René Just Haüy

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

L'abbé René Just Haüy (Haüy se prononce \a.y.i\, « A-U-I »), né le à Saint-Just-en-Chaussée dans l'Oise et mort le à Paris, est un minéralogiste français, fondateur, avec Jean-Baptiste Romé de L'Isle, de la cristallographie géométrique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et formation[modifier | modifier le code]

Fils d'un tisserand, il est le frère de Valentin Haüy, qui consacra sa vie aux aveugles. Formé par les prémontrés, il est tonsuré en 1762, reçoit les ordres mineurs en 1765, est nommé sous-diacre (1767) puis diacre (1769), avant d'être ordonné prêtre en 1770[1].

Carrière scientifique[modifier | modifier le code]

Il devient régent au collège du Cardinal Lemoine où il se lie d'amitié avec Charles Lhomond. Ce dernier lui ayant fait découvrir la botanique, ils fréquentent le Jardin des plantes, où Haüy suit les cours du naturaliste Daubenton. Haüy se consacre dès lors à la science et, après avoir communiqué à Daubenton certaines de ses découvertes sur la forme cristalline des minéraux, il est admis, presque à l'unanimité, à l'Académie des sciences comme associé-botaniste, en 1783[2]. Les démonstrations qu'il donne dans son très humble logis du collège sont suivies avec un grand intérêt par Pierre-Simon de Laplace, Joseph-Louis Lagrange, Antoine Lavoisier, Claude Louis Berthollet et Antoine François, comte de Fourcroy. Il compte, parmi ses élèves, Étienne Geoffroy Saint-Hilaire.

Incarcéré pendant la Révolution française[modifier | modifier le code]

Après vingt ans d'enseignement, il prit sa retraite. Il refusa, durant la Révolution, de prêter serment de fidélité à la Constitution. Privé de sa faible pension, il fut arrêté comme prêtre réfractaire en . C'est grâce à l'action énergique de son élève, Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, et des scientifiques de l'Académie comme du Jardin des plantes, qu'il fut extrait de sa prison, encore que R. J. Haüy refusât de la quitter au prétexte que d'autres prêtres y demeuraient prisonniers. Quelques jours plus tard, ceux-ci furent massacrés. Il sollicita Jean-Lambert Tallien pour qu'il intervinsse en faveur le l'abbé Lhomond incarcéré pour la même raison que lui. Lhomond fut sauvé.

Il prit, en outre, sans succès - ni suite fâcheuse à cette époque - la défense d'Antoine Lavoisier.

Carrière dans l'enseignement supérieur[modifier | modifier le code]

La Convention puis le Directoire lui confièrent différentes charges. Haüy devint notamment membre de la commission des poids et mesures (1793), puis professeur de physique à l'École normale de l'an III (1794), enfin conservateur des collections et professeur de cristallographie à l'École des mines (1795). Il entra à l'Institut de France la même année. Il enseigna la minéralogie au Muséum national d'histoire naturelle à partir de 1800, en remplacement de Déodat Gratet de Dolomieu, d'abord temporairement puis, à la mort de ce dernier, définitivement. En 1808, il devint enseignant à l'École normale supérieure, puis obtint le titre de chanoine honoraire de Notre-Dame de Paris et la chaire de minéralogie (1809), créée pour lui, à la faculté des sciences de Paris. C'est son adjoint, Alexandre Brongniart, qui assura la plupart des cours de cette dernière fonction.

Démis de ses fonction sous la Restauration[modifier | modifier le code]

À la Restauration, la « mansuétude » révolutionnaire (Prêtre réfractaire, il est sorti des geôles révolutionnaires juste avant l'exécution de ses codétenus, il n'a pas été inquiété pour sa prise de position en défendant Lavoisier…) le rend suspect. Il fut privé de la plupart de ses moyens d'existence jusqu'à sa mort, en 1822, des suites d'une chute dans sa chambre.

