René Cogny

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Officier général francais 3 etoiles.svg René Cogny
Surnom Le général Vitesse, Coco la sirène
Nom de naissance René Jules Lucien Cogny[1]
Naissance
Saint-Valery-en-Caux, Seine-Maritime, France
Décès (à 64 ans)
Mer Méditerranée
Origine Drapeau de France Français
Allégeance Drapeau de la France France
Arme Artillerie
Grade Général de division
Années de service 19291968
Conflits Seconde Guerre mondiale
Guerre d'Indochine
Distinctions Croix de guerre 1939-1945 Croix de guerre 1939-1945

René Cogny, né le à Saint-Valery-en-Caux et mort le en mer Méditerranée au large de Nice[a], est un officier général français.

Il prend part à la Seconde Guerre mondiale dans l’Armée française puis, après une évasion, dans la Résistance. Au cours de la guerre d'Indochine, il se trouve à la tête des forces françaises au Tonkin (Nord du Viêt Nam), notamment durant la bataille de Diên Biên Phu.

Enfance et formation[modifier | modifier le code]

René Cogny est le fils de Louis Émile Alfred Cogny, contrôleur de l'octroi, et de Berthe Marie Harcourt[1] ; il est aussi petit-fils de bûcheron.

C’est un élève doué et il se voit accorder une bourse pour préparer le concours d’entrée à l’École polytechnique : il est admis[1] dans la promotion 1925 et en sort sous-lieutenant d’artillerie[1]. Il obtient également un diplôme d’études politiques et un doctorat en droit.

Il suit les cours de l’École d’artillerie de Fontainebleau jusqu'en 1929, puis débute sa carrière en corps de troupe.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

La campagne de France[modifier | modifier le code]

En juin 1940, il est récompensé de la croix de guerre 1939-1945 pour ses premières missions.

Capture et évasion[modifier | modifier le code]

Il est l’un des 780 000 soldats capturés par l’Armée allemande.

Il reste près d’un an en captivité et s’échappe en , en rampant nu dans des canalisations avec trois compagnons, poussant devant eux les habits qu’ils avaient confectionnés à partir de couvertures. René Cogny parvient à Vichy en traversant la Bavière, et rejoint la Résistance française en se mettant au service du général Verneau[b], fondateur de l'ORA (Organisation de résistance de l'Armée)[1].

Résistance[modifier | modifier le code]

En 1943, alors commandant, il est arrêté par la Gestapo et doit subir six mois d’interrogatoires et de tortures à la prison de Fresnes, avant d’être déporté au camp de Dora — dépendance de Buchenwald — puis à Mauthausen.

Libéré en avril 1945 dans un état physique très faible, il recouvre ses capacités physiques, mais conserve des séquelles aux jambes qui vont le contraindre à se servir d’une canne[c] pour le restant de ses jours.

Après-guerre[modifier | modifier le code]

Entre 1946 et 1947, Cogny, bien qu’étant officier d’artillerie, commande une division d’infanterie près de Paris, puis est nommé secrétaire exécutif au ministère de la Défense.

Indochine[modifier | modifier le code]

Remarqué par le général de Lattre de Tassigny, il est de ceux qui l’accompagnent en Indochine quand il est nommé, en , haut-commissaire civil et militaire[d].

En , après la mort de de Lattre, alors que Salan le remplace comme commandant en chef, Cogny commande une division au Tonkin et un groupe mobile dans le delta du fleuve Rouge.

En , Navarre remplace Salan, qui rentre en France avec toute l’équipe du général de Lattre, sauf Cogny qui accepte de remplacer le général de Linares au commandement des troupes du Tonkin, avec en récompense une troisième étoile. Cette promotion fait de Cogny, 49 ans, le plus jeune général de division de l’armée.

Ðiện Biên Phủ[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Diên Biên Phu.

Cogny est celui qui propose à Navarre le site de Diên Biên Phu, près de la frontière entre le Tonkin et le Laos : les troupes françaises commencent à s'y installer en . Cependant, alors que Cogny envisage une base d’opérations légère et mobile, Navarre y voit une forteresse imprenable dans le but de tendre un piège au Việt Minh. Cogny est l’un des nombreux officiers qui protestent contre cette nouvelle stratégie : « nous courrons le risque d’un nouveau Na San, mais en pire ». Ces protestations restent cependant sans effet. Le Việt Minh qui, des hauteurs environnantes, observe l'installation des troupes françaises dans la vallée, a « tout loisir » de se préparer activement et discrètement pendant de longs mois ; il passe finalement à l’attaque le avec des forces qu'il a prévues bien supérieures en nombre et en équipement, avec l'aide des Chinois et de conseillers soviétiques. Tout au long de la bataille, Cogny et son supérieur, Navarre, sont en désaccord à propos de la disposition des forces entre Ðiện Biên Phủ — le secteur de Cogny dans le delta du Tonkin — et l’opération Atlante de Navarre plus au sud.

En réponse à une lettre de reproches de Navarre, le , Cogny informe son supérieur qu’il ne souhaite plus continuer à servir sous ses ordres. Le calendrier de son départ n'est pas discuté à ce moment-là : Cogny garde son commandement. La relation entre les deux hommes se dégrade d’autant que Cogny, depuis le début, a tenu des propos pessimistes voire défaitistes aux journalistes réputés que sont alors Lucien Bodard de France-Soir et Max Clos du Figaro, lesquels n'ont cessé de critiquer le général Navarre dans leurs articles. Le , Navarre va jusqu’à menacer Cogny d’une enquête sur ses déclarations ; en outre, il veut le limoger sitôt après la défaite française le .

