La façade vers la ville prend une forme « à livre ouvert » en forme de « L » sur la place Duca Federico œuvre de Francesco di Giorgio Martini, par la suite fermée sur le côté nord par le flanc du dôme. Il palais devient ainsi le berceau du tissu urbain[5].

Le front du palais donnant sur Valbona a été complété avec la « facciata dei Torricini » (façade des petites tours), légèrement tournée vers l'ouest par rapport aux axes orthogonaux du palais. Ce nom provient des deux tours qui flanquent la façade haute et étroite à trois loges superposées, chacune reproduisant le schéma d'un arc de triomphe. La facciata dei Torricini est tournée vers l'extérieur, visible de très loin, comme symbole du prestige ducal[5].

Troisième phase : Francesco di Giorgio Martini[modifier | modifier le code]

En 1472 Francesco di Giorgio Martini, complète la façade en « L », les espaces privés, le jardin et les raccords avec les structures donnant en dehors des murs de la cité. Aux pieds de la falaise se trouve un large espace dit « Mercatale » siège du marché où Francesco di Giorgio créa une rampe hélicoïdale qui permettait aux chevaux et chars de rejoindre le palais et la « Data », c'est-à-dire les grandes écuries situées à mi hauteur[6].

Saint Bernardin de Sienne[modifier | modifier le code]

Forteresses[modifier | modifier le code]

Francesco di Giorgio Martini, Trattato di architettura, disegno di fortezze (seconda metà XV secolo), BNCF Cod magliabechiano II, I. 141, f.58 r, Florence

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Peinture et marqueterie[modifier | modifier le code]

Piero della Francesca[modifier | modifier le code]

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Le Studiolo[modifier | modifier le code]

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La Bibliothèque[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui dispersée, elle comportait une série de peintures concernant les arts libéraux figurés par des figures féminines trônant.

Influence[modifier | modifier le code]

Le XVIe siècle[modifier | modifier le code]

Francesco Xanto Avelli, plat en majolique, Inondation du Tibre, 1531.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f et g De Vecchi-Cerchiari, cit., p. 82.
  2. Silvia Blasio (a cura di), Marche e Toscana, terre di grandi maestri tra Quattro e Seicento, Pacini Editore per Banca Toscana, Florence, 2007, p. 11.
  3. Passage de la Vita e la gesta di Federico di Montefeltro duca d'Urbino de Giovanni Santi
  4. Zuffi, 2004, cit.,p. 188.
  5. a b c d e et f De Vecchi-Cerchiari, cit., p. 88.
  6. De Vecchi-Cerchiari, cit., p. 89.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierluigi De Vecchi ed Elda Cerchiari, I tempi dell'arte, volume 2, Bompiani, Milano 1999. (ISBN 88-451-7212-0)
  • Stefano Zuffi, Il Quattrocento, Electa, Milano 2004. (ISBN 88-370-2315-4)
  • Stefano Zuffi, Il Cinquecento, Electa, Milano 2005. (ISBN 88-370-3468-7)
  • Silvia Blasio (a cura di), Marche e Toscana, terre di grandi maestri tra Quattro e Seicento, Pacini Editore per Banca Toscana, Florence 2007.

Crédits d'auteurs[modifier | modifier le code]