Il est inhumé, en compagnie de son frère, Valentin Haüy, au cimetière du Père-Lachaise, à Paris.

Travaux[modifier | modifier le code]

En 1781, il découvre la régularité des cristaux, notamment la structure rhomboïde des "molécules constituantes" des spaths calcaires[3].

En 1793, il détermine, en collaboration avec Antoine Lavoisier, la valeur de la nouvelle unité de masse, connue sous le nom de kilogramme[4], pour la Commission des poids et mesures de l'Académie des sciences.

Cristal cubique et molécules intégrantes

Haüy montra que la forme des cristaux résultait de l'empilement de petits volumes de matière qu'il nommait molécules intégrantes, et dont son élève, Gabriel Delafosse déduira la notion de maille en 1840. Grâce à ces travaux, Haüy parvient à définir l’espèce minérale.

Partant du principe, découvert en 1817 avec le spath d'Islande, et d'autres données, que tous les minéraux peuvent acquérir la propriété électrique et afin d'établir des critères de détermination de chacun d'entre eux, R.J. Haüy se pencha sur la nature de l'électricité et sa quantité, développées par plusieurs moyens : la pression, en comprimant le minéral entre deux doigts ; le frottement (phénomène de triboélectricité) et la chaleur (phénomène de pyroélectricité).

Pour ses recherches, R.J. Haüy a imaginé et décrit de petits appareils qu'il a nommés électroscopes permettant de définir l'électricité créée, vitrée ou résineuse, selon l'acception de l'époque (établie par Dufay et Nollet)[5].

Haüy enrichit considérablement les collections du Muséum grâce à des dons, des échanges et des achats. Sa collection personnelle de minéraux a été acquise par un Britannique avant d'être rachetée par le Muséum en 1848.

Espèces minérales décrites[modifier | modifier le code]

On lui doit la description de nombreuses espèces minérales :

Modèle cristallographique en bois de poirier par R. J. Haüy : Quartz hyalin rhombifère. Collection Musée Teyler (Haarlem), Pays-Bas.

Liste partielle des publications[modifier | modifier le code]

René Just Haüy: Traité de Minéralogie - Tome cinquième (1801)

Il écrit de nombreux articles pour divers journaux scientifiques. Il publie notamment dans le Journal de physique et les Annales du Muséum d'Histoire naturelle.

Hommages[modifier | modifier le code]

  • En 1807, le minéralogiste danois Tønnes Christian Bruun de Neergaard a donné son nom à une espèce minérale : l'haüyne
  • À Amiens :
    • une rue porte son nom, dans le faubourg de Noyon, la rue Just Haüy ;
    • un amphithéâtre de la Faculté des Sciences porte son nom.
  • À Paris :
  • À Saint-Just-en-Chaussée, sa ville natale :
    • devant la mairie, en 1903, un groupe sculpté a été érigé, le représentant avec son frère, Valentin Haüy. René-Just Haüy y est représenté en train d'étudier des minéraux. La dédicace « La ville de Saint-Just-en-Chaussée à ses deux illustres enfants. Monument élevé par souscription » y est gravée ;
    • à l'emplacement où se trouvait la maison natale des frères Haüy, une stèle a été érigée ;
    • une rue porte son nom, la rue René-Just-Haüy.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. John G. Burke, Origins of the Science of Crystals, Berkeley and Los Angeles, University of California Press, , 198 p. (ISBN 978-0-520-00198-5), p. 78-106
  2. « Éloge de R.J. Haüy par Cuvier »
  3. Cf. les mémoires publiés dans le Journal de physique (1782).
  4. Paul Mazliak, La Biologie au siècle des Lumières, Éditions Vuibert/Adapt-SNES, Paris, mars 2006, 480 p., broché, 17 × 24 cm (ISBN 2-7117-7193-8), p. 357.
  5. Minéralogie usuelle, par M. Drapiez, édition De Malher et Cie. Paris 1826

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]