Le , le remplacement de Navarre par Paul Ély, avec Raoul Salan comme adjoint militaire (Ély remplaçant aussi Dejean comme haut-commissaire en Indochine), permet à Cogny de rester à la tête des forces du Tonkin. De à , il organise une défense efficace contre les assauts du Việt Minh. Son commandement prend fin en avec le retrait des dernières forces françaises du Tonkin, conformément aux accords de Genève du .

La bataille de Diên Biên Phu a soldé la présence française en Indochine, avec des milliers de morts au fond d’une vallée et le corps expéditionnaire battu par les forces du Việt Minh.

Quelques mois après la chute de Diên Biên Phu, les deux généraux continuent de se déchirer… Ils s’accusent l’un l’autre d’être le responsable de cette défaite. La presse s’empare de l’affaire et attise la querelle. Henri Navarre, ex-commandant en chef en Indochine, exige une commission d’enquête pour contrer René Cogny, commandant des forces du Tonkin. La commission, dirigée par le général Catroux[2], commence ses travaux en .

Les protagonistes de la bataille, à commencer par les généraux Navarre, Cogny et de Castries, sont entendus, ainsi que les colonels et commandants d’unité. Les « coups volent bas ». À l’issue des auditions, un rapport est établi. Considérant que Navarre a déjà été sanctionné par son départ forcé d’Indochine[2], les conclusions du rapport accablent le général Cogny, responsable de la conduite de la bataille depuis Hanoï.

Ce rapport de la commission d’enquête n'est ensuite jamais divulgué.

En 2004, un documentaire d’une cinquantaine de minutes[2] retrace la bataille à travers le prisme des reproches, des torts et des fautes établis par la commission d’enquête. Le rapport secret sert de trame aux témoignages de politiques, présents à Diên Biên Phu avant les combats, mais aussi aux militaires du corps expéditionnaire, premières victimes de cette rivalité entre deux hommes.

Afrique du Nord[modifier | modifier le code]

Cogny devient commandant en chef des troupes françaises au Maroc du au alors que, depuis le , le Maroc est devenu indépendant.

En , Cogny est sollicité par Pierre Pflimlin, président du Conseil désigné, pour remplacer Salan comme commandant interarmées en Algérie. Après consultation de Jacques Soustelle, Cogny décline la proposition.

Famille[modifier | modifier le code]

René Cogny a eu une fille unique prénommée Marie-Claude[3].

Circonstances de sa mort[modifier | modifier le code]

Le , la caravelle d’Air France qui transporte René Cogny s’abîme en mer Méditerranée, au large de Nice[a]. Cogny est l’une des 95 victimes de l’accident[4].

Style[modifier | modifier le code]

Cogny se distingue, d’après les historiens, par son style particulier de commandement au Viêt Nam. Bernard B. Fall a salué le courage et la réactivité de Cogny durant la guerre d'Indochine. René Cogny était non seulement appelé « le général Vitesse » par ses hommes, mais aussi « Coco la sirène » car, dans ses déplacements, il utilisait des side-cars munis de sirènes.

Il a été un commandant apprécié de ses hommes, et aussi des journalistes. Malgré sa « popularité », Cogny était décrit comme étant « sensible à la critique » et ayant une tendance à « ressasser des blessures réelles ou imaginaires[réf. nécessaire] ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Il meurt dans l’accident du vol 1611 Air France qui devait relier Ajaccio à Nice.
  2. Également polytechnicien de le promotion 1911.
  3. D'une manière non permanente : en effet, dans le documentaire Diên Biên Phu : le rapport secret[2], il est vu passant en revue des troupes sans l'aide d’une canne, mais la tenant à la main néanmoins.
  4. De Lattre a alors Salan comme adjoint militaire.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Ouvrir la « Page d’accueil », sur le site de la bibliothèque de l’École polytechnique, Palaiseau (consulté le 21 mai 2016), sélectionner l’onglet « Catalogues » puis cliquer sur « Famille polytechnicienne », effectuer la recherche sur « René Cogny », résultat obtenu : « Cogny, René Jules Lucien (X 1925 ; 1904-1968) ».
  2. a, b, c et d Jeudy 2004.
  3. Georges Menant, « Cogny, un géant secret marqué par le destin », Paris Match, no 1011,‎ , p. 80 et 81.
  4. Rapport final de l'accident publié dans le Journal Officiel de la République française.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Phillip B. Davidson, Vietnam at war : the history, 1946-1975, New York, Oxford University Press, (ISBN 0-19-506792-4).
  • (en) Bernard B. Fall, Street without joy : Indochina at war, 1946-54, Harrisburg, Stackpole, (ISBN 0-8117-1700-3).
  • Jules Roy, La Bataille de Dien Bien Phu, Paris, Julliard, (OCLC 2343807).
  • (en) Martin Windrow, The last valley  : Dien Bien Phu and the French defeat in Vietnam, Londres, Weidenfeld & Nicolson, (ISBN 0-297-84671-X).

Documentaire[modifier | modifier le code]